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XII INTRODUCTION

plus tard, au poste suprême dans les conseils de la nation, au château de Windsor, aux triomphes de Londres et de Paris. Mais cette éloquence ne s'appuie-t-elle pas sur des talents de premier ordre qui la relevaient elle-même? Assurément, sa parole, si elle n'eût pas été fascinatrice, n'aurait point réveillé les échos d'une façon aussi retentissante, car chez lui les idées et les sentiments, par leur élévation, valent par eux-mêmes. Il convient, toutefois, de Taffirmer; de nos jours, sans l'éloquence les plus riches facultés chez un homme public courent le risque de rester incomprises. Mais qu'on veuille bien s'entendre. N'appelons pas éloquence le torrent de mots sonores, vides, qui souvent, hélas ! inonde de son abondance l'esprit du peuple. Vain bruit sans écho et stérile faconde. L'éloquence en soi, c'est la parole au service d'une intelligence forte et pondérée. Insistons de nouveau sur ce point; le don très marqué de la parole est aujourd'hui presque indispensable pour arriver au pouvoir. Un homme, eût-il le génie de Richelieu, si la nature ne l'a pas doué des dons de l'orateur, n'a que faire d'aspirer à gouverner le peuple.

Dans la bouche de M. Laurier, la parole se plie à tcute* les exigences de multiples situations au Parlement, sur la place publique et aux réunions électorales. Tantôt elle se développe, avec un charme prenant qui ravit ses auditeurs ; tantôt, dans les grandes crises, où il faut faire vibrer chaque fibre du cœur populaire, elle procède par attaques foudroyantes qui laissent dans l'âme la trace des profondt'S indignations de l'orateur. A quel paroxysme émotionnel,

l'homme et l'œuvre XIII

par exemple, n'a-t-elle pas soulevé le peuple autour de la tragédie de Riel ?

Le port et la tenue de l'orateur, sa haute taille, le signe de distinction impressionnante répandu sur sa vivante physionomie, concourent puissamment au succès de sa parole. Mais ces qualités éclatantes forment-elles seules la personnalité puissante de l'homme d'Etat? Toutes présupposent les dons naturels de prévoyance et de connaissance, sans lesquels, le gouvernement des peuples tombe dans l'incohérence, dépourvu de direction suivie, comme le navire devenu le jouet d'une boussole affolée. Ne faut-il pas de plus aux gouvernants ces leçons de l'histoire, nourries d'enseignements propres à indiquer les erreurs, leçons qui les instruisent et leur signalent les moyens de les éviter ?

Quel Canadien, plus que le premier ministre, a demandé au passé ses enseignements ? Qui a mieux mis à profit l'expérience des grands hommes d'Etat, ses prédécesseurs ? Dans les longues années de sa solitude à la campagne, toute l'histoire du monde a passé et repassé sous ses yeux. Son esprit avisé et curieux s'est complu à comparer les différents régimes, leur action sur les différents peuples. S'il a pu conclure que le même système ne pouvait également convenir il tous, il lui a semblé, aussi bien, que nul instrument de règne n'est mieux approprié que la Constitution anglaise aux besoins des sociétés modernes, éprises de démocratie.

Est-il possible de trouver ailleurs plus de sagesse et plus d'esprit de suite dans les projets, plus de patience, de sangfroid, dans les crises que dans les annales politiques de

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