XCIV SOUVENIRS
La question de l'impérialisme lui a causé aussi beaucoup d'ennuis.
Trois fois il est allé en Angleterre et chaque fois il a soutenu vaillamment les assauts des fauteurs de l'impérialisme, chaque fois il a réussi à capter l'admiration, à soulever les applaudissements du peuple anglais sans sacrifier un iota de l'autonomie du Canada.
Le spectacle de ce représentant d'une colonie anglaise fondée par des Français, de ce descendant illustre d'une race vaincue, mais restée fidèle à ses traditions, n'était pas banal. On le recherchait, on voulait le voir et l'entendre, et tous les journaux faisaient à l'envi l'éloge de son talent et de son patriotisme. Ses discours, où l'élégance et la clarté de l'esprit français se mariaient si agréablement aux qualités solides de l'éloquence anglaise, électrisaient les auditoires les plus froids.
On lui a reproché d'avoir exprimé son admiration pour les institutions de l'Angleterre et sa reconnaissance pour la liberté politique qu'elle nous a donnée, en termes trop chaleureux.
Mais les faits l'emportent sur les paroles. L'histoire dira que lorsque Chamberlain et les hommes d'Etat anglais voulurent faire accepter, par les représentants des colonies anglaises, ses projets d'impérialisme militaire, c'est Laurier qui a été son adversaire le plus redoutable, la pierre d'achoppement de leurs projets et oui réussit à les convaincre considérablement qu'en les combattant il servait les intérêts de l'Angleterre autant que ceux du Canada.
A chacun de ses voyages en Angleterre, il se rendit en