INAUGURATION DE LA NOUVELLE SORBONNE
La Nouvelle Sorbonne fut inaugurée le 5 Août 1889 par M. le Président Carnot. Cette cérémonie eut lieu au moment où les délégués de tous les étudiants du monde se trouvaient réunis au rendez-vous que leurs camarades de P Association de Paris leur avaient donné à l’Exposition universelle de 1889. Ces étudiants assistaient avec leurs bannières à la solennité ; M. le Recteur Gréard et le Ministre de l’instruction publique, M. Fallières, y prononcèrent des discours que nous avons voulu conserver autant parce qu’elles fixent une phase importante de la vie universitaire que pour les belles paroles dont ces maîtres ont salué te présence de la jeunesse des Ecoles.
1. Les Fêtes de l'Université de Paris en 1889, plaquette éditée par l'Association des Étudiants. L'Inauguration de la nouvelle Sorbonne , plaquette éditée par l’Université, chez Delalain.
Discours de M. le recteur Gréard
Monsieur le Président,
Au nom de l’Université de Paris, je vous remercie d’avoir bien voulu donner à celte solennité l’éclat et l’autorité de votre présence. Ce n’est pas seulement le premier magistrat de la République que nous sommes reconnaissants et fiers de saluer dans cette enceinte; c’est l’héritier d’un nom cher à la science et à l’enseignement; c’est l’homme qui, élevé au pouvoir par l’estime publique, personnifie la France dans sa droiture et sa loyauté.
11 y a quatre ans, presque jour pour jour, en posant la première pierre de la Sorbonne, restaurée et agrandie, nous exprimions l’espoir que le centenaire de 1789 en verrait l’inauguration. Grâce à la remarquable diligence avec laquelle les travaux ont été conduits, nous sommes prêts. Et parmi les satisfactions que nous devons à cette heureuse échéance, pourrais-je omettre le concours si empressé des représentants des Universités étrangères? Saisissant l’occasion de l’Exposition universelle et de ses Congrès, ils ont eu à cœur de se joindre ici aux délégations des Universités françaises : qu’ils soient
assurés que nous sentons tout le prix de ces gages de confraternité.
L’une des premières en date, sinon la première, 1 Université de Paris fut, au moyen âge, la plus renommée sans contredit et la plus hospitalière. Les érudits du temps, qui, dans la recherche des origines, se piquaient moins d’exactitude que d’imagination, la considéraient comme la souveraine dépositaire des trésors de la science par droit régulier d’hoirie. « L’Université dont toutes les autres procèdent, écrivait l’évêque Tilon de Mersebourg, est celle de Babylone, fondée par Ninus; à Babylone succéda la cité des Pharaons, Memphis; à Memphis, Athènes, oeuvre de Cécrops; à Athènes, Rome; à Rome, Paris. » Bologne était à juste titre en crédit pour l’enseignement du droit; nul ne contestait à 1 Université de Paris la suprématie dans les lettres sacrées et profanes. Dix collèges étaient groupés autour d’elle comme autour de la mère commune : collège de Danemark, collège des Anglais, collège des Ecossais, des Allemands, des Lombards, des Grecs. Les rois y envoyaient leurs fils pour se former à la dialectique et aux belles façons. Du xiii c au xvi° siècle l’Université de Paris a contribué à élever la plupart des hommes, poètes, savants, philosophes, venus des diverses régions du monde connu, dont la postérité a conservé le souvenir ou consacré le nom : Guillaume