XVIII INTRODUCTION
sonne ne sait, par exemple, à quel point l'immense influence de ce grand citoyen s'est exercée dans sa province, pour dissiper les préjugés de religion et de race et calmer le« passions prêtes à s'enflammer.
C'est surtout comme avocat qu'il est resté sans rival. Sa connaissance du droit et sa puissante dialectique l'ont rendu le maître du barreau canadien. De l'aveu de tous les juges du Conseil Privé à Londres, jamais la science juridique et le sens légal canadiens n'ont brillé d'un plus vif éclat que dans les plaidoyers de M. Blake.
Maintenant que ce vieil athlète, l'eprésentant du droit, invincible sous les coups d'adversaires acharnés, plie sous les étreintes d'une cruelle maladie, saluons en sa personne le grand caractère qui sut mettre sa force au service des minorités. Inclinons-nous profondément devant l'avocat de l'Irlande, réclamant ses droits; le défenseur des Métis opprimés et des faibles contre les forts. C'est le trait de sa vie militante qui honorera le plus sa mémoire !
Au milieu de cette floraison de brillantes intelligences, le jeune député d'Arthabaska se trouvait placé à souhait pour apprendre la stratégie parlementaire et profiter de l'eKpérience de ses aînés dans la carrière. Tout en «'imprégnant de la tradition, il sut rester lui-même sans imiter ses devanciers. Rien ne sert dans la vie de se presser ; il suffit de partir à point et d'attendre son heure. Aussi ne se prodigue-t-il point. Durant les quatre années du régime Mackenzie, il ne prend que rarement la parole. Son meilleur discours de cette époque est son plaidoyer sur Riel (1874). Ministre en 1877, il ne fut pas appelé à
l'homme et l'œuvre XIX
prendre souvent la parole. La direction appartenait à M. Mackenzie qui, accaparant presque toute la besogne ministérielle, ne laissait à ses collègues que de rares occasions de le suppléer (1).
Le retour de sir John au pouvoir (1878) permit à M. Laurier de prendre son élan. L'opposition est une excellente école. C'est là que l'on s'initie au secret de la bataille parlementaire. L'absence de la responsabilité qui s'attache au pouvoir laisse à l'orateur une plus grande latitude dans l'attaque. A droite, au banc des ministres, la solidarité est absolue ; le député de la gauche, s'il s'avance trop n'engage que soi-même.
Lorsque M. Blake lui légua sa succession au poste de chef de l'opposition, M. Laurier avait déjà gagné ses chevrons et ses galons d'or. C'est dès lors un généralissime accompli.
Aussi, voyez avec quelle maîtrise il prend la direction du parti? On dirait un vieux parlementaire ayant eu sa genèse, sa formation au Palais de Westminster, tellement la science du droit et de la politique apparaissait dans tous ses discours et dans sa tactique. Ces qualités s'affirmèrent davantage et brillèrent d'un plus vif éclat, le jour où le pouvoir passait entre ses mains. C'est le propre des choses humaines d'être toujours dirigées par un seul homme, monarque absolu ou premier ministre. Ouvrez l'histoire : à toutes les pages, vous y verrez une individualité supérieure imposant sa volonté à ses adhérents. Dans le système soidisant du gouvernement du peuple par le peuple, c'est en-
(1) M. Laurier était entré au ministère de l'accise en 1877 et il abaiHÎonna le pouvoir avec son chef en octobre 1878.