‹ Discours académiques, suivis des discours prononcés pour la distribution des prix au concours général de l'université et devant diverses sociétés religieuses, et de trois essais de philosophie littéraire et politiqueChapitre 8 sur 36 · DIRECTEUR DE L* ACADEMIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

DIRECTEUR DE L* ACADEMIE FRANÇAISE

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Vous venez, Monsieur, dans un magnifique et vaste tableau , de nous peindre à grands traits le mouvement rapide des hommes et des événements, passant et se précipitant devant un philosophe d’un esprit ferme et invariable. Vous nous avez reportés à cette époque d’espoir et de joie où naquirent, où grandirent nos pères ; et bientôt à ces puissantes émotions de liberté, de terreur et de gloire, qui enflammèrent, qui étonnèrent leur vie, et qui en ont avancé le terme.

Après nous avoir montré comment l’espace , toujours si borné, d’une seule vie, a suffi pour réaliser l’immense avenir que la philosophie du xvin® siècle osa concevoir , vous nous assurez que désormais , arrivés au port, nous n’avons plus qu’à recueillir les fruits de tant de travaux et d’infortunes. Serait-il

RÉPONSE I>E M. DE SEOI R

donc vrai que les leçons du malheur forment aussi promptement les nations que les hommes ?

Toutefois, n’y aurait-il pas quelque abnégation, quelque oubli de vous-même à nous parler ainsi de calme et de repos? En est-il donc jamais pour ceux qui se dévouent, dans nos luttes parlementaires, aux dévorantes émotions de la tribune! S’il existe quelques-uns de ces moments de loisir pour vous, Monsieur, s’il est vrai que vous puissiez parfois en goûter les charmes, ce ne peut être, chaque année, qu’après ces luttes éloquentes, lorsque ici vous vous retrouvez avec les compagnons de votre gloire littéraire , et au milieu de cette Université dont vous avez, ainsi qu’eux, agrandi l’empire.

C’est là que bientôt viennent pour vous des joies plus douces encore, dans ces heureuses journées destinées aux prix universitaires. Alors que d’acclamations incontestées ! Combien la main qui décerne ces paisibles couronnes en augmente l’éclat et le prix! Et quelle heureuse excitation doivent éprouver ces jeunes adeptes de toutes les sciences dont notre pays doit un jour s’enorgueillir, lorsque, dans le personnage qui préside à ces solennités, ils reconnaissent le professeur dont la renommée a longtemps retenti dans leurs écoles , le maître que ses travaux et son éloquence ont successivement élevé jusqu’au poste éminent où ils le contemplent.

Mais à ces jeunes esprits tout nouvellement pénétrés du récit des vertus antiques, supposons que cette renommée puisse dire encore : « Celui-là, ce savant

« trois fois appelé au pouvoir, deux fois déjà il en a « volontairement déposé les honneurs, et il s’en « dépouillerait encore : vous le verriez retourner « pauvre à sa modeste retraite plutôt que de renier « d’un seul mot le culte de ce qu’il croit la vérité, « de cette vérité dont la recherche heureuse, a fait sa a gloire lorsque, son flambeau à la main, il en éclaira c< vos regards jusque dans les plus profondes obscu- « rités de nos annales. »

A cet écho de l’opinion universelle dans ces jeunes cœurs où fermentent les germes toujours généreux des plus purs élans, âge heureux des plus vives émotions , où les dévouements les plus désintéressés semblent si faciles, combien de nobles résolutions seraient prises ! Que d’avenir dans de pareils souvenirs! Heureux celui dont la seule présence est un enseignement profond, un noble encouragement! Qu’elle est puissante l’éloquence d’une belle vie jointe à l’éclat des nobles paroles !

Mais pourquoi m’être laissé entraîner si loin du premier et triste devoir qu’ici j’avais à remplir? En vous voyant enfin au milieu de nous , Monsieur , l’assentiment public que partage ma joie privée, et l’amitié dont je m’honore , peuvent-ils me servir d’excuse? Cependant, que pourrais»- je ajouter à l’éloquent éloge que vous venez de nous faire entendre ? Il y a de rares esprits qui , saisissant les choses et les hommes par leur côté le plus élevé , semblent agrandir tout ce qu’ils touchent. Vous venez de nous en donner un exemple lorsque , dans l’illustre con-

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