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XIV INTRODUCTION

l'Angleterre ? Si la France règne actuellement sur le monde par le génie artistique, l'éblouit par Téclat de sa littérature, il est admis que la science politique par excellence reste par tradition à TAngleterre. De la révolution de Cromwell sont nées la liberté politique et l'édification d'un empire plus puissant, plus vaste que celui de Rome. Cent vingt ans après 1789, la France cherche encore les assises d'une liberté qui serait la même pour tous les Français et se heurte aux utopies d'un gouvernement de Jacobins, c'est-à-dire à l'absolutisme le plus révoltant. Aussi, M. Laurier, grâce à ses études, était-il bien armé pour la lutte et pour la solution des difficultés, lorsqu'il prit le pouvoir. Voyant par delà l'horizon restreint du vulgaire, il a pu envisager les événements et mesurer les conséquences de la conduite à suivre pour donner aux affaires une direction conforme à l'intérêt général du Canada.

A son arrivée aux Communes (1874), au lieu de se jeter dans la mêlée, il s'est longtemps tenu à l'écart, absorbé dans le travail, dans l'observation des hommes et du fonctionnement des affaires. Il estimait que la science politique ne s'implante pas dans l'intelligence par un simple effort de la volonté humaine.

Quel champ d'études n'avait-il pas alors sous les yeux ! Quelles puissantes personnalités à l'œuvre que les Macdonald, les Mackenzie, les Blake, les Tupper, les Dorion et les Fournier, tous dans la maturité de leur talent ! Pas un qui ne fut de taille à être premier ministre. Mackenzie occupait alors ce poste. Esprit d'une droiture inflexible, il manquait, il est vrai, d'envergure dans les idées et d'une cer-

l'homme et l'œuvre xt

taine souplesse de caractère. Faut-il l'en blâmer ? Il ne déplaît pas trop de se trouver en face d'une barre d'acier, au milieu de pantins de cire. Self nmde man, enfant de ses oeuvres, il n'avait pas acquis la culture intellectuelle indispensable à un chef de gouvernement.

Se tenant en face de lui, Macdonald possédait, jusqu'à l'exagération, toutes les qualités qui faisaient défaut à son adversaire, si toutefois la duplicité, la ruse, développée* à ce point, sont des qualités. L'art de manier les hommes qu'ignorait Mackenzie, servait admirablement Macdonald. Même il ne se faisait pas faute d'abuser souvent de cet art, flattant les mérites de celui-ci, exploitant les faiblesses de celui-là. Parlementaire de race, plein de souplesse, il était rare qu'il ne sortit pas, comme en se jouant, des pires mauvais pas. Il excellait à appareiller les voiles du navire du côté où soufflait le vent. Après vingt ans de profession de foi libre-échangiste, on le vit soudain se faire protectionniste. Napoléon disait un jour que si, au lieu de brusquer la solution des difficultés, on s'en remettait au temps, elles se pourraient résoudre toutes seules. Sir John s'accommodait de la temporisation comme d'une méthode de gouvernement. Cette façon de se hâter lentement lui valut d'un Indien le sobriquet " d'old to-morrow ". Sous les apparences de bonté et de bienveillance, il cachait une volonté de fer — qualit(:^ indispensable à tout premier ministre. Comble de l'habileté chez lui, il réussit, eu fin renard qu'il était, à atteler au char de son succès des ennemis par ailleurs irréconciliables, les orangistes d'Ontario et les catholiques de Québec. A tout prendre, Macdonald fut un

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