XC SOUVENIRS
Lorsque, en 1887, M. Blake donna sa démission comme chef du parti libéral, Laurier, malgré ses hésitations, fut forcé de prendre sa place. Il semblait audacieux, dangereux même de mettre à la tête d'un parti composé en si grande majorité d'Anglais et de protestants, un Canadien- Français catholique. Laurier lui-même fut le premier à signaler le danger, mais le sort en était jeté, il fallait que sa destinée s'accomplît.
Le procédé généreux des libéraux anglais contribua considérablement à adoucir l'amertume des luttes religieuses et nationales qui sévissaient depuis quelques années, à calmer l'antagonisme national.
Ils n'eurent pas lieu de regretter leur générosité, car la province de Québec, appréciant l'honneur qu'on lui faisait, se fit un devoir de se rallier autour de Laurier.
La lutte fut longue. Sir John n'était pas facile à déloger ; jamais premier ministre ne fut plus insinuant, plus sympathique, plus habile, plus roué, disons le mot.
Il avait toujours réussi à garder groupées autour de lui toutes les puissances de ce monde, toutes les grandes influences commerciales, industrielles, financières et religieuses du pays, les loges orangistes dans la province d'Ontario et le clergé catholique dans la province de Québec.
Mais il mourut en 1891, et sa mort jeta le désarroi dans l'armée qui le suivait, ébranla les colonnes du temple conservateur.
Aux élections de 1896 le parti libéral arriva au pouvoir, grâce surtout à la province de Québec et malgré l'opposition acharnée du clergé.