‹ Discours académiques, suivis des discours prononcés pour la distribution des prix au concours général de l'université et devant diverses sociétés religieuses, et de trois essais de philosophie littéraire et politiqueChapitre 25 sur 36 · A LA DISTRIBUTION DES PRIX DE L’UNIVERSITÉ · texte numérisé non relu

A LA DISTRIBUTION DES PRIX DE L’UNIVERSITÉ

sation elle-même, la philosophie qui élève et affranchit les âmes, les sciences qui rectifient les idées de l’homme et étendent son pouvoir. Quel avenir n’ont-elles pas droit d’espérer au sein d’un régime de raison et de liberté, pour qui toute amélioration, toute vérité nouvelle est une force et une garantie?

Cet avenir ne nous manquera point : nous verrons les lettres, la philosophie, les sciences travailler de concert, tantôt à faire pénétrer l’instruction pratique dans les plus humbles demeures, tantôt à élever de plus en plus le haut enseignement. L’État leur prêtera sa puissance , la liberté son impulsion ; et, dans ce concours de tous les efforts, les écoles publiques seront toujours les premières à reconnaître et à servir les besoins légitimes de la société.

Gardons-nous cependant, Messieurs, d’oublier que les meilleures fortunes ont leurs épreuves et les plus heureuses situations leurs périls. Délivrés des obstacles qui ont pesé longtemps sur rintelligence humaine, et la condamnaient à de si puissants efforts, trop de gens pourraient se laisser porter à croire que l’instruction doit être surtout prompte, facile, l’éducation complaisante, et que les longs travaux, les règles sévères sont désormais hors de saison. Les études dans nos écoles, et les lumières aussi bien que les mœurs dans la société porteraient bientôt la peine de cette présomptueuse erreur.

Mais je regarde autour de moi, Messieurs, et je me rassure. Le corps enseignant saura bien reconnaître et éviter cet écueil. C’est sa mission de dé-

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mêler avec soin et de combattre ce qu’il peut y avoir de faux et de dangereux dans les idées du moment et la pente irréfléchie des esprits. Déjà plus d’une fois il a prouvé qu’il savait comprendre et remplir cette mission nécessaire. Il a protégé tour à tour la religion, la philosophie, les hautes études, l’instruction populaire, contre une frivole indifférence ou de puissantes inimitiés. Pénétré de la moralité et de l’indépendance de sa tâche, le corps enseignant, loin de flatter jamais les dispositions qui semblaient prévaloir, s’est toujours appliqué à préserver les générations naissantes des erreurs et des maux où pouvait les jeter leur propre penchant. Il persévérera dans ce difficile mais salutaire effort. Et vous-mêmes, jeunes élèves, malgré l’inexpérience et l’entrainement naturels de votre âge, vous comprendrez les devoirs dont vous êtes l’objet; vous en accepterez la sévérité; vous aiderez vousmêmes vos maîtres à vous former selon la raison et les lois de la divine Providence. Ne vous bercez pas de molles illusions; ne vous flattez pas que, dans les travaux qui succéderont pour vous à ceux de nos écoles, vous rencohtrerez le mêmeappui, que la même bienveillance vous entourera au moment du succès. Le monde vous attend avec ses intérêts inflexibles, son indifférence, ses froides rivalités, ses brusques jugements. Sur ce théâtre, la vie est toujours laborieuse, quelquefois dure. Que votre éducation vous prépare à ces épreuves, au lieu de vous les dissimuler. Félicitez-vous donc de trouver dans nos

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écoles cette discipline, ces habitudes d’ordre et de respect, ces principes graves cpii fortifient les âmes, et qui vous mettront en état de triompher dans les luttes redoutables de la vie virile, comme vous venez de triompher dans les doux combats de la jeunesse. Que vos parents s’en félicitent avec vous; qu’ils secondent vos maîtres, et nous-mêmes, dans nos efforts pour imprimer à l’éducation nationale un caractère puissant de moralité et de prudence. C’est notre devoir de marcher constamment vers ce but : ce sera un jour votre bonheur que nous nous soyons dévoués à l’atteindre.

• à Paris, le 18 août 1834.

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