POUR LE JOUR DE PENTECOTE
l Cor. XII, 20, 21, 22.
H y a plusieurs membres ; mais il n'y a qu'un seul corps. El l'œil ne peut pas dire à la main : Je n'ai pas besoin de toi; ni aussi la têle aux pieds i Je n'ai pas besoin de vous. Mais bien loin de cela, les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont les plus nécessaires. »
« Le règne de Dieu ne viendra point avec éclat. * C'est par ces paroles, et plusieurs autres semblables , que Jésus-Christ détournait les regards des Juifs de leur perspective accoutumée de gloire, de splendeur et de puissance, pour les ramener vers celle de l'Evangile , qui se compose de tout autres aspects. Mais l'ami des simples et des débonnaires , le Dieu des pauvres en esprit , le Prince des petits et des faibles ne put se faire comprendre d'une multitude d'Israélites charnels, épris d'une fausse grandeur. Il en arrive de même de nos jours : son humilité le voile à nos cœurs orgueilleux; et nous ferions volontiers un choix dans son Évangile, lui laissant à lui la bassesse qu'il a choisie, et prenant pour nous la pompe qu'il a dédaignée. Et ici je ne parle pas seulement de la pompe extérieure, dont il est aisé de reconnaître le néant , je parle aussi de l'éclat de certains dons spirituels qui distinguent un Chrétien sans le secours des choses du dehors, et qui peuvent nous paraître dignes de notre ambition. Mais il n'est pas d'ambition , de quelque beau nom qu'elle se pare, que l'Evangile ne refoule; et nous en trouvons la preuve dans le passage où S. Paul met en
parallèle les dons divers que l'Esprit de Dieu venait de répandre sur l'Église i II y a plusieurs membres; mais ilnyaquun seul corps. Et l'œil ne peut pas dire à la main: Je n'ai pas besoin de toi; ni aussi la tête aux pieds : Je n'ai pas besoin de vous Mais bien loin de là, les membres du corps qui paraissent les plus Jaibles sont les plus nécessaires.
Mes frères, ce fut, aux yeux même de la chair, un bien grand jour que celui de la Pentecôte. Ce bruit de tempête, ces langues de feu , ces dons miraculeux soudainement départis aux Apôtres, cette énergie extraordinaire qui en fait des hommes nouveaux, tout cela est admirable sans doute. Cependant la fête du Saint-Esprit renferme de plus grandes choses ; et l'Évangile, qui nous raconte aujourd'hui l'effusion de dons éclataus nous autorise , par la voix de S. Paul , à proclamer la supériorité de quelques autres dons, plus obscurs et moins considérables en apparence, dont l'Esprit saint est également l'auteur. C'est ce que nous allons faire aujourd'hui, en expliquant ces dernières paroles de l'Apôtre : Les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont les plus nécessaires.
Seigneur , j'ai besoin de ton secours; et ceux-ci en ont également besoin pour comprendre par le cœur les ventes de ta Parole. Assiste-nous , car c'est ta cause ; assiste-nous , car nous sommes faibles, et la force n'est qu'en toi.
Le mot grec qui a été rendu ^v faible dans nos versions de la Bible, ne désigne pas dans cet endroit la faiblesse proprement dite, mais X infériorité . Les membres les plus Jaibles ce sont les moins remarquables, les moins distingues. Du reste, si l'on s'est servi du même mot pour désigner deux idées différentes, c'est que ces deux idées ont un rapport, du moins dans l'opinion vulgaire. Il est si ordinaire, quand on a de la forcé, de la montrer, et même d'en faire parade, qu'une vie obscure, cachée , modeste, fait presque toujours supposer de la timidité et de la faiblesse. Si cette opinion est souvent fondée dans le monde, elle ne l'est pas dans l'Église ; et c'est de l'Eglise qun est question dans notre texte : ce corps, c'est elle; ces membres, ce sont les membres de l'Eglise; ces membres plus faibles, ce sont tous ceux qui ont reçu du SaiiK-Espnt des
dons moins éclatans et , en apparence , moins relevés. Ce sont ces membres faibles que Paul nous représente comme les plus nécessaires. Mais comme l'Apôtre, dans tout ce chapitre, a parlé des dons du S. Esprit, comme c'est sous le point de vue de ces dons qu'il distingue les membres de l'Eglise en forts et en faibles, nous croyons pouvoir vous présenter la pensée de l'Apôtre sous cette forme : Les dons les plus faibles du S. Esprit sont aussi les plus nécessaires.
Les dons du premier rang , je veux dire les dons éclatans , sont de deux espèces. Les uns sont surnaturels, comme celui de parler des langues étrangères, celui de guérir les malades, celui d'annoncer l'avenir; les autres sont les dons que nous appelons naturels, parce que nous n'y voyons point une interruption des lois connues de la nature; c'est, relativement au cœur, une joie triomphante , une foi changée pour ainsi dire en vue, une espèce d'anticipation sur les privilèges de la cité céleste ; c'est , quant à l'esprit , le don d'enseigner et de convaincre, l'éloquence entraînante, l'intelligence profonde des Ecritures, et en général tous les talens qui peuvent être appliqués au service de la religion. Voilà les dons de la première espèce; mais, dans nos jours, les miracles ayant cessé, nous ne pouvons plus comprendre dans cette énumération que les talens naturels de l'esprit et les sentimens distingués que la grâce fait naître dans une ame chrétienne.
A la suite de ces dons viennent des dons plus faibles, pour parler comme l'Apôtre. C'est l'humilité, par laquelle le fidèle s'anéantit tous les jours devant Dieu , et regarde les autres comme plus excellens que lui-même ; c'est la fidélité, qui ne veut pas plus être injuste dans les petites choses que dans les grandes ; c'est la pureté des mœurs et des pensées qui conserve intact le temple où le S. Esprit daigne résider ; c'est la vérité, qui, pour le plus grand intérêt, n'ouvrirait pas ses lèvres au plus léger mensonge; c'est le contentement d'esprit , qui supporte toutes les pertes sans murmures, parce que le vrai trésor ne lui peut être enlevé; c'est l'activité, qui se souvient toujours que le règne de Dieu ne consiste pas en paroles, niais en œuvres; c'est la charité, enfin , non une charité factice, eniprun-
tée , apprise par cœur , mais un véritable amour , une tendresse d'ame, qui, tour à tour, compatit, console, soulage, prie; qui ne sait ni médire, ni mépriser; qui souffre tout et excuse tout; qui ne se réjouit point de l'injustice, mais se réjouit de la vérité.
Mes frères, n'eslimeriez-vous pas souverainement heureux celui qui aurait reçu de la bonté du Seigneur tous ces dons réunis? Eh bien ! on peut les posséder tous et ne jeter aucun éclat dans le monde. Une foule de personnes ont cet ensemble de dons vraiment divins , sans qu'on le remarque , sans qu'on le soupçonne. Et dans quelles cavernes, me direz-vous , dans quels déserts sont-elles cachées, ces personnes excellentes? Dans quels déserts ? Dans vos villes , dans vos villages , au milieu de vous , avec qui elles entretiennent des rapports d'affaires et d'amitié ; dans le monde , où elles ont comme vous une profession, un poste, des devoirs. Si vous ne savez pas les discerner , prenez-vous-en à vous-mêmes : vous avez l'œil de la chair, qui voit les corps ; vous avez l'œil de l'amour-propre , qui voit les défauts: vous n'avez pas l'œil spirituel qui cherche avec complaisance dans toute ame , non les vices et les faiblesses , mais les traces glorieuses et chères de la présence de l'Esprit divin. Et comment d'ailleurs remarqueriez-vous ces personnes? Elles n'ont ni la vanité qui porte à se mettre en avant , ni les talens qui mettent bon gré mal gré en évidence. Voulez-vous que je vous le dise ? Des personnes avancées dans l'ordre spirituel s'y trompent quelquefois. Involontairement, elles cherchent l'éclat et la force, el rien là ne leur révèle ni force ni éclat. Cette ame fidèle que je vous ai décrite, elle ne sait peut-être pas rendre compte de ses pensées ; elle a à peine la conscience de son état ; elle a l'air de chercher long-temps après qu'elle a trouvé; elle paraît en arrière de ceux qu'elle devance. Sa foi n'est pas toujours un système très bien lié ; il y a des lacunes , des inconséquences apparentes; fidèle dans le fond, elle erre quelquefois dans la forme. Cette joie même, qui semble inséparable du christianisme , ne paraît d'une manière prononcée ni dans son air ni dans ses discours; cet enthousiasme qui brille sur le front de
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quelques-uns, est étranger à son caractère , effarouche peutêtre son humilité craintive. En un mot, sa vie est une vie cachée en Dieu , que Dieu seul connaît , et que Dieu seul apprécie. Or, mes frères, ces dons obscurs sont ceux que Paul relève dans mon texte, et qu'il proclame les plus nécessaires. Et cela est vrai , premièrement, par rapport à l'individu qui les possède. De quoi s'agit-il pour lui? Quel est son suprême intérêt? C'est le rétablissement de l'image de Dieu en lui; c'est la régénération : car la régénération , c'est le salut. Eh bien ! cette régénération est tout entière dans les dons obscurs ou faibles dont nous avons parlé. Les autres dons que Dieu peut faire à une ame sont, à le bien prendre, de divines largesses par où Dieu veut faire connaître sa richesse ; ce sont des magnificences qu'il sème de loin en loin selon qu'il le juge nécessaire , des privilèges qui servent à indiquer déjà sur la terre à quelle gloire une ame régénérée peut parvenir dans le ciel. Mais ce n'est pas à ces seules conditions qu'elle est régénérée et sauvée; et il n'y a pas même entre les dons éclatans et les dons obscurs toute la différence qu'on pourrait croire. Quand le soleil répand sur notre globe ses bienfaisans rayons, il pénètre à la fois dans des palais et dans des chaumières; mais dans les palais ses feux sont réfléchis par les cristaux et par le luxe des dorures; dans les chaumières, il tombe sur des surfaces ternes qui ne lui rendent point de reflets ; n'importe : dans la chaumière comme dans le palais il a répandu la chaleur et la vie; et dans l'humble réduit du pauvre, ainsi que dans la maison royale, ce qui a pénétré, c'est bien l'astre du jour, le roi du ciel et l'ame de la nature. De même, dans le Chrétien obscur, c'est bien l'Esprit saint, l'Esprit de Dieu qui réside ; s'il ne s'y déploie pas avec autant d'éclat, il n'y réside pas moins tout entier, et avec tous ses caractères essentiels. Ce qui caractérise une ame chrétienne , ce n'est pas précisément l'enthousiasme et l'ardeur, encore moins le talent et l'éloquence; c'est la foi humble , la foi qui sait attendre , c'est l'humilité, c'est surtout l'amour. Avec ces dons , on est passé de la mort à la vie : que
faut-il davantage?
Davantage, mes frères? Ah! Dieu sans doute a montré sa
sagesse en accordant rarement davantage. 11 y a un danger attaché à toute élévation , et il ne faut pas en excepter l'élévation spirituelle. Les dons intérieurs ont ceci de particulier qu'incorporés à notre être, ils semblent faire partie de nousmêmes. Nous oublions trop aisément que nous ne les possédons que par grâce , et qu'il est absurde de se glorifier de ce qu'on a reçu. L'orgueil , qui fermente sourdement dans le fond de notre ame, en prend occasion de l'envahir tout entière; et souvent on a vu ces ferveurs brûlantes, ces talens extraordinaires ouvrir passage à un orgueil spirituel qui, comme tout orgueil , marche devant l'écrasement. Ce danger est tellement réel , et tellement, grand, que le Seigneur prend souvent soin de ménager quelque humiliation intérieure à ceux que, sans cela, leurs privilèges élèveraient trop haut. S. Paul, sans s'expliquer davantage, nous parle d'une écharde dans la chair , qui sans doute l'avertissait de sa misère primitive , et le préservait de s'enorgueillir. Et à combien de Chrétiens distingués Dieu ne s'est-il pas à dessein montré avare de quelque grâce dont la possession aurait rendu leur gloire trop complète et leur position trop périlleuse? Chez combien de Chrétiens, la nécessité de lutter avec un penchant opiniâtre, ou la présence de quelque doute obstiné n'ont-elles pas servi de contrepoids à cette présomption qui naît du sentiment de la force? Par où nous pouvons juger combien est sage ce précepte du grand Apôtre : N' aspirez point aux choses élevées; mais marchez avec les humbles.
Ces dons obscurs et faibles sont aussi les plus nécessaires à l'Eglise. Toutes les grâces de Dieu, éclatantes ou obscures, ont servi l'Eglise ; mais Dieu ayant multiplié les Chrétiens faibles et seulement clair-semé les Chrétiens forts, a assez montré par-là l'importance qu'il attache aux premiers. S'il a , dans la primitive Eglise, accordé aux fidèles des dons extraordinaires , ce n'a été qu'avec mesure et pour un temps ; en général il a semblé vouloir humilier la force, en réservant les triomphes à la faiblesse. Il a choisi les choses jolies du monde pour confondre les sages , les choses faibles pour confondre les fortes , les choses viles et méprisées , mêmes celles </ui ne sont point , pour
anéantir celles qui sont. Il a mis en présence la richesse et la pauvreté, le savoir et l'ignorance, la philosophie et la rusticité: et la pauvreté, la rusticité, l'ignorance, ont vaincu. De temps en temps , il a appelé à lui le génie et la puissance , et leur a permis de concourir à son œuvre ; mais lorsqu'il l'a voulu, la fronde du jeune fils d'Isaï a suffi pour renverser Goliath, et la petitesse des moyens n'a fait que relever la puissance de celui qui les emploie. En tout temps, l'Eglise a suffi à l'Eglise , la vérité à la vérité. L'éloquence et l'enthousiasme n'ont pas fait autant pour cette cause sacrée que les vertus modestes, l'activité uniforme et les prières patientes de milliers de fidèles dont les noms sont inconnus. Et de nos jours encore , que ne voyons-nous pas? Les continens et les îles se réveillent de leur sommeil de mort , et , la nuit étant passée , ils soulèvent de dessus leurs têtes le voile épais qui les couvre. La terre a tressailli aux sons d'une voix inattendue , au bruit d'une étrange nouvelle. La croix est montrée au Nègre , au sauvage, à l'indigène abruti de Tlndostan ; et une émotion profonde, inconnue , s'empare d'eux ; ils reconnaissent celui qu'ils ont percé ; un inonde entier de pensées et d'affections nouvelles se révèle en une idée unique à leur ame touchée, qui semble retrouver ce qu'elle ne croyait point avoir perdu , et se ressouvenir de ce qu'elle n'avait jamais connu ; des larmes qui ne sont ni de douleur ni de joie humaine coulent sur des visages féroces; ils aiment! ils adorent! Voilà les effets: passez à la cause. Que voyez-vous? Quelques hommes, que le nom de missionnaires n'élève pas bien haut dans l'estime du monde. Ah! mes frères, nous ne serons pas démentis si nous leur appliquons ces paroles de l'Apôtre : Considérez qui vous êtes, vous que Dieu a appelés à cette œuvre : il n'y a pas parmi vous beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup depuissans , ni beaucoup de nobles. Le monde nous en croira , mes frères ; car il y a longtemps que le monde rit de la simplicité de ces pauvres gens, de leur dévouement qu'on qualifierait d'héroïsme s'il s'appliquait à découvrir des terres nouvelles et à ouvrir des débouchés au commerce des nations, de leur ignorance enfin, qu'on se plaît à exagérer. Sans souscrire à ce qu'on dit de leur inca-
( 125 ) pacité , pourquoi ne dirions-nous pas : Oui , ce sont des membres faibles du corps de l'Eglise; c'est une chose reconnue. Mais d'où vient que ces hommes si faibles font des choses si fortes? Mettez-vous à l'œuvre, profonds politiques, philosophes subtils; allez, si tant de dévouement convient à tant de sagesse, allez régénérer ces peuples sauvages, rallumer dans leurs cœurs une sensibilité éteinte, ouvrir leur ame à tous les sentimens généreux , adoucir leurs mœurs, leur créer, par les lois, une nouvelle existence. On vous a défiés de l'exécuter; nous vous défions , nous, de l'entreprendre. C'est à la faiblesse, à la folie qu'est réservé ce triomphe; mais cette faiblesse est la faiblesse de Dieu , qui est plus forte que les hommes; cette folie est la folie de Dieu, qui est plus sage que les hommes! Ces exemples prouvent assez que la piété sincère et humble est la plus grande des forces, et que les membres les plus faibles de l'Eglise lui sont les plus nécessaires pour son établissement et pour ses conquêtes. Il n'est pas plus difficile de s'assurer que ce sont de tels membres qui sont les plus nécessaires à la société civile. C'est un dernier trait à ajouter ; car on ne doit pas perdre de vue que le vrai Chrétien est citoyen , et que tout ce qu'il a reçu d'en-haut lui a été donné pour être exercé dans la société. Nous avons distingué deux sortes de supériorité éclatante : l'une qui tient à. l'ame , l'autre qui tient à l'esprit. Quant à la première , elle a produit quelquefois de grands effets , mais plutôt dans le sein môme de l'Eglise et dans des relations spirituelles que dans les relations de la vie ordinaire ; et quant à la seconde , qui consiste dans les talens de l'esprit, elle n'est vraiment bienfaisante que lorsqu'un esprit de piété l'anime et la sanctifie. Mais ce qui est nécessaire à la société , c'est la piété même. La piété n'a pas son domaine circonscrit dans l'enceinte des méditations , de la vie intérieure et du culte religieux : la piété est utile à toutes choses, la piété s'applique à tout. Mais nous allons plus loin, et nous disons : la piété est le seul principe de vie des Etats, et le seul remède de la société malade. Voyez , avec tout cet appareil de vertus humaines et de talens brillans , quel aspect elle présente. Elevez-vous un peu plus haut que le cercle borné de vos relations domestiques j quoique
( ia6 ) déjà dans ces relations vous puissiez trouver d'une manière ou d'une autre ia preuve de ce que j'avance; contemplez ce vaste horizon de la société; prêtez l'oreille à cet effroyable tumulte de toutes les passions déchaînées ; plongez vos regards dans l'ensemble et dans les derniers recoins de ce labyrinthe fangeux ; en un mot , pour quelques instans , considérez le monde. Certes, vous n'avez pas l'œil scrutateur de Celui qui sonde les cœurs et les reins ; vous ne pouvez pas remuer ce fond révoltant d'iniquité qui repose caché dans les cœurs : s'il pouvait tout à la fois se découvrir à vous... mes frères, on ne pouvait voir la gloire de Dieu sans mourir: pourrait-on sans mourir contempler l'iniquité humaine? Mais vous avez vu la surface ; cela suffit. Jugez maintenant si les plus beaux, talens seraient capables d'établir l'harmonie dans ce chaos et la paix dans ce tumulte ; jugez si la vue d'un petit nombre d'hommes pleins de joie chrétienne et d'une ferveur enthousiaste, et par-là même inintelligibles pour la masse, y pourrait exercer une influence sensible. Oh! le vrai levain dans cette masse, c'est la vertu humble , tranquille , obscure , active de ces milliers de fidèles répandus dans tous les coins de la société, luttant par leur exemple et par leurs prières contre la dépravation générale, et faisant doucement luire leur lumière devant les hommes de manière à ramener au moins quelques âmes. C'est eux que le Seigneur a jetés dans le monde comme une semence dont un grain en produira vingt , un autre trente et un autre cent. Ce sont les prémices de la grande moisson qui mûrit dans le champ du monde, et qui, nous en avons l'assurance , couvrira un jour de ses épis la face entière de la société.
Ce jour n'est pas encore arrivé ; et les circonstances qui doivent nous l'amener se développent avec lenteur. Tout dans le monde a une marche plus rapide que les progrès de ce règne d'amour et de paix ; car l'homme qui a un désir infini de félicité est bien loin d'éprouver nn désir infini de perfection. Que de perfectionnemens avant qu'il daigne songer à celui de son amc ! N'cst-il pas étrange de le voir penser à assurer toutes choses, excepté son salut? restaurer toutes choses,
( 127 ) excepté sa conscience? spéculer sur toutes choses, excepté sur l'éternité? Siècle admirable , mes frères , où rien ne manque, sinon la seule chose nécessaire! La société politique s'asseoit sur de nouvelles bases, les droits de l'homme sont garantis, et je m'en réjouis : mais au milieu de ces combinaisons admirables de la politique, je cherche le Saint Esprit, cet esprit d'équité, de conciliation, de support; où est-il? L'industrie fait d'immenses progrès ; l'art double les forces de la nature , la richesse du monde s'accroît, l'aisance se répand; et je m'en réjouis : mais au milieu de ce développement des arts et de l'opulence , je cherche le Saint Esprit, cet esprit de modération, de désintéressement et de pureté; où est-il? Les sciences, les lettres , l'instruction publique étendent leur domaine ; la culture se répand dans des lieux et dans des conditions d'où elle était bannie; l'intelligence est toujours plus honorée, et certes je m'en réjouis : mais dans ces triomphes de la pensée humaine, je cherche le Saint Esprit, cet esprit d'humilité, de piété et de charité ; où est-il ? Ah ! mes frères , il s'en faut encore que ce divin Consolateur ait tout consolé, que cette force ait tout dompté, que cette vie ait tout animé. Luttez par la prière pour que ce beau jour arrive; combattez pour Jésus- Christ qui a combattu pour vous ; demandez avec ardeur que son règne vienne ; demandez qu'à son nom tout genou se ploie et toute langue confesse qu'il est le Seigneur à la gloire de Dieu son père; demandez, non pas les dons extraordinaires qui, dans ce jour, se répandirent sur les apôtres; mais démandez que l'Esprit de Dieu multiplie parmi vous le nombre de ces membres faibles, c'est-à-dire de ces Chrétiens humbles et fidèles, qui sont la force et l'espérance de l'Eglise. Demandons- le tous ensemble au Père des lumières , et supplions-le d'ajouter déjà en ce jour quelques âmes à l'Eglise pour être sauvées.