CRÉATION DES NOUVELLES PROVINCES LIX
lie trouva pas j?râce devant certains catholiques. M. do Maistre, lui-même, osa taxer le Pape de faiblesse : il avait sacrifié les droits imprescriptibles de l'Ejilise î Qui voudrait aujourd'hui contresigner le jugement de l'implacable auteur des " Soirées de Saint-Pétersbourg '' ?
Au surplus, si le compromis Laurier a été jugé insuffisant par des hommes qui, n'avant jamais exercé le pouvoir, ignorent les responsabilités qu'il comporte, il a paru ailleurs répondre à une nécessité de gouvernement. Lors d'une visite de sir Wilfrid à Kome en 1907, le cardinal Vanutelli s'empressa de féliciter publiquement dans une réunion de prélats, le premier ministre, à titre de catholique éminent et d'homme d'Etat, comme l'Eglise serait heureuse d'en compter ailleurs du même esprit.
Il est une vérité évidente — qui se passe de démonstration, bien que dans certains milieux on refuse de la voir — c'est que, hors de la province de Québec, nous vivons dans un pays protestant, et que, lorsqu'il s'élève un conflit religieux, ce sont nos frères séparés qui sont appelés à dire le dernier mot. (1)
(1) Il s'est produit, au mois d'aoflt dernier, un incident qui met le:^ chose*? au point. Au cours de l'hiver (1909). M. l'abbé Bérubé, curé de Wanda, Sask. publiait dans les journaux une lettre déclarant que les catholiques de cette province, appuyés sur le compromis Laurier, avaient établi, de concert avec les autorités })rovinciales. un Modus Viieudi qui donnait à l'enseignement religieux toute la latitude désirable. ^M. Bérubé fut dès lors pris ii ))artie par Mgi- Langevin et quelques prêtres de son diocèse. Mis en fAcheuse posture par cette dénonciation, M. Bérubé pria son évêque d'intervenir et de le protéger s'il y avait lieu. Mgr Pa.scal n'hésita pas a déclarer qu'il approuvait la conduite de ^F. Bérubé. Cela devrait clore la discussion. Si les catholiques directement intéressés trouvent que la loi répond aux aspirations de leur conscience, pourquoi persister, nialgié eux, A les représenter comme victimes d'une odieuse persécution ?
On trouvera la lettre du curé de Wanda. avec l'approbation de Mgr Pascal, dans la Pres/te et le Caruidn du 15 août 1909
CHAPITKE VII
PUOSPÉRITÉ DU CANADA
" Heureux les peuples qui n'ont pas d'histoire ", disait un jour Fénelon. Comme l'histoire, de son temps, s'écrivait à la pointe de l'épée, et qu'elle ne reflétait que la misère du peuple, son exclamation se comprend. Vivant au milieu de nous, il aurait pu dire : " Heureux les peuples dont l'histoire se forme d'entreprises ayant pour objet d'améliorer la condition de l'homme, loin de la discorde fatale à la prospérité publique. " Treize années du régime Laurier se sont écoulées dans une atmosphère d'harmonie entre les races du Canada, dans une entente presque fraternelle. Puisse-t-elle se perpétuer ! Dans cette fortifiante atmosphère, toutes les forces vives de la nation se sont déployées, en vue de progrès inespérés et inouïs. Et cependant, il serait injuste d'oublier que le pays marchait à grands pas, il y a quinze ans. Mais dans la relativité des choses, la marche progressive actuelle dépasse de beaucoup la prospérité d'autrefois.
Le (.'anada, dans l'évolution de l'état social, a parcouru le stade de son autonomie, " Le Canada est une nation ", affirmait sir Wilfrid à Londres, en présence de la toutepuissance britannique, en présence des ministres susceptibles de contester l'exactitude de cette affirmation. Ses paroles ont retenti au Canada et en Angleterre comme la