‹ Discours académiquesChapitre 14 sur 31 · Duc de Broglie [Correspomhinl du 2o juillet · texte numérisé non relu

Duc de Broglie [Correspomhinl du 2o juillet

Et, pour obtenir cet effet d'émotion, comment vous y êtes-vous pris ? Vous avez laissé parler les faits. Ce que tant de vos prédécesseurs avaient cru devoir arranger ou dramatiser, vous avez compris, Monsieur, qu'il suffisait de l'exposer nûment. Vous avez, jour par jour, — et presque heure par heure, — avec une abondance, et en même temps une exactitude dont je ne connais que bien peu d'exemples, reconstitué toute une année d'histoire. C'est pourquoi, s'il n'y a rien de plus « dramatique », il n'y a rien aussi de plus simple, de plus uni, de plus savant d'ailleurs en sa simplicité que votre 1814. Et il n'y a rien de plus vivant, parce que tant de menus faits, sous le noin])re et le poids desquels un moins habile eût sans doute plié, ne vous ont servi qu'à nous montrer l'ànie môme de la France engagée dans cette lutte suprême et qu'.à mêler ainsi, dans le cours entraînant de votre narration, au désespoir d'un seul homme, les angoisses de toute une grande nation.

C'est ce qui m'empêche, Monsieur, d'opposer à mon tour mon Napoléon au vôtre, ou plutôt, et plus modestement, si je ne saurais partager tout ce que Napoléon excite en vous d'admiration, c'est ce qui m'empêche de le dire trop haut. Je songe au mot du moraliste : « Orgueil, contrepesanl de toutes les misères!» et quand j'évoque

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aprrs vous laul de noms ('clalaiils de \ idoii'cs, vous ne pense/. |)as (|ue j'ost^ dispiiler ma roconiiaissaiH'f à riiomm('(|iii lésa |)oiii' jamais inscrits dans les annales de la patri(\ Si grande que lui notre ancienne France euti-e les nations, Napoli'on l'a faite plus grande encore. Vous ne croirez pas davantage que, si je me renlermedans nos propres frontières, j'admire nK'dioci'enient cette organisalion intérieure donl il a jeté, voilà tantôt cent ans ou consolidé, de sa main toute-puissante, l'une après l'aulre. toules les base-i. Mais, pai'mi tant de splendeurs, si je ne puis fermer l'oreille à tant de plaintes ou de malédiclions dont les mères, dont les peuples, dont quelques-uns de ses serviteurs ont chargé sa mémoire, ne le com[>rendrez-vous pas? J'entends la voix de Chateaubriand, et celle de M""" Staël ! J'entends la voix du plus généreux de nos poètes, — c'est Lamartine, à qui vous ne refuserez pas ce tilre! — je l'enlends nous rappeler ce temps « où il n'y avait pas une idée en Europe qui ne fût foulée sous le talon, pas une bouche qui fut bâillonnée par la main de plomb d'un seul homme ^ » ; j'entends Augustin Thierry professer «de toute la conviction de son âme son aversion du régime militaire^» ; j'entends Auguste Comte « flétrir de toute son

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