‹ Discours académiquesChapitre 22 sur 31 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

CONFÉRENCE SALNT-PAUL

16 juin isyy

fl

Messieurs,

Quand le R. P. Plazenet m'a fait l'honneur de m'inviter à présider la séance solennelle de clôture de vos Conférences, je n'ai point hésité, mais, comme je ne vous connaissais pas ; — et j'en avais un peu le droit, si vous n'avez encore que quatre ans d'existence ; — je l'ai donc prié de me procurer quelques renseignements, qu'il m'a donnés, et qu'il a complétés, deux ou trois jours plus tard, en m'envoyant les comptes rendus de vos travaux et de vos séances. Je les ai lus avec le plus grand intérêt. Mais (admirez le singulier hasard qui nous ramène toujours à nous-meme, quelque effort que nous fassions pour nous en dépouiller ou nous en déprendre), ne suis-je pas tombé d'abord sur deux ou trois endroits de ces comptes rendus oii j'étais pris moi-même à partie, personnellement et par mon nom, de la manière d'ailleurs la plus courtoise et la plus obligeante? Voilà, me suis-je dit, un sujet, un motif de discours tout trouvé ; je

202 DISCOUKS l'OUIl LA CLOTllHI'; ANNUELLE

m'expliquerai (levant ces jeunes gens; eL, |)nisqu'ils m'ont reproché d'avoir dit (jue « nos journalistes en générai manquaient d'idées », je hnir demanderai d'abord s'ils sont bien sûrs que j'aie vraiment dit cela? Oh! ce n'est pas que j'en sois incaj)able, ni, si je l'ai dit, que je le regrette ! Je crois môme, en y songeant, que je partage à cet égard l'opinion de mon ami. M. Emile Faguct, dans sa récente Oraison funèbre (T Henry Becqiie et de Francisque Sareei/. u L(; journaliste, y disaitil, est un vulgarisateui". 11 lui faut des qualités médiocres, éminentes dans leur médiocrité. Il ne faut pas qu'il soit un [)enseur... Il ne faut pas qu'il soit original... Une faut pas qu'il soit trop savant... et il ne faut pas qu'il soit trop bon écrivain... Francisque Sarcey répondait si exactement à cette définition ({u'il faut convenir que même il la dépassait un peu. » Voilà le bon M. Sarcey, — je l'appelle bon parce qu'il est mort, — galamment arrangé! Mais je ferai même, si vous le voulez, un pas de plus que M. Faguet, et je dirai que, si les journalistes manquent en effet quelquefois d'idées, c'est qu'ils n'ont pas besoin d'en avoir; et même cela les gênerait : ils en seraient alourdis ou embarrassés. Car d'abord, une idée, Messieurs, cela se concentre dans une maxime ou se démontre dans un livre ; mais on ne développe pas une idée en une ou deux colonnes de journal, ce journal eût-il

Jes dimensions du Temps. Et puis, est-ce que ce sont des idées que vous demandez vous-mêmes aux journalistes ? Non, ce ne sont que des informations, des nouvelles, nouvelles du dedans, nouvelles du dehors ; ce sont des u faits divers » , du 0 reportage », des me'disances quelquefois, mais de ractualité toujours; et l'actualité, c'est ce qui rentrera demain dans le néant. Une (( actualité » chasse l'autre ; et déjà, vous rappelez-vous ce qu'il y avait dans le journal d'hier? Permettez-moi d'ajouter que, s'il y avait eu par hasard une idée dans le journal d'hier, vous ne vous en seriez pas aperçus, ni moi non plus, lisant, comme nous faisons, notre journal en nous promenant, en avalant notre potage, en prenant notre café. Ce ne sont point là des manières de lire, ou, si vous le voulez, ce ne sont point des « attitudes » favorables à la méditation ou à la critique des idées. Et c'est pourquoi. Messieurs, si nos journalistes avaient trop d'idées, ils n'en trouveraient pas, comme on dit, l'emploi ou le placemimt dans leur métier; nous ne leur saurions, nous, aucun gré d'en avoir, puisque nous ne leur en demandons pas ; et comme ils s'en doutent bien, ils n'ont donc pas l'air d'en avoir, ils affectent môme de n'en pas avoir; ils les cachent; et à la vérité, je ne veux point dire par là qu'ils n'en aient point au fond, je consens même qu'ils en soient tout pleins, mais ils ne les mettent

Page 1