LXXII INTRODUCTION
ques détails, mais aucun d'entre eux ne donne autant l'impression du véritable homme d'Etat, il les domine tous par la qualité supérieure de sa parole nourrie de grandes idées. S'il manque à Laurier la grandiloquence de Papineau, la correction classique de Chauveau, la fougue harmonieuse et électrisante de Chapleau, il surpasse cependant ses émules par divers côtés. L'esprit, affiné chez lui par une longue culture intensive et alimenté par an fond d'idées générales inépuisable, fournit, en toutes occasions, à un talent d'une souplesse extraordinaire, l'argument, la phrase, le mot exigé par la situation. Quelque difficile ou complexe que soit un problème, il lui trouve la solution nécessaire, et toujours la seule qui paraisse possible et satisfaisante. Sir Wilfrid s'est un jour proclamé démocrate jusqu'à la garde (to the hilt). Evidemment n'est pas démocrate qui veut. Il nous semble bien plutôt que la tendance de son intelligence, ses goûts relevés le rapprochent plus des gens de qualité que de Jacques Bonhomme. Disons, pour tout concilier, qu'il cache des aspirations démocratiques sous les dehors et les manières d'un grand seigneur. Cette aristocratie de sentiments n'exclut pas la justice et la commisération : le cœur chez lui incline tout de même du côté du peuple, des faibles et des déshérités, pour améliorer leur sort.
Cependant, la distinction de son esprit en fait l'orateur de l'élite plutôt que de la multitude. C'est au Parlement ou dans les grands concours d'intellectuels que son éloquence trouve l'écho qui lui convient. Est-ce à dire que le peuple ne saisit point le sens de sa parole ? Certes, la foule