‹ Discours au sujet de la proposition demandant la deuxième lecture du Bill constituant en corps légal l'ordre des Orangistes, 17 mars, 1884 [microforme]Chapitre 5 sur 10 · RENE ERIENENEN CIRE RE · texte numérisé non relu

RENE ERIENENEN CIRE RE

arguments, la persuasion, la confiance qui peuvent amener un changemeñt dans l'esprit et l'opinion de l'électeur, et cette contrainte qui le force à voter contre son opinion, sur fa menace de quelque perte ou amende, il y a une différence considérable et palpable, ot c'est là la différence qu'établit la loi. S'il est une religion dont le ministre est censé avoir le pouvoir, en accordant ou en refusant certains rites, ou en faisant certaines déclarations, d’influer sur l'état du votant, après la mort de ce dernier, n’est il pas parfaitement évident que la menace de pareils ré<ultats pour le votant s’il ne vote pas suivant l'opinion de son pasteur pourrait être infiniment plus puissante qu'aucune des: autres menaces que j'ai mentionnées—d'exiger le paiement d’une dette, d’expulser un locataire ou de congédier un employé ? Et d’une pareille menace ne serait-elle pas soumise à la même objection ?

Je suis loin, à la vérité, de vouloir dire que les questions pratiques ne devraint pas être traitées d'après les principes Chrétiens. Quelles que puissent être les difficultés et les divergences d'opinion quant aux dogmes chrétiens, il y a, heureusement, très peu de divergences d'opinion au sujet de la morale Chrétienne. Nous sommes heureusement unanimes dans ce pays a reconnaître théoriquement—quelqu'éioignés que nous puissions être d’ooserver: réellement —les grandes doctrines de la morale chrétienne que nous enseigne l'Evangile ; et je crois que les questions politiques de :ce pays devraient être traitées d’après ces doctrines. Nos espérances seraient faibles, à la vérité, et notre espoir en l'avenir serait sombre, s’ils ne reposaient pas sur l’arrivée de ce. jour glorieux où ces principes seront. vraiement, pleinement et réellement reconnus—si nous ne comptions pas sur l'accomplissement de ces promesses, que ‘ les royaumes de ce monde deviendront les royaumes du Seigneur; ”” que les nations ne s’armeront pas contre les nations, et qu'elles n’apprendront plus à faire la guerre ; ” si nous n’attendions pas le jour où la loi humaine de l’égoismé et de la haine sera remplacée par la loi divine du sacrifice de soi-même et de l'amour. Mais tout en espérant et en tâchant d'obtenir l’accomplissément de ces choses, nous ne devons pas oublier les leçons du Grand Maître et du Grand Modèle. Lorsqu'on l’a interrogé sur des affaires temporelles; lorsqu'on lui a demandé s’il fallait payer le tribut à César, Il a répondu ‘ Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui 2 gr à Dieu” Il a posé le principe, et en a laissé l'application au peuple—à ses intorrogateurs. Et encore, lorsqu'on Lui demana de régler un différent qui s'était élevé entre deux frères à propos d’un héritage, Il leur dit: ‘ Homme, qui m'a fait votre juge ou diviseur? Voïlà quelle était Son opinion relativement aux devoirs d’un ministre de l'Evangile, aux enseignements de la chaire ; et bien que je n'hésite pas à dire que j'accorderais volontiers à tous les ministres de l'Evangile le droit, comme citoyens, de voter, d'exprimer leurs opinions, de discuter, de persuader, et d’influencer s'ils le veulent, je suis d'avis qu'il est beaucoup plus probable que le pasteur d'un troupeau divisé en matières politiques conserve la confiance la plus entière de tous les membres de ce troupeau et remplisse ainsi efficacement ses importants devoirs, s’il s’abstient de s'immiscer activement dans les atfaires politiques au sujet desquelles il ÿ a et il y aura entre eux une grande divergence. d'opinions, Mais on a dit dans certains quartiers, que cette loi nuisaït au libre exercice d’une religion parmi nous. S'il en est ainsi, ce serait en vérité une question grave. Mais, s’il en était ainsi; nous serions encore tenus suivant moi, de consesver le principe fondamental de la liberté de l'électeur. Personne, dont la croyance religieuse en ferait un esclave, ne serait apte à présider soit à ses destinées où à celles d'hommes lib'es. Esclave lui-même, il ne serait qu’un instrument bon à faire des autres des esclaves. Un pareil principe religieux serait, en ün mot, incompatible avec.des institutions libres, parce qu’il ne permettrait: pas & un: particulier cette liberté d'opinion qui est leur base même et lour pierre angu-

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laire. Mais nous ne sommes pas en présence de cette difficulté. Les déclarations um ren et réfléchies de haut dignitaires dans plus d’une province du Canada ont démontré que cette assertion n’est pas fondée, et ont reconnu à tout électeur le droit de voter suivant sa conscience ; et la récente déclaration—communiquée au public par l’intermédiaire de lord Denbigh—du chef de cette église, démontre que le Royaume-Uni, où la loi concernant l'influence indue est précisément la même que la nôtre, est peut-être le seul pays de l’Europe où ceux qui professent cette religion sont libres de la pratiquer. S'il en est ainsi dans le royaume-uni, il en est de même ici; etilest faux qu'il y ait une croyance religieuse quelconque dont le libre et plein exercice soit entravé par la conservation du grand principe dont j'ai parlé. J'espère, en conséquence, que l’on abandonnera les prétentions irréfléchies que l’on a fait valoir; mais si l’on insistait, je déclare, que, pour ma part, quelles qu’en soient les conséquences, je m’en tiendrai au principe que j'ai posé, et que je lutterai pour conserver—autant que me le permettront mes faibles moyens—à chacun de mes concitoyens, quelle que soit sa croyance religieuse, toute la liberté civile dont il jouit actuellement en vertu des lois qui lui permettent ainsi qu’à moi, bien que nous puissions avoir des opinions religieuses opposées, de nous rencontrer ici sur la même estrade, et de différer d'opinion ou de tomber d’accord suivant nos convictions politiques et non suivant notre foi religieuse ou l'ordre d’autres hommes, laiques ou religieux.” :

Enfin, M. l’Orateur, en septembre 1881 il y a eu touchant les deux questions dont j'ai parlé, une autre communication dont je lirai à la chambre un très court extrait. (C’est une communication du Préfet de la Sacré Congrégation le Cardinal Siméoni :

“Il est venu à la connaissance de la Sacré Congrégation de la Propagande que dans votre province certains membres du clergé et du corps séculier continuent à s'ingérer trop dans les élections politiques, en se servant soit de la chaire, soit des journaux et autres publications. ”

“ Il est également connu de la susdite Sacré Congrégation que certains suffragants de Votre Seigneurie cherchent actuellement à recourir au parlement pour faire modifier la loi des élections relativement à l'influence dite indue.”

‘ Or, pour ce qui concerne le premier point, je m’empresse de rappeler à Votre Seigneurie que déjà en l’année 1876, la Suprème Congrégation du Saint Office a émané l'instruction suivante : ?

Suit l'instruction que j'ai déjà citée. Îa communication continue comme suit :

‘“ Conformément à cette instruction, Votre Seigneurie doit faire connaître sans retard à tous ses qineonts au clergé et à tous ceux que cela concerne, que c’est l'intention du Saint-Père que les susdites prescriptions du Saint-Office soient rigoureusement observées.”

“ Pour ce qui a rapport au second point, Votre Seigneurie devra notifier à chacun des suffragants, de la part de Sa Saïinteté, que chacun des prélats individuellement ait a s'abstenir d’agiter ou de faire agiter soit dans le Parlement, soit dans la Presse, la question de la moüification de la loi concernant la dite influence indue. Que s'il arrivait une époque où les évêques réunis jugeassent tous ensemble que le temps opportum est, venu de faire la susdite demande, ils devront d’abord recourir à cette Sacrée Congrégation pour en recevoir les instructions convenables.” ‘

Et ceci, autant que d° sache, a été, pour ce qui concerne l'opinion des plus hautes autorités de l'Eglise, le règlement final de cette contreverse reprise après un intervalle de plusieurs années. Pendant cette controverse, le vingt de

de janvier 1876, l’Archevêque de Toronto adressa à mon honorable ami le député de York Est (M. Mackenzie), une lettre publique qui peut convenablement être lue en ce moment, vu qu’elle traits de cette question. La voici :

Toronto, 20 Janvier 1876.

HonoRABLE A. MACKENZIE

Premier ministre du Canada.

‘“ Honorable et cher Monsieur.—Je crois qu'il est opportun aujourd’hui de de vous informer, ainsi que votre gouvernement, qu’il est strictement défendu aux prêtres de notre Archidiocèse de faire de l’Autel ou de la chaire de leurs églises une tribune de harangues politiques pour ou contre un parti où un candidat à une élection ; ou de menacer d’incapacités spirituelles ceux qui voteront en faveur de l’un ou l’autre parti.

‘ Il va sans dire que les prètres peuvent instruire leurs ouailles de l'obligation qui leur incombe en conscience de voter pour le candidat qu’e!les croient devoir le mieux favoriser les intérèts du pays ; de ne pas se laisser corompre; et de se conduire en temps d'élection d’une manière loyale et paisible; mais ils ne doivent pas dire au peuple, de l'autel, qu’il doit voter en faveur de tel eandidat et rejeter tel autre.

‘ 11 serait très imprudent pour un prêtre, dont la Congrégation est composée de libéraux et de conservateurs, de devenir chaud partisan de l’un ou l’autre parti politique. (Cela neutraliserait son influence pour le bien dans un trop

rand nombre de cas, et un prêtre a besoin de tout ce qu’il possède pour avoriser les intérêts de sa congrégation.”

‘Il est vrai qu'à son ordination un prêtre ne renonce pas à. ses droits de citoyen; il ne reçoit pas non plus le droit d'imposer à sa Congrégation ses propres opinions politiques.

. “TEglise Catholique ne demande de faveur spéciale à aucun parti. Son existence est indépendante des deux partis. Elle demande seulement que l’on ne mette

as ses fidèles dans une contrainte injuste. Il est vrai que l’ancienne législation de l'Angleterre faisait de la religion Catholique un obstacle à l’existence politique, et presque à l'existence sociale; et, bien que les tribunaux et les parlements agissent maintenant avec plus de sagesse, cependant une partie de la population protestante, et de temps à autre un homme d'Etat, en sa qualité individuelle, depuis si longtemps nourris des traditions du passé, conservent un préjugé porfondément enraciné, et un soupçor difficile à détruire, c’est que la religion catholique est un obstacle à l’avancement, et que la religion Catholique est ennemie des institutions libres et défavorable aux droits de l'Etat. Ceci est encore une reproduction de l’ancien cri payen : ‘“ Les chrétiens aux bêtes,” ou de l’ancienne accusation des juifs : ‘“ Nous l’avons vu cet homme corrompre notre nation et défendre de payer le tribut à César. ”

“ L'église catholique ne demande que la liberté de faire le bien, et de ne pas être génée par des lois injustes dans l'exercice de ses droits divins. Je puis faire remarquer ici que, lorsque dans un pays libre, des droits religieux et sacrés sont mêlés aux questions politiques, les catholiques sont obligés de les poursuivre aux bureaux de vote et là de combattre pour leurs droits, comme dans le cas de l'éducation.. Nous croyons que les parents ont le droit parfait d’instruire leurs enfants comme il leur plait. Mettez un enfant dans la voie qu'il doit suivre, et lorsqu'il sera vieux il ne s’en écsrtera pas. Lorsque les catholiques du Bas-Canada accordèrent à la minorité protestante du Bas-Canada le droit d’avoir des écoles séparées, la minorité du Haut-Canada réclama le même droit, mais elle eut à combattre pour ce droit aux élections; et les questions religieuses furent ainsi portées en dehors de leur sphère. Le catholique ne

soufre pas que sa religion soit un obstacle au progrès de son pays. Lorsque ses

principes religieux sont saufs, le catholique, sous l'impression que le gouvernement de parti est un moindre mal, donne son appui à celui qu’il croit devoir s'acquitter de ses devoirs pour le plus grand - du pays et le bonheur du peuple, Je suis, honorable monsieur, Votre très obéissant serviteur,

JOHN JOSEPH LYNCH, Archevêque de Toronto.

Comme je l’ai dit, il y a eu dans la province de Québec une controverse longue et acrimonieuse entre des personnes qui essayaient d’abuser du pouvoir de l'église de la manière dont j'ai parlé. Dans cette controverse longue et acrimouieuse, mes amis, les libéraux du Bas-Canada, étaient le parti opprimé, le parti accablé. qui en souffrait, dans les divisions électorales ; et bien qu'ils aient esfin ottenu justice de la manière dont j'ai parlé; il est inutile de dégui-er le fait qu'un aussi ;ong conflit, soutenu de cette manière, et avec ces armes, a

eu un effet de faiblesse permanente.

ATTITUDE DES ORANGISTES D'ONTARIO RELATIVEMENT AUX : DIFFICULTÉS DE QUÉBEC,

Mais je demanäe où étaient pendant tout ce temps les chefs tories Orangistes d'Ontario. Je demande s'ils aïidaient à la cause q'ii a ainsi été revendiquée à la fin. Je demande s'ils exprimaient et s’ils manifestaient activement leur sympathie jee ceux qui luttaient pour les droits qui leur ont enfin été. accordés. 11 n’en a pas été ainsi; jé ne sache pas qu’il en ait été ainsi. Il est vrai que plusieurs des protestants de Québec vinrent au secours des iibéraux de Québec dans cette lutte, mais les chefs tories orangistes d'Ontario furent inébranlables dans leur appui et leur concours aux députés mêmes qui faisaient : cette lutte aux libéraux de Québec. Pourquoi? Parce qu’ils étaient unis à ces députés par les liens politiques; parce qu’ils-se réjouissaient de leurs succès aux bureaux de vote, bien que ces succès fussent obtenus contre ceux avec qui ils prétendaïent sympathiser. Ils retinrent le pouvoir au moyen de cette alliance ; eten conséquence ils frrent infidèles aux principes qu'ils professaient, et pour avancement desquels ils disent maintenant qu’ils désirent être constitués légalement. J’ai déclaré mon opinion à ce sujet, et je n’ai rien à retirer de ce que j'ai dit. J’ai montré quelle serait mon attitude dans le cas où il s’élèverait un conflit dans lequel une église quelconque, Catholique, Romaine, Episcopalienne ou Presbytérienne, ou autre essaierait d’empiéter sur ce que je crois être le domaine légitime de l'Etat. Je crois que si vous donn z à une église quelconque un pouvoir et un contrôle absolus sur la foi et les mœurs, et que vous lui donuiez aussi le pouvoir absolu et illimité de déterminer ce que comprennent la foi et les mœurs, vous accordez néces:airement à cette église un pouvoir tout à fait absolu ; et en conséquence, il est absolument nécessaire, je crois, que nous songions qu'il peut nous arriver d ètre a; pelés à examiner quels sont les dogmes de l’église, sur ce po ut particulier. J'ai démontré que la lutte s’est faite au sein de l’église Cathol que Romaiue ; que ces droits sur lesquels les libéraux du Bas Canada insis'aieut ont été revendiqués, et que les *lecteurs ont droit de voter comme des.h:m es hbres. Mais si urle pareille lutte recommençait, ce qu'à Dieu ne plns., po:rräisje, à en juger par le passé, espérer de l’aide et le parti 1 beral 0 rr.1i'1l en espérer des chefs tories Orangistes d'Ontario? Non; paice que nous w’.n avons.pas eu dans le passé; et, quelles qu’aient été les opinions de ces chefs, ils les ont subordonnées à la politique de parti, ce qui les à à se réjouir dgs:triomphes de ceux qui pérpétuaient des principes directément opposés aux leurs.

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