‹ Discours à l'étranger et au CanadaChapitre 50 sur 113 · LXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXX INTRODUCTION

son instinct divinatoire de psychologue avisé ne faisait-il pas sourdre la vérité du for intérieur d'un témoin récalcitrant ! Il est resté le maître, sans conteste, au prétoire.

Pourquoi n'ajouterions-nous pas un autre nom à la liste de nos grands orateurs? Honoré Mercier n'a-t-il pas été, en son genre, un maître de la parole? Personne peut-être n'a pénétré plus profondément que lui dans l'âme des masses. Enfant du peuple, il est resté peuple jusque sur les sommets où l'ont porté des dons exceptionnels. Ses défauts autant que ses qualités le faisaient communier fortement avec la foule. En l'écoutant, celle-ci devinait une forte personnalité sortie de son sein, en gardant toujours vivant le souvenir de son origine. Son langage s'émaillait de mots et d'expressions aux intonations populaires: "Mon pai.i.s, mes fré e res " disait-il. Avec le succès, l'esprit de Mercier s'était affiné, mais non ses goûts. Sa voix puissante manquait de distinction; c'était un beau garçon, figure toujours souriante et narquoise. On retrouvait dans ses façons d'endoctriner les électeurs la finesse et l'astuce d'un renard normand. Grâce à son éloquence roublarde, il empoignait Jean-Baptiste jusqu'à lui faire perdre le sentiment de sa personnalité; maîtrisé par le charme prenant de cette parole pimentée au gré de ses goûts, le bon habitant acceptait la suggession de l'idole.

La tragédie Riel fut le beau moment de la carrière de Mercier; cette épithète ne détonne-t-elle pas dans une si lugubre affaire? Quels discours dantonnesques dans ces tristes

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