‹ Discours aux étudiantsChapitre 28 sur 59 · DISCOURS DE M. SULLY-PRUD1IOMME · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. SULLY-PRUD1IOMME

trice que puisée à la source impersonnelle des vérités acquises par la science et des clartés impérieuses de la conscience morale éveillée. Elle doit être la lumière d’en haut non encore décomposée en rayons multicolores par le prisme politique pour en faire des cocardes. Aimez les maîtres dont les leçons la concentrent pour vous, scrupuleusement tamisée.

C’est parmi vous, Messieurs, que notre pays se choisira, un jour, ses guides. Jugez ceux d’aujourd’hui avec la même déférence et la même générosité que vous serez désireux alors de rencontrer dans les jugements de vos cadets, car les problèmes sociaux sont lents à résoudre et vous vous heurterez, je le crains, aux mêmes difficultés, peut-être à de plus graves encore; vous serez alors devant le spectacle du monde, malgré vous moins intraitables, moins surpris du contraste, dont vous vous indignez avec noblesse, entre la belle rigueur des principes qu’on enseigne et l’humaine imperfection des exemples qu’on donne.

Conformer autant que possible ceux-ci à ceux-là, tel est le devoir des aînés envers les jeunes. Plût au ciel que, sur toute la terre et dans toutes les écoles de la vie, ce devoir fut rempli comme il l’est dans les Universités françaises!

Pour moi, Messieurs, le seul exemple que je puisse prétendre, .sans vanité vous offrir, est celui

de la gratitude. Le souvenir de ma jeunesse, évoqué en moi par cette fête de la vôtre, avive ma reconnaissance envers mes propres maîtres. Permettezmoi de clore cette allocution par un hommage à leur caractère et à leur talent. Cet hommage est, à mes yeux, d’autant plus naturel ici, et vous le comprendrez d’autant mieux que, sans leur aide lointaine, je n’aurais pas atteint à la place si flatteuse, si précieuse pour moi, que vous m’avez aujourd’hui réservée à ce banquet. Je la dois à leur discipline propice à mes aptitudes; laissez-les prélever leur part légitime des remercîments que je vous adresse de tout mon cœur.

La réponse au discours de M. Sully-Prudhomme a été prononcée parle président de l’Association des Etudiants, M. Lucien Leduc, docteur en droit.

M. Sully-Prudhomme a bien voulu ensuite entretenir l’auditoire d’une question littéraire pendante : l’attribution par l’Académie Française du prix de poésie Archon- Despérouses.

Voici les paroles de M. Sully-Prudhomme :

Messieurs,

J’avais achevé d’écrire le discours que je vous ai lu tout à l’heure, lorsqu’un vote récent de l’Académie sur rattribution du prix Archon-Despérouses, vote publié par la presse sans aucune mention de la

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