LA LIBERTIN DE L'ENSEIGNEMENT
exciter dans le cœur des péri'» île famille callmliinies, el blâmez-k's eiisuile si vous eu aVuz lu coiiragu. Quanl à moi , je ne Viii pas. {Motwement.)
Mais voici ce que j'ni h dire sur lii pétition. Il y a, dans celle pétition et dans le sujet auquel elle se rattucbc, deun intérêts qui ne doivent ètrcpcrdus de vue ni l'un ni l'aulri' r l'inléràl de TÉlat et l'inlércH de la liberté.
Je ne dirai qu'un mut du premier de ces intérêts. On nous a dit dcmiéremenl , dans uu rapjiort fait au conseil d'Ëtat, publié ilans le Moniteur, avoué par le Gouvernement , que l'Élat déléguait aux prêtres une [lorliondc la puissance publique. Il j a là à mon avis une triple hérésie, hérésie contale dogme, hérésie eooti'u lu constitution , cl suftoul hérésie cmi\xG le bon scus. Mais ce qu'où a dit , furl à tort suivant moi , du sacerdoce, ou (leul le dii-e à coup sûr de l'enseignement tel qu'il est donné uu Collège de Frauce, uon pas de renseignement eu général , mais de l'enseignement donné au nom de l'État ; et c'est pourquoi je crois qu'on doit poser ici cette question : Peut-on ou doit-on, dans un enseignement dcinné au nom et dans l'intérêt de l'État, peut-on ou doit-on attaquer une des religions it-connues par cet Étal el protégées par la Constitution ?
D'un autre côté, avec quoi cet enseignement est-il rétribué ? Avec le produit de l'impôt; cet impôt est payé par les contribuables ; ces contribuables, à ce que dit la Charte, statistique qui en vaut bien une autre, appartieuneut . en grande majorité, â la ivligion catholique. Kh bien! comment peuton , avec l'argent <le ces cuulribuables catholiques dans sa poche, monter en chaire pour attaquer la religion de la gi'ande majorité de ces contribuables?
Un professeur hbre, uu professeur non rétribué {lar l'État, soutenu par les donatious volontaires de ses au-
AT COLLÈGE K FBATICE. 99
diieurs, pourrait, à moo aris, suis sortir de soo droit, oqih tcster la Térité de la religion catholique. En est-il de même d^un professeur rétribué avec Targent des cootriliaables? Je pose la question sans la trandier, car je n*ai ni les lumières ni la conviction nécessaires pour cela ; mais on peut la poser, et déjà il en résulte un sujet de légitime suspidon contre les professeurs qui respectent si peu cette conrenanoe dont rhonorable M. Dupin parlait tout à llieure en si bons termes.
Je sais que leurs défenseurs disent que le C<41ége de Fruioe est ime institution complètement libre. Je suis trop ami de h liberté, je suis trop dévoué à sa cause et à son avenir pour vouloir contester son existence partout où on la prodame. S*il est vrai que, diaprés je ne sais quelle loi ou quel règlement, le Collège de France soit une institution libre, loin de m'en plaindre, je m'en félidte. Assurément ni moi , ni mes amis, ni mes opinions , nous ne sonmies pour rien dans cet enseignement; mais qu'importe? Je suis heureux qu'il y ait au moins un coin de la France où l'enseignement soit libre , où l'on échappe à ce monopole que je combattrai sous toutes ses formes et dans toutes ses applications; et j'espère qu'un jour la liberté pourra s'élancer de ce réduit pour reconquérir tout ce qu'on lui a enlevé.
Je passe maintenant à l'intérêt de cette liberté, bien plus gravement compromis que cdui de l'État. Je serais à coup sûr fâché qu'on put , d'après ce que je viens de dire en faveur de la liberté et du droit de ces professeurs, me soupçonner d'avoir pour leurs doctrines et leurs systèmes moins d'horreur et de répugnance que les pétitionnaires qui ont demandé des mesures répressives. Mais void mon système. Je dis que dans un pays libre, il faut savoir supporter ce qui fait horreur, ce qui inspire de la répugnance.
tOO LA LIBERTE DE L'EISSEIGNEUtiiKT
Eli bien ! nos adversaires ne savent pas supporter cela. L'ho nonible M. Dupin l'a Jéinoiitré tout ù l'heui'e dans son attaque conliii les jésuilc;i; lui et son parti ne savent supporter rien de ce qui est eontraire à leurs eonviclioiis, ù leurs répugnances. Je déclare, moi, que Je me réserve, que je nie recoimais le drait d'avoir la plus vive répugnance pour toutes sortes de doctrines et de personnes, sans vouloir contester pour cela leur existence et leurs droits. Nos adversaires ne savent pas s'habituer à cette coutrainle, à cette nécessité de la liberté : j'espcre que nous, nous saurons le leur apprendi-e.
Messieurs, ce que je respecte dans ces professeurs, ce n'est donc ni leur doctrine, ni leur science, ni leur talent, ni leur conduite ; c'est leur liberté, la seule chose dont ni l'honorable rapporteur, ni l'honorable M. Dupin n'ont dit un mot. Kt pourquoi la respecter? Paixe que la liberté de t'agressiou est k Ëiiuvegai-de de la liberté de la défense. Je les veux toutes deux, et non pas l'une sans l'autre; c'est jiai'ce qiie je veux l'une de toute la force de mon cœur, que je reconnais la l^itiniilé de l'auln'. Ce qu'il faut éviter avant tout , c'est que ces grandes controverses, ces polémiques, les plus grandes qui puissent s'agiter dans ce monde, soient supprimées, n'importe à quelle occasion, et même quand la littérature méridionale de l'Eiu'ope, comme la objecté M. le rapjwrteur, serait celte occasion, 11 ne faut jias, disje, que ces grandes controverses sur la conscience et l'avenir de l'humanité puissent être confisquées au profil de la politique, ou plutôt de la ^Kilice; il ne faut pas qu'en plein dixnenvièniu siècle on vienne nous dire que la France ne peut pas supporter ce qu'elle a supporté dans tout le cours du moyen âge, et rendre ainsi imiH>ssihle à lu fois et les Abailanl et les sainl Bernard.
En outre, ce qui a calmé considérablement mon indignation contre ces professeurs, c'est d'abord leur franchise. Les ennemis francs ne sont pas les plus dangereux. Or il est impossible de méconnaître chez les deux auteurs en question le mérite d'une franchise considérable , d'une franchise imprudente même, que je me plais à admirer. Oui , quant à moi , j'aime mille fois mieux cette franchise que le système suivi par d'autres adversaires beaucoup plus dangereux; j'aime mieux , par exemple, un homme qui vient altaquer la religion catholique et la déclarer morte , que ceux qui , tout en la respectant, tout en lui tirant leur chapeau, en la caressant, veulent se substituer obrepticemcnt à elle. J'aime cent fois mieux un homme comme l'honorable M. Michelet, qui attaque Bossuet sans détours, qui l'accuse franchement d'avoir eu des relations plus ou moins scandaleuses avec une certaine dame Comuau , que ceux qui s'autorisent du nom de Bossuet pour attaquer, pour enchaîner cette Église dont Bossuet a proclamé en termes si éloquents l'infaillibilité, l'immortelle et inviolable autorité. [Mouvement.)
J'aime cent fois mieux ces professeurs et leur franchise que tel autre philosophe officiel qui , attaquant récemment M. Michelet et prétendant défendre l'Eglise contre lui , accusant cet auteur de n'avoir pas assez de respect pour l'Église, ajoutait que le devoir de la philosophie était d'absoudre cette Église et de la remplacer. J'aime mieux la philosophie qui insulte la vérité catholique que celle qui l'absout en la remplaçant. Voilà ma doctrine. [Nouveau mouvement.)
Ensuite , si je suis porté par cette franchise à les détester beaucoup moins que certains adversaires, je suis aussi porté, par la stérilité de leurs efforts, à les redouter peu. Eu
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effet , fpi'avons-nous vu riopiiîs rHte polémique ardente . aimmeiicce par ces professeurs, il y a deux oii trois ans. contre l'Église?
Depuis que les attaques les plus llaRriinles. les plus scandaleuses contre les sacremenls les plus vénérés do l'Église, contre les mystères les plus imposants de la relipon, depuis que ces attaques courent la presse, l'ont lalimenl des feuilletons populaires, et sont en même temps répétées dnns les liïi-es, dans les cours publics, en est-il résulté quelque mal pour l'Église, pour la religion? Non, Messieurs, il n'en esl résulte aucun mal ; fout au contraire. IjCs fruits de celte lulle ont été abondants en consolntinns et en eonquclcs. El la meilleure preuve que je puisse en donner, c'est ce ^ui s'est passé il n'y a encore que pou de jours dans toutes les églises de Paris et de la France. Jamais, depuis trente ans, nos autels, presque abandonnés il y a quelques années, n'ont été plus entourés; jamais les chaires catholiques n'ont été entourées d'une afflucncc plus affectueuse, plus empressée, plus infetigable ; jamais enfin , demandez-le à qui vous voudrez , jamais le clergé, si indignement calomnie, si violemment attaqué jusque dans l'asile de ses vertus les plus inviolables, jusque dans le sanctuaire de ses relations les plus intirous avec les fidèles, jamais, depuis trente ans, ce clergé n'avait reçu des marques plus nombreuses d'une foi vive, d'une confiance absolue, d'un respect inébranlable.
Voilà , Messieurs, les fruits de la lutte. Comment voulw- ■ vous que j'en veuille à ceux qui l'ont commencée, qui l'wil enti-etenue? J'avais besoin de constater ce résultat pour nie consoler moi-même. J'avais besoin surtout de le coostatK' pour justifier ma patience et mon indifférence envers certaines atta(}ucs, et plus encore |x>ur rassurer certains ainïs prudents, qui craignent tellement de voir l'Église ou la reli—
gion se compromettre, qu'ils ne demanderaient pas mieux que de lui lier les mains et les pieds pour Tempècher de tomber. J'avais besoin de le dire pour d'autres amis que Ton trouve très-dévoués aux intérêts de la religion lorsque le calme règne et que le soleil luit, et que Ton cherche en vain autour de soi quand Torage gronde. J'avais besoin de ledire enfm pour bien démontrer, en présence des attaques de ces professeurs, que, dans ce pays, au milieu de tint de contradictions, de tant d'abaissements et de tant de ruines, il n'y a encore rien de si fort et de si enraciné que ce vieux dogme catholique que l'honorable M. Micbclet n'a pas craint de travestir et de calomnier, et que l'honorable M. Quinet affiche ouvertement la prétention de remplacer par je ne sais quel Christ agrandi et renouvelé.
Voilà , Messieurs , ce que j'avais besoin de constater. Et c'est là ce qui me rend , je le redis encore, si patient et si indifiTérent pour ce genre d'attaques; elles me rappellent toujours le mot d'un religieux de mes amis , aussi fanatique que moi, mais beaucoup plus éloquent , et qui , préchant un jour à une assemblée de beaux esprits et d'esprits forts, leur disait : « Dieu vous a donné de l'esprit, beaucoup d esprit, parce qu'il n'a pas du tout peur de l'esprit des hommes. » [Mouvement.)
Maintenant, Messieurs, un mot encore en dehors et des pétitionnaires et des professeurs que la pétition signale^ un mot sur la matière même de cette pétition et sur le rôle que Ton voudrait voir prendre par le Gouvernement.
On voudrait que le Gouvernement du roi intervînt dans des questions d'enseignement, qu'il prescrivit au plus haut enseignement du pays les limites dans lesquelles il doit se ^. Ëh bien! Messieurs, je n'hésite pas à dire que je crois le Gouvernement du roi totalement incompétent pour tracer ces limites.
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