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gg DISCOURS
SI on supprime tous les jourriaut de l'oppôsîtiod , il n'y aura dans tout le royaume, ainsi qu'on en a si singulièrement exprimé le désir danseetle enceinte,' il n'y aura que des journaux d'une seule couleur. Messieurs, avant 1820 il n'y avait qu'une seule couleur en Espagne-, avant 1688 il n'y avait qu'une seule couleur en Angleterre ; il n*y avait qu'une seule couleur en Suisse avant 1814 : vous connaissez les résultats qu'a produits cette unité de couleur.
iSlon content d'y marcher par l'art. .3 , on yeut se l'assurer par l'art. 4. Cet article, c'est la dictature^ he ministère ne l'a pas dit, le rapporteur l'a avoué, et un orateur, défendant le projet , s'eh est félicité. Èh bien! sur cet art. 4 , veuillez écouter une des colonnes de Topitiion que vous professez : « On s'en tiendra désormais à la Charte, vous dira-t-on, écrivait M. de Chateaubriand en 1816, Dieu le veuUle; c'est tout ce que je demande, mais je ne suis pas du tout tranquille. En vertu de l'art. 14 de la Charte, qui donne au roi le pouvoir de faire lés ordonnances et réglemens nécessaires pour Fexécution des lois et la sûreté de l*Etat, les ministres ne pourront-ils pas voir la sûreté de l'État partout où ils verront le triomphé de leur système? H y a tant dé constitutionnels qui teulent gouverner aujourd'hui avec des ordonnances, qu'il est possible qu'un beau matin toute la Charte jsoit confisquée au profit de l'art. 14; »
Voilà ce que disait M. de Chateaubriand dans son
post-scriptam de la Monarchie selon la Charte
(Très vive citation. ) Pour moi, je crains beaucoup cette confiscation. Avec l'art. 14, interprété comme
DE M. BENJAMIN CONSTANT. 6t
on le fait, il n*y a plus de Charte : car, dès que les ministres peuvent la suspendre , elle n'existe plus» J'ai donc eu raison de qualifier cette doctrine de cri de guerre contre la Charité. Voyons maintenant quel est l'étendard de ceux qui ont poussé ce cri de guerre. Je le trouve déployé , cet étendard, dans le discours que j'ai déjà cité et qui a du moins le mérite de la franchise. Deux systèmes y sont exposés. Voici les propres paroles: d'un côté, aune religion puissante, un clergé véhéré, utie magistrature auguste, une* aristocratie réelle et solide , toutes les institutions d'une grande monarchie; enfin, la paix, le repos, et jusqu'à des lois de fer pour comprimer la pressé.... ^ (Voix à droite: Eh bien! M. de Ërénilly a raison... w Nous pensons comme lui.) Permettez-moi, Messieurs^ de jeter un coup d'oeil sur ce système. Une religion puissante! Qu'entend-on par Ik? Est-ce puissante sur les cœurs? Certes , nous le voulons tous. Est-ce puissante contré ceux qui professeront d'autres opinions religieuses? ( Vifs murmures à droite. )
Messieurs, sî elle est puissante sur les cœurs , vous n'avez pas besoin de classes ïri de hiérarchie pour la rendre puissante : moins vôùis ferez pour elle, plus elle aura de force. Un clergé honoré ! (Pinceurs voix à droite : Oui , oui. ) Est-ce un* clergé honoré par ses vertus? Naine refusé de réspeetét' Bélzdncé, Fénélon et tous ceux qui pourraient leur rèssembleri Est-ce un clergé honoré comme ordre , comme- état dans l'Etat? Il faut s'expliquer. Une magistrature auguste, une aristocratie réelle et solide ! Mais qu'erttend-on par une aristocratie réelle et st)lide? (Murmures h
droite.) De quoi v^ut-on composer celte aristocratie? de propriétés? Mais Taris tocratie peut en posséder comme les autres ciloyens. Est-ce de privilèges ? Mais il ne peut y en avoir d'après la Charte. Que veut-on donc par cette aristocratie , je le demande, et n'est-ce pas un système que nos institutions ' réprouvent ? (Murmures à droite.) Mais voici qui est beaucoup plus clair : des lois de fer pour comprimer la presse ! Ainsi, Messieurs, voilà le système qu'on voudrait introduire parmi nous! Ce sont des lois de fer pour endiainer la liberté que la Charte garantit I
Voici maintenant comment l'orateur peint le système opposé : « A bas les missions ! nulle classe , nulle hiérai*chie, point d'autres institutions que la Charte , point d'autres corps que les Chambres , les propriétés en poussière, la démocratie à pleins bords, le niveau partout; enfin, liberlé sans frein pour la presse. »
Je reprends ce tableau, parce qu'il faut le rectifier. D'abord personne ne pense à crier : A bas les missions! Tout le monde désire que les prêtres, de quelque espèce qu'ils soient, se renferment dans les bornes de leurs augustes fonctions, qu'ils n^'apportent aucun trouble dans les familles , qu'ils ne sèment l'agitation nulle part. Ainsi, pour mon compte, bien que je convienne que ce système, tel que je le comprends , est le mien , je repousse cette première accusation. Nulle classe ! Non , Messieurs , nulle classe! les classes, nous l'avons prouvé, sont des choses étrangères à la Charte ; il n'y a à présent aucune classe fixe; la société est devenue égale p^^
réiai actael des lumières , par Tétat de l'industrie et par la volonté de la Charte : ainsi, quiconque veut rétablir des classes , veut rétablir une inégalité autre que celle des fonctions , et celui-là est un ennemi de la Charte. ' ^
Nulle hiérarchie! Si par ces mots on entend la hiérarchie des fonctions , celle qui existe du maire au sous-préfet, du sous-préfet au préfet, et ainsi de suite , personne ne la dispute ; mais si c'est une hiérarchie morale à laquelle on veut nous ramener par je ne sais quelle Violence , je la repousse de tout mon pouvoir. (De nouveaux murmures s'élèvent à droite. Plusieurs voix à gauche: Attendez quW fasse silence.)
Point d'autre institution que la Charte ! Jamais reproche ne fut plus injuste , puisque vous nous avez accuses, vous-mêmes, de devancer l'initiative royale, en faisant entendre notre voix pour demander les institutions qui doivent consolider la Charte. Il n'y en a pas une seule que nous n'ayonâ réclamée sans cesse: ainsi le reproche est mal fondé, à moins que l'on ne veuille parler des institutions qui détruisent la Charte, car, pour celles-là, nous n'en voulons pas.
Point d'autres corps que les Chambres ! Non , point d'autre corps politique ; et c'est pour cela que nous nous opposons maintenant à ce qu'on donne un pouvoir politique aux cours judiciaires. Nous ne voulons aucune autre autorité politique que celle que h Charte nous a donnée, parce qu'elle sudBt, par la pu>blicité de nos discussions, à l'examen libre' et approfondi des lois , et qu'elle nous préserve par la divi-
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sion des pouvoirs, de toute précipitation et de toute violence • Ainsi j'adopte cette partie : pas de hiérarchie y pas de classesi pas d'autres corps politiques que la Chambre. »
Les propriétés en poussière ! Eh! Messieurs, avezvous jamais vu poussière mieux cultivée? (On rit beaucoup») C'est de la division de la propriété quç vous voulez parler, Ëhbien! cette division , je la désire ardemment, parce qu'elle est le meilleur moyen de favoriser tous les genres de culture, (Mm^mures à droite.) Je suis fâché que les chevaliers de la grande propriété m'aient dpnpé tant de raisons de désirer cette division. Je crois que plus les propriétés seropt disséminées , plus nous aurons d'hommes attachés à l'ordre constitutionnel, d'hommes intéressés à repousser l'anarchie. Ainsi j'admets encore , non pas que la propriété doit être réduite en poussière, mais divisée entre autant de propriétaires qu'il s'en trouvera pour l'acquérir. ( Voix à droite : Que ne demandez-vous la loi agraire? La gauche éclate en murmures.)
Enfin y liberté sans frein pour la presse! Messieurs, je ne conçois pas qu'on puisse accuser ni les honorables men^resavec qui je siège, ni moi , de vouloîi* une liberté sans frein ; nous avons toujours demandé une liberté légale , et ç'pst parce que vous voulez un arbitraire légal que vous uqus accusez.
Entre ces deux.; système^ , le choix de l'orateur que je cite n'est pas douteux ; il vous supplie de ne pas lui faire l'injure de croire qu'il hésite; de ces deux langages^ dit-il , il n'entend que le premier : l'autre, selon lui , n'est pas français, l^e système qu'on dé-
sire est donc cjiair : c'est l'omnipotence et l'aristocratie ; c'est l'oninipotence qui , comme on nous l'a dit , peut modijSer la Charte ; c'est l'aristocratie qui , comme nous voyons , fait tous ses efforts pour surgir en dépit de la Charte.
Messieurs, le projet de loi n'est qu'un moyen d'atteindre ce but ; il pQUrrà vous y mener directement; vous pourrez y arriver : vous avez pour vous l'orçanisation , le nombre et la légalité apparente. Mais daignez regarder au dehors ; daignez voir l'état de l'Europe et de la France ; daignez voir toute cette génération, qui n'a pas été nourrie dans les préjugés, qui n'est pas intéressée aux privilèges , et qui ne demande que l'égalité, et qui la réclame 4e toutes les manières , tantôt par des moyens qu'il est toujours déplorable d'employer, tantôt par l'expression douce et paisible d'une opinion persévérante. Vous ne ferez, j'ose vous le dire, que retarder une crise que vous pourriez éviter. (Vive agitation à droite. C'est une provocation ! Vous voulez qu'on fasse comme en£spagne!f...)
Croyez-vous, Messieurs, qu'on ait provoqué cette crise dans les autres pays ? Croyez-vous que quand l'Espagne était gouvernée (Même agitation. )
Messieurs , beaucoup de moyens existent pour retarder d'une heure, d'un jour, d'un mois, d'un an même cette crise européenne. Eh bien ! tous ces moyens ont été employés par le gouvernement anglais à l'époque que je yous ai citée. Les meilleurs citoyens d'Angleterre ont péri; et à peine leurs corps étaient-ils recouverts d'un peu de terre , que leurs
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principes ont reparu victorieusement et les ont vengés (Vive adhésion à gauche.)
Je pourrais vous dire la même chose de ce qui est arrivé dans la Péninsule. ( De nouveaux murmures s'éljèvent a droite. Voix à gauche : Laissez donc parler ! ) Je ne me déguise pas que nous , défenseurs de ce que nous regardons comme la liberté constitutionnelle..... (M. DE Marcellus : Et nous du Roi!.... M. DE Granoux : Oui, oui , du Roi!)
Je ne me déguise pas, que nous , qui avons été long-temps, qui sommes et qui serons toujoiu^s les
défenseurs de la liberté constitutionnelle {M. de
PuYMAURiN : De la licence), nous sommes une génération de transition. C'est pour une génération plus forte et plus heureuse que nous travaillons ; nous devons remplir notre devoir. Vous pouvez étouffer nos voix , vous pouvez colorer votre oppression ; mais ne vous ' y trompez pas , nos doctrines , c'està-dire la liberté légale , l'égalité des citoyens , la liberté des cultes , point d'arbitraire ( voix à droite : Nous aussi, nous voulons tout cela. ) ; nos doctrines survivront ; nous les avons enseignées à la génération qui nous suit. Cette génération généreuse viendra honorer notre mémoire, quoi qu'il arrive (rire à droite); et pour un triomphe momentané de vos doctrines , vous courez le risque de perdre la monarchie , peut-être aussi la France , et de couvrir la mémoire de ceux qui ont voulu rétablir ces doctrines d'une éternelle exécration..... (La plus vive agitation se renouvelle. ^.
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