DU JOURNAL DU COMMERCE
(Séance du 22 féyrier 1826.)
Messieurs,
Le roi, par le premier acle de son règne, a délivré la France de la censure; les ministres, dont certes je ne suis ni Fapologiste ni le partisan (on rit), nous donnent tous les jours Texemple de supporter des attaques qu'ils regardent avec raison comme une condition nécessaire au gouvernement représentatif; les tribunaux font profession d'un respect profond pour la liberté de la presse périodique , et reconnaissent publiquement que l'imprudence même ne constitue pas un crime ; la Chambre voudra-t-elle se placer dans une position telle, qu'à la face du roi, qui veut la liberté et qui a aboli la censure , à la face des ministres qui tolèrent la liberté , à la face des cours royales qui l'encouragent , elle s'isole pour se mettre en hostilité avec tous les pouvoirs de l'Etat et avec l'opinion générale qui réclame le maintien de la liberté?
Il ne faut pas le déguiser, Messieurs , beaucoup d'alarmes sont répandues sur la liberté de la presse, et principalemenl de la presse périodique ; et les discours d'un certain parti, dans cette Chambre, sont bien propres à, aggraver ces alarmes. Hier encore, M. de Salaberry, en faisant sa proposition, a dit qu'il ne s'occuperait pas de la question de la liberté de la presse quant à présent, mais qu'il aurait occasion de nous en entretenir plus tard. De son côté, M. de Blangy a recommandé l'exemple de ces gouvernemens absolus qui ne permettent pas dans leurs Etats la publication de feuilles périodiques , et qui écartent de leurs frontières celles qui viennent de l'étranger ; il a ajouté que , réduit à chercher le remède dans l'excès du mal , il appuyait la proposition de M. de Salaberry. Donc un certain parti déclare la liberté de la presse un mal.
Mais , Messieurs , on vous dit chaque joui* et vous répétez que la France jouit de la plus grande prospérité ; cette prospérité n'a-t-elle pas pris son accroissement depuis l'existence de cette prétendue licence, depuis qu'une censure perfide ne mutile plus les journaux? N'est-ce pas depuis la liberté de la presse qu'on n'entend plus enB rance ces bruits de mécontentemens, de conspirations , qui troublaient la sécurité publique sous le régime de la censure ? Jamais la France n'a été si tranquille qu'aujourd'hui; jamais les sources de sa prospérité n'ont été plus fécondes ; jamais les citoyens ne se sont mieux soumis k tout ce qu'on exige d'eux ; jamais les impôts n'ont été mieux payés ; jamais la religion n'a reçu plus d'honneurs : et c'est au
milieu de cet élat prospère el consolaoi que toq» venez, avec des phrases sans cesse rebattues depuis trente ans^ nous parler dWe licence qui n'existe pas; de cette licence qui est démentie par vous*ménies dans tous vos discours. C'est là une contradiction par trop
Messienrs , je crois qu'il est essentiel que la Chan»bre ne s'isole pas des autres pouvoirs, qu'Ole ne se déclare pas l'ennemie de la presse périodique, quand tons les pouvoirs, sans excepter les tribunaux , la pro^tégent. Je n'ajowterai qu*un seul mot : ce n'est, certainement pas la première- fois que èes joumaujc ont attaqué la Chambre; ce n'est pas .Ja première' fofe qu'ils se soi^ permis sur elle dés remarques serères». Plusieurs Chambres précédentes ont été accusées^d'étre révolutiomiaîres-, d'avoû" fait une loi athée ^ d'étrè en» nemies de la monarchie. Ces Chambres ont hiÈ9é pash ser ce$ accusations, parce qu'elles avaient la confiance qu'elles n'étaient ni révolutionnaires, ni athées, fii en^ nemies de la monarchie. Si tout à coup, parce cpi'un joumahste a dit avec imprudence, que vous défendie? des intérêts personnels, vous le punissez de Pem^sonneraent, qu'en résuUera-tJl? On croira qu'en effiet un sentiment intime vous avertit que cett^ accu^tidn n'est pasrepoussée par lé publie, tandisqu'au contraire vos prédéces$eurs avaient la conscience d'être attachés à la monarchie, et de n'être ni athées ni révolution* naires. Vous donnerez au public Pidéeque ne pouvant répondre par des actes aux accusations dirigées contre vous , et que , pour mon compte , je: croîs mal 'fion^ dées , vous voulez et on f fer ces* accusations par la vieil. 25
lence. Pensez-vous qu'on vous croira plus détachés de tout intérêt personnel , par cela que , jugeant dans votre cause , vous aurez envoyé un journaliste en pri- 8(m? Non , sans doute ; et cet envoi en prison est loin d'être une réponse péremptoire.
Je ne veux pas fatiguer davantage la Chambre. Je dis donc, en me résumant, que tous les pouvoirs de l'Etat respectent la liberté de la presse- La Chambre se mettra-t-elle en état d'hostilité avec tous ces pouvoirs? Punira -t-elle un article oublié depuis longtemps, un article que le préopinant lui-même a dît ne connaître que depuis hic^? A propos de cet article y la Chambre se donnera-t-elle une apparence 4e violence et de pasâon? Assez de méfiances se sont élevées contre nous depuis l'origine de cette Cham- J>re ', gardons-nous de réaliser les crajntes soulevées ^r les âections, et sachons nous élever au-dessus des attaques qui ne peuvent compromettre ni la sûreté publique , ni même notre considération propre, si nous les méprisons. On vient nous citer ici les gouvernemens qui proscrivent les journaux : je demande à ceux qui font cette citation , quels sont les deux Etats en Europe où l'on jouit de plus de tranquillité unie à une liberté légale? C'est la France , c'est l'Angleterre; tandis que le& pays où la liberté de la presse est proscrite, aOnt travaillés par de sourds méconlentemens. Celui-là même, sur lequel reposait toutéia sécurité des principes des gouvernemens absolus, est miné dans son intérieur et dans sa base. Certes , l'exempk cité n'est pas bien choisi. La France et ^Angleterre sont calmes , riches et heureuses ; les
autres Etats , au contraire , sont travaillés d'une maladie interne dont on ne peut calculer la fin.
Je vote, pour que nous donnions un grand exemple de notre respect pour la liberté de la presse , en repoussant la proposition de M. de Salaberry.
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