‹ Discours à la Chambre des députésChapitre 4 sur 75 · SUR LA PRESSE · texte numérisé non relu

SUR LA PRESSE

(Séance du 25 janvier 1832.)

BIessieurs ,

Lf^article qui vous est soumis est d'une telle importance , que sans doute plusieurs de mes honorables collègues vous le feront envisager sous toutes ses faces. Je ne viens, par conséquent, que vous soumettre une seule considération qui me parait décisive sur cet article , parce qu'elle repose sur des faits.

Je laisserai à d'autres le soin de relever l'inconséquence d'un article qui pourrait exposer les juges à considérer comme une dérision contre la religion de l'Etat, les écrits polémiques des autres cultes qui sont autorisés en France , et qui doivent jouir de toute liberté. H est presque impossible d'attaquer un dogme quelconque d'une religioA, sans encourir l'accusation de vouloir tourner plus ou moins cette religiop

rO PISCOURS

en ridicule. Être faux est toujours une chose fâcheuse pour un dogme; tâcher de prouver que tel dogme est faux, pourra être regardé comme un oujU^ge. Il faudra donc que les écrivains de religions différentes, sous peine .d'encourir des peines très graves, renoncent k toute polémique : ce n'est pas là ce que vous voulez sans doute. Je pense donc qu'il valait mieux s'en tenir, à cet égard , à l'ancienne loi , que d'insérer dans le projet de loi ces mots : tourner en dérision j qui peuvent s'appliquer à des écrits polémiques.

Quelque grave que soit celte considération , ce n'est pas cependant de cela que je veux entretenir la Chambre. Je ne parlerai pas non plus de la question de savoir si l'on ne regardera pas comme des dérisions, des attaques contre certains exercices religieux contre lesquels Pascal lui-même à employé la dérision. Je crois , comme on Fa dit dans la discussion générale, que l'écrivain qui se permettrait ces attaques , serait justement condamné sous l'empire de votre loi , qui est injuste , parce qu'on ne pourrait s'empêcher de les regarder comme une dérision. Je crois que votre projet semble aussi prendre sous sa protection ces corporations si bizarrement introduites en France , au mépris de la Charte et contre l'intérêt tle la religion; ces corporations dont les mânes d'Henri III et d'Henri IV doivent s'étonner de voir la résurrection. (Murmures à droite. )

Oui , Messieurs , ces corporations régicides , justement exilées de la France. ( Nouveaux murmures à droite. )

D£ M. BENJAMIN CONSTANT. Il

Une yoix à droite : Ce sont les jacobins qui étaient des régicides. ' «

Oui 9 c'étaient des jacobins, Jacques Clément

(Une très vive agitation se manifeste. )

Messieurs, ce n'étaient pas là les considéralions que je voulais vous soumettre ; je crois celle que j'ai a vous exposer bien plus importante. Quel est le but de ce premier article ? De maintenir en honneur la religion^ de la raffermir, de l'aiiraciner dans les âmes. Pour atteindre ce but, que faut -il faire? détruire les causes qui s'opposent au sentiment religieux , au respect pcMir les croyances consolantes; côtnplémait du boidieur, soutiai dans l'infortune. Quelles sont ces causes? est<^ce la témérité de quelques écrivains , pitoyables imitateurs d'une époque surannée ,

voltigeurs de l'mcrédulité (On rit aux éclats.)

aussi ridiraies que les voltigeurs de l'ancien régime , n'ayant ni assez d'esprit pour sentir qu'il ne faut pas se traîner sur l'esprit des autres , ni assez de tact pour s'apercevoir que trafite ans de lutte ont créé en France une xlispositi(»i grave et réfléchie qui répugne égalemenc aujourd'hui à la plaisanterie licencieuse et à l'impiété déclamatoire? Non, Messieurs, ces causes, faut-il vous dire où elles se trouvent? dans la marche du gouvernement.On associe la religion à des actes et à des doctrines attentatoires à la fiberté. Ce que toute une nation éclairée réclame , on le lui conteste , on le lui arrache au nom de la religion. On invoque une croyance essentiellement amie de l'égalité et de la justice, en feveur des privMégeset des iniquités. On a tdlemeiiitr soin de transformer un présent du ciel en

un instrument de tyrannie , qu'on proclame le droit divin des Tares contre les chrétiens assassinés.

De la sorte, on a élevé une barrière entre la génération , qui serait religieuse , mais qui veut être libre , et le sentiment religieux dont elle a besoin. L'incrédulité se place, pour ainsi dire, au nombre des garanties, quand Fincrédulité et les garanties sont attaquées simultanément. On repousse Phomme vers Timpiété en trahissant Fabus qu'on ferait de la croyance ; et depuis un an , il y a tel acte du ministère, tel discours prononcé à. cette tribune, telle insinuation sacerdotale contre la Charte ou les biens

nationaux (Voix à droite : Ah ! nous y voilà. ) qui

sont plus propres à créer des athées , que les sophismes les plus adroits ou la licence la plus téméraire.

Ces productions impies, que je méprise plus quç vous peut-être, qui les a produites ? Tancien régime...

(On rit et murmure à droite Voix à gauche: Cela

est très vrai. ) C'est sous cet ancien régime qu'elles ont paru, et si aujourd'hui nous les voyons reparaîtife, c'est que de toutes parts surgit la menace

de l'ancien régime (Les plus violens murmures

interrompent de nouveau.) Elles furent son cortège avant sa chute ; elles redeviennent son cortège à. sa résmrection.

Délivrez donc la religion d'uae alliance qui laflé-* trit, elle triomphera dans tous les esprits et dans tous les cœurs. Tous l'appellent; tous la désirent. Que ses prétendus auxiliaires se retirent, la France entière s'élancera par diverses routes veçs les vérités j^ndamentales , source de vertus et d'espoir. Que

les contre-réTolutionnaires ne souillent plus la relig^ion de leur approche , elle n'aura pas besoin d'amendes et de prison pour être respectée.

Je demande le rejet de Tarticle ; l'art. 8 de la, loi du 17 mai 1819 est complètement suffisant.

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