‹ Discours à la Chambre des députésChapitre 54 sur 75 · II, 2S · texte numérisé non relu

II, 2S

verrez que je n'arriverai pas à des conclusions séditieuses, malgré ce qu'on a pu vous dire sur les instigSiteurs de la jeunesse et les fauteurs de troubles. (Onrit. ) Tous les Français, sans distinction d'âge ou de sexe , ont la faculté de faire des pétitions. Une pétition n'est qu'une demande qui n'engage à aucun acte , qui ne lie en rien l'autorité. Ainsi, soit que la pétition vienne d'un majeur ou d'un mineur, elle ne peut avoir aucun résultat fâcheux. ( Murmures.) Si vous preniez la peine d'y réfléchir, vous seriez de mon avis. Mais entrons dans l'examen d'une question plus grave ; voyons si le droit de pétition ou tout autre exercice innocent, inoffensif... (Interruption à droite.') Oui, Messieurs, tout autre exercice inoffensif. Est-ce que l'exercice d'un droit politique n'est pas une chose utile, désirable , dans un pays qui doit se former au gouvernement représentatif? (Nouvelle interruption.) Je vous demande la grâce de n'être pas interrompu. Vous me réfuterez si vous le jugez convenable.

Messieurs, dans tous les pays libres , sans exception , on trouve avec raison que la jeunesse ne doit pas prendre part à l'action politique , qu'elle ne doit avoir aucun pouvoir; mais en même temps on lui permet de se former aux affaires du pays, auxquelles elle sera un jour appelée k participer. Dans ces pays, autant on désapprouverait l'intervention active de la jeunesse dans les affaires de l'Etat , autant -on l'encourage'à s'en occuper. En effet, je vous demande quel mal ces pétitions peuvent faire dans l'Etat ? Elles ne peuvent avoir d'autre effet que de vous inviter à

les renvoyer à un ministre ou à passer à Tordre du jour. C'est donc de toutes les facultés politiques celle dont l'exercice soit le plus innocent et le plus utile. Il est bien que la jeunesse n'arrive pas aux affaires publiques sans avoir acquis quelque expérience. De bonne foi, aimeriez-vous mieux que la jeunesse fût comme elle était il y a quarante ans? La jeunesse, il y a quarante ans, était livrée à des plaisirs grossiers ou à des amusemens frivoles. (Agitation à droite.) Aimeriez-vous mieux que cette jeunesse, au lieu de s'occuper de ce qui doit l'intéresser, se livrât à des distractions que je ne veux pas qualifier à cette tribune, parce qu'elles sembleraient trop ridicules? (On rit.) Comment, Messieurs, vous ne vous félicitez pas de ce qu'une génération sérieuse avant l'âge vient s'occuper des intérêts publics ? (Voix à droite : Non , non ! ) Je n'ai rien à dire si vous voulez former une génération poiu* le règne de la régence, vous avez raison (murmures); car il faut enfin que la jeunesse s'occupe... (On rit.) Et quand vous ôtez à toute la génération naissante le droit de réfléclûr et d'exprimer son opinion sur les affaires publiques, vous la condamnez à devenir ce qu'elle était sous la régence , c'est-à-dire livrée à de misérables intrigues et h des frivolités. (Nouveaux murmures.) Messieurs, je ne me suis pas dissimulé , en montant à cette tribune, que je serais écouté avec quelque défaveur. Je savais que certaines phrases exhumées d'une auti'e époque , et que nous avions été assez heureux pour ne pas entendre depuis plusieurs années , réveilleraient des souvenirs, et qu'une portion de la Chambre pour-

rait ^etîroire reportée au temps où ces phrases produisaient Tef fet qu'on en attendait ; mais cela ne m'a pas empêché de monter à la tribune pour un droit qu'il est de notre devoir de défendre. Je déclare que je n'ai pas lu la pétition ; j'ignore si elle est inconvenante ; je ne connais pas les signataires. Mais je dois dire que le' ton avec lequel M. le rapporteur s'est exprimé m'a étonné. S'il y avait en effet autre chose que ces expressions vagues qui peuvent être plus vives dans la jeunesse; s'il y avait des choses si inconvenantes , il me semble que M. le rapporteur vous les eût citées. Je n'en sais rien , je le répèle , mais je suis persuadé qu'elle ne contient rien d'inconvenant , rien qui pousse à la révolte.

Messieurs, vous venez de voter précisément le contraire de ce que vous avez voté il y a dix jours ; vous venez de déclarer que vous avez eu tort il y a dix jours ; vous venez d'apprendre à la France que dans l'espace de dix jours la Chambre des députés change d'opinion , et , ce qui est plus fâcheux , qu'elle passe d'une opinion qui lui avait paru indépendante et constitutionnelle à une opinion purement ministérielle. (Murmures.) Messieurs, vous n'avez fait que valider les conclusions de deux orateurs ministériels; ainsi je ne puis m'attendre que vous reveniez actuellement sur la décision que vous venez de rendre. Cependant, comme vous êtes en train de revenir sur vos opinions précédentes, il n'y aurait peut-être pas de mal a ce qu'on nous vît en ce moment revenir sur celle-ci. (On rit.)

Je ne puis m empêcher de reftiarquer une chose

bizarre. On vous a dit qu'une pétition , c'était dire au roi : Nous ne voulons pas que vous présentiez une loi; et à la Chambre : Nous ne voulons pas que vous l'adoptiez, Tandis,. Messieurs, qu'une pétition* dit au roi : Vous nous avez donné le droit de pétition , et en fidèles sujets nous en faisons usage pour soumettre à V. M. les inconvéniens que nous croyons apercevoir dans cette loi ; c'est dire à la Chambre : Les Chambres ont proposé une mesure que nous croyons funeste au pays. Vous voyez, Messieurs, que dans les deux cas, c'est une humble demande adressée à la sagesse du trône et de la Chambre.

On dit que la pétition ne doit concerner que des intérêts privés. Mais y a-t-il un intérêt privé qui ne soit compris dans une loi générale? Si vous faites une mauvaise loi générale, ne froissez-vous pas des intérêts privés? Le citoyen qui, dans une loi générale, croit voir ses intérêts compromis, a le droit de s'adresser à vous.

Je ne vous parlerai pas des épigrammes qu'on s'est permises contre des cadets qu'on voulait dépouiller et qui ont protesté, ou contre des ain^s qui sont venus libéralement faire le sacrifice des droits qu'on voulait leur donner. Messieurs , il serait affligeant pour l'espèce humaine de ne voir dans une nation entière qu'un vil égoïsme ; mais heureusement la nation ^ française n'est pas tombée à ce degré d'avilissement. Nous deviHis nous applaudir de voir des citoyens assez généreux pour repousser un privilège injuste ; il me semble qu'ils mériteraient plutôt notre estime que des épigrammes académiques. (Voix à gauche : Bien , bieaa I )

Je n^'oppose à Tordre du jour, et je demande le dépôt de la pétition au bureau des renseignemens.

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CONTRE LE PROJET DE LOI

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