QUATRIÈME BANQUET ANNUEL
12 Mai 1888
Discours de M. Michel Bréal 1
Président du banquet Mes chers amis, Messieurs,
Ne m’en veuillez pas si je tire un discours écrit de ma poche. Grâce à ce manuscrit, que je sentais dormir sur ma poitrine, j’ai pu dîner de bon appétit, l’esprit en repos et l’attention librement donnée à vos gaies confidences. Je savais qu’il viendrait un moment difficile où l’honneur de vous présider devrait se payer par une de ces allocutions dont vous avez décidément contracté la fâcheuse habitude. J’ai mieux aimé me mettre en règle d’avance. Je partage votre goût pour les discours, quand il n’y a qu’à écouter M. Renan ou M. Lavissc. Mais je vous
1. L’Université de Paris, n» 10, juin 1888. La Revue bleue, 19 mai
assure que le point de vue change beaucoup lorsqu’il faut y aller de sa personne. Je souhaite que vous en fassiez bientôt l’expérience, et, par voie de représailles, je propose que l’année prochaine nous entendions Chaumeton ou Xanrof 1 , ce qui sera infiniment plus intéressant et plus instructif pour vos membres honoraires.
En me décernant l’honneur de vous présider, vous avez voulu récompenser un ami de la première heure, qui a salué avec joie les premiers mouvements de votre Association, qui s’est appliqué à lui être utile en prévenant des inquiétudes et des suscipions, et qui n’a pas cessé depuis lors de suivre avec sympathie vos prompts et heureux développements. Je vous ai dit autrefois le sentiment d’envie que me causait la vue des associations étrangères : vous pouvez donc vous figurer ma joie en assistant à vos progrès.
Dans la maison que vous habitez rue des Écoles, vous êtes des locataires d’un genre à part : à chaque renouvellement de bail, vous allez trouver votre propriétaire, pour lui demander de vous donner un appartement en plus. D’étage en étage, vous avez grimpé jusqu’au quatrième, et voici qu’approche le jour où, aux pièces du fond de la maison, vous
1. Le chansonnier Xanrof était à ce moment étudiant en droit et membre actif de U Association ; ses fines chansons, alors réservées au quartier latin, étaient le grand attrait des soirées amicales.
pourrez ajouter un appartement sur le devant. Ce sera un beau moment, quand sortant des profondeurs de la cour, vous verrez s’ouvrir devant vous l’espace, et quand, de vos fenêtres, vous dominerez la rue des Écoles, le Collège de France, l’École de médecine, le Palais de Justice, et ces tours de Notre-Dame au pied desquelles l’Université de Paris a pris naissance.
Dans le local un peu étroit où vous vous êles renfermés jusqu’à présent, vous savez donner des fêtes charmantes. Vos invitations sont recherchées des membres honoraires, qui ne sont jamais si contents que quand ils peuvent passer quelques bonnes heures au milieu de vous. Il y a dans votre contact quelque chose de chaud et de réconfortant que ne donnent pas les distractions du monde. Vos fêtes seront d’autant plus goûtées que, parmi les promesses du programme, vous occuperez vous-mêmes une plus grande place. Vous avez déjà vos poètes, vos acteurs, vos dessinateurs, votre orchestre. De véritables artistes, se souvenant qu’ils ont été étudiants, se sont joints à vous. Vous ressemblez à ces familles nombreuses où toutes les variétés d’aptitudes et de goûts sont représentées, et qui, pour répandre la joie et fêter leurs amis, ont souvent besoin de se montrer.
Mais, pendant l’été, les fêtes données au rez-dechaussée d’une maison de Paris ont quelque chose d’étouffant. Vous avez rêvé d’une maison de cam-
pagne. Une maison de campagne! ô utopie! disionsnous en nous-mêmes. Rêve que pas un de nous ne verra réalisé! Lorsqu’il y a quatre ans, M. Lavisse et moi nous vous parlions de la marine universitaire, nous pensions qu’il se passerait encore du temps avant le jour où elle mettrait à la voile. Eh bien, la maison de campagne a été cherchée, trouvée; elle est sur le point d’être louée! Elle est située au bord de l’eau, en amont de Paris, à distance suffisante pour échapper à l’atmosphère de la grande ville. Ce qu’il a fallu de recherches, de diplomatie et de bonne grâce pour rendre possible cette location, je n’essayerai pas de vous le dire. Faites-le raconter à vos camarades chargés des pourparlers. Dès cette année, dès ce mois de mai, si la négociation aboutit, vos bateaux auront leur lieu de garage; il est même question d’une prairie pour la gymnastique, — la vraie gymnastique, celle des anciens, c’est-à-dire la course, le saut, là lutte, — et pour ces jeux athlétiques qui ne fortifient pas seulement les muscles, mais qui développent l’esprit de corps, la discipline, la loyauté, l’amitié fondée sur l’aide donnée et reçue. Pourquoi n’auriez-vous pas un jour vos régates, semblables à celles qui laissent à nos voisins d’Angleterre d’impérissables souvenirs? « Si je me trouvais dans un cas désespéré, disait un jour un haut magistrat d’Angleterre, les meilleurs amis que je souhaiterais
auprès de moi, ce seraient mes anciens compagnons de bateaux aux courses d’Oxford et de Cambridge, quelques-uns de ces solides et sûrs gaillards qui n’ont jamais failli dans l’effort suprême d’une lutte à l’aviron! »
Je vous parle de bateaux*... Il y a bien quelques difficultés. Ces bateaux, vous ne les possédez pas encore : vous êtes décidés à les acheter, mais vous n’avez pas l’argent sur vous. Heureusement que votre commission des finances sait se créer des ressources : elle s’est adressée au Ministère de l’intérieur pour obtenir la permission d’instituer une tombola. La permission est promise, les lots ne vous manqueront point. 11 s’agit de placer 10 000 billets à un franc. Je ne doute pas du succès. Je ne voudrais pas avoir l’air de pousser aux dépenses. Je vous engage au contraire à marcher prudemment et à laisser faire vos financiers, qui jusqu’à présent ont bien conduit vos affaires, et qui sont à la fois hommes de prévoyance et hommes d’initiative. Mais je vais vous dire pourquoi j’ai confiance dans l’avenir : je crois que vous réussirez en tout ce que vous entreprendrez aussi longtemps que vous aurez pour vous les familles, c’est-à-dire vos pères et vos mères, vos frères et vos sœurs, qui certes aimeront mieux vous voir passer vos heures de loisir à ces rudes et sains exercices, que de vous voir sur le pavé de la
ville, parmi les réclames ambulantes qui encombrent
nos boulevards.
Mais les excursions à la campagne, les courses nautiques, ce sont les réjouissances des grands jours. A côté de ces occasions extraordinaires, l’Association est destinée à vous fournir des satisfactions quotidiennes, moins bruyantes, moins en vue, mais plus précieuses encore et plus chères. Lesquelles?... c’est, entre deux leçons de Faculté, la joie de rencontrer un ami, de faire un bout de causerie avec des camarades qui vous aiment et qui vous comprennent. Aux heures où l’on est fatigué du travail, où l’on s’inquiète de l’avenir, on est heureux de trouver une àmeàqui faire part de ses chagrins et de ses doutes. Une simple conversation à voix basse, un échange d’idées suivi d’un rapide serrement de main, ce sont peut-être là les instants passés dans la maison de la rue des Ecoles qui vous paraîtront un jour les meilleurs. De ces entretiens on sort mieux pénétré de ses devoirs, confirmé dans ses espérances, retrempé pour la lutte. A côté des groupes généraux se sont constitués, se constitueront de plus en plus parmi vous des groupes particuliers, sans existence officielle, de durée variable, à rendez-vous changeants, pour l’étude d’une langue, d une littérature, d’un art, pour la lecture en commun ou simplement pour le plaisir de se trouver ensemble. Dès aujourd’hui vous
devez sentir que vos journées sont plus remplies et que vous ne pourriez plus vous passer de l’Associalion. Pennettez-moi, à celle occasion, d’envoyer un souvenir en votre nom à celui qui a été, sinon le créateur, du moins l’un des promoteurs immédiats de votre société : ceux d’entre vous qui ont assisté, il y a quatre ans, à la séance de la Sorbonne où, pour la première lois fut prononcé en public le nom de l’Association générale, savent de qui je veux parler. J’envoie un cordial hommage à M. l’avocat Leclaire, de Nancy. C’est à sa chaude parole que l’Association s’est sentie vivre pour la première fois 1 .
Bientôt on se demandera pourquoi une société comme la vôtre s’est fait attendre si longtemps. Laissez-moi, à ce propos, vous dire un mot de moimême.
J’ai habité à peu près toute ma vie le quartier latin. Je ne m’en suis jamais beaucoup éloigné et j’y ai toujours été ramené par les incidents de ma carrière d’écolier et de professeur. Pendant les vingt
1. M. Leclaire, de Nancy, fut l’un des plus actifs promoteurs de la création des Associations générales d’étudiants en France; il Tint trois fois à Paris, en 1880, 1885 et 1885, pour déterminer les étudiants parisiens à se grouper en Association ; c’est à la conférence du 8 janvier 1885, présidée par M. Chevreul, que M. Brésil fait allusion. La Société générale des Étudiants de Nancy , antérieure à toutes les autres, avait pris naissance en 1878, grâce aux efforts de MM. Goutière-Vernolle et Auguste Leclaire. — Voy. l 'Historique ae la Société générale des Étudiants de Nancy; Nancy, 1892.
dernières années, j’ai demeuré au confluent des deux voies bien connues, le boulevard Saint-Michel et la rue Soufflot, c'est-à-dire que j’avais sous les yeux le punctum saliens de la vie de nos écoles. Mes enfants ont grandi au bruit de l’air des Lampions et les accents sauvages qui réveillent, tous les samedis et jeudis, vers une heure du matin, les habitants du boulevard Saint-Michel, avaient pour eux le caractère périodique et fatal d’un phénomène naturel 1 . Mon fils, qui a l’honneur prématuré, car il n’est encore qu’un simple collégien, d’être assis parmi vous aujourd’hui, a connu la Source en sa qualité de café avant de savoir que c’était aussi un terme géographique. J’ai vu ainsi passer depuis vingt ans bien des générations d’étudiants et je pourrais compter les années par les modes du quartier que j’ai vues fleurir et disparaître. Mais, tout en assistant à ce spectacle, je ne pouvais m’empêcher de faire parler quelques réflexions mélancoliques à la Villon : — Où sont, me disais-je de temps à autre, où sont aujourd’hui ces fringants hôtes du quartier latin? où sont ceux qui portaient, vers 1868, ces chapeaux extraordinaires, et qui dansaient si bravement, au son de la cornemuse napolitaine, sur la place de la Sorbonne ? Se souviennent-ils encore de ces jeux de
i. Il s’agit ici de la sortie des bals Bullier où fréquentent volontiers les étudiants.
leur jeunesse? Et s’ils s’en souviennent, est-ce là tout le souvenir que leur ont laissé ces belles années? N’ont-ils pas vu passer quelquefois, en ces trois, quatre ans, si vite écoulés, celte étincelle d’enthousiasme qui est nécessaire pour illuminer la vie la plus simple? Ont-ils vu s’ouvrir pour eux cette fleur d’amitié dont le parfum se répand sur l’existence entière ? Tout le monde accuse le prosaïsme de la vie bourgeoise en province. Mais, en fait de poésie, la province ne peut avoir que celle que vous y apportez, jeunes gens, et c’est à l’üniversité, pendant les années de liberté et d’espérance, qu’il en faut faire provision.
A propos du boulevard Saint-Michel, je ne vois pas pourquoi je ne toucherais pas à un sujet qui est encore présent à nos esprits et qui a trop remué le quartier pour que nous n’en disions pas deux mots 1 . Votre Association n’est pas un club et la politique est avec raison exclue de votre programme. Mais vous n’êtes pas indifférents aux grands intérêts de la vie nationale : quand votre nom est prononcé, vous ne craignez pas de répondre et, si l’on veut faussement vous attribuer des aspirations qui ne sont pas les vôtres, vous savez dissiper les équivoques et faire connaître vos vrais sentiments. Vous avez protesté,
1. M. Bréal veut parler de l’agitation boulangiste qui prenait naissance à ce moment et qui passionnait les étudiants.
comme c était votre droit.... Ah ! si vous vous étiez tus, ne croyez pas que vous auriez échappé aux reproches. N était-ce pas le thème convenu, de déplorer l’indifférence de la jeunesse, uniquement occupée d intérêts égoïstes et de questions matérielles ? Cependant, quand on adressait ce reproche à vos aînés, de quoi s’agissait-il le plus souvent ? D’un changement de ministère, d’une loi plus ou moins libérale.... Et aujourd’hui que les problèmes ont pris une autre gravité, quand les destinées mêmes de la patrie sont en jeu, on veut que vous restiez froids et que vous laissiez les partis politiques, selon leur passion du jour, disposer à leur gré de votre nom et Parler en votre lieu et place ? Vous ne l’avez pas souffert et personne n’aura le courage de vous en blâmer....
Après avoir manifesté votre opinion d’une telle façon que personne ne pouvait s’y méprendre, vous vous êtes arrêtés. S’arrêter à temps, chose difficile entie toutes ! De fait, à voir les adversaires qu’on vous avait suscités, à entendre ceux qui vous donnaient la réplique, il n’y avait aucun honneur pour vous à continuer le dialogue.
Un autre point dont je tiens à vous féliciter, c'est d’avoir laissé le nom de l’Association en dehors de cet épisode. Vous voulez que la Société reste ouverte, dans l’avenir comme dans le présent, à toutes les
nuances d’opinion. II y a assez de choses qui nous divisent: c’est bien le moins que des réunions destinées au délassement et à la joie d’être jeunes ne souffrent pas de nos déchirements.
Sur ce chapitre encore, vous me permettrez de vous donner mon impression : elle est celle d’un témoin qui vous estime trop pour ne pas vous dire la vérité.
Au commencement de l’Association, nous vous avions exprimé la crainte que vous ne vous borniez à des plaisirs un peu austères. Des conférences faites à tour de rôle par plusieurs d’entre vous, des discussions sur des sujets de philosophie, de droit, de linguistique, tel a été l’objet de vos premières soirées, et nous nous demandions si vous alliez toujours vous renfermer dans le style académique et ne jamais sortir du genre sérieux. Nous sommes aujourd’hui revenus de ce souci : vous nous avez rassurés.... Mais il nous a semblé, en cette matière délicate, observer quelques fluctuations. Un jour, vous nous avez invités à une représentation où l’on aurait pu se croire, par moments, dans un petit théâtre échappé à l’œil de la censure. Un autre jour, — sans doute en manière de compensation, — vous nous avez donné une fête où l’on se sentait comme à une honnête distribution de prix. Evidemment il y a entre les deux un milieu que vous finirez par trouver.
Je ne crains pas de vous en parler librement, car je suis sûr d’être au fond d’accord avec vous. Il y a peut-être des personnes qui pensent que ce qui nous manque à Paris, en 1888, ce sont les parodies, les sujets scabreux de comédie, la caricature de tout ce est respectable pour un homme de cœur et un homme bien élevé.... S’il y a des personnes qui pensent ainsi, ce n’est assurément point parmi vous, étudiants, qu’elles se trouvent. Peut-être quelques-uns croient que ce sont là d’inoffensives plainsantenes : en ce cas, détrompez-vous. C’est sur vous que se modèleront en grande partie les étudiants de province. Comme vous aurez fait à Paris, ainsi feront-ils a Caen, à Bordeaux, à Montpellier, à Toulouse. Vous avez donc charge d’âmes et la direction d’esprit de la jeunesse française dépend pour une bonne poition de vous.
Songez aussi qu’à toute heure du jour peut entrer chez vous un étudiant d’Oxford, de Leyde, de Zurich, attiré par la renommée de l’antique Université de Paris ou rendant quelque visite que vous avez laite. D’après ce qu’il aura vu, il se formera son opinion sur la France. Il ne vous jugera point sur une séance d’apparat, sur une soirée en habit noir et en cravate blanche, mais sur le régime de tous les jours et sur le train ordinaire de votre vie. On nous a trop longtemps pris au mot quand nous étalions des
défauts qui étaient souvent d’aimables vanteries, mais que l’étranger regardait comme la représentation naïve de notre état social.
Ne concluez pas de mes paroles qu’il faille fermer votre porte aux visiteurs. Je vous conseille, au contraire, de l’ouvrir largement, tout en maintenant votre droit d’être chez vous et en exerçant un légitime contrôle. Par vous, la France gagnera des sympathies au dehors parmi les générations qui auront demain la direction des affaires. Ne craignez pas de pécher par excès de libéralisme. Les relations que vous pourrez contracter ne compromettront pas notre avenir. On a pu reprocher justement à la politique de notre pays d’avoir oublié, à une certaine époque, l’intérêt français pour une illusion cosmopolite que nous étions seuls à caresser, et qui, en s’évanouissant, nous a laissés sans aide et sans appui, en présence de nos mécomptes et de nos erreurs. La leçon ne doit pas être perdue, il appartient aux hommes d’Etat, à ceux qui conduisent notre politique, d’éviter le renouvellement de pareilles fautes.,Mais cette tâche n’est pas la vôtre. Vousavezun rôle plus agréable et plus facile : il consiste à nous faire des amis qui se retrouveront à l’heure des alliances, ou qui ne seront pas un obstacle si l’heure des luttes doit sonner. Même en supposant qu’il faille se retrouver dans des camps contraires, c’est à vous de jeter, au
sein même de cette Europe en armes, les germes d’une réconciliation future, car, après qu’on se sera suffisamment exterminé, il faudra bien un jour retourner à une vie humaine et tolérable : et d où viendra le commencement de ces temps meilleurs, s’il ne se prépare point dans la jeunesse?
Nul ne peut douter de votre patriotisme. Vous en avez donné une preuve touchante par la résolution que vous avez prise et que j’ai lue — non sans émotion — dans votre Bulletin , que l’Association en temps de guerre serait fermée et que les clefs en seraient remises à l’administration académique. Fermée entièrement ?... J’espère bien qu’il restera au moins un agent pour que vous puissiez avoir des nouvelles les uns des autres, quand vous serez dispersés dans les divers corps d’armée, dans les divers régiments, et pour que le Bulletin vous apprenne les noms de ceux qui auront été au premier rang dans les occasions décisives....
Ne vous contentez pas de recevoir vos hôtes étrangers. 11 faut aller les trouver chez eux, dans leurs Universités, dans leurs Associations, pour avoir une idée de leur manière de vivre, de penser et de sentir. Vous pouvez être assurés d’être reçus partout à merveille. Des étudiants de l’Université de Paris! il y a si longtemps qu’on n’a entendu ce nom ! semblable chose ne s’est vue depuis des siècles!
on vous accueillera avec empressement, avec curiosité, presque avec un intérêt scientifique. Ainsi des experts en viticulture examinent les premiers rejetons d’un cru fameux qu’on leur avait dit épuisé.
Dans quelques semaines l’Université de Bologne, la sœur aînée de l’Université de Paris, va célébrer son centenaire. Des représentants de toute l’Europe studieuse iront la saluer. Le Ministre de l’instruction publique a pensé que vous ne pouviez manquer au rendez-vous et que vous deviez être là pour vous montrer, pour serrer la main àvos camarades d’Italie. Sur la proposition de M. Liard, il vous a invités à nommer une délégation qui vous représentera aux l'êtes de Bologne *.
Je n’ajouterai plus qu’un mot à ce long discours : je tiens à vous remercier du fond du cœur, d’abord pour m’avoir écouté avec tant de bienveillance, et ensuite pour m’avoir fait goûter encore une fois, sur le soir de la vie, quelques-unes des joies de la jeunesse. Étudiant! je le suis plus que je ne l’ai jamais été, car je ne le suis pas seulement à Paris, je le suis à Nancy, à Lyon, ailleurs encore. Laissèz-moi donc vous réunir tous dans un commun toast d’amitié et d’espérance. Je bois à l’Association générale
1. Yoy. plus loin le discours de M. Lavisse au retour des délégués aux fêtes de Bologne.