CINQUIÈME BANQUET ANNUEL
10 Mai 1800
Discours de M. E. Melchior de Vogué 1
Président du banquet
Messieurs,
Je voulais seulement vous remercier et porter votre santé; mais des personnes très au courant des anciens usages de l’Association, anciens usages qui se perdent dans la nuit des temps, je crois, m’ont dit que l’honneur que vous me faisiez m’entraînait à un discours dans toute l’horreur du terme, à un discours écrit. J’ai demandé, avec une sueur d’angoisse, si c’était un discours latin, mais on m’a dit, heureusement, que c’était un discours français. Ceci est pour vous dire que je suis obligé de tirer le fâcheux petit papier, mais je suis bien étonné de le tirer ici.
1„ Yoy. Ij Université de Paris , n° 54, mai 1890.
Le moment des toasts venu, nous devrions entendre la parole de quelqu’un de vos maîtres, appelé par vous à présider cette réunion. Mais non; vous avez eu une idée plus fantaisiste. A 7 ous êtes allés chercher, en dehors de Y Alma Mater, un vieux camarade, un étudiantde vingtième année. Plusieurs d’entre vous sont déjà riches en diplômes; il y a ici des licenciés, des candidats à l’agrégation, il y a peut-être des docteurs de quelque Faculté; et vous vous contentez d’un simple bachelier, d’un bachelier du temps de la bifurcation ! J’airne à croire que vous me tenez quitte des degrés qui me manquent en faveur des sentiments que je vous apporte, et je vous remercie d’avoir deviné ces sentiments.
Oui, mon optimisme qui sommeillait un peu s’est réveillé, et la confiance m’est revenue au cœur, lorsquej’ai vu monter sur notre France la génération que vous conduisez. Depuis quelques mois, c’est à qui dira son mot sur cette génération ; les médecins l’auscultent, les astrologues dressent son thème de nativité. Sera-t-elle Dieu, table ou cuvette? — Je ne sais pas ce que vous serez, mais je crois savoir ce que vous ôtes : des jeunes hommes de bonne foi et de bonne volonté. Vous nous apportez deux besoins qui sont presque des vertus, et les plus nécessaires au temps présent: un grand besoin de sincérité et le goût de l’action. La sincérité vous la demandez