‹ Discours à la Chambre des députésChapitre 74 sur 75 · DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

(Séance du 18 mai 1827.)

Messieurs,

Ni la disposition de la Chambre ni ma propre fatigue ne me permettent d^entrer comme je le vou-

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drais dans le vaste sujet de Tinstruetion publique ; je me borne en conséquence & traiter un objet spécial. C'est comme protestant que je me présente à cette tribune; ce sont 1^ intérêts de mes qorféligionnaires que je viens défendre.

Que de choses j^aurqiis néanmoins à dire sur le sys'tème général adopté p^r tous les gouvememens depuis quarante ans , sur les entraves mises à Téducation pa?^ ticulière, sur ce monopole de lutpiêres que les dépositaires de Tautorité, quels qu'ils soient , veulent s'arroger, monopole qui, fondé par un parti, tourne au profit du parti contrah^e quand le premier est roiversé ! Que ne pourraîs-je pas ajouter sur la destruction préméditée et presque complète du mode d'instruction le plus populaire et le plus facile , domme si le ministère , se rendaûl justice, sentait qu'il n'a d'asile que dans l'ignorance de ceux qu'il doit gouverner 1 (Des murmures s'élèvent.)

Je commencerai par reconnaîta^e qu'il a été pris Tannée dernière une mesure favorable ^nx protes^ tans , et dont ils doivent éprouver de la reconnaissance. Je reconnaîtrai aussi avec le même plaisir que plusieurs orat^rs, et niHnmément un de nos honorables collègues, M.'L^ecleré de Beaulieu, hi^, à cette tribune, ont parlé le langage d'une tolérance éclairée et bienveillante; mais précisémeM pavoe que les intentions du trône méritent notre confiance , ^ que les dispositions individuelles soai bonnes et loua* blés , je rae croi^ obligé de m'éléver contrie «naie direction différente , imprimée à l'instruptiôn publUfae relativement aux protëSlans, et conti»e des actes ini*

nistériels combinés avec cette direction, et qui sont

hostiles contre cette croyance.

Je réclame de la Chambre attention et patience, gî je puis les obtenir (mouvement); car je dois commencer par des faits généraux , dont elle ne sentira que plus tard TappUcation au sujet particulier que je traite.

Le ministre de l'instruction publique est aujourd'hui celui des affaires ecclésiastiques. Or le ministre des affaires ecclésiastiques sera nécessairement toujours catholique, et probablement toujours un évêque. Ne faudrait-il pas une vertu plus qu'humaine pour qu'il conservât l'impartialité nécessaire a la dii^ection de l'instruction publique en ce qui concerne les protesians? Il y a plus : membre éminent d'une Eglise hors de laquelle, d'après ses dogmes, il n'y a point de salut, un évêque ne manquerait-il pas à ses devoirs sacerdotaux, s'il n'essayait pas, par des moyens indirects au moins, de diriger l'instruction des protestans de manière à les ramener à ce qu'il considère comme le plus grand bonheur dans ctf inonde et dans l'autre ? C'«st en eflFet dans ce sens qu'agit le ministre des affaires ecclésiastiques. Je vais citer des faits ; et si les premiers , que j'allègue et que j'affirme, n'ont rapport en apparence qu'avec la composition du corps enseignant en France , vous verrez bien|;ôt qu'ils ont une rektion immédiate avec la dépendance où les protestans se trouvept tfflne direction opposée à leur croyance et à leurs vœux.

. Plusieurs recteurs sont prêtres. Tons Igs iprovisews, à très peu d'exceptions près, sont ecclésiastiques; on en compte aussi beaucoup parmi les cen-

seurs. Il y a k Marseille un collège où réconome est un pi'être ; il se trouve également des prêtres parmi les professeurs; ce sont eux qui remplissent k peu près toutes les chaires de 'philosophie. Des séminaristes sont maîtres d'étude, par exemple, au collège de Nancy. Les statuts de l'université donnent au ministre la faculté d'instituer ou de destituer k volonté les. pro* £esseurs , de les envoyer partout où bon lui semble ; d'accorder ou de refuser, selon son bon plaisir, le brevet de maître de pension; d'imposer arbitrairement des conditions k ceux qui les obtiennent, de retii'er ces brevets sans donner de motifs et sans rendre compte k personne. Des recteurs délivrent les brevets de capacité aux instituteurs primaires , et Faulorisation d'enseigner. Les aspirans doivent être examinés par un inspecteur d'académie, par un principal de collège , ou par tout autre fonctionnaire de l'université qu'il a plu au re<*eur dé désigner.

Il résulte de cet -état de choses que les protestans, sous le rapport de l'instruction publique, sont dans la dépendance exclusive de prêtres catholiques ; non seulement on ne nomme pas de protestans aux fonctions de l'enseignement, et'ciâcore itotokis k la direction dans les établissemens publics, mais on destitue successi]t^ement le très petit némbr^ de ceux qui sont employés dans l'université. '^'^ • \ -

M'objectera-t-on que parmi les membres du conseil royal de Finstructiop publique on ^otople encore un protcstanl célèbre en Eurtîpe?« Je '^connais autant que personne la vaste science et les'fÈicùltés puissantes de M.'Cuvier ; hiais sa présence empêche-t-elle les

abus que j*eipose? J'en appelle à lui-même, etfen conclus quç peut-être on ne le conserve dans cette place que pour avoir une objection spécieuse à nous ^ire. (Murmures en sens divers.) Quelle sécurité peut-il y avoir pour des parens à mettre leurs enfans dans des étahlîssemens dirigés ainsi ? Qui peut répon* dre que les recteurs n'useront jamais de leur autorité pour nuire aux écoles primaires protestantes , pour refuser arbitrairemei>t des brevets de capacité et des autorisations d'enseigner à des instituteurs protestans? Qui peut répondre que ceu^ qui examineront les aspirans les jugerotit sans préventions, eux aux yeux desquels, d'après les dogmes de leur Eglise, parmi ces aspirans, les uns sont des réprouvés, les autres des élus?

Qu'on se sçuvienne des entraves tyranniques apportées, mêmp avant la révocation de l'édit de Pilantes, à l'éducation des jeunes protestans; et, sans remonter si haut, qu'on lise les. mandemens de plusieurs évêques, qui se déchaînent contre là Charte à cause de l'art. 6, où elle consacre l'égale, protection et l'égale liberté des cultes.

M. Bbcay$ Q¥i'fsà Gaus$àpe.: Les protestans ne se plaignent pas! , t"^ , \l

. Vo}x diverses ; Non , no», sans doute... c'est pour exciter le trouble ! ( Une agitation assez forte sa mani* feste.)

Si l'honorable çpUègue qiii démetitjes faits tuontaôt à ceUf^ tribune p^ur m.e j^ppondre, il pourrait s'expK* quer d'une tntini^e plus efigcace. Il est possible quç lui, protestant, ne ^e plaigne pas, que les protéstaiis dont

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U. parle ne se plaignent pas; mais probablement il n'a pas l'avantage de connaître tous les protestans de France. Si l'honorable membre a reçu un mandat des protestans de son département, qu'il vienne le soutenir à cette tribune ; je lui cède la parole. Je puis, Messieurs , vous soun^ettre non pas dix lettres , mais deux cents lettres de présidens , de membres de consistoires , qui me communiquent ces faits , et qui me prient de les faire connaître. Je ne les nommerai pas, parce que , âdus un ministère comme celui-ci , un homme nommé à la tribune est un homme persécuté. (Alurmures et interruption. )

J'ai dû soumettre ces observations k la Chambre et au ministre; j'espère qu'il voudra bien me répondre, à moins que la Chambre ne trouve bien de Ym dispenser, comme elle l'a fait pour M. le garde des sceaux dans nne occasion récente. Mais je ne descendm pas de cette tribune sans déplorer les tristes événemens qui, depuis quelques jours , font l'étonné^ oient et la douleur de la capitale.

Voix diverses : Ahl nous y voilà..... Du scandale! (Agitation. )

Je n'entrerai pas dans l'examen des faits, je ne nommerai ni ne désignerai personne; mais je demande que mon droit d'être entendu soit maintenu, à moins que la Chambre ne veuille me Tôter par une résolution. (Le silence se rétablit.)

Je n'entrerai pas dans l'examen des faits, qu'aucun de. nous ne connaît assez pour les apprécier; mais je demanderai quelle est cette administration qui se trouve en guerre avec toutes les portions de la sociétés

(Noufeaux murmures.) Messieurs, on excepte tou« jours les présens. (On rit. )

Quelle est donc cette administration qui se trouve en guerre avec toutes les classes de la société, avec les individus comme avec les masses , avec les pouvoirs constitués comme avec les citoyens , avec les pairs, la magistrature, TAcadémie, la garde nationale. (Les murmures continuent. )

Et enfin avec cette jeunesse agitée sans doute de l'effervescence de son âge, mais qui nW fait pas moins l^unique espoir du pays. (Interruption. . .Yoix^liverses : C'est vous qui l'agitez ! ) Avec cette jeunesse qui rachète des erreurs courtes et passagères, dont le motif est souvent'généreux, par tant de qualités précieuses, par une ardeur de connaissances sans exemple dans toutes les générations qui l'ont précédée, par une haine vertueuse contre tout ce qui est ignoble et- vil ; cette jeunesse qu'il serait si facile de guider par des exhoitations douces et bienveillantes , et contre laquelle on ne sait employer que des gendarmes. (Nouvelle interruption.) Et que serait-ce s'il était vrai qu'on excite avec perfidie cette jeunesse qu'on frappe ensuite avec tant de rigueur? (Voix nombreuses: C*est vous qui l'excitez..... Ce sont vos discours incendiaires....)

Que serait-ce si l'on Introduisait dans ses rangs des agens infâmes pour sévir, non pas contre les instigateurs , mais contre ceux qu'ils auraient entraînés ? (L'agitation continue Quelques voix : Où sont les

preuves?) Je* tiens en main les preuves de ce fait. Oui, des espions excitent ces malheureux jeunes g^as.

(Voix k droite: Vous les tenez du Constitutionnel.) Non , je ne les tiens pas du ConstitutionneL (Diverses interpellations sont adressées a l'orateur.) Il ne faut pas interrompre sans cesse ses collègues pour leur adresser des paroles/ offensantes, d'autant plus qu'on est libre de me les dire ailleurs si l'on veut, et qu'alors j'y répondrai.

Messieurs, je le déclare ici, tout ce qui se passe me suggère des soupçons que je repousse en vaiii. Isolé de la nation, sans autre appui que la force matérielle, et sachant que l'appui de la force matérielle est éphémère, le ministère chercherait-il dans les désordres qu'il ferait naître des prétextes pour un coup d'Etat? Il est un axiome également yrai en jurisprudence et en raison : Celui à qui un délit profite peut être naturellement soupçonné du délit. Eh bienl dans k situation où le ministère s'est placé, ce n'est qu'à lui seul que les désordres peuvent profiter. Il a si mal dirigé le vaisseau de l'État durant le calme, qu'il ne peut obtenir son absolution que de la tempête. Qu'il se retire donc^ je l'«i adjure avec tant d'honorables collègues qui se détachent de lui chaque jour; au nom du bien public, pour le salut même du trône, qu'il ne sacrifie pas à la conservation d'un pouvoir qui lui échappe, le repos de la France, que ses actes arbitraires et coupables ont troublée ; la richesse dé la France qui, dans ses mains funestes , a fait place à un déficit qui va s'agrandissant; la gloire de la France, qu'il livre à l'étranger; les splendeurs intellectuelles et morales de la France, qu'il persécute et qu'il flétrit. (Murmures.)

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Enfin, et ici jlDToque non seUl^nem rintérèi du présent, mais riatérèt plus sacré aacorede ThUmanité et de Tavenir ; quHL ne sacrifie pas à une ambition étroite et solide cette génei^ation, notre espoir, cette jeunesse si noble et si pure qui nous remplacera, qui vaudra mieux que nous. Cette jeunesse dont une adminis-^ tration insensée fait couler le sang, comme ces dieux malfaisans qui exigeaient en holocauste ce que les malheureuses contrées que leur culte soidUait avaient de plus chw et de plus précieux»

En attendant cette époque de joie et de satisfaction unanime , je m'adresse au ministre protecteur naturel de oette jeunesse, poinr qùUl fdsse èntaidi^ la voix de la raison et de l'humanité , non seulem^t à eeuï qui seraient trompés par reffervMcence de leur âge , mais k ceux qui, étant plus expérimentés et par conséquent moins excusables, dirigent la force viotente et aveugle contre cette malheureuse jeunesse.

Je lui demande aussi de répondre à ce que j*tu dit sur les protestans»

Je n'ai plus qu'un mot à ajouter. Si j'avais eu dé la confiance dans le ministère , je n'aurais point parlé des derniers événeoieBs dans cette enceinte; maislesuppo* sant^ à tort ou à raison, occupé à méditer des projets peu conformes à ce qui faie srâible constitutkmnd ou désit^le , parce que son intérêt ne peut plus s^accor*' der avec ce <|iiii est désirable ou constitutionnel ^ je n'ai aucune isonfiahce en lui; et comme je souhaité ardemment que les désoixlres cessent, que la jèu>^ nësse ne s'expose pas k des malheur^ que tout le monde doit déplorer, j'ai cru qu'il était bon de venir

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à la tribune lui anooncer que les hommes qui l'excitent ne scmt pas dans ses rangs; que ce sont des émissaires, je ne veux pas dire de qui , il suffît de savoir qu'ils n'appartiennent pas à cette jeunesse. J'ai cru utile de le lui dire à la tribune pour que cela retentisse y pour qu'dle sacbe que toutes les fois qu'on lui conseillera une démarche irrégulière, c'est un ennemi qui la lui conseille. Certes, ce sont de bons citoyens, mais ils sont jeunes et emportés. La seule manière dont les citoyens s^ges puissent attendre la délivrance d'une administration qui les opprime (murmures), c'est de se servir des voies légales et de res^ pecter l'ordre , parce que l'ordre et la liberté , dans une nation qui connaît ses droits, dans une jeunesse qui les apprend, finissent toujours par triompher. (Voix à droite : Et les devoirs! ) On parle de devoirs : je vais répondre 2 Certes , jeunes , vieux , députés , citoyens, nous avons tous des devoirs à remplir. Je crois qu'on s'écarte plus ou moins dû ces devoirs toutes les fois qu'on sort des voies légales ; ainsi , les attroupement sont une déviation plus ou moins ir^ régulière des devoirs. (On rit à droite. ) Je crois qu'on trahit ses devoirs toutes les Ibis qu'on ne reste pas fidèle à ses serment, toutes les fois qu'on n'est pas incorruptible, toutes les fois qu'on ne défend pas cette Charte qu'on a juré de maintenir» Je nlgnore donc pas qu'il y a des devoirs à remplir ; et plût .au ciel que tout le monde ici fût autant que moi pénétré de cette obligation !

J'ai dénonce des abus; j'ai cru faire une chose utile en avertissant ces jeune» gens de «e pas cédefi

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à des suggestions perfides ; j'ai ikît une chose utile en dénonçant un acte funeste de ce ministère , qui ne peut plus que perdre la France. (Nonyeaux muP'* mures; agitation.)

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