‹ Discours à l'étranger et au CanadaChapitre 7 sur 113 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

chef de parti et un premier ministre aussi complet qu'on le peut désirer. Sa longue présence au pouvoir, avant et après l'union des provinces, témoigne de sa sagesse, de son savoir, faire et de son art de gouverner. Vrai Machiavel, ce politique retors !

Tout autre se montrait son premier lieutenant, sir Charles Tupper. Autant Macdonald procédait avec calme et une grâce souriante, autant une ardeur belliqueuse — probablement simulée — brusquement emportait Tupper. Il fonçait sur l'ennemi avec rage, comme s'il espérait lui porter le coup fatal. Cette combativité se prodiguait trop souvent pour avoir toujours l'effet désiré. Sir Charles n'en était pas moins un homme d'Etat émérite. Beaucoup plus pratique que sir John, c'est Tupper qui, au retour des conservateurs au pouvoir en 1878, a conçu et exécuté le projet du premier Transcontinental Canadien. Il n'eut pas son égal comme homme d'action. Lorsqu'il fut appelé, à la dernière heure, à devenir premier ministre en 1896, une foule de questions l'attendaient au ministère. S'enfermant avec ses chefs de bureau, il règle en une journée l'arriéré des affaires accumulées, par inertie administrative, depuis six mois.

Sir Wilfrid vit aussi à l'œuvre, pendant les dernières années de leur vie parlementaire, Doriou, honnête homme s'il eu fût, et aA^ocat remarquable ; Cauchon, le politique d'alors le plus versé en droit constitutionnel, muni d'un immense répertoire de connaissances encyclopédiques ; Pournier, ministre de la Justice, au sens juridique très étendu, auteur de la loi qui a créé la Cour Suprême. Deux causes

l'homme et l'œuvre XVII

paralysèrent le succès de Fournier: son arrivée tardive au Parlement et une certaine difficulté à parler la langue anglaise.

Gardons-nous d'omettre dans nos souvenirs M. Blake, homme de talent exceptionnel. Son père fut un des députés les plus remarquables, au temps de Lafontaine ; le fils a continué les traditions de la famille. Chef des libéraux, à la suite de la retraite de Mackenzie, jusqu'en 1887, il a mené son parti à la bataille aux jours sombres de l'adversité. Après la défaite de 1878, ses amis étaient revenus au Parlement, affaiblis et démoralisés. Mais l'extraordinaire éloquence de Blake ranima leurs espérances et reforma les rangs. Il aurait été difficile de trouver un parlementaire plus versé dans la science du droit, plus convaincant dans l'argumentation. C'était merveille de l'entendre sonner la charge contre le gouvernement. Sa puissance de raisonnement était si pénétrante qu'elle atteignait jusqu'à ses adversaires. Si la carrière de M. Blake ne s'est point prolongée assez longtemps au Parlement pour lui permettre d'arriver au poste suprême, constatons que son influence s'y est fait souvent sentir à l'égal de celle d'un premier ministre ? A M. Blake revient l'initiative d'avoir mis un terme au dernier vestige du privilège royal dans la question du droit de grâce. En faisant décréter qu'à l'avenir l'expression de gouverneur général signifierait toujours le gouverneur en Conseil, il étendait la responsabilité des ministres à tous les act<'s du gouvei'nenient.

Les actes les plus méritoires d'un homme d'Etat ne sont pas toujours les plus ostensibles, les plus apparente. Per-

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