SUR I.A LOTERIE
(Séance du 9 juin 1836.)
Messieuhs,
S^il existait sur vos places publiques, ou dans quelque repaire obscur, un jeu qui entraînât nécessairement, infailliblement, la ruine des joueurs; glle di«* recteur de cette illicite et fallacieuse entreprise^ vous avouait qull joue à coup sûr, c'csst^à-dire en opposi* tion avec les \m de la probité la plus vulgaire , que, pour assurer le succès de sa déloyale spéculation, il tend des pièges à la clfasse la plus facile à tromper et à corrompre; s'il tous disait qn% entoure le pauvre de séductions, qu'il pousse l'innocent aux actions les' |dus coupables ; qu'il a recours , pour aveugler sa proie, aux impostures et aux mensonges; que ses mensonges et ses impostures se colportent ait grand jour, dans toutes nos rues ; que ses promesses absurdes et illusoires ret^itissait aux oreilles de la cré* duUté et de l'ignorance; qail a organisé des morjrens de clandestinité et de ténèbres, afin que les dupesse précipitassent dans le gouffre,' sans que la raison pût les éclairer, la crainte du blâme les reteatr^ hà
cris de leurs proches les préserver de la tentalion ; s'il ajoutait que pour répondre à ses inyitations perfides, renouvelées sans cesse, le domestique vole son maître, le mari dépouille sa femme , le père ses enfans ; que lui, tranquillement assis dans sa caverne privilégiée, instigateur à la fois et receleur et complice, il tend la main pour recueillir les produits du vol, et les misérables centimes arrachés à la subsistance des familles; s'il terminait par ^reconnaître que chaque an* née les désordres qu'il a provoqués entraînent les victimes de la misère au crime, et du crime au bagne, au suicide ou à Téchafaud , quels sentimens éprouverions-nous ?
Messieurs, voilà la loterie, ses combinaisons, sesartifices, :ses calculs, ses résultats; Tout ce qu'on vous dit en sa faveur ne change rien au fond des choses. Elle existe pour la spoliation , elle subsiste par la de* ception; elle aboutit à la ruine, au suicide ou aux supplices^
Je demande donc à MM. les ministres ce qui les engage à la maintenir.
Les besoins de TEtat? Msâs tout retentit de là prospérité de, nos -finances^ Dix-neuf millions vont être retranchés de nos recettes. Ne vaudrait-il pas mieux renoncer h onze millions qui en coûtent cinquante ? car l'hnpôt le plus immoral dans ses conséquences est le plus ruineux dans sa perception; le dégrèvement qu'on vous propose, consentiriez-voUs à en devoir les deux tiers à un impôt vicieux , corrupteur, souvent teint du sang de ceux que la loterie pousse au désespoir?
La nécessité de repousser les loteries étrangères? Les loteries étrangères n'ont aucun danger pour la classe qu'il est important dé préserver de la loterie. Rien de plus facile que d'en préserver cette classe. . Ce prétexte est donc de nulle valeur; et je crois qu'un ministère qui aurait à cœur le bien du pays aurait aboli av^nt tout cet impôt immoral.
Je m'oppose formellement , sans développer davan/ tage mon o[Hnion, k toute allocation pour la loterie , que je regarde comme un véritable crime commis, envers les classes laborieuses.
TTTTTTTTTTTtTTTTf T? TTTtTTTTTtTTTTTT^TtTT TTTTTTT TTtTTtTtTT