DES NOIRS
i Séance du 31 juillet 1832^
Messieurs,
Après ce que j'ai eu l'honneur de dire à la Chambre dans deux sessions consécutives , après ce que Tient de dire M. de Laborde dans son dernier discours , j'espérais que M. le ministre de la marine nous don^^ nerait quelques éckircissemens sur cette coupable continuation de la traite des nègres. ( Murmures à droite.) Je suis accoutumé , toutes les fois que je défends des hommes opprimés, blancs ou noirs, à en* tendre des murmures (on rit à droite); mais ces mur-^ mures ne m'empêcheront pas de les défendre. Je conçois que quand il est question , soit des citoyens français accusés , soit des nègres voués au fouet ou à la roué, on doit entendre des éclats de rire dans une portion de cette Chambre. (Murmures à droite. C'est effroyable!) Ce qui est effroyable, c'est de rire et d'insulter. (Les mêmes voix : C'est affreux ! on est ci plus humain que vous.) Je déclare que quelque
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peu pàriêtnetitftire que celd soit ^ je rëpôhdrai à toutes les interruptions ; j'y répondrai ici et ailleurs. ( On rit à droite.) J'ai répondu toiyoursà tout ce qu'on m'a fait l'honneur de me dire.
M. de Laborde a cité des faits qui prouvent que la traite des nègres continue; il a cité le nom d'un vaisseau ; il a dit qu'il ne pouvait pas affirmer les faits, mais que les papiers étrangers étaient pleins de détails qui donnaient II ses suppositions beaucoup de vraisemblance. Autrefois , Messieurs / quand nous plaidions ici la cause de cette classe malheureuse qu'on voue aux plus horribles traitemens, l'ancien ministre de la marine avait au moins la bonté de nous rassurer par des promesses ; son successeur a adopté, comme fl Ta dk lui-même, un superbe silence, parce qu'il né veut répondre à aucune interpelkition. Je me crois donc obligé de rappeler à la Chambre qu'Q est d'au^ tant plus urgent de ne pas voter des fonds pour la colonie dam laquelle se fait principalement la t|^te des nègres , que le ministre de la marine actuel , en opposition avec toutes les promesses de son prédécesseur, a déclaré à la Chambre des pairs que la législation actuelle était suffisante.
Messieurs , nous pouvions espérer quelque chose pour l'humanité lorsque le ministère reconnaissait que notre législation était vicieuse, lorsqu'il nous promettait qu'elle serait améliorée et mise de pair avec celle des pays qui ont le plus réprimé la traite ; mais aujourd'hui le ministre dit : « Je ne changerai rien à la législation , » et en même temps les faits se multiplient pour prouver que la traite continue*
D£ M, fiCHJAMIN CONSTANT. l%\
n est ifnportiint que tous leshoranesiqui respee* lent rhumanité se prbnoncent contre cet infâme système ) et nous devons répondre a ce qui a élé dit sur notre législation. On a dit : « Croyez-vous que les tribunaux appliqueraient des peines plus sévères? » Eh! Messieurs, vous ne vous défiez pas des tribunaux quand il s'agit de délits moins graves , moins ftmestes; vous confiez aux jurés le soin de prononcer des condamnatidns sur des faits, que l» moyçus qui les ont provoqués expliquent et atténuent jusqu'à un certain point ; vous croyez assez alors à la sévérité ' des jurés ; et pour un crime qui attente à tous les droits de la nature et de l'humanité , vous croyez que les jurés français ne prononceraient pas une peine suffisante. Tout cela n'est qu'une vaine excuse.
J'ai toujours pensé que Tanden ministre de la marine voulait doucement, prudemment, et avec cette timidité qui caractérise tous les ministres, même ceux qui sont de bonne foi, poiter ren^ède ^ Tépouvantable fléau de la traite das Noirs; aujourd'hui oii pou^ dî^ qa« la législation s^*a maintimiie i la traite des nègv^ se fait; nous donnons un grand scwdale à TËurop^, Je vole donc contre l'allocation demandé^i jusqu'à cfi que des «pUc^tions nous aiept ét4 fournies par le ministre*
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SUR LE BUDGET
DÇ hA CHAMBRE DES PAIRS