‹ Discours aux étudiantsChapitre 35 sur 59 · M. René Goblet, ministre de l'Instruction publique · texte numérisé non relu

M. René Goblet, ministre de l'Instruction publique

parmi vos membres honoraires, rien ne saurait mieux vous garantir de la contagion du pessimisme et de la désespérance, ces maladies des volontés perverties et des âmes énervées. Le travail ne fût-il pas la plus élevée des jouissances, vous en devriez l’exemple viril dans une société où l’activité est la loi nécessaire. C’est la dette qui s’impose à votre patriotisme. Bien aimer son pays à votre âge, c’est se préparer à le servir. La France a besoin de se sentir, par vous, jeunes gens, profondément unie dans le vaillant souci de l’avenir, laborieuse, saine et forte.

Ce que l’habitude du travail aura commencé, le goût de la haute culture l’achèvera. Vous êtes tous appelés à conquérir des grades. Ce ne sera pas un des moindres bienfaits de la réforme de notre enseignement supérieur d’avoir fourni aux services publics auxquels il se rattache, des praticiens mieux instruits, et préparé pour les lycées et collèges le complément de personnel enseignant que l’École normale supérieure, réservée au petit nombre, ne pouvait leur donner. Mais au delà de cette éducation professionnelle offerte, vos maîtres, vous le savez, visent une éducation d’une autre portée. Ce n’est pas seulement l’apprentissage d’une fonction, qui vous est assuré dans des conditions incomparables, c’est l’apprentissage de la science.

Oui, nous espérons voir de plus en plus grossis les

rangs de ceux que stimulera l’ambition de travailler au progrès de la science. Dans tous les ordres de la recherche et de la pensée, le champ de vos études s’est agrandi. En philologie, en histoire, comme en chimie et en physiologie, l’esprit d’analyse pénétrant et démêlant les faits, renouvelle pour ainsi dire la matière des connaissances humaines ; et l’esprit philosophique, s’emparant à son tour de ces éléments, en établit la genesc et en déduit les lois. Ces grandes élaborations de la science, auxquelles il vous est donné d’assister, ne représentent pas seulement ce qu’on pourrait appeler la part contributive de la France dans les conquêtes de l’esprit auxquelles elle a toujours apporté un si décisif concours : elles sont, pour une société démocratique, la condition de la vie. Si, dans une société qui repose sur le suffrage de tous, il est nécessaire d’assurer à tous le fonds commun du patrimoine intellectuel et moral, le devoir n’est pas moins impérieux de développer chez ceux qui peuvent y prétendre, la haute culture sans laquelle un peuple serait bientôt amoindri et désemparé. C’est la loi suprême en même temps que l’honneur d’une grande démocratie, de faire sortir de son sein des élites qui la dirigent.

La récente organisation de l’enseignement supérieur nous ouvre ces larges horizons. L’espèce d’isolement où vivaient lesFacultés les unes à l’égard des

autres a pris lin. Confirmées, fortifiées même, chacune dans son existence propre et son indépendance nécessaire, elles ont élé du même coup rapprochées dans leurs intérêts communs, de façon que leurs divers enseignements se pénètrent, s’éclairent, se complètent. Le caractère de votre Association générale, qui n’exclut point les associations particulières, qui les embrasse toutes, montre assez que vous vous faites une juste idée de cette solidarité.

Ajouterai-je que les patronages illustres entre tous sous lesquels vous vous êtes de vous-mêmes placés vous engagent et vous obligent ? L’an dernier, c’était M. Chevreul qui présidait votre assemblée. S’il n’a pu venir ce soir, sa pensée, soyez-cn sûrs, est avec vous. Il se prépare — ce matin même j’en ai recueilli l’assurance en votre nom — il se prépare à terminer vaillamment le siècle de travail et de gloire dont il porte si légèrement le poids. lia encore ce bon exemple à vous donner, il vous le donnera.

Il n’a pas dépendu de nous que sa place ne fût occupée celte année par M. Pasteur. Quelle fête pour tous, de l’entendre parler de ses découvertes dans la langue simple et forte dont il a le secret comme de tant d’autres choses, elnous montrer une fois de plus ce que peuvent les lumières du génie secondées par un labeur opiniâtre! Vous avez voulu respecter son repos, si nécessaire à cette pensée toujours tendue

pour la science et l’humanité. Mais il a tenu à vous témoigner ses sympathies par sa présence. Qu’il me permette d’attacher son nom au souvenir de votre seconde Assemblée générale, en lui offrant, comme au véritable président de la séance, l’hommage de notre respectueuse admiration et tous nos vœux pour la fondation de l’Institut dont il va doter le monde.

Discours de M. Pasteur

Mes chers amis,

Je ne sais comment exprimer ce que j’éprouve en ce moment. Je crois que c’est une de mes vertus, si je puis prétendre en avoir, d’avoir toujours aimé la jeunesse et surtout cette jeunesse studieuse dont vous formez l’élite. Il me semble que vous êtes animés, ce soir, de cet enthousiasme fécond qui ne se trouve que dans la jeunesse. Vous savez ce que signifie le mot enthousiasme. L’enthousiasme est un dieu intérieur. Dans les grandes occasions de votre vie, appelez ce souffle divin qui, d’après les Grecs, commande les actions viriles. Ayez non seulement le culte de la patrie, mais le culte de ce dieu intérieur qui sera votre guide.

Je vous remercie de votre bon accueil. Je suis heureux de constater ce qu’il y a de généreux dans votre association.il me semble que vous êtes pour l’avenir une des forces de la patrie. Il y a de grands résultats à obtenir. Je fais des vœux pour les succès de vos efforts et, encore une fois, je vous remercie.

Discours de M. Lavisse 1

Messieurs,

Il y a déjà plus d’une année que vous m’avez prié de prendre la parole dans une de vos réunions. Vous me demandiez une conférence, c’est-à-dire — le mot conférence ayant perdu le sens avec lequel il est venu au monde — un discours, une leçon sur un sujet quelconque. Je n’ai pas mis beaucoup d’empressement à vous satisfaire II me semble singulier que, lorsqu’on entend beaucoup de leçons par profession, on en veuille entendre par plaisir, et je puis vous assurer que nous qui faisons des leçons par devoir, nous n’éprouvons pas grand plaisir à en faire... par plaisir.

1. Revue bleue du 27 mars 1886. Éludes el Étudiants , par E. Lavisse. (Librairie Armand Colin.)

DISCOURS DE M. LAYISSE.

Vous avez eu l’heureuse idée de grouper dans votre Société des étudiants et des maîtres, et ce petit événement n’est pas sans importance. Il est le signe visible d’une transformation qui s’opère sous vos yeux, et dont l’effet est de substituer au professeur et à l’étudiant impersonnels, qui éprouvaient l’un pour l’autre ces sentiments froids que peuvent échanger deux abstractions, des professeurs et des étudiants vivant ensemble, se connaissant, se parlant, ayant les uns pour les autres les sentiments qui ont cours entre des êtres pourvus d’une figure, d’un caractère et d’un esprit déterminés. Vous avez donc été bien inspirés eu nous appelant dans votre Association, mais dites-vous bien que nous y sommes à titre de sociétaires, et ne nous demandez pas d’y faire figure de professeurs. Mettez qu’il y a dans votre parlement une chambre des anciens et une chambre des jeunes, qui se réuniront de temps à autre, comme aujourd’hui, en congrès, mais n’allez pas nous croire si anciens que nous ne puissions faire avec vous autre chose que des leçons. Vous arriveriez à provoquer un conflit entre les deux chambres.

Je vais donc non pas faire un discours ni une leçon, mais vous parler de vous, et, après le rapport financier que vient de lire un de vos camarades 1 ,

1. Le rapport du trésorier de l’Association lu au début de la réunion.

vous présenter un rapport sur votre histoire, sur votre situation présente et sur vos projets. J’y mêlerai quelques conseils, comme il convient à ma qualité d’ancien.

Soyez loués d’abord pour le seul fait de votre existence. Au moment où la loi commence à favoriser l’esprit d’association, où toutes les professions ont leur syndicat, vous avez voulu que la profession d’étudiant ne demeurât pas longtemps dans la banalité où elle languissait. Le corps professoral si longtemps brisé en fragments est aujourd’hui réuni : du moins les cinq Facultés de Paris et l’École supérieure de pharmacie ont une représentation commune, le Conseil général. Vous avez, de votre côté, groupé le corps enseigné, auparavant plus éparpillé que nous n’étions nous-mêmes. Vous avez établi votre Société sur une base très large, en faisant appel non seulement aux étudiants de toutes les Facultés, mais aux élèves de toutes les grandes Ecoles, même à ceux qui, moins heureux que vous, vivent derrière des grilles la vingtième année. Vous avez ainsi constitué par en bas une vraie Université de Paris. Qui sait si les mots Université de Paris que vous avez hardiment écrits en tête de votre Bulletin ne sont pas un heureux présage pour l’avenir? Peut-être annoncent-ils qu’Écoles et Facultés seront rapprochées un jour, pour le plus grand

profit de la science et de l’intelligence françaises. S’il en est ainsi, vous pourrez dire, messieurs les jeunes, que vous avez frayé la route à l’avenir, comme il convient à la jeunesse.

Soyez loués aussi de la persévérance que vous avez mise à vaincre les difficultés nombreuses et de sortes diverses que vous avez rencontrées. L’étudiant parisien est habitué à vivre seul. Quand il arrive au quartier, muni de son diplôme de bachelier, qui passe pour un certificat de science universelle,— s’il fut jamais un faux certificat, c’est bien celui-là, — il ne pense plus qu'à se préparer à la profession qu’il a choisie. Il goûte la douceur de n’être plus enfermé. L’isolement même et l’individualisme lui paraissent être, après la communauté de l’internat, la marque de sa liberté. Il garde les relations commencées au collège ou au pays : cela lui suffit, et il se confine sans regret dans ce cercle étroit. 11 fallait donc l’arracher à sa solitude, mais, pour cela, qu’aviez-vous à lui proposer? Le payement d’une cotisation; en échange, des avantages moraux que tout le monde ne goûte pas de prime abord, et une simple promesse d’avantages matériels. Tout cela n’était pas fort séduisant.

Il n’était pas aisé non plus de recruter des membres honoraires. Vous y avez procédé avec une certaine timidité, et l’on vous a d’abord écoutés avec cir-

«inspection. Vous vous demandiez : « Voudront-ils? » Nous nous demandions : « Que veulent-ils? » Sans doute, nous éprouvons un grand plaisir à vivre avec les étudiants que nous connaissons; mais qu’allaient-ils devenir, confondus dans celte Association générale? Que serait le mélange, et quelle figure ferions-nous, si, d’aventure, il était explosible? Dans les pays où existent depuis longtemps de pareilles Sociétés, l’étudiant est un personnage connu; il a ses défauts, mais aussi ses qualités. Un corps constitué délibère ses actions, ne s’engage pas à la légère; comme il a, pour ainsi dire, la propriété de son nom, il veille sur l’honneur de ce nom ; il a le sentiment de sa responsabilité, par conséquent sa discipline. Mais où le nom est banal, le premier venu s’en empare et en use : il est rare que ce soit pour le bien. Que font en effet nombre de jeunes gens qui appartiennent à des professions toutes différentes de la vôtre, quand ils veulent se donner des airs d’étudiants? Ils viennent au Quartier faire du tapage, et ce sont eux qui ont répandu dans le monde ce préjugé que le tapage est le caractère essentiel de votre corporation.

Vous avez su, messieurs, triompher de toutes les difficultés. Vous avez recruté vos camarades un à un, par une propagande amicale continue. Vous nous avez gagnés par une insistance discrète, mais

résolue. Divisés en escouades de visiteurs, vous vous rendiez compte les uns aux autres de l’état des négociations, et je me suis fort amusé en lisant dans vos archives que vous m’avez ouvertes — preuve que vous n’avez rien à cacher — l’avis donné par des visiteurs que tel ou tel d’entre nous était « mis au point » et « hou à cueillir ».

Une chose a contribué à nous bien mettre au point. Vous avez choisi avec un discernement heureux les occasions de vous produire au dehors.

Je n’ai pu me défendre d’une émotion la première fois que j’ai vu, porté par un des vôtres, le drapeau orné de la cravate violette; ajouter la couleur universitaire aux couleurs nationales, c’est bien ; vous montrez par là que vous entendez vous donner une petite patrie dans la grande, et les petites patries comme celles-là, où l’on excite à l’énergie les forces intellectuelles et morales, préparent à mieux servir la grande. C’est encore une heureuse idée que d’avoir marié sur le ruban que vous portez en sautoir la couleur universitaire aux couleurs de Paris. Rien de tout cela n’est banal ; tout cela prouve, au contraire, que vous vous entendez à composer votre physionomie, ce qui est un art difficile. Peut-être, d’ailleurs, les insignes ne sont-ils pas inutiles au recrutement. On m’a conté qu’une délégation envoyée à la cérémonie du mariage d’un camarade avait été

très flattée d’entendre demander quels étaient ces messieurs qui avaient, si jeunes, de si beaux rubans autour de la poitrine, nous aimons, en France, les rubans; mais, bail! nous ne sommes pas les seuls, et, dans l’espèce, le mal n’est pas grand. Ne vous gênez donc pas, et s’il faut, pour doubler le nombre de vos adhérents, doubler le ruban, doublez-le.

L’important est que vous ayez toujours le respect de vos insignes. Jusqu’ici vous les avez portés et vous avez porté votre drapeau là où on les attendait. La France a célébré les funérailles, ou plutôt, comme a dit Émile Augier, le sacre de Victor llugo ; vous étiez au sacre. Vous avez fait un pèlerinage à la tombe de Michelet. Il nous est doux de voir votre jeunesse demeurer fidèle à la mémoire d’hommes dont le génie a éclairé la notre. — Les amis et les disciples de Claude Bernard lui ont dédié une statue; elle s’élève devant le Collège de France, et un singulier hasard a placé cette effigie près de celle de Dante, rapprochant ainsi deux hommes, dont l’un a vécu par l’imagination parmi les morts et l’autre a regardé profondément dans la vie par la science. Le jour de l’inauguration de la statue de Claude Bernard, vous étiez rangés autour du piédestal. — Nous vous avons vus enfin, aux funérailles de Jamin, vous associer au deuil de la Faculté des sciences et de l’Université. Vous avez fait toutes ces

manifestations comme il fallait, avec simplicité, avec dignité. — Il n’est pas si facile et il ne va point sans péril de rendre hommage à des vivants; mais quand un vivant a donné toute sa vie à la science, quand il a illustré son pays en renrichissant, et, par surcroît, tenu la mort à distance pendant un siècle, il est hors de pair. Vous avez procuré à M. Chevreul une grande joie, en le fêtant comme le doyen des étudiants de France. Le doyen des étudiants portera bonheur à la corporation : il lui assurera honneur et longévité.

Je vous félicite par-dessus tout de la plus honorable de vos actions. 11 élait naturel que la jeunesse des écoles ressentit profondément l’émotion que les récits de la guerre soutenue par nos soldats dans l’Ex- Ireme-Orient ont fait courir dans la nation entière. A r otre enfance, mes amis, a été triste. Le plus grand nombre d’entre vous, avant de savoir ce qu’est la France, a vu la France au pouvoir de l’ennemi. A l’âge où l’on écoute encore les jolis contes merveilleux, vous avez entendu raconter les histoires terribles de désastres vrais. Tous nous nous sommes efforcés, dans les plus humbles comme dans les plus hautes des écoles, devons prémunir contre le découragement, mais le vrai maître en patriotisme, c’est aujourd’hui le petit soldat, le soldat de vingt ans, votre contemporain, votre camarade, qui a si virile-

ment supporté toutes les fatigues, et traité le danger, du premier coup, comme une vieille connaissance. Afin de témoigner à notre armée d’Orient votre sympathie respectueuse, vous vous êtes faits quêteurs pour nos blessés; vous, qui étiez en ce temps-là la plus pauvre des associations de France, vous avez réuni près de cinq mille francs. 1

Ce sont, messieurs, toutes ces manifestations, c’est votre sagesse, c’est votre patriotisme qui ont lait votre succès. Vous êtes maintenant, — ou plutôt nous sommes plus de 900 : 700 membres actifs et 200 honoraires. Un des vôtres disait dans une de vos réunions que vous étiez fiers de lire sur la liste des membres honoraires quelques-uns des plus grands noms de France : vous avez raison. Pour ne parler que d’un membre honoraire qui était là tout à l’heure, je voudrais, moi aussi, après M. le Recteur, dont les éloquentes paroles ont provoqué votre enthousiasme, remercier M. Pasteur d’être venu vous apporter le témoignage de sa sympathie. Un pareil témoignage, messieurs, tombe de haut. Quand il s’agit d’un homme comme celui-là, on peut employer sans déclamation les grands mots : ils conviennent à ses actions. Le monde entier sait le nom de M. Pasteur, et le genre humain le remercie

1. Souscription ouverte par l’Association des Étudiants en faveur des blessés du Tonkin:

DISCOURS DE M. RAVISSE, des victoires qu’il a remportées sur le mal. Jadis on eût attribué à quelque puissance surnaturelle les bienfaits dont il nous comble : peut-être les eût-il payés cher; il est aisé de s’imaginer le beau procès de sorcellerie dont il aurait fourni la matière ; peutêtre aussi lui aurait-on attribue le don des miiacles. Aujourd’hui, c’est la science qui fait des miracles, et le savant succède au saint dans le rôle de bienfaiteur. Vous savez que jadis, lorsque le bruit se répandait que tel sanctuaire guérissait telle maladie, la foule des pèlerins s’y acheminait, apportant prières et présents. De tristes pèlerins qui se seraient crus, il y a quelques mois, condamnés à une mort horrible, accourent aujourd’hui au laboratoire de la rue d’Ulm. Les prières ne sont pas nécessaires, ni les présents : il suffît que l’on soit homme et que l’on souffre: même la France s’apprête à donner 1 hospitalité à ceux qui viennent demander la vie au plus illustre de ses citoyens. Vous savez comme ils sont nombreux; M. Pasteur vous disait tout à 1 heure que les derniers sont venus de la lointaine Russie. 11 s’excusait de vous quitter pour aller les soigner; tout en vous avouant les appréhensions que lui causaient la gravité des blessures faites par la dent du loup enragé et le temps qui s’est écoulé depuis les morsures : « Je voudrais, disait-il, les arracher à la mort ». Y a-t-il au monde un autre homme qui puisse

prendre congé d’une réunion sur un mot comme

celui-là ?

Vos membres honoraires ne vous apportent pas seulement honneur et patronage; ils ont voulu contribuer pour leur part à la naissante prospérité de votre Association. Si vous n’étes pas riches encore, vous êtes, du moins, sortis de la misère. Le temps vous semble déjà éloigné, où vous aviez pour siège social la chambre d’un camarade dont le lit suppléait au défaut des chaises. Vous avez pris d’abord un petit appartement que vous avez garni de quelques meubles achetés à crédit. 11 n’y avait pas autant de chaises que de membres du comité; mais heureusement vous aviez une table munie de rallonges qui, posées sur deux chaises, donnaient à tous le moyen de s’asseoir. Dans ce temps-là, on était assuré de trouver chez vous ni feu ni lumière. Vos archives ont gardé des exclamations de détresse : « Plus de pétrole, plus de charbon, plus d’allumettes!... Impossible d’allumer du feu avec ces éclats de bois ! Ils sont trop gros pour des cure-dents, pas assez pour des allume-feux ! » Il fallait alors faire le ménage tour à tour. Votre première acquisition de luxe a été celle d’une femme de ménage, et ce fut un événement le jour où Mme Durand, qui avait quelquefois maille à partir avec vous, parce qu’elle épargnait un peu trop la poussière, sous prétexte de

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« respecter » vos papiers, mais qui était la gardienne sévère de votre mobilier, annonça la disparition d’un torchon. Vous vous êtes demandé ce que vous deviendriez si l’on se mettait ainsi à dilapider le fonds social. Comme vous aviez promis dans vos statuts des avantages matériels, les nouveaux venus les cherchaient partout et ne les trouvaient pas. D’où les réclamations sur le cahier : « On demande des plumes avec lesquelles ori puisse écrire ! » Et ce refrain qui se retrouve presque à chaque page : « Où sont les avantages matériels?» Le siège social, si peu confortable, était souvent désert; les membres du comité s’étaient astreints à monter la garde à tour de rôle ; plus d’un oubliait son tour. Vous appreniez alors que des inconnus étaient venus pour s’inscrire et qu’ils n’avaient trouvé personne. C’étaient, parmi vous, des cris d’indignation. Le désespoir du comité ressemblait à celui du marchand qui, ayant manqué son client, jette un regard morne sur l’immensité de Paris où il s’est perdu.

Tout cela est aujourd’hui de l’histoire ancienne. Ce n’est plus un appartement que vous avez, mais deux, 1 un au-dessus de l’autre. Vous avez loué dans la cour une salle dont vous avez lait une salle pour l’escrime. Vous avez des projets d’agrandissement, et l’ambition d’expulser le bourgeois de votre maison, en louant les cinq étages. 11 est vrai que vous êtes

DISCOURS AUX ÉTUDIANTS, divisés sur ce point. A mon avis, cinq étages superposés ne vaudront jamais une grande salle remplie du bruit des causeries, des rires et des chansons. Des étages superposés sont des tiroirs et font une commode, c’est-à-dire un meuble qui sépare les objets. J’aimerais mieux, à côté de petites salles, quelque galerie qui vous réunît. Mais n anticipons point sur l’avenir. Préparons seulement cet avenii, et voyons ce que vous faites pour cela.

Vous ôtes une société de secours mutuels. Si, jusqu’à présent, vous n’avez pu secourir que l’association elle-même, vous avez l’ambition de tenir le plus tôt possible la promesse de vos statuts. Vous n’avez guère encore été sollicités: a ma connaissance, on ne vous a demandé que trente francs; mais plus nombreux vous deviendrez, plus s’accroîtra la probabilité de demandes semblables. Examinez-les avec sollicitude: cela est un devoir rigoureux. Vousn’êtes pas près de pouvoir donner à mains ouvei tes et les yeux fermés ; mais des misères d’étudiants sont de celles auxquelles on remédie aisément.

Vous avez fait d ailleurs une chose excellente, dont le mérite revient aux internes des hôpitaux, vos camarades, qui vous ont offert de visiter gratuitement les sociétaires malades. Voilà de la bonne, simple et vraie fraternité.

Vous êtes aussi une société d’études mutuelles.

Vous avez organisé des conférences. C’est bien : mais, ici, prenez garde à 1 abus. Laissez-moi vous dire que dans les cadres où vous mettez vos affiches, et qui sont voisins de ceux où nous mettons les nôtres, il y a trop d’annonces de cours. N’allez pas croire que nous soyons jaloux : nous sommes seulement un peu étonnés, car chaque âge a ses plaisirs, chaque condition ses habitudes, et le plaisir d’enseigner ne me semble ni de votre age ni de votre condition. Songez, je vous prie, que nous sommes déjà en . France beaucoup de professeurs. S’il manque par hasard à votre éducation quelque cours utile, nous nous en apercevrons hien a présent que nous sommes organisés de façon à pouvoir nous rendre compte de vos besoins intellectuels, et que nous avons le devoir d’y satisfaire aux termes mêmes d’un article du décret du 28 décembre dernier. Si quelque chose nous échappe, vous pouvez bien nous le dire, puisque maintenant nous ne sommes plus en présence les uns des autres comme les chiens muets dont parle l’Ecriture, canes midi el non valentes lalrare.

Vous avez un moyen tout simple d’enseignement, c’est la conversation, qui est, par excellence, chose française. La conversation est un enseignement mutuel, qui complète l’enseignement magistral, et même, puisque nous sommes entre nous, laissezmoi vous dire un secret : je tiens pour promis que

vous ne le répéterez à personne. Une leçon, sauf en certaines matières scientifiques, n’est jamais complètement adéquate à la vérité. Entre elle et la vérité se glisse ce charmeur qu’on appelle l’art. Lorsqu il est honnête, et il l’est toujours clans l’Université de Paris, il n’invente pas les choses, mais il les dispose. Étant donné qu’il faut, en une heure, traiter un sujet, ce maître des cérémonies arrange son cortège pour qui 1 arrive en bel ordre et à l’heure dite au point fixé. N’avez-vous jamais, en entendant une belle leçon, éprouvé quelque scrupule et l’envie de faire une objection ou une question? Mais il fallait, écouter, et le charme opérant vous entraînait bon gré mal gré. La conversation permet l’objection, et la question impose la réponse, et remet ainsi les faits et les idées, je ne dirai pas dans le désordre, mais dans le libre va-et-vient de la réalité.

Des conversations entre vous peuvent être très utiles, parce que vous êtes de provenances diverses. Cette diversité même est le caractère propre de votre association, et il importe que vous ne le laissiez jamais s’altérer. Vous êtes déjà divisés en sections correspondant aux diverses Facultés ou Écoles. Vous avez jugé que cela était nécessaire pour assurer dans votre comité la représentatian de tous les groupes et même pour faciliter voire recrutement. Je crois que vous avez eu raison, mais veillez à ce que vos sec-

lions ne se mettent pas à vivre sur elles-mêmes. Mêlez toujours vos personnes, vos aptitudes, vos connaissances, vos vocations. C’est la meilleure façon de vous prémunir contre l’esprit d’une seule étude et d’une seule profession, qui est toujours un petit esprit, et d’éveiller en vous la plus féconde des qualités intellectuelles, qui est la curiosité. Quiconque n’est pas curieux dans ce temps-ci n’est pas de ce temps-ci. Il faut avoir au moins assez de lumières de tout pour pouvoir suivre en témoin intelligent les grands travaux contemporains de toutes les sciences. Si vous échangez entre vous des notions sur vos études, sur les méthodes, sur les événements scientifiques qui viennent de se produire, vous nous aiderez ainsi dans notre tâche, qui est de vous donner la culture générale, si pratique ment utile dans tous les métiers, et qui prépare droit à une profession que je vous recommande, si vous en cherchez une qui ne soit pas encombrée, la profession d’homme.

Vous ne m’en voudrez pas des réserves que j’ai faites au sujet de vos conférences. J'en ai aussi quelques-unes à présenter à propos de votre bibliothèque. Vous avez demandé des livres et on vous en a donné ; on vous en a même donné de très gros. Vous les auriez trouvés dans toutes les bibliothèques, où vous auriez été fort étonnés de voir que la plu-

DISCOURS AUX ÉTUDIANTS, part n’ont jamais été coupés. Mais vous avez reçu avec joie ces beaux volumes. Prenez garde ! Savezvous ce que feront, si vous continuez à les rechercher, ces in-quarto et ces in-folio auxquels vous donnez si joyeusement l’hospitalité? Ils vous mettront à la porte, les ingrats, en vous prenant toute la place. A mon avis, une bibliothèque d’étudiants ne doit pas essayer de faire concurrence aux bibliothèques des Facultés ou de l’Université. Dès que vous pourrez disposer de quelques ressources, munissez-vous de journaux et de revues, français ou étrangers, de livres nouveaux qui vaillent la peine d’être achetés bien entendu, et qui puissent servir soit à votre éducation générale, soit à votre simple agrément. Ayez, en un mot, non pas une bibliothèque, mais un cabinet de lecture composé avec intelligence. Si vous tenez absolument aux conférences, ratlachez-les à ce cabinet de lecture. Essayez des entretiens familiers sur tel livre considérable de philosophie, d’histoire, de géographie, sur tel ouvrage qui contient ou explique une grande découverte scientifique, ou simplement sur une discussion au Parlement d’Angleterre, au Reichstag allemand, aux Chambres italiennes ou espagnoles. Ces informations vous tiendraient au courant de la vie contemporaine et vous ouvriraient l’horizon de l’étranger, qu’il importe que vos regards appren-

nent de bonne heure à sonder, pour y discerner l’azur ou le nuage noir.

Maintenant, mon rôle de censeur est fini. Il ne me reste plus qu’à louer toutes les heureuses idées que vous avez eues. Vos réunions amicales ont un succès croissant. Elles ont égayé le sous-sol du café de VAvenir, puis, quand le sous-sol s’est trouvé trop étroit, la salle de VErmilage. Votre dernier programme illustré, où l’on voyait un moine sonner une grosse cloche, dont le son attirait à l’ermitage de joyeux compagnons, était très réussi. J’ai éprouvé un sentiment de fierté en apprenant qu’il avait été dessiné par un étudiant en lettres. Vous n’ètes point embarrassés, d’ailleurs, pour recruter des artistes: vous les prenez parmi vous, et vos camarades du Conservatoire sont toujours disposés à se faire entendre. Puissent-ils remettre en honneur parmi vous les jolis airs et les jolies chansons d’autrefois — où il y avait tant d’esprit, parfois aussi de la mélancolie, mais jamais trop noire, de la mélancolie française et vous dégoûter à jamais des refrains grossiers et stupides qu’on entend hurler dans vos rues ! Et pourquoi n’auriez-vous pas une société chorale des étudiants, une musique des étudiants? Nous les entendrions avec plaisir, car une réunion comme celle-ci — laissez-moi vous le dire — cela manque un peu de musique.

Vous avez pour l’été prochain un excellent projet. Vous voulez former une équipe de canotiers. A la bonne heure ! Choisissez bien votre endroit, pas trop loin, mais pas trop près de Paris. Rcndez-vous-y en giand nombre. Un jour viendra peut-être où vous aurez une petite flottille. Nous irons, nous les anciens, comme les vieillards de Faust, nous asseoir au bord de l’eau pour regarder passer vos bateaux, tout en vidant nos verres. En attendant, si faute d un nombre suffisant de bateaux vous ne pouvez canoter, comme vous ne pouviez jadis vous asseoir, qu’à tour de rôle, organisez des compagnies de marcheurs. Vous voulez aussi, m’a-t-on dit, vous livier a des exercices militaires, pour lesquels les anciens volontaires d un an seront vos instructeurs. Bravo! Peut-être verrons-nous, l’été, réunies au même endroit, l’armée et la flotte des étudiants. Ce serait une bonne fortune que de trouver ainsi un quartier latin du second semestre où, loin de l’asphalte qui fond, des brasseries enfumées, de la poussière et de la cohue, vous exerceriez bras et jambes en aspirant à pleine poitrine l’air pur et libre.

Je veux aussi dire un mot d’une sorte de fêtes qu il ne faut pas négliger. Les étudiants français ont été représentés, il y a quelques années, à une fête que donnaient les étudiants de Bruxelles. On leur a fait un superbe accueil, et leurs hôtes ont décidé

que les noms des nations représentées par des étudiants seraient gravés sur une médaille commémorative en ordre alphabétique, exception faite pour la France, dont le nom passerait le premier, en reconnaissance des services qu’elle a rendus à l’humanité. C’est M. Leclaire, l’actif promoteur des associations d’étudiants en France, qui a rapporté ce fait dans la réunion que présidait M. Chevreul, l’hiver dernier. Je me souviens encore des applaudissements qui saluèrent ce passage de son discours; c’étaient ces applaudissements serrés, où les mains obéissent à une impulsion forte. Un pareil hommage rendu à la France, aujourd’hui déshabituée des hommages, ne surprendra pourtant que ceux qui ne savent point qu’une grande partie de l’Europe aime encore la France et que plus d’un pays met son espoir en nous.

Pour vous, mes amis, il importe que vous sachiez bien que la France, en dépit de ses misères, a aujourd’hui dans le monde une dignité particulière. Elle est armée — formidablement, je l’espère — mais non pas pour des conquêtes brutales, seulement pour sa défense et pour une revendication. Elle revendique la restitution à eux-mêmes d’êtres humains dont la force a disposé comme de troupeaux. Ce faisant, elle demeure fidèle à la doctrine qu’elle a proclamée, il y a bientôt cent ans, de la liberté inaliénable de l’homme. Elle ne s’est point

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contentée de la doctrine. Notre siècle a vu un phénomène nouveau, la naissance de nations qui ont acquis par l'énergique volonté d’exister le droit à l’existence : toutes ont reçu l’assistance de notre pays. Au berceau de la Belgique, de la Grèce et de l’Italie, comme jadis au berceau des États-Unis, il y a la France. Partout où l’indépendance n’est point conquise, partout où elle est menacée, on regarde vers la France. C’est le secret des sympathies que nous avons conservées et l’explication de l’accueil que les étudiants belges ont fait à vos camarades. Vous trouveriez le meme accueil dans d’autres pays. Je ne vous conseille point bien entendu de vous mettre en quête de manifestations; je voudrais seulement que vous fussiez représentés aux fêtes que donnent, en de certaines circonstances, les universités étrangères. Peut-être, un jour, aurons-nous les nôtres. J’ai toujours envié pour ma part aux autres pays ces solennités où se montre clairement le lien qui unit la vie intellectuelle à la vie nationale. Nous n’avons pas eu jusqu’ici de fêtes universitaires parce que nous vivions chacun chez nous, et que des Facultés et des Écoles séparées ne pouvaient former ces grands foyers, dont la lumière visible au loin attire les regards et le respect des peuples. Peut-être est-ce une des raisons qui expliquent que la France n’a point autant que d’autres pays le don d’attirer

les étudiants étrangers. Nous aurons un jour, j’espère, nos universités et nos fêtes ; en attendant, messieurs, faites-vous connaître, toutes les fois qu’il se présentera une occasion naturelle ; rendez, dès que vous le pourrez, les politesses qui vous seront faites; faites-vous aimer par les étrangers, et n’onbliez jamais envers ceux qui sont ici les devoirs de l’hospitalité. Vous ne sauriez les méconnaître comme vous l’avez fait une fois— les étudiants en médecine savent bien ce que je veux dire — sans violer une tradition qui fait partie de l’honneur national 1 .

J’ai fini, messieurs; mais je crains que vous ne m’accusiez de trop aimer les fêtes, comme aussi d’oublier que les plaisirs coûtent cher et que vous n’êtes pas riches. 11 est vrai, je suis pour les fêtes, et j’estime qu’un des objets principaux d’une association comme la votre doit être de procurer à des jeunes gens les moyens de passer gaiement ensemble la vingtième année. D’ailleurs, j’espère que vous vous enrichirez, non seulement par le progrès môme du nombre de vos adhérents, mais encore en recevant des donations. Mettez-vous donc en quête de donateurs ; votre cause est bonne à plaider, car il vous suffira de dire : les étudiants de Paris mettent en commun leur jeunesse, leur bonne

1. Les étudiants en médecine avaient protesté contre l’envahisse^ ment de leur Faculté par des étrangers.

humeur et l’ambition qu’ils ont de devenir bons Français; ne voulez-vous pas les aider?— Ils veulent se connaître, s’aimer les uns les autres, mais aussi se donner une discipline, prendre des devoirs collectifs, sacrifier un peu de leur temps, de leur argent, de leur peine et de leur liberté dans l’intérêt d’une chose commune; c’est une façon de se préparer à bien gérer un jour la chose publique : ne pensez-vous pas que cela mérite d’être encouragé? — La France est peut-être le pays où se rencontre la plus grande somme de bonnes volontés, mais ces volontés sont isolées et faibles; réunies, elles seraient solides. Nous sommes un pays de bon sens, et pourtant un pays d’entraînement et d’affolement, d’enthousiasme et de panique; c’est peut-être parce que nous sommes éparpillés en grains de sable, mobiles au premier souffle; si nous étions appuyés les uns sur les autres, nous acquerrions une force indispensable dans le combat pour la vie, la force de résistance: ne pensez-vous pas qu’il faille encourager des jeunes gens qui s’initient de bonne heure aux devoirs et aux bienfaits de Fassociation ?

Dites tout cela, messieurs; puis, ajoutez que les étudiants de Paris sont, il est vrai, fiers d’être étudiants et fiers d’être jeunes — n’y a-t-il pas une fierté naturelle du printemps? — mais qu’ils n’entendent pas former une corporation orgueilleuse,

professant le mépris de tout ce qui n’est pas elle; ils ne veulent pas non plus étonner le monde par l’étrangeté de coutumes empruntées au dehors; ils ne s’enivreront pas en absorbant des flots de bière avec la solennité de rites consacrés ; ils ne se couperont pas le nez ou la joue par manière de divertissement. Fils laborieux d’une démocratie laborieuse, ils veulent, en alliant à l’étude les plaisirs sains et virils, activer et centupler, par l’effet même de la vie en commun, leurs forces intellectuelles et morales. Élite de ta jeunesse nationale, et, par conséquent, obligés étroitement envers la nation, ils lui donneront une génération dont elle a besoin, d’hommes fermes qui auront confiance en la vie, en euxmêmes, en la France.

”Vous pouvez dire tout cela, messieurs, puisque c’est tout cela que vous voulez faire, et j’ai confiance que votre appel, appuyé par de si bonnes raisons, sera entendu.

Discours de M. Bréal 1

J’ajouterai seulement peu de mots aux éloquentes paroles que vous avez entendues. J’éprouve à me trouver au milieu de vous un plaisir tout spécial. Il y a desgens quifont collection de gravures, d’autres qui sont amateurs de papillons. Moi, par goût, j’ai collectionné les universités, j’ai fait des observations comparatives sur les étudiants de tout pays. Eh bien, il m’est arrivé quelquefois d’envier pour nos étudiants français, d’envier rétrospectivement pour moi-même les institutions que j’ai rencontrées à l’étranger. Quand j’ai vu à Leyde les étudiants recevoir dans une belle maison qui leur appartient, en gens habitués à ces visites, des savants, de grands personnages, je me suis demandé pourquoi pareille bonne fortune n’échoit pas à nos étudiants français. Libres comme vous, ces camarades des autres pays ne sont cependant pas dispersés, éparpillés, « à l’état de grains de sable » au milieu des courants et des remous d’une grande ville. N’est-ce pas une chose singulière qu’après les années de l’adolescence qui, pour beaucoup d’entre vous, ont été plus assujetties qu’en aucun pays du monde, —car beaucoup d’entre vous ont dû

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