LXIV INTRODUCTION
face d'une nécessité pareille, aucune division de partis, semblable à celles de nos jours, n'était admissible. Traître ! telle était l'épithète lancée à tout Canadien disposé à accepter la tyrannie des bureaucrates. (1) Lafontaine ne vit l'unanimité des siens autour de lui qu'au fort de sa lutte avec Sjdenham et Metcalfe. Après la victoire, dans le cours normal des affaires administratives, il sentit ses amis se déprendre de lui petit à petit. Cartier, qui était l'absolutisme fait homme, tenait ses adhérents en mains et pour ainsi dire, sous le fouet. Aussi était-il plus accepté comme l'homme indispensable que comme l'idole du peuple.
A l'origine du régime actuel, Cartier descendait d'Ottawa à Québec pour donner des ordres à ses lieutenants ; il avait son siège à l'Assemblée législative. Sa présence gênait ; même lorsqu'il ne prenait aucune part aux discussions, on sentait que M. Chauveau et ses collègues avaient pris langue avec lui avant de parler. L'abolition du double mandat, réclamée et obtenue à cette époque, visait son expulsion de la législature provinciale. M. Marchand et ses amis, avocats de cette réforme, soutenaient que le pouvoir fédéral devait être séparé du pouvoir provincial. Sous cette dualité, disaient-ils, les ministres de Québec ne faisaient que graviter dans l'orbite du puissant ministre fédéral. Curieux retour des choses d'ici-bas ! Le double mandat a vécu, mais la direction que Cartier allait donner
(1) On disait plutôt : Chouayen ! On rattache l'origine de ce mot à la prise d'Oswego, appelé Chouayen par les Français. On avait appliqué l'épithète en question à des soldats arrivés trop tard, par leur faute, disait-on, pour prendre part à la bataille.