‹ Discours aux étudiantsChapitre 12 sur 59 · DISCOURS DE M. LEON BOURGEOIS · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. LEON BOURGEOIS

prochement des maîtres avec les étudiants c’est l’accord des générations successives, c’est la continuité de la patrie ».

Et, mes chers amis, pour vous-mêmes, entre vous, combien ces réunions sont salutaires! L’association fait de vous tous comme une même personne morale. Les intérêts particuliers de chacun de vous subsistent, et la part reste faite à chacun, selon son intelligence, selon la science qu’il s’est acquise. Mais le meilleur de vous n’est pas là, il contribue à former au-dessus de tous et au profit de tous un trésor commun que la République veut voir se développer sans cesse. C’est le trésor de la vie morale. Et c’est là le dépôt confié à votre Association. C’est elle qui a donné naissance à l’être collectif, bien vivant désormais, qui semble porter au front la flamme idéale de vos sentiments et de vos volontés. Vous avez désormais cette haute idée commune : par la science, semence féconde, préparer la moisson suprême, la grandeur de la Patrie.

Une idée morale commune, voilà la grande chose. Dans les luttes de la vie, il faut plus que la morale personnelle. La conscience individuelle n’est qu’une flamme tremblante, qui vacille au moindre souffle des passions. Mais la conviction collective est un brasier, formé de tisons sans nombre, et sur lequel les ouragans se déchaînent en vain : ils ne font

qu’aviver la flamme et l’élever jusqu’au ciel.

Messieurs, je suis ému... pardonnez-le-moi. Je me souviens de ma responsabilité. Je suis le Ministre de l’instruction publique, et je sens une lourde charge d’âmes. De toutes parts on me demande ce qu’est, ce que fait l’étudiant français, ce qu’il sera demain, et, par lui, ce que demain sera la France.

On écrit beaucoup sur ce sujet. La presse vous consacre de nombreux articles. Comme ministre, il va sans dire que je respecte beaucoup la presse. Mais que de choses inexactes j’ai lues sur vous ! Et comme je voudrais qu’on parlât moins de vous sans vous connaître !

On parle à chaque instant de tendances nouvelles chez la jeunesse, de dilettantisme, de scepticisme, de pessimisme même. Ah, mes chers amis, quand on est venu parmi vous, on repousse bien loin toutes ces craintes : on est bien tranquille, on est bien fier.

Du scepticisme? il n’y a pas de danger de ce genre. A Toulouse, à Montpellier, comme ici, j’ai visité vos associations d’étudiants. Quand on entend ce que disent les maîtres et ce que répondent les élèves, on peut affirmer que le scepticisme n’est pas dans la pensée de la jeunesse française.

Nos étudiants ont le doute, mais c’est celui de Descartes, fait pour découvrir et dissiper l’erreur,

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