PHILOSOPHIQUES ET LITTÉRAIRES
ENCYCLOPÉDIE
Encyclopédie (lv, en ; xuxXoç, cercle ; 7rai$eta, instruction , enseignement , connaissance) , enseignement encyclique , c’est-à-dire universel, dépôt de toutes les connaissances humaines *.
Le titre seul prouve que, rigoureusement parlant, l’ouvrage est impossible. Le genre humain ne sait pas tout, et nul homme, nulle réunion d’hommes n’est capable de recueillir et d’enfermer dans un livre
* En tête de l’article Encyclopédie , Diderot définit ce mot : « enchaînement de connaissances, » et l’Académie française a adopté cette définition : elle n’est point exacte ni conforme au sens étymologique : èyxvxXio; signifie circulaire et au figuré complet , universel. Les Grecs appelaient èyxuxXto:; naiôsia, ÈyxOxXia paOVi|xata, une éducation complète, l'ensemble des connaissances que tout Grec libre devait acquérir. On lit dans Strabon (1. i, p. 34, édit. d’Am- Sterd., 1707) : èyxvxXiou xai <ruvr t 6ovç àywy^; Tôt; èXsuOépoiç
pETaff/ovta, les choses qui font partie de l'éducation complète et ordinaire des hommes libres ; dans Démosthène : Ta èyxuxXta oixai'a, les droits qui appartiennent à tous les citoyens , etc.
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tout ce que sait le genre humain. Le mot Encyclopédie, dans son sens littéral et philosophique, n’est donc qu’un mensonge de l’ambition et de l’orgueil d’esprit.
Cependant, depuis le milieu du siècle dernier, on persiste à tenter des Encyclopédies , et le public ne cesse pas de les bien accueillir. Dans les pays les plus divers d’institutions, de croyances, de mœurs, de telles entreprises ont été formées et accomplies. Et loin de se ralentir, ce mouvement se propage et s’accélère de nos jours; en France, en Allemagne, en Angleterre, en Amérique, malgré tant d’Encyclopédies déjà publiées, d’autres paraissent ou se préparent : sous des titres différents, des ouvrages de même nature se multiplient partout, et presque tous sont déjà en possession du succès b
N’est-ce là qu’un de ces caprices, un de ces accès d’enthousiasme auxquels se livre quelquefois l’esprit humain? Ou serait-ce que l’impossibilité d’une telle œuvre n’a pas même été soupçonnée, et que les écrivains et le public se flattent encore , les uns de resserrer, l’autre de posséder dans un seul livre tout ce qu’on peut savoir?
Il n’en est rien ; des caprices intellectuels n’ont pas tant d’étendue et de durée ; la naissance de la mode encyclopédique est déjà loin de nous : une violente réaction a môme eu lieu contre l’esprit qui , dans le siècle dernier, enfanta chez nous la première Eney-
1 \oir la Bibliographie placée la fin de cet article.
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clopédie; elle n’a point de défauts, point de lacunes, qui n’aient été mis au jour; on s’est élevé, même avec colère et injustice, contre l’arrogante vanité d’un pareil dessein : aucune illusion, aucune espérance chimérique ne peut subsister maintenant à cet égard.
Cependant les Encyclopédies continuent, et les hommes même qui s’en plaignent en font à leur tour pour guérir le mal qu’ils les accusent d’avoir produit 1 * * 4 .
Il y a évidemment, à cette invincible et universelle persévérance, une cause plus puissante que les prétentions de quelques philosophes. A coup sûr, les Encyclopédies sont tout autre chose qu’une œuvre littéraire et savante; la popularité leur vient d’ailleurs.
Consultons l’époque où elles sont nées. On a beaucoup parlé de la philosophie du xvm e siècle, de la nouveauté de ses idées, des immenses progrès qu’elle a fait faire à l’esprit humain. Sans doute il y a eu alors des idées nouvelles, d’habiles philosophes, des progrès intellectuels ; mais ce n’est point là le grand côté du siècle ni son caractère dominant. Les théories de la sensation et de la souveraineté du peuple sont aussi anciennes que le monde ; Descartes est un plus puissant métaphysicien que Gondillac ; Rousseau
1 Plusieurs ouvrages de ce genre, notamment Y Encyclopœdia
britannica y publiée par M. George Cleig (Edimbourg, 1814,
5® édit., 20 vol. in-4°), sont rédigés dans des principes directement
opposés à ceux de la première Encyclopédie française.
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lui-même est plus original par son talent que par ses idées. A part les sciences naturelles, le xvm e siècle n’est pas celui qui a fait, dans le champ de la connaissance humaine, les plus importantes découvertes et les plus glorieux travaux.
Ce qui le distingue et fera sa gloire , c’est d’avoir recherché et accepté les conséquences pratiques de ses idées , d’avoir mis la science en contact avec la société. Dans l’étude de la vérité considérée en ellemême et sous un point de vue purement intellectuel, d’autres siècles ont porté plus d’originalité et de profondeur ; le premier, celui-ci a proclamé que la vérité avait droit de gouverner le monde. C’est un siècle d’application bien plus que de théorie, de civilisation bien plus que de science. Peu de chose restera de ses doctrines ; il a changé sans retour la condition de l’humanité.
Yeut-on de ceci une preuve irrécusable? qu’on regarde sous quel aspect la science s’est présentée alors à l’esprit des hommes et dans quelles dispositions ils l’ont étudiée. Les siècles précédents, lexvn 6 surtout , portaient dans cette étude un désintéressement naïf et sincère; les esprits marchaient à la recherche du vrai sans préméditation , sans arrièrepensée , pour le seul plaisir de le connaître , sans en rien attendre, ni lui rien demander de plus. Mais leurs connaissances et leurs idées n’avaient nul effet réel et pratique ; ils ne songeaient point à s’en prévaloir pour influer sur le monde extérieur , pas même pour le juger; et, dans leurs rapports avec l’état
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* social, les doctrines étaient sans conséquence et la vérité sans pouvoir. Le xvm e siècle au contraire n’a point cultivé les sciences morales pour elles-mêmes et d’une façon désintéressée ; une intention étrangère à la science y préoccupe évidemment les esprits ; en philosophie, en histoire, c’est un but déterminé d’avance qu’ils poursuivent ; ils ont besoin de certains résultats ; la vérité est pour eux un moyen ; ils la cherchent comme un argument au profit d’une cause, comme une arme pour un combat. En revanche la science est devenue pratique , la vérité puissante ; elles ne se tiennent plus à l’écart du monde réel ; elles l’examinent et le jugent, et le somment de se régler selon leurs lois : le droit réclame l’empire sur le fait; les doctrines sont des événements.
Filles du xvm e siècle, les Encyclopédies portent le même caractère ; elles ont pour objet le progrès de la société plutôt que de la science; comme œuvre philosophique , leur valeur ne saurait être grande ; comme moyen de civilisation, leur mérite est immense : c’est là leur vraie nature et la vraie cause de leur succès.
Comment une encyclopédie serait-elle une œuvre philosophique? l’unité y manque nécessairement. Que des hommes, liés par la similitude de leurs opinions et de leurs vœux, mettent en commun leurs travaux pour agir ensemble et dans le même sens sur leurs contemporains, de là naît sans doute une sorte d’unité pratique, suffisante pour imprimer à cette œuvre collective une direction bien déterminée,
et produire au dehors de grands résultats. Ce caractère peut se rencontrer dans une Encyclopédie. Mais il y a bien loin de cette unité imparfaite et grossière, bonne seulement pour l’action, à l’unité pure et véritable qui domine dans l’esprit du poète , de l’artiste ou du philosophe, qui coordonne, pénètre, vivifie toutes les parties d’une grande composition, et en fait, pour ainsi dire, un corps harmonique et animé. Celle-ci ne peut naître que de la pensée d’un homme; aucune coalition, aucune combinaison factice ne saurait la produire ; une société de philosophes ne peut pas plus enfanter un grand ouvrage philosophique qu’une société de poètes une épopée ou une tragédie.
Nos encyclopédistes refusèrent d’accepter cette impossibilité ; leur temps était celui de l’ambition et de l’espérance; ils se flattaient de réduire en système tout le savoir de l’homme, et voulaient faire, de leur ouvrage, non-seulement un moyen d’influence, mais un monument. Us imaginèrent de commencer par une classification systématique des connaissances humaines , et un tableau imité de celui de Bacon fut chargé d’imprimer à l’ Encyclopédie un grand caractère d’ensemble et d’unité.
C’était une singulière idée que de placer un tel tableau en tète d’un dictionnaire où les articles sont jetés pêle-mêle, selon les hasards de l’alphabet, et d’inscrire ainsi un système au-dessus du chaos. On essaya, par des renvois indiqués à chaque article, de remédier à cet inconvénient et d’établir, entre l’arbre
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encyclopédique et l’Encyclopédie elle-même, quelque relation. Mais l’unité ne peut être le résultat de tels artifices mécaniques; on aurait beau numéroter, selon leur ordre légitime , des membres épars, exécutés par des artistes différents et confusément entassés, nul n’y verrait une statue. En dépit des renvois, l’arbre encyclopédique et l’Encyclopédie sont demeurés étrangers l’un à l’autre ; l’unité a été affichée sur le frontispice ; elle n’a point pénétré dans le monument .
Elle y aurait pénétré en vain : quand , au lieu de suivre simplement l’ordre alphabétique, on aurait savamment distribué les matières et les articles selon la classification établie par Bacon ou d’Alembert, l’Encyclopédie n’en serait pas devenue une oeuvre plus philosophique; l’unité véritable n’y aurait pas moins manqué.
Une classification ne suffit point pour la produire. Les classifications n’ont communément pour objet que d’établir entre les faits un certain ordre à l’aide duquel l’esprit les puisse voir, comprendre et retenir facilement. L’unité qui en résulte, purement extérieure et pratique, est presque toujours artificielle, arbitraire , et pourrait être obtenue par mille procédés différents. Qui ne sait que dans toutes les sciences, naturelles, historiques, morales même, on a imaginé et employé une multitude de classifications diverses qui toutes , une fois établies et acceptées , ont eu le même mérite, savoir de servir à l’intelligence de guide , à la mémoire de soutien? Les faits peuvent
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être considérés sous plusieurs aspects et.se lient les uns aux autres par des rapports divers ; selon qu’on adoptera tel ou tel de ces rapports pour principe de la classification, elle variera sans cesser d’atteindre son but. L’arbre encyclopédique de Bacon et de d’ Alembert n’est qu’une classification de ce genre. Ils en ont cherché le principe dans la diversité des facultés humaines ; ils ont distingué la mémoire , la raison et l’imagination, et classé les sciences et les arts selon leur rapport avec l’une ou l’autre de ces facultés. Sans examiner ici le mérite du principe même de cette classification , sans rechercher si de telles distinctions entre les facultés humaines sont autre chose qu’un moyen d’observation et d’étude, qui ne voit qu’on pourrait classer les sciences et les arts d’après un grand nombre de principes différents? On pourrait, par exemple, chercher le moyen de classification dans le monde extérieur, non dans l’esprit humain, et distribuer les sciences et les arts selon leur objet; la distinction commune des trois règnes, c’est-à-dire de la nature inorganique, organisée et animée, deviendrait ainsi la base d’un arbre encyclopédique aussi complet,* aussi régulier que celui qu’ont élevé Bacon et d’Alembert sur la distinction, plus arbitraire et plus vaine peut-être, de nos facultés. On pourrait trouver dans l’opposition de l’homme et du monde, du spectacle et du spectateur, du moi et du non moi , un principe de classification pris, comme le leur, au dedans de nous-mêmes et pourtant fort différent. On pourrait aussi distribuer les sciences et
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les arts selon leur généalogie et dans l’ordre de leur naissance et de leur développement. Considérées sous un point de vue vraiment philosophique, toutes ces classifications encourraient de graves reproches ; mais pratiquement elles auraient toutes à peu près les mêmes avantages et produiraient le même résultat.
D’Alembert lui-même l’a fort bien senti et s’est empressé de le déclarer : « Comme dans les cartes « générales du globe que nous habitons , dit-il , les « objets sont plus ou moins rapprochés et présentent « un coup d’œil différent selon le point de vue où « l’œil est placé par le géographe qui construit la « carte, de même la forme de l’arbre encyclopédique « dépendra du point de vue où l’on se mettra pour « envisager l’univers littéraire. On peut imaginer « autant de systèmes différents de la connaissance « humaine que de mappemondes de différentes pro-
« jections Nous sommes trop convaincus de
« l’arbitraire qui régnera toujours dans une pareille « division pour croire que notre système soit l’unique « ou le meilleur. . . Il ne faut donc pas attribuer à notre « arbre encyclopédique plus d’importance que nous « ne prétendons lui en donner ; c’est une espèce de « dénombrement des connaissances qu’on peut acte quérir, dénombrement frivole pour qui voudrait « s’en contenter, utile pour qui désire d’aller plus tt loin 1 . »
1 Discouru préliminaire de V Encyclopédie, p. 45, 19. édit, in-fol. de 1754.
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Dans l'article Encyclopédie, Diderot a exprimé la même idée 1 : esprits bien supérieurs à leurs propres ouvrages, l’un et l’autre ne voulaient pas qu’on pût les accuser de se méprendre sur le vrai caractère d’un travail dont l’Encyclopédie, comme œuvre philosophique du moins, attendait pourtant toute son unité.
Les classifications n’ont de valeur réelle et scientifique qu’ autant qu’elles sont l’expression d’une idée, le résultat d’un système sur le fond même des questions que la science a pour objet ; et leur mérite dépend alors de celui de l’idée qu elles expriment, du système qui les produit. Qu’un physiologiste, par exemple, découvrant la loi générale des phénomènes de la vie et de leurs rapports avec l’organisation, en déduise une classification des êtres animés, celle-ci ne sera plus une œuvre arbitraire et d’ordre purement extérieur, car elle mettra au jour, sous ses diverses formes et dans toutes ses ramifications, le fait simple et primitif qui régit cette portion de la nature. Mais des classifications de ce genre et vraiment philosophiques sont nécessairement d’une portée restreinte ; c’est seulement dans des sciences spéciales qu’on peut se flatter d’y parvenir. Une telle classification encyclopédique est impossible, car elle aurait pour objet la totalité des faits et des êtres; elle exigerait que l’homme pût comprendre le système général de l’univers et en démêler le principe , qu’il
1 Encyclopédie , t. v, p. 640, au verso.
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se fût posé au sein de l’unité suprême et infinie pour contempler de là toutes choses et saisir le lien qui les unit. Les limites de sa puissance et de sa science sont inconnues, mais elles ne vont point jusques-là.
Une Encyclopédie ne saurait donc être un système régulier et complet, une œuvre vraiment philosophique; on ne parviendrait jamais à lui donner qu’une unité imparfaite , arbitraire , apparente : l’unité véritable qu’elle exigerait surpasse les forces de F humanité.
Est-ce du moins un moyen direct de faire faire aux sciences de grands et rapides progrès?
Il est permis d’en douter, par deux raisons surtout qui, malgré leur opposition apparente, concourent au même résultat.
On ne sait pas quel degré de désintéressement, quel éloignement de toute vue étrangère au travail même animent les hommes qui se vouent à la science, quel que soit son objet. Ils l’aiment et la cultivent pour elle seule , pour le seul plaisir de découvrir la vérité, par cette noble soif de connaître, privilège sublime de notre nature, sans aucune idée , je ne dis pas d’intérêt personnel , mais d’application quelconque , sans songer que leurs travaux pourront avoir quelque autre résultat. Il semble que l’homme, pour atteindre à la vérité , ait besoin de concentrer vers ce but toutes ses forces, et qu’aucune intention, aucune pensée ultérieure ne le vienne distraire d’un si grand dessein. En revanche ce n’est qu’à un tel désintéressement, à ce complet oubli du monde exté-
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rieur et de soi-même qu’il a été donné de faire faire aux sciences leurs plus glorieux progrès. Qu’on cite un exemple de grandes découvertes scientitiques, de grandes vérités obtenues par un autre mobile que le seul amour de la science et de la vérité : dans les sciences morales, exactes et naturelles, dans les temps anciens et modernes, Platon et Archimède, Newton et Descartes, Lagrange et Hatiy, tous les hommes dont le nom rappelle les conquêtes de l’esprit humain, peuvent être apportés en preuve que, par une dispensation admirable , la Providence attache en ceci le triomphe à la pureté de la passion.
Or une Encyclopédie est toujours, jusqu’à un certain point, une œuvre pratique, conçue dans un dessein applicable au monde extérieur, et dont la science n’est pas le but unique , ni même dominant. Ce n’est point de là que peut venir l’impulsion qui fait découvrir le système du monde, ou sonder les mystères de la destinée humaine. Il faut, à de tels travaux, une plus entière abnégation de tout projet, et toute la liberté de la pensée affranchie du fardeau des choses d’ ici-bas.
Il y faut aussi la perspective d’une gloire personnelle, claire, sans partage. On ne fait pas de grandes découvertes scientifiques par voie d’association et en commun ; elles sont le fruit de méditations solitaires, et celui qui s’y livre a besoin, pour récompense, que sur lui seul aussi tombent et s’arrêtent les regards. Or une Encyclopédie est une œuvre immense et qui n’appartient à personne; chaque science s’y perd
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dans la foule des sciences, chaque homme dans la foule des hommes ; chacun y peut apprendre quelle petite place il occupe, lui et son savoir, dans l’océan de la connaissance humaine : vue excellente pour rabattre l’orgueil d’Alcibiade, mais peu propre à échauffer les savants de ce zèle passionné qui leur fait oublier l’importance relative de leurs travaux pour ne songer qu’à leur noble but, la conquête de la vérité.
Enfin, les hommes qui font faire aux sciences de grands pas ne peuvent s’adresser et ne s’adressent guère en effet à ce vaste public auquel les Encyclopédies sont destinées ; partant du point où la science est arrivée parmi les savants, c’est pour les savants seuls qu’ils écrivent, et leurs ouvrages sont spéciaux comme le public capable de les juger. Une Encyclopédie traite de toutes choses, et pour toutes sortes de lecteurs ; ce n’est -point là le lieu que l’auteur d’une découverte vraiment scientifique choisira pour la mettre au jour.
Mais si la lumière se concentre dans un foyer, c’est pour se répandre sur le monde ; la science a un autre but que de satisfaire une noble curiosité ; la vérité est aussi féconde que belle; il est donné à peu d’hommes de la découvrir , mais il appartient à tous de la reconnaître et de recueillir ses bienfaits ; aux progrès de l’esprit humain doivent correspondre ceux de l’espèce humaine ; considéré dans son existence terrestre, c’est pour la civilisation, pour le développement et l’amélioration de l’état social que
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l’homme vit et travaille. Ici commence la vraie tâche des Encyclopédies et se déploie toute leur utilité.
Et d’abord, pour ne parler que de leur effet le plus général, elles ont un noble mérite : par la grandeur seule du spectacle scientifique qu’elles exposent aux yeux du public, elles éveillent, propagent, fortifient ce respect et ce goût de la science qui est peut-être le premier moyen , et , à coup sûr, l’indispensable condition de la civilisation et de ses progrès. Comme de grands et hardis monuments donnent, du peuple qui les entreprit, une haute idée, et le font admirer de siècle en siècle, de même ce monument des travaux de l’esprit humain fait naître, dans l’âme de ceux qui le contemplent , un profond sentiment de sa puissance et de ses droits. En y regardant de près , on reconnaîtra les défauts de l’édifice, le manque de proportions, les lacunes, peut-être même l’instabilité des fondements; il n’en est pas moins vrai que l’impression commune qu’il suscite est morale, utile, et, si je puis ainsi parler, civilisante ; c’est une impression d’estime pour le savoir, d’affection pour la vérité, de respect pour l’ordre intellectuel, de zèle pour le service de l’humanité. Cette impression a ses périls comme toutes choses ; elle peut devenir orgueil , folle confiance ; elle peut contribuer à jeter les hommes dans de funestes erreurs; mais, à tout prendre, le bien domine dans sa nature comme dans ses effets ; elle appartient à des temps de progrès et de gloire; et le siècle qui n’en serait pas susceptible serait bien près de la plus triste, de
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la seule vraie décadence; la vie intellectuelle lui manquerait.
Les Encyclopédies entretiennent, fomentent, développent la vie intellectuelle, même dans des % esprits qui ne l’auraient jamais connue, qui peut-être n’en auraient jamais conçu le désir. Un théologien philoso-
phe, aujourd’hui l’honneur de l’Ecosse, M. Chalmers, a fait cette judicieuse remarque, qu’il n’en est pas des besoins intellectuels comme des besoins physiques d’autant plus pressants qu’on tarde davantage à les satisfaire ; la faim, la soif, ne cessent de croître si on ne les apaise pas, et deviennent enfin des tourments intolérables : la nature morale de l’homme n’a point cette exigence invincible et spontanée ; elle s’engourdit si rien ne la provoque, et, plus l’aliment qui lui convient lui manque , plus elle se résigne à s’en passer. C’est le fatal effet de l’ignorance comme de la servitude que l’homme finit par y perdre le sentiment de sa misère et le désir d’y échapper. Que son intelligence au contraire ait approché de la vérité , elle en deviendra chaque jour plus avide ; si notre nature morale a besoin d’être excitée , elle possède en revanche ce privilège quelle ne peut connaître ni épuisement, ni satiété, ni fatigue même, et que l’exercice redouble ses forces et la jouissance ses désirs. Or les Encyclopédies, plaçant une foule d’idées et de faits à la portée d’une foule d’hommes qui n’y songeaient point, qui sans cela peut-être n’en auraient jamais entendu parler, font pénétrer partout et arriver, pour ainsi dire, de toutes parts,
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cette provocation dont notre intelligence a besoin. Les ouvrages spéciaux ne parviennent qu’aux hommes qui les demandent et ont formé d’avance le dessein de s’en servir. Par la voie des Encyclopédies, les connaissances de tout genre vont au-devant de tous les lecteurs; les regards de celui qui s’occupe d’histoire y tomberont sur un article de philosophie ; y cherchez- vous le sens de quelque terme ? l’explication pratique d’un art appellera votre attention. C’est comme un vaste bazar intellectuel où les résultats de tous les travaux de l’esprit humain s’offrent en commun à quiconque s’y arrête un moment, et sollicitent à F envi sa curiosité.
Je sais, et me suis hâté de le dire, qu’ainsi ne naîtra point une instruction profonde , et qu’à celui qui voudra faire, de telle ou telle science, l’objet de son étude, les traités spéciaux seront toujours nécessaires. Mais, dans l’ordre moral comme dans la société civile, le temps du privilège exclusif est passé sans retour ; en fait de science comme de gouvernement, une classe nombreuse s’est formée qui, sans y consacrer sa vie , ne doit et ne veut plus y demeurer étrangère , empressée de cultiver son intelligence, capable de prendre plaisir, ne lVit-ce qu’en passant, à la contemplation de la vérité. C’est à cette bourgeoisie du monde intellectuel que les Encyclopédies sont surtout destinées; elle y trouve réunies, résumées, taillées, pour ainsi dire, à sa mesure, des connaissances qu’elle n’aurait pas le loisir d’étendre plus loin ni de chercher ailleurs. On a beaucoup parlé,
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et avec raison, des conquêtes et de l’influence de la bourgeoisie dans l’ordre politique; chaque jour, dans nos manufactures, les produits de tout genre s’adaptent de plus en plus à ses besoins et à ses moyens : par quelle absurde exception n’aurait-elle pas aussi, dans Tordre intellectuel, ses droits et son empire? Parce que la science n’est pas sa vocation spéciale et dominante , faut-il que ses convenances et ses goûts en fait d’étude ne soient pas consultés et satisfaits? Que l’aristocratie savante ne s’y trompe point; il y aurait pour elle, à s’isoler avec dédain, la même erreur, le même péril, qui ont perdu tant d’autres aristocraties ; la prospérité des hautes sciences mêmes est étroitement liée aux progrès scientifiques de la classe moyenne ; là ne réside point, il est vrai, le public spécial auquel les savants s’adressent et dont le suffrage fait leur récompense ; mais là se forme ce public général dont l’activité intellectuelle alimente et soutient celle de tous les autres, qui ne décide point des renommées, mais qui les accepte et les propage ; public véritable pour qui se font en définitif toutes choses, et qui ne peut languir dans l’ignorance ou l’apathie sans que la langueur atteigne bientôt ces régions supérieures du savoir ou un imprudent orgueil se permet quelquefois de le dédaigner.
Là même du reste les Encyclopédies exercent di^ rectement une influence salutaire; elles font tomber les barrières qui séparent les sciences diverses, et les contraignent à ne pas s’ignorer réciproquement. Le
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régime des castes a longtemps prévalu dans le monde savant; de même qu’il n’y avait presque aucune relation entre les savants et le peuple, de même les savants demeuraient presque absolument étrangers les uns aux autres; médecins, jurisconsultes, théologiens, érudits, artistes, chacun vivait renfermé dans son étude comme un moine dans son ordre; les sciences môme les plus étroitement liées par leur objet et leurs moyens, la médecine et la chirurgie par exemple, étaient rigoureusement séparées; aussi, à l’exception des hommes de génie, comme Descartes, Gassendi, Leibnitz, l’esprit des savants manquait en général d’étendue et de liberté ; et plus on pénétrait dans les professions qui appliquent la science aux besoins de la vie commune, plus les inconvénients de cette classification monacale devenaient choquants et fâcheux. Les Encyclopédies la font disparaître; elles établissent entre les sciences une sorte de communauté , y introduisent l’esprit d’association, rapprochent les artistes des lettrés, les praticiens des philosophes, mettent enfin chaque savant en mesure de s’instruire , sans de trop longs efforts, de ce qui n’est point l’objet spécial de son étude , assez du moins pour que l’étendue nouvelle de son instruction et de ses idées tourne ensuite au profit de ses travaux. C’est le principal avantage des Universités et des Académies que tous les savants y vivent ensemble, communiquent, s’interrogent, discutent, et s’animent et s’éclairent tour à tour. Autant qu’un livre peut suppléer à la société vivante, les Encyclopédies ont
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cette vertu; elles entourent, pour ainsi dire, le savant solitaire de doctes et bienveillants collègues qu’il peut consulter à toute heure, et elles empêchent ainsi que l’isolement de sa vie et la spécialité de ses études ne resserrent dans d’étroites limites ses idées et son savoir.
Parlerai-je entin de leur utilité commune et pratique, de l’abondante instruction, des innombrables renseignements qu’elles fournissent et qui s’appliquent à tant de circonstances, à tant de besoins de la vie? Dans les grandes villes, au milieu de toutes lès facilités , de toutes les richesses de la société humaine, on oublie trop qu’une multitude de familles indépendantes, aisées, dont le travail n’absorbe point le temps ni les facultés, vivent dans une situation toute différente, celles-ci à la campagne, celles-là dans de petites villes , éloignées de toutes ces ressources de la science et de l’industrie qui se pressent autour de nous. C’est là qu’on apprend à connaître le prix de cette science domestique qui se transporte en quelques volumes dans la solitude la plus profonde. Sans doute elle est incomplète et fautive; on se trompe souvent dans l’application qu’on en fait ; mais, à tout prendre , elle éclaire et dirige plus souvent encore ; elle diminue les embarras, les ennuis de l’isolement; elle rassure les imaginations; elle établit enfin, entre des milliers d’individus dispersés et les grands foyers de la science , une sorte de lien intellectuel dont l’importance et les effets se laissent difficilement apprécier.
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Qu’est-ce que tout cela, sinon autant d’actes de civilisation , sinon la civilisation elle -même? Les * Encyclopédies sont au nombre des innombrables procédés qu’emploie, pour accomplir son œuvre, cette puissance de perfectionnement et de progrès qui est l’apanage du genre humain ; elle les a fait inventer comme elle a fait inventer l’écriture, l’imprimerie, les journaux, la navigation, les canaux, tous les moyens de communication, matérielle ou intellectuelle, entre les hommes; et c’est ainsi qu’elle poursuit incessamment son but, qui est de développer de plus en plus la nature humaine, d’appeler chaque jour un plus grand nombre d’individus à l’activité de l’intelligence, à la jouissance des biens de l’état social.
Veut-on s’assurer, par une dernière voie, que telles sont en effet l’utilité des Encyclopédies et leur vraie destination ? Qu’on examine les divers reproches qu’elles ont encourus : les uns tombent sur les Encyclopédies considérées comme œuvre philosophique, et ils sont presque tous fondés ; les autres s’adressent aux Encyclopédies considérées comme moyen de civilisation, et ils sont tous illégitimes, car on pourrait aussi bien les adresser à la civilisation elle-même. Sous le premier point de vue, on a reproché aux Encyclopédies l’impossibilité de tenir ce que promet leur nom, le manque d’unité qui y règne dans les doctrines, même lorsqu’elles ont une tendance pratique bien déterminée, la disproportion des parties, celles-ci maigres et mutilées , celles-là portées à un
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excessif développement, etc., etc. Tout cela est vrai, et on ne m'accusera pas d’avoir cherché à le dissimuler. Sous le second point de vue, les Encyclopédies, dit-on, répandent une science incomplète, et la répandent au hasard , sans savoir si les esprits sont préparés à la recevoir, quel usage ils en feront, si même ils en ont envie et la demandent ; elles provoquent par là, ou du moins elles favorisent une activité intellectuelle intempestive et mal répartie; elles propagent trop vite, dans la société tout entière, les idées qui naissent dans la région supérieure, et qui ne devraient pas en sortir avant d’avoir subi l’épreuve du temps ; elles font ainsi beaucoup de demi-savants, enfantent la présomption, la légèreté des opinions, des études, et tous les défauts qui en résultent pour les individus, et tous les dangers qui en peuvent naître pour les peuples. Je ne discuterai point ici tant de graves accusations; je me bornerai à demander s’il en est une seule qu’on ne puisse intenter également contre l’imprimerie, la liberté de la presse, les journaux , l’active circulation des idées et des capitaux, en un mot contre la civilisation elle-même. Il est vrai, elle ne purge point l’homme de tout vice et n’affranchit point la société de tout péril; elle développe, au contraire, toutes les dispositions de sa nature, toutes les chances de sa destinée. Mais cela convenu, il n’en reste pas moins évident que la civilisation est la vie même de l’espèce humaine , la loi, le but , la gloire de son activité sur la terre ; que les peuples chez qui elle prospère surmontent les plus
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dures épreuves, survivent aux plus grands revers; que ceux chez qui elle s’arrête dépérissent et meurent, même au sein de la paix, sans accidents et sans ennemis. Qui osera dire qu’il faut étouffer la civilisation? Qui repoussera les moyens de seconder son développement ?
Puisque c’est là le mérite des Encyclopédies, de là aussi doivent dériver les lois de leur composition ; et c’est comme moyen de civilisation, non comme ouvrage philosophique , qu’elles doivent être conçues et exécutées.
Dans ce dessein, deux conditions fondamentales leur sont imposées : il faut qu’elles soient i° à la portée du public auquel elles s’adressent; 2 ° au niveau des connaissances et des idées qu’ elles veulent lui communiquer.
Le simple énoncé de ces deux conditions laisse voir que les premières Encyclopédies, entre autres l’Encyclopédie française , n’y ont point satisfait , ou du moins n’y satisfont plus aujourd’hui.
D’une part , en effet, elles sont si considérables et si chères qu’elles ne sauraient pénétrer partout où le besoin s’en fait sentir; d’autre part, elles sont stationnaires au milieu d’une civilisation progressive, pareilles en quelque sorte à ce travail du cadastre, si vaste et si lent qu’à peine terminé il ne représente déjà plus l’état de la propriété territoriale, et a perdu, en partie du moins, son mérite et son utilité.
Au premier aspect , il semble que ce double vice soit inhérent aux Encyclopédies, et qu’on ne puisse
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se flatter de les rendre jamais accessibles à un trèsgrand nombre d’hommes, et susceptibles, comme la science et la civilisation elles-mêmes , de perfectionnement et de progrès. Il n’en est rien ; si elles n’ont pu encore suffire pleinement à leur vraie destination, c'est qu’on a méconnu leur vraie nature; c’est qu’on a prétendu en faire à la fois une œuvre philosophique et un moyen de civilisation, un monument et un instrument.
Pour qu’une Encyclopédie fût en effet une œuvre philosophique , pour qu’elle en offrit du moins l’apparence , il fallait non-seulement que l’universalité des connaissances humaines y parût déposée, c’est-àdire que chaque mot de la langue y fût l’objet d’un article, mais encore que tous les articles, presque tous du moins, eussent une certaine étendue, une certaine valeur philosophique. Sous le point de vue purement pratique, et dans l’intérêt de la civilisation commune , la plupart des articles n’auraient dû eon- • tenir qu’un résumé fort élémentaire des idées et des faits les plus importants sur la matière en question ; c’était déjà une assez vaste entreprise que de donner, sur toutes choses, quelques notions à tous les lecteurs. Mais les premiers encyclopédistes, préoccupes de la grandeur systématique de leur conception, ne se seraient point résignés à n’écrire ainsi que pour le public proprement dit ; ils voulaient écrire pour les savants, pour le monde lettré. L’intention pratique et civilisante (pour me servir encore de cette
expression qui rend seule toute ma pensée), dominait
* ia.
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au fond dans l'idée primitive et générale de l’ouvrage; mais, dans l’exécution de chaque article en particulier, l’intention philosophique et littéraire prévalait; et, que le sujet le méritât ou non, chaque auteur voulait être lu pour son compte , et que ce qu’il écrivait le mit en réputation d’esprit ou de savoir. De là tant d’articles, d’un intérêt médiocre ou trèsspécial, portés à une longueur démesurée ; tandis qu’en revanche, et par un effet contraire de la même cause, des matières graves , et d'un intérêt vraiment public, ne furent point traitées avec les développements qu’elles exigeaient. L’étendue relative des articles fut donc , pour ainsi dire , en raison inverse de leur importance, et l’Encyclopédie eut le double inconvénient d’être à la fois incomplète et excessive, trop élémentaire et trop savante.
Au premier moment , les effets de ce double défaut furent peu remarqués , et même assez peu réels. L’œuvre était nouvelle et hardie; elle imprimait aux esprits un mouvement prodigieux; elle jetait, pour ainsi dire, à pleines mains, sur la place publique, des idées et des faits jusque-là renfermés dans une étroite sphère. On fit, pour se procurer l’Encyclopédie, des efforts inouïs; elle éleva rapidement le taux moyen des connaissances communes. L’ardeur était
si vive et le progrès déjà si grand que tous les besoins purent se croire satisfaits.
Aujourd’hui les dispositions ne sont plus les mêmes : d’une part, le mouvement s’est ralenti, parce qu’il a, en France du moins, atteint en partie
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son but; de l’autre, les esprits sont devenus plus exigeants; les difficultés des questions sont mieux connues ; on veut des méditations plus fortes, une science plus dxacte et plus complète; le temps de l’ambition démesurée et de la confiance passionnée n’est plus. Les défauts des premières Encyclopédiessont beaucoup plus sentis et plus réels en effet qu’ils ne le furent au moment de leur publication. .
Ce n’est pas tout, le public lui-même a changé de nature. Avant 1789, les principes et les besoins nouveaux prévalaient , mais les faits étaient anciens, et nulle portion de la société n’avait échappé à leur empire. À la ville comme à la cour, dans l’ordre civil aussi bien que dans les institutions politiques, parmi les bourgeois comme entre les bourgeois et les gentilshommes , sous les noms d’hérédité des charges, de jurandes, de corporations, comme sous ceux de droits féodaux, seigneuriaux, etc., le privilège avait toujours régné ; et partout il avait eu ses conséquences accoutumées, une inégalité factice dans la répartition des avantages sociaux, une concentration excessive de la richesse, de l’influence, du savoir. La classe moyenne elle-même était ainsi très-aristocratiquement constituée; et quel que fût son élan vers un autre avenir , elle portait l’empreinte du passé, car elle avait grandi sous ses lois.
Ces lois sont tombées , et à leur suite les résultats qu’elles avaient enfantés ; une nouvelle classe moyenne s’est formée, bien plus nombreuse, bien plus riche dans son ensemble qu’elle n’était jadis,
mais où la richesse individuelle est plus rare. Dans l’ordre moral , une révolution de même nature s’est opérée : le goût et la nécessité de l’instruction se font sentir dans une sphère beaucoup plus étendue ; mais on rencontre moins d’hommes à qui de longs et commodes loisirs aient déjà permis de se livrer à la méditation , à l’étude , sans autre but que de cultiver leur intelligence et de se distinguer par le savoir. Il y a donc beaucoup plus de familles qui ont besoin d’une Encyclopédie élémentaire; il y en a moins peut-être qui soient disposées à accueillir avec empressement, et tout entière, une grande 'Encyclopédie comme celle du siècle dernier.
Les mêmes phénomènes se laissent observer dans la plupart des pays de l’Europe, soit qu’ils aient subi des secousses pareilles à la révolution française, soit que le cours naturel de la civilisation ait suffi pour y amener des effets analogues, bien que moins marqués .
Nulle part on n’a clairement démêlé ces effets; mais partout l’instinct des besoins sociaux s’est fait jour; partout on a senti, sans en bien expliquer les raisons, que les premières Encyclopédies avaient cessé d’y répondre, et qu’il fallait agir sur un plan nouveau.
Deux tentatives, contraires en apparence et pourtant émanées des mêmes causes , ont eu lieu depuis trente ans en France, en Angleterre, en Allemagne; partout ont paru à la fois des Encyclopédies plus populaires et des Encyclopédies plus savantes.
En France, pendant que les éditeurs de X Encyclopédie méthodique entreprenaient de donner, pour
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chaque science, un dictionnaire aussi étendu , aussi complet que si elle eût été la seule dont ils se fussent occupés, on publiait sous les noms à' Esprit de ï Encyclopédie, Dictionnaire portatif ', Encyclopédie portative, Manuel lexique, Dictionnaire des Sciences et des Arts, etc., un grand nombre d’ouvrages destinés à devenir des Encyclopédies élémentaires, à la portée de la plupart des lecteurs.
En Angleterre, on rencontre d’une part une Encyclopédie des Familles , un Dictionnaire abrégé des Sciences et des Arts , une Encyclopédie britannique , en 6 volumes in -8°, des Éléments de toutes les sciences, etc.; de l’autre, trois vastes Encyclopédies, dont la dernière, celle d’Edimbourg, contient, sur les principales questions de la science humain e.et de l’état social, des articles qui sont de grands ouvrages.
En Allemagne, à côté de Y Encyclopédie générale des Sciences et des Arts , publiée par MM. Ersch et Gruber, et encore bien éloignée de son terme, ont paru un Manuel encyclopédique , une Encyclopédie économique , un Abrégé de V Encyclopédie économique y un Lexique ou Dictionnaire de la Conversation, etc., etc. 4 .
Partout, comme on voit, les travaux encyclopédiques ont eu la même tendance, la réforme du double vice que j’ai signalé dans les premières Encyclopédies, trop savantes pour le public en général, trop abrégées dans les grandes questions.
Voyez la Bibliographie placée à la fin de cet essai.
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De ces diverses tentatives, deux surtout, le Dictionnaire de la Conversation en Allemagne, Y Encyclopédie d' Edimbourg en Ecosse, ont obtenu un immense succès : par quelles raisons ?
Le Dictionnaire de la Conversation , publié à Leipzig par le libraire Brockhaus , est la plus complète des encyclopédies populaires. L’éditeur ne s’est rendu compte bien nettement ni de son dessein, ni des besoins auxquels il s’adressait ; son ouvrage n’est point exécuté d’après une idée simple et suivie ayee persévérance dans toutes ses applications : beaucoup d’articles y manquent; certaines parties, la Biogragraphie des hommes vivants par exemple, y occupent une fort grande place , tandis que d’autres, comme les ar et métiers , y sont très-incomplètes. Cependant le livre est conçu dans une vue vraiment pratique , l’instruction générale des classes qui n’ont pas le temps de devenir savantes ; l’éditeur ne s’est laissé détourner de ce but par aucune prétention scientifique ou littéraire ; il s’est appliqué à recueillir, sur une infinité de sujets, les explications, les faits, les connaissances de l’usage le plus étendu et le plus journalier; il a resserré dans un étroit espace cette masse énorme de notions élémentaires ; et malgré les défauts de son travail , bien qu’il pût être beaucoup plus complet , beaucoup plus constamment fidèle à l’idée première dont il émane, il en est déjà à sa sixième édition *, se trouve presque dans toutes les
1 Douze volumes fort iu-8<>, Leipzig, 1824.
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familles un peu aisées , et a puissamment contribué à cette civilisation commune, à cette instruction domestique, plus répandues en Allemagne que partout ailleurs.
Les auteurs de Y Encyclopédie d' Edimbourg , publiée sous la direction de M. Brewster , ont travaillé sur un plan et dans un but directement contraires : que sert, ont-ils pensé, cette multitude de petits articles dont les grandes Encyclopédies sont surchargées? ils se rapportent en général à des mots insignifiants ou d'un emploi rare, qu'on trouve expliqués partout, ou dont on n’est presque jamais conduit à chercher l’explication ; cependant ils occupent un espace immense , et ne permettent pas , même dans les plus volumineuses Encyclopédies, de traiter les matières importantes avec l’étendue et le soin qu’elles exigeraient. Il faut écarter ce remplissage, sans utilité comme sans mérite , qu’on n’insère dans les Encyclopédies que pour leur donner la trompeuse apparence d’une exposition complète de la science humaine; il faut choisir les sujets d’un intérêt vraiment général , auxquels se rattachent beaucoup de faits ou d’idées, et les traiter de manière à donner satisfaction même aux hommes instruits et d’un esprit exigeant.
Ce plan a été exécuté. Sur toutes les grandes questions des sciences morales, politiques, historiques, naturelles, exactes, sur tous les sujets de quelque importance philosophique ou pratique, Y Encyclopédie d' Edimbourg contient de vrais traités où les
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hommes les plus distingués ont déposé le fruit de leurs méditations et de leurs travaux. Et le succès a couronné l’entreprise : comme le Dictionnaire de la Conversation a pénétré, en Allemagne, jusque dans la plus petite bourgeoisie, de même X Encyclopédie d’ Edimbourg est devenue , en Ecosse , le manuel des hommes éclairés ; et partout où se forme une bibliothèque commune, une, société de lecture, c’est l’un des premiers ouvrages qu’on a soin d’y placer.
Quel est le caractère commun de ces deux Encyclopédies si diverses d’origine, d’intention, de but, de mérite? l’une et l’autre ont été conçues dans un
dessein purement pratique , sans vue systématique, uniquement pour satisfaire à certains besoins sociaux, pour propager l’instruction et hâter la marche de la civilisation, l’une parmi les hommes déjà instruits ou qui peuvent consacrer assez de temps à s’instruire, l’autre dans cette classe si nombreuse qui ne veut pas rester ignorante, quoiqu’elle ait, pour étudier, peu de loisir.
En ceci donc, comme il arrive presque toujours, le fait a précédé la théorie et résolu la question de la vraie nature des Encyclopédies avant qu’on eut songé à la poser.
Il faut croire aux faits , surtout quand ils se développent spontanément et avec liberté, comme le résultat du cours naturel des choses, non comme l’œuvre de la préméditation humaine , toujours , étroite' et arbitraire. Les vices qu’ils ont mis au jour dans le plan des premières Encyclopédies n’ont rien
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qui doive surprendre , car ce sont les vices du xvm e siècle tout entier , et dans tous ses travaux. Ce fut l’erreur générale de cette époque de se croire en possession d’une science complète, capable de suffire à tout, et à laquelle tout devait s’assujettir. Par une contradiction qui n’est étrange qu’en apparence, jamais les esprits n’avaient été si préoccupés d’intentions pratiques et du besoin d’appliquer les idées aux faits, et en même temps jamais ils n’avaient ressenti pour les faits tant de dédain; jamais ils n’avaient tenu si peu de compte des exemples, des souvenirs, des diversités, des obstacles, de toutes les circonstances réelles et extérieures. Au milieu d’espérances et de projets fort étrangers à la science, un désir passionné de rigueur et d’unité scientifique prévalait partout ; et, de tous les grands siècles, celui qui peut-être a le moins cultivé la théorie pure esi précisément celui où les théories ont obtenu la foi la plus aveugle et la plus fanatique soumission. L’expérience a promptement fait voir combien de mécomptes traînait à sa suite cette unité factice et prématurée; les faits méconnus se sont vengés en démentant les doctrines, et l’esprit humain a été forcé de s’avouer que les choses n’étaient pas si simples, ni sa science aussi complète, ni sa puissance aussi irrésistible qu’il s’en était flatté. Ce qui s’est passé à l’égard des Encyclopédies n’est qu’une petite scène de ce vaste spectacle, un corollaire de cette grande erreur. Là, comme en matière de gouvernement, on n’a point songé à la diversité des situations,
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des dispositions, des besoins, à l’inégalité des lumières, des fortunes ; on a voulu croire que le publie auquel on s’adressait était un et homogène, et qu’un seul et môme ouvrage devait convenir et suffire également à tous les lecteurs. La méprise était profonde. Sous ces noms de public , peuple , société , se cachent une multitude de sociétés , de publics , de peuples prodigieusement divers, dont les besoins et les moyens intellectuels diffèrent peut-être davantage que leurs costumes et leurs manières. Le poète, l’artiste, le philosophe môme, s’inquiètent peu de ces différences : librement abandonnés à leur imagination ou à leur pensée , leur travail seul les préoccupe : les uns recherchent la vérité pure ; les autres s’adressent aux dispositions universelles et permanentes de la nature humaine , à des sentiments toujours semblables dès qu’ils existent, à des facultés qui, pareilles aux dieux d’Homère, touchent à leur but dès qu’elles se mettent en mouvement. Mais quand on descend de cette haute région où il ne s’agit que d’émotions ou d’idées, quand on veut exercer sur le monde réel une influence directe et pratique, quand il faut gouverner, civiliser, instruire, alors la condition sociale, le degré de civilisation, de loisir, de lumières, sont des faits impérieux qu’il faut bien prendre en considération ; et la môme Encyclopédie ne convient pas plus que les mômes écoles à toutes les classes de citoyens.
Le temps est venu de comprendre cette infinie variété des faits et de lui rendre hommage : les esprits y sont enclins; ils sentent que la liberté est à
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ce prix, que toute unité factice n’est que vanité ou tyrannie ; ils reconnaîtront sans peine que la publication d’Encyclopédies diverses , de science et d’étendue fort inégales , est une conséquence des faits mêmes, une loi imposée par la nécessité de satisfaire à des besoins très-différents et également réels.
Mais notre siècle a bien plus à faire que de constater les erreurs du xvm° et de les fuir : ce travail de critique terminé, il faut qu’à son tour il se porte en avant, entre en possession de vérités nouvelles, et les manifeste par ses œuvres. Si nous nous bornions à reconnaître les diversités sociales et le devoir d’en tenir compte , nous ne ferions que répéter ce que disaient aux philosophes leurs adversaires; il y a longtemps que leur erreur en ceci a été signalée; mais elle l’a été presque toujours à mauvaise intention, dans le seul dessein de rendre la société stationnaire, en lui imposant le respect de toutes les diversités, de toutes les inégalités, de tous les faits sans exception ni examen. Il est réservé à notre temps de déjouer ce perfide emploi de la vérité, de mettre le respect des faits en accord avec les progrès de l’état social, de faire servir la révélation des méprises de la philosophie au triomphe de la raison.
Il est vrai : dans toute société, grande surtout et ancienne comme la nôtre , se rencontrent une multitude de situations diverses, de développements inégaux de la nature humaine, qu’on peut considérer
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comme autant de degrés de l’échelle de la civilisation . Cependant un certain lien subsiste entre toutes ces classes , car elles forment un seul peuple , et , quelque inégales qu’elles puissent être, elles ne sont point étrangères l’une à l’autre ; une même destinée les domine ; elles peuvent se craindre ou se respecter, se servir ou se nuire, mais non s’isoler.
Or qu’arrive-t-il, sans secousse, sans dessein, par le simple cours des choses , partout où la société grandit et prospère? les relations des diverses classes se multiplient; des croyances, des sentiments, des intérêts communs les «rapprochent et les unissent de plus en plus ; on passe plus aisément, plus fréquemment de l’une dans l’autre ; un mouvement général et ascendant règne sur toute l’échelle ; les rangs supérieurs deviennent plus pressés, et pèsent cependant moins durement sur les rangs inférieurs. Qu’on interroge l’histoire; qu’on jette les yeux sur l’àge de croissance, de force, de gloire de tous les peuples; c’est là ce qui s’est toujours passé dans leur sein.
Le rapprochement progressif de toutes les classes, la tendance à l’unité par le libre développement des diversités, telle est donc la loi ou plutôt le fait même de la civilisation ; tel est le cours naturel de la vie dont il a plu à la Providence d’animer ces êtres collectifs qu’on appelle des sociétés.
Toute organisation sociale qui, après avoir reconnu les différences de situation, de civilisation, de lumières , par où se distinguent les diverses classes de citoyens, tendrait d’une part à isoler ces classes
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l’une de l’autre, parce qu’elles sont diverses, d’autre part à les rendre stationnaires dans leurs diversités, serait donc radicalement vicieuse et en contradiction avec la marche spontanée , la force vitale du genre humain.
Le problème de l’organisation sociale consiste donc en ceci : respecter les diversités , les inégalités de fait, en tenir compte en toute occasion ; et, en même temps, établir, entre les classes qu’elles séparent, des liens nécessaires, des rapports tels qu’elles ne puissent s’ignorer réciproquement, que la circulation demeure toujours libre et ouverte de l’une à l’autre, qu’elles se sentent enfin constamment sollicitées et même contraintes l’une par l’autre à marcher ensemble dans la carrière du perfectionnement.
C’est, je crois, la mission spéciale, et ce sera le mérite nouveau de notre siècle, de bien comprendre et de poser nettement ce grand problème, d’en accepter franchement toutes les conditions, de ne sacrifier ni la tendance à la réalité, ni la réalité à la tendance, d’assurer enfin les libertés en repoussant toute unité factice , mais sans cesser de croire et d’aspirer à cette unité véritable et pure vers laquelle l’humanité s’avance constamment, quoiqu’il ne lui soit pas donné de l’atteindre.
Je redescends de l’organisation des sociétés à la composition des Encyclopédies, et je reconnais que, dès qu’on veut agir sur le public entier et servir la civilisation en général, quelque moyen qu’on emploie, qu’on procède par des lois ou par des livres,
le même problème se rencontre et réclame la même solution.
De même qu'il est indispensable de publier des Encyclopédies diverses et inégales , en rapport avec les besoins divers et les moyens inégaux des diverses classes de lecteurs, de même il convient de les rapprocher, de les lier, d’établir entre elles une correspondance telle qu’elles se soutiennent et se complètent réciproquement, que l’une mène à l’autre, et qu’à côté des sources d’une instruction moyenne coulent parallèlement les sources d’une science plus profonde, toujours voisines bien que séparées, toujours accessibles à quiconque y voudra puiser.
Je suppose l’existence d’une bonne Encyclopédie élémentaire, contenant sur tous les mots de la langue, tant usuelle que scientifique, les notions et les renseignements les plus utiles au plus grand nombre des lecteurs. Elle est, dans une multitude d’occasions, prodigieusement incomplète; mais, loin de cacher son insuffisance, elle la proclame hautement; car, dans tous les articles dont l’importance surpasse évidemment l’étendue, elle prend soin de l’indiquer, et renvoie le lecteur à une autre Encyclopédie, fort incomplète à son tour quant au nombre des mots, mais qui en revanche traite avec détail tous les sujets quelle admet dans son enceinte, s’adresse à quiconque veut faire des grandes questions une étude plus attentive, et peut même, si la convenance s’en fait sentir , livrer séparément au public les petits traités qu’elle rassemble sous un même lien. Les
richesses de la connaissance humaine sont ainsi classées de telle sorte que chacun les trouve à sa portée, et est libre d’en prendre ce qu’il en peut employer ; cependant les parts n’en sont point faites, mesurées, distribuées à chacun d’une façon définitive, comme s’il n’avait droit à rien de plus. Les différences sont reconnues et prises en considération; aucune barrière n’est élevée; une intime et continuelle correspondance s’établit au contraire entre les divers degrés de science et de développement intellectuel : dans l’ouvrage même où une instruction élémentaire s’offre à ceux dont la position ne semble pas demander davantage , ils sont à chaque instant avertis que la science mise ainsi sous leur main est bornée , incomplète , propre seulement à dissiper l’ignorance, et que, sur tous les sujets un peu importants, il faut aller chercher la vraie science ailleurs. Et cette instruction plus étendue, plus précise, leur est rendue aisément accessible ; ils la peuvent puiser dans un second ouvrage dont la mission est, pour ainsi dire, de répondre aux questions que le premier lui adresse, qui même, s’ils veulent pousser plus loin leurs études, leur indiquera à son tour les grands traités spéciaux où chaque matière est approfondie. Par là est prévenue la présomption dans la science légère, vice qui naît aisément de l’emploi des Encyclopédies; et en même temps la perspective d’une science plus haute, toujours ouverte devant ceux qui ne recherchent qu’une instruction moyenne, étend l’horizon de leurs idées, suscite en eux de nouveaux
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besoins intellectuels, peut même provoquer le développement de ces dispositions , de ces facultés naturelles auxquelles il ne manque peut-être , pour prendre leur essor, qu’une circonstance qui les révèle à elles-mêmes, et les mette une première fois en mouvement.
Toutes les conditions du problème ne sont-elles pas remplies? Ainsi adaptées aux faits, modelées en quelque sorte, dans leur diversité comme dans leurs rapports, sur le plan de la bonne et légitime organisation de la société même, n’a-t-on pas droit d’espérer que les Encyclopédies atteindront pleinement leur but véritable, qu’elles déploieront, au profit de la civilisation, toute la puissance qui peut leur appartenir?
Elles y réussiront en effet si elles demeurent constamment fidèles à l’idée première dont elles émanent, si dans tous les détails de leur exécution se retrouve et domine la pensée du public auquel elles s’adressent et des services qu’il en attend.
Quant à l’Encyclopédie élémentaire , il est clair que toute apparence de prétention scientifique ou littéraire en doit être bannie. Ce n’est point à fournir une lecture suivie, ni à donner sur tel ou tel genre de faits ou d’idées plutôt que sur tel autre, des moyens d’instruction, qu’un tel ouvrage est destiné. Il s’adresse à un public dont la vie est pleine et occupée, qui n’a que peu de loisirs à consacrer à l’étude, qui même, à proprement parler, n’étudie rien en particulier, mais qui, ne voulant pas rester
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dans l’ignoranee, désire un livre où il trouve promptement , sur tous les sujets qui se peuvent présenter dans le cours de la conversation ou de la vie, des renseignements, des notions suffisantes pour dissiper en quelque sorte devant lui le gros des ténèbres et satisfaire sa curiosité. Ce public ne demande ni qu’on expose et débatte longuement sous ses yeux les opinions diverses, ni qu’on mette sa pensée en mouvement par des idées neuves et hardies, ni qu’on lui procure le plaisir trompeur de se croire savant sans travail ; il veut une réponse positive aux questions peu ambitieuses, peu compliquées, mais innombrables, qu’il peut avoir à faire sur l’histoire, la géographie, les sciences morales, exactes, naturelles, médicales, les arts, les métiers, etc. Dans une telle Encyclopédie, aucun article ne peut donc prétendre à se faire spécialement remarquer ; aucune science ne doit se promettre, se proposer même d’exciter un intérêt particulier ; mais en revanche toutes les sciences y doivent prendre place, et des explications s’y doivent rencontrer sur un aussi grand nombre de mots qu’elle en pourra contenir en demeurant accessible à un grand nombre de lecteurs. On ne lui adressera point de questions savantes, mais on peut l’interroger sur toutes choses, et il faut qu’elle soit toujours prête à répondre, qu’elle offre, pour ainsi dire, le résumé populaire de tous les dictionnaires spéciaux dont les connaissances humaines ont été l’objet. Moins, dans chaque article, elle prétend à la
science, plus elle doit aspirer, dans son ensemble, à
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l’universalité. Le vrai mérite d’une Encyclopédie élémentaire, c’est d’ètre aussi complète, aussi encyclopédique qu’il est permis de l’espérer.
C’est assez dire que les articles seront nécessairement fort courts; leur nombre importe beaucoup plus que leur étendue : ils ne pourront guère contenir que t° la définition du mot; 2° l’exposé de ses diverses acceptions, s’il en admet plusieurs; 3° l’indication sommaire des principaux faits et des principales idées qui s’y rapportent. Dans la Biographie, par exemple, on se contentera d’indiquer le lieu et l’époque de la naissance et de la mort des individus, l’emploi qu’ils ont fait de leur vie, et leurs actions ou leurs ouvrages les plus notables : en Géographie, on assignera la position des villes, leur population, les grands établissements qu’elles peuvent contenir. S’il s’agit d’une plante, d’un animal, on fera connaître le genre auquel il appartient dans les classifications de la science, sa patrie, son utilité pratique, s’il en est susceptible, etc. On évitera soigneusement toute préférence pour telle ou telle science , tout développement partial de tels ou tels articles aux dépens de tels autres ; on ne perdra jamais de vue que l’ouvrage n’a rien de spécial ni dans son public ni dans son objet, et que, destiné à être consulté plutôt que lu, c’est surtout par des faits, par des résultats clairs et précis qu’il doit répondre aux questions.
Naturelle et commode dans les sciences qui traitent des phénomènes de l’ordre matériel, cette méthode
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s’applique moins aisément aux sciences morales qui s’occupent de faits plus difficiles à démêler, plus contestés, et à l’occasion desquels se sont élevés tant de systèmes divers. Quand on raconte la vie d’un homme, quand on décrit une contrée, quand on expose les résultats de l’observation de la nature physique ou les procédés d’un art, il n’y a communément point de choix à faire, point de discussion à établir ; on dit ce qui est, ce qu’on peut regarder du moins comme généralement adopté. Mais dans les matières philosophiques, s’il s’agit, par exemple, du mot âme ou du mot souveraineté , il n’y a pas moyen d’échapper à la nécessité de choisir entre les opinions diverses ; le rôle d’historien des idées humaines, le seul qui pût en dispenser, n’est point admissible dans une Encyclopédie élémentaire, car il donnerait aux articles beaucoup trop d’étendue; il faut prendre un parti , et rédiger tous les articles de ce genre d’après une opinion et dans une direction déterminées. C’est au succès seul qu’il appartient alors de justifier le choix.
Du reste ce n’est pas sur les matières philosophiques qu’une Encyclopédie élémentaire sera le plus souvent consultée; elle ne doit omettre aucun des mots qui s’y rapportent ; mais, placée entre la nécessité d’adopter à ce sujet des opinions systématiques et l’impossibilité de les prouver, il lui convient de se renfermer, sur ces graves questions, dans les termes les plus simples , et d’en référer chaque fois à l’Encyclopédie savante qui lui correspond.
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Celle-ci sera un ouvrage non-seulement de dimensions fort différentes, mais d'une autre nature; ce n’est plus un besoin d’instruction générale et moyenne, ce sont des besoins de connaissances spéciales et plus précises qu’il s’agit de satisfaire. On cherche dans une Encyclopédie élémentaire des renseignements, des explications sur ce qu’on ignore ; on attend d’une Encyclopédie savante qu’elle traite avec exactitude et détail des questions dont on s’est déjà occupé. Le principal mérite de la première est l’universalité ; chaque article, pris à part, a nécessairement peu de valeur; dans la seconde, ce n’est pas de l’ensemble de l’ouvrage, mais du mérite de chaque article en particulier qu’il faut s’inquiéter; elle ne prétend point à traiter de toutes choses, car elle méconnaîtrait les limites de sa puissance et retomberait dans les vices dont les premières Encyclopédies sont entachées; mais elle s’engage à donner, sur les matières dont elle s’occupe, des notions exactes et assez étendues. Sans doute il est à désirer que toutes les questions importantes y prennent place; sans doute il convient de déterminer d’avance, dans chaque lettre de l’alphabet, quels sont les mots qui exigent ou comportent d’assez longs développements pour qu’elle soit tenue de les accueillir; mais il faut surtout que chacun de ces mots devienne ensuite, entre les mains d’un homme versé dans la science à laquelle il appartient , le sujet d’un petit traité qui résume et livre en substance au public les ouvrages spéciaux des savants
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de profession. Publiés ensemble et sous un titre commun, ces traités feront partie , il est vrai, d’une même collection; mais ils n’auront point été faits l’un pour l’autre , ni dans une vue systématique et sous la loi d’une prétendue unité. Il faut même qu’ils se détachent au besoin de la collection, et que tout homme, qui voudra acquérir, sur telle ou telle matière, des notions un peu précises, le puisse faire en se procurant l’article seul qui s’y rapporte , sans être contraint d’acheter l’Encyclopédie tout entière.
Il faut aussi qu’au moment où telle ou telle étude, telle ou telle question occupera spécialement l’atten- . tion du public, elle devienne aussitôt le but vers lequel les publications périodiques de l’Encyclopédie se dirigent de préférence ; non-seulement on satisfera ainsi aux besoins sociaux dès qu’ils se déclareront, mais l’instruction pénétrera bien plus aisément et se fixera plus sûrement dans les esprits, car elle se rattachera à des faits actuels, et se présentera au nom de la nécessité. Il faut enfin que, lorsque le progrès des études, des découvertes, des idées, aura répandu, sur tel ou tel sujet, de nouvelles lumières et fait vieillir l’article qui y avait été consacré, on puisse le remplacer par un article nouveau, et que la Collection demeure toujours perfectible et progressive comme la science et la société.
A ces conditions seulement, une Encyclopédie savante sera vraiment utile et pourra déployer, au profit de la civilisation, une grande influence. Elle en suivra , pour ainsi dire , le cours , distribuant la
science selon le besoin et la demande, portant la lumière du côté où se dirigeront les regards, servant d’intermédiaire et de lien entre les hommes qui vouent à des études spéciales leur vie entière et ceux qui veulent en appliquer, ou du moins en connaître les résultats. Beaucoup d’hommes aussi qui, par goût ou par nécessité , se sont occupés avec soin de tel ou tel sujet , mais n’en auraient jamais fait la matière d’un ouvrage, déposeront volontiers dans une collection pareille le fruit de leurs méditations ou de leur expérience; et des idées, des recherches, qui peut-être auraient été perdues, ou utiles seulement dans une étroite sphère, entreront dans la circulation générale. Ainsi , sur l’indication des besoins de la société, et à mesure que se présenteront les moyens d’y satisfaire , les traités s’ajouteront aux traités; les mots marqués d’avance , dans l’Encyclopédie élémentaire, comme exigeant des développements plus étendus, s’épuiseront peu à peu ; et l’Encyclopédie savante se fera naturellement, progressivement, toujours en rapport avec les faits, toujours contenue dans les limites de la possibilité et de sa mission.
Il est difficile d’indiquer par avance et d’une manière générale sur quel plan doivent être composés les traités qu’elle est destinée à réunir; quand il s’agit d’articles courts et simples , comme dans une Encyclopédie élémentaire, on peut, jusqu’à un certain point, les jeter dans un même moule, et donner quelques règles partout applicables; mais avec les
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développements les diversités se prononcent, comme les enfants, dont les traits sont si pareils au berceau, cessent de se ressembler en grandissant. Comment les mômes procédés de composition conviendraientils à une biographie , à une question d’économie politique et à un traité sur quelque point des sciences naturelles, par exemple, aux articles Aristote , anatomie , capital, mammifères , machine à vapeur 1 Dans certains cas , c’est surtout sous son aspect pratique, dans les applications de la science à la société, que le sujet veut être considéré; dans d’autres, au contraire, les idées générales doivent dominer, et le champ appartient à la théorie. S’il s’agit de la biographie d’un grand homme, de Platon, de Descartes , de Cromwell , de Luther , de Sully, de Bossuet, quelle valeur auraient, dans un ouvrage qui ne pourrait les recueillir complètement, des détails anecdotiques sur sa personne et sa vie ? C’est à raison de l’influence qu’il a exercée sur la destinée des peuples ou sur le développement de l’esprit humain, parce que son histoire fait partie de l’histoire de l’humanité, qu’il prend place dans l’Encyclopédie savante; c’est sous ce point de vue et dans ses rapports avec son siècle qu’il faut le peindre et le juger. Dans les sciences morales, comme la psychologie, la philosophie politique, etc., les principes généraux peuvent seuls être exposés , et il importe bien davantage de donner des modèles de méthode, ou de jeter, s’il se peut, sur les grands problèmes de la science, quelques vues nouvelles qui mettent
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les esprits en mouvement, que de s’appesantir sur des questions particulières qui ne sauraient être résolues qu’en présence des faits, et dont le nombre surpassera toujours de beaucoup l’espace qu’on pourra leur accorder. Traite-t-on, au contraire, de quelque sujet qui appartienne aux sciences exactes ou naturelles, à la mécanique , à la physique, à la chimie, à la botanique? c’est probablement aux applications, aux conséquences usuelles de la science qu’il faudra préférablement s’attacher, car c'est là surtout ce qu’on cherchera dans l’Encyclopédie ; les savants de profession, ou les hommes qui voudraient faire , de la science pure , une étude approfondie , auraient recours aux grands traités spéciaux. Les articles auront ainsi , selon la nature des sujets et des besoins auxquels l’Encyclopédie s’adresse , un caractère tantôt philosophique, tantôt pratique, et la théorie ou l’application y dominera tour à tour.
Cependant, s’il fallait absolument donner, sur la méthode à suivre dans la composition de ces petits traités, quelques préceptes généraux, je dirais qu’il me paraît désirable qu’ils contiennent : 1° l’histoire du sujet, c’est-à-dire un précis historique des faits ou des idées qui s’y rapportent, afin que le lecteur sache bien comment la question s’est progressivement démêlée et la science formée avant d’arriver à lui ; 2° une exposition de l’état actuel des connaissances et des principes généralement adoptés sur le point dont il s’agit, et des idées propres de l’auteur ; 3° l’indication des lacunes qui subsistent encore,
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des difficultés qui restent à résoudre et des progrès désirables ou possibles qui se laissent entrevoir ; 4° enfin l’énumération des principaux ouvrages où la matière a été traitée dans les divers pays, avec une appréciation sommaire de leur mérite. Des articles exécutés d’après ce plan répondraient, ce me semble, à tous les besoins qu’une Encyclopédie savante se propose de satisfaire.
Du reste, de tels préceptes ne sont, je le répète, que de vagues indications : la manie réglementaire ne s’appliquerait pas plus heureusement à la composition d’une Encyclopédie que partout ailleurs; là aussi elle ferait sans cesse violence à la nature des choses et à la liberté des esprits , seules puissances respectables et fécondes. C’est à la raison de chaque écrivain à régler, dans chaque occasion, la méthode selon le sujet. La détermination des matières qui, à raison de leur importance ou du vœu public, doivent être traitées dans l’Encyclopédie progressive, et le choix des hommes capables de les traiter , de là dépend le succès. Il n’y a point de préceptes à donner à cet égard.
J’ai essayé de mesurer la puissance des Encyclopédies , de définir leur vraie nature , d’en déduire les lois de leur composition, de poursuivre dans l’application les conséquences de ces lois jusqu’à ce point où la prévoyance législative de l’esprit s’arrête devant l’infinie variété des faits , et ne peut plus prétendre à les régler a priori ni en général. Si je ne m’abuse , il suffit de jeter les yeux sur l’état
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actuel de la société en France pour se convaincre que, bien loin d’être une entreprise conçue arbitrairement et au hasard, une invention de cette activité qui cherche en tous sens de quoi s’exercer et se répandre, les deux ouvrages dont je viens de tracer le plan , sont naturellement appelés par les faits , impérieusement provoqués par la nécessité. Ils ne prennent pas seulement leur source dans ce désir d’instruction et de science qui anime tous les siècles un peu actifs, toutes les sociétés en progrès ; ils répondent à des besoins encore plus pressants, plus directs , à des besoins qui naissent de la situation sociale des hommes aussi bien que de leur disposition morale. L’organisation actuelle de la société parmi
nous est bonne, raisonnable, légitime; la plupart
des hommes ont lieu d’être contents de la justice des relations qu’elle établit entre eux, de la liberté des carrières qu’elle leur ouvre, de l’ensemble des faits au milieu desquels s’écoule leur vie. Mais il manque à cet état social quelque chose dont l’absence se fait partout sentir , que tout le monde cherche , souvent même sans le savoir : c’est un état intellectuel qui lui corresponde et le complète. Les révolutions ne changent pas le monde intérieur et moral aussi promptement que le monde extérieur et matériel; on s’enrichit plus vite qu’on ne s’éclaire; on monte sans grandir à proportion. 11 y a maintenant un nombre immense de citoyens honnêtes, influents, importants par leur fortune , leur activité , leur clientèle, et dont l’instruction n’est, pas au niveau de
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leur situation, qui n’ont pas les lumières de leur influence, ni les principes de leur conduite, ni les croyances de leurs sentiments. La civilisation intellectuelle, en un mot, est moins avancée que la civilisation sociale. C’est donc de la civilisation intellectuelle qu’il faut seconder les progrès ; il faut se hâter de répandre des connaissances, des principes qui rétablissent entre les pensées et les situations, les esprits et les existences, cet équilibre, cette harmonie qui font l’éclat et assurent le repos de la société. C’est là le premier et le plus noble besoin de notre époque. Il y a un étrange aveuglement à lui en contester la satisfaction. Le désir de l’instruction, la soif du développement intellectuel, peuvent être, dans certains temps, des besoins révolutionnaires ; ils peuvent provenir d’un contraste malheureux entre le droit et le fait, entre les conditions
légales et les capacités réelles, et ils provoquent alors
des bouleversements. Tel était, il y a quarante ans, le sort de la France : une foule d’hommes, des classes entières de citoyens ne possédaient pas en fait ce dont ils étaient moralement capables ; les lumières étaient pour eux un moyen de renverser les obstacles qui les tenaient écartés de la place à laquelle ils avaient droit, et c’était surtout dans ce dessein qu’ils recherchaient avec passion les moyens d’en acquérir. Aujourd’hui tout est changé; le phénomène contraire se présente ; les classes diverses se trouvent dans la situation qui leur convient; le fait est bon, invinciblement bon ; rien ne le prouve mieux que sa
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résistance paisible à des passions ennemies et qui semblent souveraines. C’est l’état moral qui aspire à se développer, à se perfectionner pour se mettre en accord avec l’état réel ; ce ne sont point des pauvres qui veulent s’instruire pour s’enrichir, ce sont des riches qui recherchent aussi la richesse intellectuelle. Bien loin donc que l’instruction, la propagation des connaissances positives, le développement complet et libre des esprits, soient maintenant une source de révolutions, c’est au contraire un élément d’ordre, de stabilité, un moyen d’affermir, de compléter ce qui est, d’assurer l’exercice régulier des forces qui possèdent l’empire. Ceci est encore un exemple de cet éternel anachronisme des passions et des préjugés qui pousse tant d’hommes à s’effrayer de périls depuis longtemps évanouis avec l’ordre de choses qu’ils menaçaient. C’eût été, il y a cent ans , une grande injustice , et probablement une injustice Vaine, que de vouloir empêcher, par crainte des révolutions, le progrès de l’instruction publique : aujourd’hui c’est une sottise. Les changements dans l’état social , auxquels la France aspirait depuis plusieurs siècles, que l’administration de Louis XIY a favorisés et mûris plus efficacement peut-être que toute autre cause, sont accomplis et irrévocables ; le public est en possession de la liberté et de rinfluence; il ne s’agit plus que de savoir si, libre et influent, il doit être condamné à l’ ignorance qui convient à la servitude. Un tel état serait, à coup sûr, le pire de tous, et personne n’a lien à y gagner. La propaga-
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tion des lumières de tout genre et tous les moyens d’y concourir, Encyclopédies ou autres, sont donc maintenant au nombre de ces besoins pacifiques, réguliers, qui s’élèvent au-dessus des querelles de parti , qu’on ne saurait sans absurdité refuser de satisfaire, et dont nul homme de sens ne peut raisonnablement s’alarmer.
Mai 1826.
L’idée de réunir en un seul ouvrage toutes les connaissances humaines n’a pas été étrangère à l’ancienne Europe. On peut croire qu’elle était présente à l’esprit de Varron *, lorsqu’il écrivait ses Rerum humanarum et divinarum antiquitates , et ses Disciplinarum libri IX, malheureusement perdus pour nous, et à celui de Pline l’ancien 1 2 , lorsqu’il faisait entrer dans son Hisloria naturalis tous les résultats de ses immenses études. Plus tard Stobée 3 et Suidas 4 composèrent, dans un dessein analogue , les recueils dont il ne nous reste que quelques parties. On a rangé parmi les tentatives du même genre le bizarre ouvrage mêlé de prose et de vers, où, sous le titre de Saiyricon , Marcianus Capella 5 , vers le milieu du v c siècle, traita des sept sciences qui formaient alors toute la science humaine, la grammaire, la dialectique, la rhétorique,
1 Né l’an 116 et mort l’an 27 avant J.-C.
2 Né l’an 23 et mort l’an 79 de J.-C.
3 Jean de Stobi, ville de Macédoine, vivait dans le v e siècle de l’ère chrétienne.
* Grammairien grec qui vivait à Constantinople, scion les uns au x e , selon les autres au xi e siècle.
s Né à Madaure en Afrique, et selon d’autres à Carthage.
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la géométrie, l’astrologie, l'arithmétique, et la musique qui comprenait la poésie. En avançant dans le moyen âge, on rencontre ces Encyclopédies spécialement consacrées à telle ou telle science, et connues sous le nom de Summœ ou Spécula , comme la Summa theologiœ de saint Thomas d’Âquin 1 et plusieurs autres. Un évêque de Constance,ldu nom de Salomon, tenta même, au ix e siècle, un Dictionarium universale , et au xm e siècle, sous le règne de saint Louis, le dominicain Vincent de Beauvais composa, à la demande, dit-on, du roi lui-même, et sous le titre de Spéculum hisloriale , naturale , doctrinale et morale , un vaste recueil destiné à reproduire textuellement ce qu’avaient pensé et enseigné, sur tous les sujets, les plus illustres écrivains.
Mais, dans tous ces travaux, l’idée d’une Encyclopédie était vague et incomplète ; les auteurs ne se rendaient pas bien compte eux-mêmes de leur dessein. Au commencement du xvu e siècle , les rapides progrès de la civilisation suscitèrent à ce sujet des tentatives plus directes et plus précises. En 1 606, Mathias Martins, recteur du Gymnase de Brême, traça, sous le titre de ldea methodica et brevis Encyclopœdiœ , sive adumbra tio universitatis , le plan d’une Encyclopédie. En 1620, Jean- Henri Alsted publia à Hcrborn une Encyclopœdia VII tomis distincta.Xe rs le milieu de ce siècle enfin, Bacon, en donnant, sous le nom à’ Arbre encyclopédique 2 , une classification complète et raisonnée des connaissances humaines, sema le germe qui devait, dans le siècle suivant, produire les véritables Encyclopédies.
L’idée en est donc fort ancienne ; mais c’est le génie de Bacon qui l’a fécondée, et, dans le xvm e siècle, qu’elle a porté
1 Né en 1224, mort en 1274.
* Dans son Novum organum scientiarum (in-12, Leyde, 1650) et dans ses De augmenlis scientiarum lib. ix (in-12, Leyde, 1652).
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ses fruits. -Depuis cette époque ont paru un grand nombre d’Encyclopédies ou recueils de même nature, dont nous joignons ici l’indication, en les classant selon le lieu et la date de leur publication.
France.
1° Dictionnaire universel français et latin , connu sous le nom de Dictionnaire de Trévoux ; contenant la signification et la définition des mots de l’une et de l’autre langue, avec leurs différents usages, les termes propres de chaque état et de chaque profession, la description de toutes les choses naturelles et artificielles, leurs figures, leurs espèces, leurs propriétés, l’explication de tout ce que renferment les sciences et les arts, soit libéraux, soit mécaniques, etc., avec des remarques d’érudition et de critique : le tout tiré de plusieurs excellents auteurs, etc. Trévoux, 1704; 3 vol. in-fol. — Il a eu depuis cinq autres éditions ; la dernière, et la plus complète, est de Paris, 1771 ; 8 vol. in-fol.
Cet ouvrage ne conserve guère aujourd’hui que le mérite d’avoir été le premier de ce genre, et d’indiquer par le rapprochement de deux langues un grand nombre d’étymologies.
2° Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des Sciences , des Arts et des Métiers , par une société de gens de lettres , mis en ordre par Diderot , et, quant à la partie mathématique , par d’Alembert ; Paris, 1751 à 1772 ; 28 vol. in-fol., dontU de planches. On ajoute à ces 28 vol. un Supplément , Amsterdam, (Paris), 1770-77 ; 5 vol. in-fol., dont un de planches ; et la Table analytique et raisonnée des matières (par Mouchon) ; Paris, 1780 ; 2 vol. in-fol. — En tout, 35 vol.
On a réimprimé les 28 premiers volumes à Genève , sous
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la même date, mais cette réimpression est peu estimée 1 .
Nouvelle édition ; Genève, 1777 ; 39 vol. in-4°, dont trois de planches. — Dans cette édition et la suivante, le supplément est fondu dans le corps de l’ouvrage. On joint à celle-ci 6 vol. de tables, imprimés à Lyon, en 1780.
- Nouvelle édition ; Lausanne, 1778 ; 36 vol. gr. in-8°, et 3 vol. in- 4° de planches.
— Nouvelle édition ; Lucques, 1758-1771 ; 28 vol. in-fol. avec des notes d’Octavicn Diodati.
— Nouvelle édition ; Livourne, 1770; 33 vol. in-fol.
Malgré ses défauts, cet immense ouvrage contient une foule
d'articles très-remarquables, et conservera éternellement le mérite d'avoir imprimé un grand mouvement à la propagation des idées et des connaissances. Les deux premiers volumes, publiés en 1751, excitèrent de vives réclamations par leur hardiesse en matières religieuses. Un arrêt du conseil du roi, du 7 février 1752, les supprima, et l'impression des volumes suivants resta suspendue pendant dix-huit mois. Les éditeurs promirent plus de circonspection pour l’avenir, et cinq nouveaux volumes parurent successivement. Mais ils donnèrent lieu à des plaintes encore plus vives. Un nouvel arrêt du conseil du roi, du 8 mars 1759, révoqua le privilège. On crut un moment l’entreprise perdue. Diderot lutta énergiquement contre
1 Elle se reconnaît : \° à la page 241 du premier volume du Discours préliminaire , où le mot différence, qui termine la deuxième colonne, est imprimé en entier, tandis qu’il ne l’est qu’à moitié dans l’édition originale; 2° au tome VIII des planches, dans lequel, au lieu du portrait de Louis XV, qui se trouvait à l’article monnaie de l’édition de Paris, on a mis celui de Louis XVI dans l’édition de Genève. Il faut encore voir si, sur les frontispices des huit premiers volumes de planches, se trouve le mot livraison, précédant l’indication du nombre des planches contenues dans le volume. Ce mot n’est point dans l’édition de Genève.
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tous les obstacles. M. de Malesherbes, alors directeur général de la librairie, protégeait assez ouvertement l’Encyclopédie. Par son crédit et par celui du duc de Choiseul, principal ministre, l’on obtint, pour la suite de l’ouvrage, ce que l’on appelait alors une permission tacite , c’est-à-dire que, moyennant un nouveau frontispice, avec l’indication d’Amsterdam, les Encyclopédistes furent affranchis de toute censure. Dès lors Diderot redoubla d’ardeur, et l’entreprise fut menée à fin plus tôt qu’il ne semblait permis de l’espérer.
M. Pierre Mouchon, ministre du saint Évangile, à Genève, rédigea en cinq années la table de Y Encyclopédie. Les divers articles disséminés dans ce grand dictionnaire, et qui se rapportent à un môme sujet, toutes les idées éparses dans des articles où l’on ne songerait pas à les chercher, sont rapprochés dans cette table avec ordre et exactitude.
Nous plaçons immédiatement à la suite de l’Encyclopédie de Diderot, et sans tenir compte de l’ordre des dates, l’indication des ouvrages suivants, qui n’en sont que des extraits :
3° L’Esprit de l’ Encyclopédie ou Choix des articles les plus curieux de ce Dictionnaire, par l’abbé de Laporte ; Paris, 1758; 5 vol. in-12, ou 7 vol. in-12, y compris 2 vol. de supplément.
4° L’Esprit de V Encyclopédie ou Choix des articles les plus curieux , etc., par M. Olivier; Paris, Fauvelle et Saguier, an VIII (1800) ; 12 vol. in-8°, plus un vol. de supplément.
5° Esprit de l’Encyclopédie ou Recueil des articles les plus curieux et les plus intéressants de l’Encyclopédie , en ce qui concerne l’histoire, la morale, la littérature et la philosophie, réunis et mis en ordre par M. Hennequin. Nouvelle édition augmentée d’un grand nombre d’articles ; Paris, Verdière, 1822 et années suivantes ; 15 vol. in-8°. Les sciences naturelles n’entrent pas dans le plan do ccttc compilation.
6° Encyclopédie portative ou Science universelle à la portée
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de tout le monde , par un citoyen prussien ; Berlin, 1758 ; in-12. — Attribuée à Samuel Formey, connu par plusieurs ouvrages de bibliographie et d’histoire littéraire.
7° Dictionnaire portatif , comprenant la géographie , ï histoire universelle , la chronologie , etc ., par F. Morenas ; Avignon, Chambeau, 1760-62 ; 8 vol. in-8°.
C'est une espèce d’ Encyclopédie compilée par les soins et aux frais des PP. Capucins d'Avignon, d'après les premiers volumes de Y Encyclopédie de Diderot, et le Dictionnaire de Trévoux.
8° Encyclopédie ou Dictionnaire universel raisonné des connaissances humaines , par le professeur de Felice ; Yverdun, 1770-1775 ; -42 vol. in-4°. — Supplément , 6 vol. in-4°, 1772 et 1776. — Planches , 10 vol. in-4° ; 1775-1780.
L’Encyclopédie de Diderot et de d’Alembert a servi de base à l’Encyclopédie d'Yverdun ; mais Felice en a refondu et souvent amélioré les articles., Tous les articles signés D. F., et toutes les additions placées entre deux astérisques sont de lui. Le Courrier de l’ Europe (n° du 25 avril 1780) donne les noms des collaborateurs de Felice, avec l’indication des matières traitées par chaque auteur. Les principaux sont : Euler, Lalande, Portai, Haller, etc. .
9o Dictionnaire des gens du monde , historique , littéraire , critique , moral et physique , par Sticotti ; Paris, Costard, 1770 ; 5 vol. in-8.
10° Encyclopédie élémentaire ou Rudiment des sciences et des arts , par Crommelin; Autun, Dejussieu, 1773; 3 vol. in-8°.
11° Manuel Lexique , par l’abbé Prévost ; 2 vol. in-12, sur deux colonnes. — Souvent réimprimé.
12° Encyclopédie méthodique ou Dictionnaire universel de toutes les connaissances humaines , classées méthodiquement par dictionnaires .
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Cette Encyclopédie, formée d’une série de dictionnaires présentant chacun ses articles par ordre alphabétique, et rangés eux-mêmes alphabétiquement, depuis l'agriculture jusqu’à la théologie, a été entreprise par le libraire C.-J. Panckoucke, qui en publia le plan , en 1781, in-4°. Madame Agasse, sa fille, en poursuit avec constance l’achèvement : 46 Dictionnaires sont complets ; il en reste 6 à terminer. Les volumes au nombre de 424, y compris les volumes de planches, sont de format in-4°, de 900 pages environ, sur deux colonnes. Les planches, au nombre de 6,367, sont gravées au burin.
On trouve partout l’indication des diverses parties de l’Encyclopédie méthodique. *
13° Dictionnaire des Sciences et des Arts , par Lunier ; Paris, 4805 ; 3 vol. in-8°.
14° Encyclopédie moderne ou Dictionnaire abrégé des sciences , des lettres et des arts , avec l'indication des ouvrages où les différents sujets sont développés et approfondis , par M. Courtin, ancien magistrat, et par une société de gens de lettres ; Paris, 4823 et années suivantes. Cette Encyclopédie, dont il a paru 9 volumes, doit en comprendre 24, plus un volume de planches.
45° Encyclopédie des dames , par une société de savans, de gens de lettres et de dames ; Paris, 1821 et années suivantes; in -4 8. %
Angleterre.
4° Lexicon technicum ou Dictionnaire universel des sciences et des arts , par James Harris ; Londres, 1708 ; 2 vol. in-fol. — On regarde ce lexique comme ayant été en Angleterre le premier Essai d’une Encyclopédie en langue vulgaire.
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2° Chambers's Dictionary of arts and sciences ; Tendres, 1728; 2 vol. in-fol.
Quoique ce dictionnaire eût été précédé par le Lexicon technicum de Harris, il excita dans le public une attention que celui-ci n’avait point obtenue, et c’est à lui qu’appartient l’honneur d’avoir donné la première idée de l’Encyclopédie française (voyez le Prospectus et le Discours préliminaire de d’Alembert).
3° Encyclopœdia britannica; Londres, 1788 ; 10 vol. in-4°. La cinquième édition (Edimbourg, 1814- ; 20 vol. in-4°;) contient des suppléments considérables, en tête desquels sont placées les dissertations sur les progrès des sciences philosophiques et politiques, par M. Dugald Stewart, des mathématiques, par M. Playfair, de la chimie, par M. Brandes ; dissertations qui forment de grands ouvrages.
4° Encyclopœdia Londinensis, publiée par John Wilkes ; Londres, 1797. Elle n’est pas encore terminée ; il en a paru 18 vol. in-4°.
5° The new Cyclopœdia or Universal Dictionary of arts , sciences and literature. — Nouvelle Encyclopédie ou Dictionnaire universel des arts, des sciences et de la littérature ; 1802-1819 ; 76 livraisons formant 38 vol. in-4°, et 3 livraisons de suppléments et de tables, outre les planches.
Le D r Rees est l’éditeur de cette Encyclopédie, et l’auteur d’une foule d’articles historiques et littéraires. L’esprit général de la rédaction est impartial et modéré.
6° Eléments of general Knowledge, eic. — Eléments de connaissances générales pour servir d’introduction aux livres les plus estimés, etc., par Henri Kett ; Londres, 1802 ; 2 vol. in-8° ; supplément 1 vol. in-8°. - Nouvelle édition ; Londres, 1809 ; 2 vol. in-8. — 8 e édition ; 1815, 2 vol. in-8°.
7° Edinburgh Encyclopœdia, publiée à Edind>ourg sous la
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irection du Dr Brewster. — Elle n'est pas encore terminée ; il en a paru 20 vol. in-4°.
8° Pantologia or New Dictionary of arts and sciences , etc . — Pantologie ou Nouveau Dictionnaire des arts et des sciences, rédigé par C. Gregory et J. Mason Good ; Londres, 1800- 1813 ; 12 vol. in-8°.
9° The British Encyclopœdia. — Encyclopédie britannique, rédigée par W. Nicholson ; Londres, 1807-1809 ; G vol. in-8°.
10° Encyclopœdia metropolitana. Elle doit former 12 vol. in-4°. — 11 n'en a paru encore que 8 parties.
11° Encyclopœdia Edinensis , publiée par John Millar, depuis 1816. — Elle doit former 6 vol. in-4°.
12° The english Encyclopœdia , hein g a collection of treatises, and a Dictionary of terms illustrative of the arts and sciences, etc. — Encyclopédie anglaise ou Dictionnaire explicatif des mots des arts et des sciences, etc., ornée de 400 planches ; Londres, 1821 ; 10 vol. in-4° en 20 livraisons d’environ 800 pages, sur deux colonnes, petit caractère.
13° The family Cyclopœdia , etc. — Encyclopédie de famille, ou Manuel de toutes les connaissances utiles, classées par ordre alphabétique, etc., par James Jennings ; Londres, Sherwood, 1821 ; un gros vol. in-8° d'environ 1,200 pages.
14° Methodical Cyclopœdia , par Mitchell ; Londres, 1823. — Elle doit former 12 vol. in-12.
15° The London Encyclopœdia, etc. — Encyclopédie de Londres ou Dictionnaire universel des sciences, des arts, de la littérature et de la mécanique, par l'éditeur primitif de Y En* cyclopœdia metropolitana ; Londres, 1820; in-8°. — 11 n’a encore paru que la première partie du tome 1 er .
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Allemagne.
1° Grosse Vollstœndige universal lexicon, etc», Grand Diedonnai re universel des sciences et des arts, par Zedler; Halle et Leipzig, 1732-1750 ; 61 vol. in-8 avec les suppléments.— Seconde édition ; 1751-1754 ; 4 vol. in-folio.
La généalogie est la seule partie de ce grand ouvrage qui soit encore estimée.
2° Deutsche Encyclopœdie , etc., Encyclopédie allemande ou Dictionnaire universel des arts et des sciences ; Francfort,
4 778-1804.— Cette Encyclopédie, publiée d'abord par Kœster, et ensuite par J. -F. Roos, est demeurée incomplète. Il en
a paru 23 vol. in-4°.
3° Æconomische Encyclopœdie, etc., Encyclopédie économique ou Système général de l’économie politique, rurale, domestique, et de l’histoire des arts, publiée par J. -G. Kiünitz, et continuée parFloërke ; Berlin, 1782-1816 ; 125 vol. grand in-8° ; publiée jusqu’à la lettre S (se continue). — Deuxième édition ; Berlin, 1786 et années suivantes.
Le D r Krünitz se proposa d’abord de faire une simple traduction de l’Encyclopédie d’Yverdun ; mais il y trouva tant de lacunes à remplir, qu’il résolut de faire un ouvrage nouveau. Dès lors il compila, durant l’espace de vingt ans, 72 gros vol. in-8° ; et si la mort ne l’eût surpris, en 1796, il aurait peut-être achevé seul cet ouvrage, qui a été continué par F.-J. Floërke et par son frère H.-G. Floërke. On a depuis longtemps entrepris la publication d’un Abrégé ; commencé par Scliütz, en 1786 J? a été continué successivement par Grassmann et Floërke ; il devient lui-même un recueil volumineux susceptible d obtenir à son tour les honneurs de F Abrégé.
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4° Conversations Lexicon , etc . Lexique de la conversation ou Encyclopédie usuelle et universelle ; première édition ; Leipzig, 1796-1809; 6 forts vol. in-8° et 2 vol. de supplément. — 6 e édition; Leipzig, 1824; 10 forts vol. in-8% et 2 vol. de supplément.
11 a été vendu en vingt-sept ans plus de 70,000 exemplaires de cette Encyclopédie. Le D r Hain, qui y avait travaillé, en a publié un abrégé sous le titre de Allgemeines , etc ., ou Dictionnaire Encyclopédique des sciences , des arts et des métiers ; Leipzig, 1820-1823 ; 4 vol. in-8°, en huit parties.
5° Allgcmeine Encyclopédie der ivissenschaften und küjiste, ou Encyclopédie générale des sciences et des arts , publiée par F.-Sr Ersch et F.-G. Gruber, professeurs de l’université de Halle ; Leipzig, Gleditsch ; in-4° avec cartes et gravures ; 1818 et années suivantes.
Cette Encyclopédie est remarquable par l’exactitude et la profondeur des recherches. Sept volumes seulement ont paru.
6° Krugs Encyclopœdisches handbuch der toissenschaftlichen literatur . — Manuel encyclopédique de la littérature scientifique, par N.-F. Krug ; Zullichau ; 1819 ; 3 vol. in-8°.
Le troisième volume est le supplément des deux premiers.
— Depuis 1821 on publie en Hollande, sous le titre de A Igemeen IVoordenboek van kunsten en wetenschappen , etc ., un Vocabulaire universel des sciences et arts, par une société de savants Hollandais, sous la direction de Gérard Nieuwenhuis ; Zuphten, Thieme ; 1821 et suivantes ; in-8°.
Italie.
1° Dizionario scientifico e curioso sacro profano, par G.-P. Pivati ; Venise, 1746-1751 ; 10 vol. in-fol.
2° Encyclopœdia metodica-critico-ragionata delle belle arii.
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— Encyclopédie méthodique, critique et raisonnée des beaux arts, par l’abbé Pietro Zani ; Parme, 1815-20.
Ce n’est qu'un dictionnaire des plus belles gravures classiques ; mais il n’en forme pas moins, comme, le prouvent les divisions de l'ouvrage, une véritable encyclopédie figurée. L'auteur classe ces gravures en neuf divisions , savoir : 1° sujets tirés de la Bible; 2° sujets sacrés et moraux; 3° sujets historiques ; 4° sujets mythologiques ; 5° sujets familiers ; 6° sujets appartenant à l’histoire naturelle ; 7° architecture ; 8° sculpture ; 9° portraits. Chaque division est subdivisée en sections.