‹ Discours aux étudiantsChapitre 27 sur 59 · DISCOURS DE M. S U LLY-PRUDHOMME · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. S U LLY-PRUDHOMME

sentent aussi tout le contraire, à savoir les facteurs primitifs et persistants de la formation des espèces, c’est-à-dire ici des Etats. Dans la concurrence internationale, dans le combat pour la vie entre les peuples, ils ont la mission bienfaisante de conjurer la guerre; mais le diable n’y perd rien, car il leur permet rarement d’y réussir par une ombrageuse loyauté.

Nous autres, les poètes (vous et moi. Messieurs), nous avons une peine infinie à concevoir un droit quelconque, fût-ce le droit des gens, qui ne se fonde pas sur le respect mutuel de la vie, dans tous ses modes d’activité, en un mot sur la justice. Appliqué au raisonnement consenti, même signé, le nom de droit nous semble usurpé. Il nous semble à nous naïfs, qu’il ne saurait jamais y avoir, pour un individu ou un groupe vraiment humain, aucun avantage à être injuste, puisque l’aptitude à la justice est précisément le caractère qui distingue par excellence l’homme de la brute. Se civiliser, progresser à nos yeux, c’est, avant tout, entrer dans la voie de la justice. Tout le reste suit, car la justice n’est éclairée, dirigée que par la science et l’amour. Pour attribuer en effet à chacun ce qui lui est dû, encore faut-il pénétrer sa nature, ses besoins, ses aspirations, et mesurer ses efforts ; pour cela, l’expérience el Panlayse et surtout la sympathie sont indispen-

sables. Les hommes qui se haïssent ne peuvent être justes les uns pour les autres. Aussi les divisions politiques profondes introduisent-elles dans une république les mœurs les plus contraires à son principe fondamental. Pour une réforme de ces mœurs vos aînés espèrent de vous plus que d’eux-mêmes. Je souhaite à chacun de vous de n’être pas l’aveugle héritier d’un parti. Je lui souhaite, dès sa majorité, assez d’indépendance intellectuelle et d’énergie morale pour ressaisir sa pensée dans ce domaine, comme Descartes avait ressaisi la sienne dans celui de la philosophie. Puisse chacun de vous former à nouveau son opinion en dehors de toute influence étrangère au cœur et à la raison !

Le développement vivace de toutes nos institutions pédagogiques, dont vous bénéficiez aujourd’hui, est très favorable pour préparer en vous cette émancipation salutaire, la libre ouverture de vos âmes au Vrai et au bien. Vos programmes d’études y sont appropriés par l’esprit qui les anime, par la foi dans la science comme par le souci de n’y pas sacrifier l’essentiel des humanités.

L’objet de l’instruction publique, tel que je le comprends, et je ne serai pas contredit par le ministre, n’est point, pour l’État, de confisquer vos âmes, mais bien, au contraire, de les libérer en les éclairant. Or, la lumière enseignante n’est libéra-

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