‹ Discours à la Chambre des députésChapitre 62 sur 75 · SUR UNE PÉTITION CONTRAIRE A LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

SUR UNE PÉTITION CONTRAIRE A LA LIBERTÉ

DE LA rilESSE.

(Séance 4u 10. juin 1826.)

Messieurs,

Je ne m'auèndais pas qu'à une époque de la session aussi avancée, et avec le désir que manifeste

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chaque jour la [Chambre de terminer ses trayaux, la liberté de la presse dût être exposée à de nouyeiles attaques, et que nous fussions encore obligés de revenir sur des questions si souvent traitées, sur des ques* tions que rexpérîence a décidées , et sur lesquelles il n'y a jAù& rien à dire. Cependant je ne voudrais pas que les derniers accens qui viennent de partir de cette tribune pussent retentir aux oreilles des dépositaires du pouvoir, et les encourager à user d'une faoulié que la loi ne leur iaccorde que dans des cir- / constances e^i^traordinaires.

Je viens donc combattre en peu de mots tous les argumens qui vous ont été présentés.

On a dit que la calomnie s'était emparée de la liberté de la presse. Certes, Messieurs , je n'ai jamais été et je ne serai jamais l'apologiste de la calomnie. Dans tous les temps il s'est trouvé des écrivains méprisables qui ont abusé de la liberté de la presse pour pénétrer dans le sanctuaire des familles et pour flétrir, par des diffamations effrénées, les objets les plus respectables et les plus chers; non seulement ces écrivains sont coupables envers les lois, mais encore envers les honnêtes gens qui doivent les frapper d'opprobre et de réprobation ; mais je sais aussi que lorsqu'on met des entraves à la liberté de la presse , la calomnie devient le partage exclusif des dépositaires du pouvoir. Nous Tavons vu, Messieurs , pendant trois années; et je m'empresse de dire, pour calmer les amis du ministère actuel , que ce reproche ne s'adresse pas à lui. Oui , Messieurs , ipândant- trois ans , nous avons tu lés hoaiiDe» les plus'trrqpricichables^

d€s fonctionnaires publics , des députes, qui venaient à cette tribune défendre ce qu'ils croyaient juste et utile ; nous les avons vus insultés chaque jour dans des feuilles soldées par le ministère, censurées par ses agens. La France se souvient encore que les faits les plus calomnieux étaient rapportés sans pudeur dans ces journaux, et que les réponses des hommes qu^ils attaquaient étaient repoussées par une censure arbitraire et al^cte. Je pourrais nommer ici les censeurs et les journaux; je pourrais produire les articles calomnieux.

Ainsi vous tous, dans cette Chambre, qui voulez conserver votre indépendance, qui voulez pouvoir attaquer le ministère lorsqu'il a tort, vous devez vous mettre en gardé contre cette censure qui, pen* dant trois ans , a servi d'auxiliaire à l'imposture , et a été le scandale de la France; censure tellement déshonorée, que ceux qui l'exerçaient étaient réduits à cacher leurs noms, et qu'un ministre du roi est venu me répondre à cette tribune , que si on nom* mait les censeurs. on n'en trouverait plus, tant il sentait que l'opprobre et l'abjection pesaient sur leur tête ! Oui , la censure n'est autre chose que la calomnie du monopole exercée par la bassesse au profit du pouvoir.. Pourrions-nous inviter lé gouvernement à nous remettre dans un peureil état de choses?

On a dit que les malheurs de la révolution venaient de la liberté de la presse. Messieurs^, toutes les fois que la révolution s est précipitée dans des excès , ces excès ont commencé par la violation de la liberté de la presse. Toujours ces lois oppressives

ont été dirigées contre ce droit , le plus imprescriptible de tous ; et les écrivains , soit royalistes , soit républicains, ont été traînés à Téchafaud par la tyrannie. A aucune des' époques désastreuses de la révolution , il n'y a eu de liberté de la presse ; il n'y en avait pas sous la Convention , qui déportait les écrivains; il n'y en avait pas sous Bonaparte, qui les exilait. Toutes les fois qu'il y a eu liberté de la presse , il y a eu liberté de la nation , et beaucoup plus de tranquillité que sous la presse ésclav^e.

On a parlé d'intolérance religieuse exercée au nom de la liberté* Ce sujet est délicat j nul plus q^e moi certainement ne déteste les lattaques et les outrages dirigés contre des hommes qui agissent d'après leur conscience ; mais , je le demande , est-ce à la liberté de la presse qu'il faut les attribuer? N'est-ce pas plutôt à cette inquiétude générale qui tient à la marche vacillante des ministres , à leur langage a cette tribune , à leurs aveux rétractés , à toutes ces choses illicites y niées aujourd'hui et avouées le lendemain ? Cette absence de sincérité est la véritable cause de l'inquiétude qui tourmente les esprits. Si le ministère était franc, s'il disait ce qu'il veut, s'il ne protestait pas aujourd'hui contre ce qu'il fera demain, et si, en le faisant , il ne disait pas k l'oreiPe qu'il le fait malgré lui, nous saurions où nous en sommes, et les réclamations seraient plus calmes. Mais comment ne s'alarmei'ait-on pas? Vous vous tenez dans les ténèbres épaisses , vous vous mettez sans cesse en contradiction avec vous-mêmes, vous réti'actez voti'e propre pai^ole ; et lorsque vous avez ainsi jeté l'a-

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larme , vous venez en accuser la Uberté de la presse! Non, elle n*est pour rien dans le mal général; ellen'est pas solidaire de vos fautes.

Les journaux, a-t-on dit, ont tort de se déclarer les organes de l'opinion publique : mais il n'est personne qui, convaincu que son opinion est vraie, ne doive la croire l'opinion générale. Il n'est pas un député qui , sincère dans ce qu'il propose, ne vienne ici vous dire i La France le désire, la France le veut. Il est tout simple que des écrivains qui parlent avec conviction croient parler dans le sens de la France. Mais ce que je combats ici , c'est cette prétention que nul ne peut être l'organe de l'opinion publique sans mandat spécialr Tout homme a droit d'exprimer sa pensée; tout homme a mission de dire ce qu'il croit utile* La Providence nous a mis sur cette terre pour faire le bien. Tous , ministres, députés , citoyens , nous avons celte noble mission ; et il y aurait une aorte d'aristocratie anti - intellectuelle et offensante, à dire que tout homme n'est pas appelé à faire son devoir, c'est-à-dire à servir ses semblables par son bras , par son industrie , par sa plume , par tous les moyens enûn que la nature lui a donnés. Sans doute cette mission n'est pas dans tous également légale , mais elle est également respectable.

On a dit que les journaux de la capitale exerçaient une influence exclusive , et qu'ils n'étaient que l'expression de l'opinion d'une coterie. Je suis fâché qu'il n'y ait pas en France, comme en Angleterre, plusieurs centres de vie intellectuelle et pratique ; mais

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