RAISONS DU SUCCÈS DE SIR WILFRID LXXIII
le comprend, mais elle l'admire surtout parce qu'elle se sent dominée par une intelligence supérieure. C'est par là qu'il est un entraîneur d'hommes.
Ce qui le met hors de pair, c'est cette pénétration aiguë du sens intime des choses, qui lui permet de faire jaillir du fond même du sujet une signification cachée aux yeux ordinaires et toute naturelle en apparence, une fois mise en lumière. Personne autre, ni parmi les écrivains, ni parmi les grands orateurs du pays n'aurait pu tirer des démonstrations de Londres et de Paris leur véritable expression, avec un relief aussi saisissant. Voilà pourquoi sir Wilfrid restera longtemps pour la postérité le prince de nos orateurs : Primus inter pares.
Le propre de la politique n'est-il pas trop souvent d'engendrer des haines et de soulever des animosités? Comment, sous l'empire de ces sentiments qui obnubilent l'esprit de justice, un homme engagé dans la lutte peut-il respecter ses adversaires, tenir compte de leur pensée ? Trop souvent, un mépris exaspéré flétrit les opinions opposées et leur suppose les pires mobiles. Il faut une grandeur d'âme peu commune pour se soustraire à ces petitesses inséparables des passions humaines. Grâce à Dieu, sir Wilfrid a trouvé dans le fond de sa généreuse nature la force morale de s'incliner devant le talent d'où qu'il vienne et de respecter toute opinion. Si violente que se soit montrée la critique de ses actes, jamais elle ne lui a arraché une expression qu'il ait eu lieu de regretter. Prenez garde que même au milieu de la tempête de 1896, alors que l'attaque se déchaînait autour de lui, rageuse, injuste parce qu'elle était