XCII SOUVENIRS
Laurier avait réussi à induire le gouvernement du Manitoba à modifier les lois scolaires de cette province de façon à faire disparaître les griefs des catholiques. Mais Mgr Langevin, archevêque de Saint-Boniface, et tous les évêque(5 de la province de Québec repoussèrent avec indignation le règlement proposé et entreprirent contre le parti libéral une croisade formidable. N'ayant pu réussir devant le peuple, ils résolurent de l'emporter, cette fois, en s'adressant à Rome pour obtenir la condamnation du règlement et du parti libéral en corps.
Ils furent bien près de réussir, mais au moment où tout semblait désespéré pour les libéraux, Laurier obtenait l'envoi d'un délégué apostolique chargé de faire rapport au Pape sur la situation religieuse au Canada et sur la question des écoles du Manitoba.
Mgr Del Val fut chargé de cette importante mission. C'était un jeune homme, mais il avait un jugement solide, mûri par l'étude, une droiture d'esprit admirable et une fermeté inébranlable.
Le résultat de sa mission remplit de joie tous les libéraux. Le Pape décida que les catholiques étaient libres de choisir le mode qu'ils croyaient le plus propre à faire triompher les droits des catholiques du Manitoba, et que les autorités religieuses devaient accepter les concessions importantes que contenait le règlement, tout en s'efforçant d'en obtenir de plus grandes.
iSa Sainteté rappelait aussi les décrets qui, plus d'une fois, avaient été émis par Rome, pour défendre au clergé canadien de s'immiscer dans les luttes politiques, et demandait aux évêques de faire respecter ces décrets.