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L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

Du IG Mars 1880

L’Association des Étudiants de Paris, fondée au début de l’année 1884, avait, le 8 janvier 1885, réuni tous les étudiants sous la présidence de M. Chevreul parvenu alors à sa centième année, pour écouter une conférence de Leclaire de Nancy sur la formation et le rôle des associations d’étudiants.

L’année suivante, le 16 mars 1886, l’Association fortement constituée réunit ses membres actifs et ses membres honoraires dans une assemblée générale à la Sorbonne sous la présidence du recteur, M. Gréard. M. Pasteur assistait à la séance. Après que le trésorier, M. Sagnet, eut exposé dans un rapport l’état et les progrès de l’Association, M. Gréard, M. Pasteur, M. Lavisse et M. Bréal prononcèrent les discours que nous reproduisons ici.

Yous avez pensé que vous ne pouviez mieux consacrer votre deuxième anniversaire qu’en venant recueillir ici de la bouche de vos maîtres les plus autorisés quelques-uns de ces conseils éclairés et affectueux qui tracent les voies et portent bonheur. Pour nous comme pour vous, je me garderai bien de faire attendre ce plaisir. Je ne veux que vous souhaiter la bienvenue dans cette vieille salle des actes universitaires, où nous aimons à être vos hôtes.

Ce qui nous touche particulièrement dans votre Association, c’est qu’elle est votre œuvre; c’est que tout vous appartient en propre : l’idée première, l’exécution, l’esprit. Jamais les études supérieures n’ont trouvé dans l’opinion un appui plus ferme, dans les pouvoirs publics une sympathie plus efficace. Les statisticiens de l’avenir, de jeunes savants sortis de vos rangs peut-être, établiront un jour que le budget des Facultés s’est élevé en quinze années d’un peu plus de quatre millions (4 215 521 francs) à près de quatorze (13 715929 francs); qu’aujourd’hui, à Paris, le nombre des chaires du haut enseignement est plus du double de celles qui existaient, il y a

Discours de M. Gréard

Messieurs,

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quarante ans, pour la France entière; que, dans toutes les Facultés, agrandies, transformées, ouvertes à l’air, à la lumière, à l’espace, les ressources du travail ont été créées ou développées avec une ampleur sans précédents.

Ce qu’ils n’auront pas besoin de vous dire, ce dont vous vous souviendrez tous, c’est avec quel zèle ces maîtres ont multiplié leurs soins pour vous associer à ce mouvement de rénovation scientifique et littéraire, pour se préparer en vous des héritiers de leurs méthodes, des continuateurs de leurs recherches, des amis de la science à laquelle ils ont consacré leur vie.

Afin de mieux assurer le bienfait de leur direction, vous avez voulu vous grouper librement à côté d’eux; vous avez compris que ce n’était pas assez que chacun de vous se rendît, par un effort isolé et personnel, digne de ces sacrifices et de ces dévouements; que vous deviez associer, vous aussi, vos bonnes volontés, vous encourager, vous aider les uns les autres; vous avez senti, en un mot, que, quelque concours qu’on trouve autour de soi, il n y a de force durable que celle qu’on tire de soi, c’est de là qu’est sortie l’idée de votre association.

Conçu avec résolution, le projet a été poursuivi avec sagesse. On est assez disposé à ne pas refuser au tempérament français les qualités de prime

saut et d’élan, celles qui visent à l’éclat, qui procurent la gloire ou le bonheur d’un jour; on nous accorde moins volontiers celles qui durent et qui fondent : la persévérance, la suite. On oublie, et n’oublions-nous pas nous-mêmes trop souvent, qu’il n’y a point de pays peut-être où, plus qu’en France, l’esprit de tradition et l’esprit de progrès aient été de tout temps aussi intimement liés; point de peuple qui, à travers les vicissitudes les plus contraires, tour à tour triomphant ou écrasé, ait conduit aussi régulièrement sa destinée; qui ait mieux tenu son rôle pour les autres comme pour lui-même et consacré avec une plus persistante prodigalité toutes ses forces, tout son génie à propager dans le monde les idées dont il était pénétré.

Si votre entreprise est trop jeune encore pour que nous puissions y signaler la marque d’une de ces institutions qui honorent le caractère français, nous sommes heureux d’y reconnaître quelques-uns des éléments essentiels qui assurent les succès des œuvres communes.

Vous vous êtes donnés à votre idée modestement, presque obscurément, ne recherchant point le bruit, évitant même les occasions de vous produire. Vous avez vécu chez vous, jaloux de vous constituer avant de vous répandre. Aujourd’hui vous avez votre siège social, vos assemblées ordinaires et extraordinaires,

DISCOURS DE M. GRÉARD. J 77

vos fêtes, votre bulletin, votre budget, budget qui se solde en équilibre, ce qui n’est point commun, budget avec fonds de réserve, chose plus rare encore. Vous étiez soixante-quinze à l’origine; demain vous serez cinq cents. Vous avez commencé avec deux chambres, vous occupez maintenant deux étages. Vos meubles vous appartiennent et vous payez l’impôt. Voilà le fruit légitime de deux années de conduite, j’allais dire d’administration judicieuse et méthodique.

La raison de celte sagesse, je la trouve dans votre objet même : vous êtes une société de travail. Les biographes de Franklin racontent qu’inquiet des passions qui autour de lui divisaient les esprits, il eût voulu former un grand parti de la vertu, et, pour mieux déterminer les conditions d’existence de ce parti, il se proposait de publier un livre sur Y Art de la vertu. Le livre ne se fil point : il était plus facile d’en concevoir le rêve que de l’écrire. Le parti ne se forma pas davantage, chacun se faisant trop aisément de sa passion une vertu. Franklin se résigna alors, dit-on, à préparer un grand parti du travail.

Vous êtes, messieurs, ce parti. 11 n’y a pas de lien plus sûr ni plus puissant que le travail; et ainsi que le disait éloquemment le ministre 1 que vous comptez

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