‹ Discours académiques, suivis des discours prononcés pour la distribution des prix au concours général de l'université et devant diverses sociétés religieuses, et de trois essais de philosophie littéraire et politiqueChapitre 21 sur 36 · HA 1*1*0 HT DE M. GUIZOT · texte numérisé non relu

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delà de toute mesure. En tout, et soit dans le fond, soit dans la forme, rien de simple, ni de clair, ni de réellement vrai. Exemple singulier et triste de l’état de confusion active , orgueilleuse et en définitive stérile, où tombent de nos jours beaucoup d’esprits distingués.

Le mémoire n° 27, avec cette épigraphe :

« Alma diu risit cui mater, sub lare casto,

« Quem genitor sludiis imbuit utilibus, c< Pectore cui succrevit amor virtutis avitæ,

« Omuibus ofliciis ille fidelis erit. »

ne ressemble en rien au précédent. Il est tout polémique et passionné, point philosophique ni abstrait. C’est une apothéose de la famille en général, surtout de la famille dans son ancienne organisation et avec son ancien esprit, en remontant presque au moyen âge ; et en même temps une pliilippique véhémente contre la société actuelle et notre système d’éduca-

tion , non-seulement, actuel , mais tel qu’il existe depuis des siècles* L’auteur ne veut, dans l’éducation , rien de public que l’instruction , c’est-à-dire des professeurs et des élèves venant écouter leurs leçons, à peu près comme cela s’est pratiqué un moment, de 1795 à 1800, dans nos Ecoles centrales . Il y a, dans ce mémoire, de l’esprit, de la verve, un sentiment moral élevé et quelquefois éloquent ; mais l’idée générale qui y domine est si partiale et si étroite qu’elle rend inapplicable , et presque faux même, ce qu’il y a de juste et ce qui pourrait être

SUR LE CONCOURS POUR LE PRIX BEAUJOUR. I8i

utile dans certaines appréciations et certaines vues de l’auteur.

La Commission s’est fait un devoir de soumettre à l’Académie l’idée qu’elle s’est formée du caractère particulier de chacun de ces six mémoires, qui sont tous des travaux sérieux, mais dont aucun ne lui parait mériter l’approbation publique de l’Académie.

J’arrive aux cinq mémoires sur lesquels la Commission m’a chargé d’appeler, à des degrés inégaux, les distinctions dont l’Académie dispose.

Dans le n° 13, portant pour épigraphe :

« La plus grande difficulté et importance de l’humaine science semble estre en cet endroit ou il se traite de la nourriture et instruction des enfants. »

(Montaigne, Essais , liv. I, chap. xxv.)

la question est bien comprise et traitée, dans toutes ses parties, un peu brièvement et superficiellement, mais sensément, spirituellement, rapidement et avec une facibté animée. On lit ce mémoire d’un trait et avec une sorte d’entrainement; et on sort de cette lecture l’esprit satisfait , quoiqu’elle n’y laisse aucune trace bien profonde.

Le mémoire n° 6, avec cette épigraphe :

« Æquè pauperibus prodest, locupletibus æquè,

« Æquè neglectum pueris senibusque nocebit. »

(Horace, Epist lib. I, i.)

produit une impression contraire. C’est un ouvrage étendu et grave , plein de vues et d’études appro-

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fonclies , mais développées avec un peu de lenteur et de pesanteur. Il est divisé en cinq livres et en vingt et un chapitres. Le livre I er est consacré à des considérations philosophiques sur la nature de l’homme et le but de l’éducation. Dans le second livre , hauteur détermine avec précision et fermeté le rôle de la famille dans l’éducation , ce qu’elle y fait naturellement, ce quelle y doit faire, ce qu’elle y peut faire, et ce qu’elle n’y peut pas faire. Il attribue avec raison l’insuffisance, et souvent la fâcheuse influence de la famille au grand nombre d’idées fausses et de mauvaises habitudes morales qui dominent dans beaucoup de familles de notre temps. Mais, au lieu de persévérer dans cette voie et d’examiner ce que peut et doit faire la famille , môme quand l’éducation sort de son enceinte, c’est-à-dire dans l’éducation publique , primaire, secondaire et supérieure , l’auteur laisse la famille de côté pour se livrer à l’exposition et à la discussion des divers systèmes et des diverses parties de l’éducation publique; et dans ce travail, qui remplit les 3 e , 4 e et 5 e livres de son ouvrage , il traite une foule de questions qui dépassent môme les limites de son sujet ainsi agrandi. L’instruction primaire doit-elle ôtre obligatoire et gratuite? L’Etat doit-il se charger d’enseigner une profession à tous ceux à qui il a donné l’instruction primaire? L’ instruction secondaire doit-elle ôtre gratuite? La conduite générale et morale des élèves ne doit-elle pas compter pour quelque chose dans l’examen du baccalauréat?

Peut-il exister une société sans religion ? La réforme sociale , à laquelle le monde aspire , peut -elle être opérée par T éducation? Il y a évidemment, dans ce travail, une grande exubérance d’études et de vues philosophiques ; l’auteur semble avoir voulu y faire entrer toutes les observations qu’il a recueillies,* toutes les idées qui lui sont venues , dans le cours d’une vie probablement consacrée à l’instruction publique, sur toutes les questions qui s’y rattachent, et il les présente sous une forme un peu lourde, vague , et quelquefois même peu correcte. Mais la tendance générale de son mémoire est remarquablement élevée, morale, libérale, malgré le penchant un peu excessif de l’auteur pour la souveraineté de l’État en matière d’éducation; et l’on ne saurait y méconnaître l’œuvre sérieuse et instructive d’un esprit droit, éclairé et distingué.

Le mémoire n° 31, portant pour épigraphe:

« Intw* utrumque tene. »

(Ovide.)

a des mérites particuliers et supérieurs. C’est peutêtre , de tous les ouvrages présentés au concours , celui qui renferme l’étude la plus profonde et la plus applicable de la question dans toutes ses parties. Il contient entre autres une histoire assez complète des systèmes et des ouvrages qui , chez les diverses nations de l’Europe, ont eu l’éducation et le rôle de la famille dans l’éducation pour objet.

C’est aussi cçlui qui a cherché et indiqué les moyens

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les plus pratiques et les plus précis pour concilier les avantages de l’éducation domestique avec ceux de l’instruction publique , et le rôle de la famille

avec celui de l’Etat. L’auteur est un esprit à la fois élevé et exact, riche de faits et d’idées, libre de chimères et plein d’espérances pour l’avenir de l’humanité , et qui comprend également bien les conditions du perfectionnement moral et celles du développement intellectuel des jeunes générations. Aussi regrette-t-on , en le lisant , la précipitation avec laquelle son ouvrage a été évidemment composé, et qui l’a laissé imparfait et incomplet, malgré tant de mérites. Non-seulement une grande confusion y règne ; des répétitions fréquentes s’y rencontrent ; des lieux communs de morale et de méthode y sont trop longuement développés, et l’auteur luimême le déclare ; mais ce mémoire n’est pas meme terminé; les deux derniers chapitres ne sont guère que des ébauches écourtées. C’est , à tout prendre, un travail excellent, mais qui aurait absolument besoin d’ètre refondu et complété, et qui, à cette condition , pourrait mériter plus tard le prix , si d’autres ne le méritaient dès aujourd’hui.

C’est un mérite que, dans les mémoires n° 16 et n°8, votre Commission n’a pu se refuser à reconnaître. Le mémoire n° 16, portant pour épigraphe :

c< Tlicy arebred up in the principles of honour, justice, courage, modesty, clemency, religion and love of tlicir eountry. »

(Swift.)

est un ouvrage judicieux, spirituel, bien composé, bien écrit, où la question, sans être suffisamment approfondie , est bien comprise et bien traitée* On y désirerait quelquefois plus de développement des idées et plus de faits à l’appui des idées ; l’auteur parcourt son sujet plutôt qu’il ne l’étudie. Mais les principes en sont sains, les conclusions presque toujours bonnes, et il abonde en observations justes et fines. Nous avons particulièrement remarqué celles qui se rapportent à l’insuffisance de l’éducation publique et à l’importance du rôle de la famille en matière de religion et de morale, à la déplorable influence des mauvaises conversations des parents devant les enfants , à la timidité de l’enfance , à la valeur morale de la politesse , etc. Dans ces divers passages et dans beaucoup d’autres se révèlent un esprit également familier avec la connaissance de l’enseignement public et avec l’observation de la nature humaine, et en même temps un talent d’écrire remarquable par le naturel, la clarté et l’élégance.

Le mémoire n® 8, avec cette épigraphe empruntée à saint Paul :

c< Bonum depositum custodi. »

(Saint Paul.)

est, de tous les travaux présentés au concours, celui qui a paru à votre Commission le plus complet et le plus satisfaisant. La question, bien comprise dès le début, reste constamment présente à la pensée de l’auteur qui suit pas à pas le rôle, et, selon sa

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propre expression, l’œuvre de la famille dans toutes les parties et à travers toutes les époques de l’éducation. Un esprit vraiment moral et libéral règne dans tout l’ouvrage : c’est dans la famille que l’auteur place avec raison les droits et les devoirs fondamentaux en matière d’éducation; aucun autre pouvoir n’y intervient que pour suppléer à l’insuffisance de la famille, et faire ce qu’elle est hors d’état de bien faire elle-même; et quand l’éducation sort de la famille , la famille la suit encore partout , non-seulement pour la surveiller, mais pour s’y associer et suppléer à son tour à l’insuffisance de tous les systèmes et de tous les moyens d’éducation qui séparent l’enfant de ses parents. Cette idée, qui est l’idée dominante de la question mise au concours, domine aussi dans le mémoire n° 8, et, par là, il répond mieux que tout autre à l’intention de l’Académie. L’auteur fait quelques excursions en dehors de cette idée, pour traiter de quelques points d’éducation en général, indépendamment du rôle que la famille y joue, et ces excursions ne sont pas toujours heureuses. Ainsi, sur les diverses matières de l’enseignement, spécialement sur l’étude des langues, et sur l’organisation du personnel dans les établissements d’instruction publique, il expose quelques vues superficielles et qui cadrent mal avec l’ensemble de ses idées et de ses tendances. Nous avons remarqué aussi dans son travail, notamment en ce qui touche l’état de l’éducation et des établissements d’instruction publique en Angleterre , quelques erreurs de fait

faciles à redresser. Mais, à tout prendre, ce mémoire, en même temps qu’il répond très-bien à l’intention de l’Académie, est, en soi, un ouvrage très-distingué et plein d’intérêt , à la fois sensé et spirituel , religieux et philosophique, libéral et sincèrement respectueux envers tout ce qui a droit au respect. Rien n’indique, dans l’auteur, aucune préférence départi, aucune routine de situation ou de profession; c’est un moraliste judicieux et indépendant, qui observe bien les hommes, connaît bien les divers systèmes d’éducation, se préoccupe de leurs effets pratiques plus que de leurs principes abstraits, et marche d’un pas sûr vers le but de l’éducation, le développement moral, intellectuel et physique des enfants, soit par l’action directe, soit sous l’influence toujours présente de la famille , aidée , suppléée , complétée , et au besoin redressée par deux grandes puissances exté-

rieures, l’Etat et l’Eglise, auxiliaires indispensables, mais point souveraines.

En résumé, et pour classer, selon sa conviction scrupuleuse, les cinq mémoires réservés dont je viens de rendre compte en son nom, la Commission propose à l’Académie d’abord de diviser en deux parts inégales le prix de 5,000 fr. et d’allouer au mémoire n°8, un premier prix de 3,500 fr. et au mémoire n° 1 6, un second prix de 1,500 fr.; ensuite, d’accorder au mémoiré n° 31 une mention honorable hors ligne, et deux autres mentions honorables aux mémoires n os 6 et 13. Ces distinctions nombreuses et variées seront une marque de la satisfaction qu’ont donnée

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à T Académie les résultats de ce concours, et une justice rendue aux mérites des nombreux travaux qui lui ont été présentés.

Conformément aux conclusions de la Commission, F Académie accorde un premier prix de 3, S 00 fr. à M. Barraü, auteur du mémoire n° 8, et un second prix de 1,800 fr. à M. Prevost-Paradol, auteur du mémoire n° 16.

L’auteur du mémoire n° 31 , auquel l’Académie accorde une mention honorable hors ligne, est M. Rapet, inspecteur des Ecoles primaires à Paris.

•L’auteur du mémoire n° 6, auquel l’Académie accorde une mention honorable, est M. Rousselot, professeur de logique au lycée de TroyeS.

L’auteur du mémoire n° 13, auquel une mention honorable a été également accordée par l’ Académie, ne s’est pas fait connaître.

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