MINISTRE DE ^INSTRUCTION PUBLIQUE
Jeunes élèves,
Depuis quelques années cette fête des études, ouverte chaque fois, pour vos maîtres et pour vous, sous des auspices toujours plus heureux, marque aussi quelque progrès d’ordre, de discipline, d’ardeur intelligente et de travail paisible. Aujourd’hui ce progrès même n’a plus besoin d’être rappelé, et je ne m’arrêterai point à vous en féliciter. Ce sont là des conditions essentielles sans lesquelles l’éducation publique n’existe pas, mais qui seraient loin de suffire seules à sa gloire et à notre responsabilité. Quelque chose de plus élevé nous est demandé à tous, et est attendu de vos efforts. Cette préoccupation exclusivement studieuse, qui a repris son empire sur vos esprits , n’est elle-même que l’accomplissement d’un devoir si naturel, et j’ajouterai si facile à votre
DISCOURS DE M. GUIZOT
âge, qu’elle ne mérite d’ètre louée que par les résultats qu’elle produit. Cette année , nous les avons remarqués avec joie. Dans les compositions de lettres anciennes et de philosophie , un heureux progrès a frappé l’attention de vos juges. Il faut que ce progrès se renouvelle, s’étende au plus grand nombre, et qu’une émulation généreuse élève pour tous le niveau des études. C’est là surtout la tâche qui vous est imposée par l’état social où vous devez vivre et par le génie de nos lois nouvelles.
Ne l’oubliez pas en effet, jeunes élèves ! en dehors de ces grands collèges dans lesquels la gratitude de l’Etat pour d’anciens services, la fortune et quelquefois les privations de vos familles vous assurent le bienfait d’une éducation savante et variée , un autre enseignement s’étend et s’affermit chaque jour. Le vœu public l’appelle ; le gouvernement le favorise ; les enfants accourent par milliers pour le recevoir. Nos établissements classiques de lettres et de sciences seront bientôt entourés, pressés, pour ainsi dire, par les diverses écoles de l’instruction primaire, telles que la loi les a faites et telles que les développera le besoin du temps. Cela même est une conséquence et une image du mouvement intellectuel qui s’accomplit dans la société, et qui, pour être efficace et glorieux dans l’ensemble, doit se répandre pareillement à tous les degrés.
Elles ne seront pas, elles ne doivent pas être négligées ou dépossédées ces belles études de philosophie, de lettres, d’histoire, ces hautes théories de la science