RECHERCHE DE LA GLOIRE HUMAINE INCOMPATIBLE AVEC LA FOL
Jeaîy, V. 44.
Comment pouri iez-vous croire , vu que vous aimez à recevoir" de ta gloire les uns des autres, et que vous ne recherchez point la gloire qui vient de Dieu seul? »
La gloire ! que ce mot est beau ! Que de cœurs il a fait tressaillir ! Est-il quelqu'un, clans cette assemblée, qui ait pu, dans tous les cas possibles , l'entendre ou le prononcer sans émotion ? Penchant primitif et indestructible de la nature humaine, l'amour de la gloire vit dans tous les cœurs, se trouve dans toutes les conditions , prend une place dans toutes les entreprises , et peut se comparer à ce souffle aimé des navigateurs sans lequel la rame et l'aviron fatigueraient vainement une mer immobile.
Interrogez les hommes sincères, efforcez-vous d'atteindre jusqu'au fond des consciences plus voilées, vous apprendrez quel pouvoir exerce la présence , l'attente et le seul nom de la gloire sur tous ces hommes animés en apparence par d'autres motifs. Dans les efforts du patriote, dans le dévouement du héros, dans la persévérance du philantrope , dans l'ardeur du savant ; que dis-je? dans les spéculations de l'homme d'affaires, l'amour de la gloire a presque toujours une place, et bien souvent la première.
« Eh quoi ! va me dire , le front tout couvert de la sueur de son travail , ce pauvre et obscur artisan , eh quoi ! je prétends à la gloire ! Tenez pour sûr que je n'y songeai jamais. » — Oui ,
( 109 ) peut-être, lorsque forcé de vous donner tout entier au soin de votre subsistance, vous n'aviez de pensée que pour les premières nécessités de la vie. Alors cet indestructible amour de la gloire dormait dans votre sein. Mais les premiers besoins apaisés, qu'il sera prompt à se réveiller! Ne vous y trompez pas : ce qui s'appelle amour de la gloire chez les héros , les politiques et les grands esprits , sera, sous un autre nom, un de vos principaux mobiles. Quelles sont les jouissances que vous attendez de cet or que votre industrie amasse? De l'aisance, dites-vous, de la sécurité, des avantages matériels? Je le veux; mais , pour être sincère , comptez-y encore le plaisir de passer pour riche , et d'obtenir cette espèce de considération qu'on ne refuse pas à l'aisance. C'est déjà de la gloire.
Il y a , mes frères , dans toute ame un impérieux besoin , un violent désir d'ajouter à sa vie individuelle une vie étrangère, si je puis parler ainsi , une vie hors de soi ; et le siège de cette vie est dans l'opinion d'autrui. Etre vanté, admiré, ou tout au moins estimé , c'est la secrète ambition de tout être que la misère ne force pas à se réduire à une ambition plus basse , ou qu'un profond abrutissement n'a pas rendu insensible à l'opinion de ses semblables. Ce n'est pas que nous n'ayons déjà en nous-mêmes un juge très bienveillant de nos qualités et de notre conduite ; mais ce juge ne nous suffit pas. Il semble qu'invinciblement repoussés vers le sentiment de notre néant, craignant de nous surprendre un jour à nous méconnaître nousmêmes , nous ayons besoin d'appeler les autres hommes au secours de notre amour-propre et de tirer d'eux un supplément de vie que nous ne trouvons pas en nous. Et il est si vrai , mes frères, que cette recherche tient à un sentiment de notre faiblesse, que de tous les hommes celui qui paraîtrait le plus orgueilleux serait l'homme à qui , sur ce point, sa propre opinion suffirait.
Ne vous y trompez donc pas: riches ou pauvres, grands ou petits, nous aimons tous la gloire. Ce besoin de l'estime des autres nous suit comme notre ombre; il se glisse partout avec nous; chassé sous une forme, il se reproduit sous une autre ; de retraite en retraite , de recoins en recoins il poursuit avec
acharnement l'humilité, sa timide ennemie. Croit-elle enfin s'en être débarrassée, elle lève les yeux , et le voit devant elle. L'amour de la gloire sait retrouver une place jusque dans les aveux mortifians de la pénitence , jusque dans les larmes du repentir ; il anime secrètement la voix du moraliste qui tonne contre la gloire; hélas! et quelquefois il accompagne dans la chaire le prédicateur qui la condamne.
De tout cela, mes frères , et de tout ce que vous pouvez y ajouter, je conclus qu'il ne faut pas songer à déraciner du cœur de l'homme un tel sentiment. Ames fidèles, ne vous alarmez pas dune assertion en apparence si contraire à l'Evangile. Je me serai bientôt expliqué. L'amour de la gloire n'est autre chose que le désir d'être approuvé ; et ce désir est essentiel à l'ame humaine. Mais il y a deux approbations entre lesquelles on peut choisir , il y a conséquemment deux gloires : l'une qui vient des hommes, l'autre qui vient de Dieu. La dernière n'est point condamnée ; mon texte en est la preuve. Jésus-Christ reproche aux Juifs de ne point rechercher la gloire qui vient de Dieu. Il les invite donc , il nous invite nous-mêmes à la rechercher. La même doctrine est abondamment reproduite dans l'Evangile ; la gloire nous y est représentée comme un objet digne de notre poursuite, comme la récompense finale de nos travaux, comme le prix du sang de Jésus-Christ; les bénédictions du ciel sont offertes à ceux qui, persévérant dans les bonnes œuvres , cherchent l'honneur , la gloire et l'immortalité.
Ici ce n'est plus l'homme qui loue l'homme, ce n'est plus la misère flattant la misère : c'est l'ame humaine se rassasiant de la vraie gloire dans le sein du Dieu de gloire. C'est le Chrétien attendant et obtenant de la bouche du seul Témoin dont il a cherché les regards , ces nobles et douces paroles : Cela va bien, bon serviteur ; lu as été fidèle en peu de choses : je l'établirai sur beaucoup. C'est cette gloire qu'il faut désirer, celte gloire qui doit être le but de la vie , cette gloire dont on ne pourrait se passer sans crime. C'est la gloire qui vient de Dieu seul.
L'Évangile, mes frères, sympathise donc avec notre nature et entend nos besoins beaucoup mieux que quelques personnes ne le supposent. L'Évangile , qui est l'ouvrage de Dieu , n'a pas