‹ Discours (volume 2)Chapitre 2 sur 73 · ATTEINTES PORTÉES · texte numérisé non relu

ATTEINTES PORTÉES

(i'étre réfuté par le raisonnement, parce qu'il l'est déjà en soi et par les faits les plus évidents.

Oui , Messieurs, aujourd'hui, daus le siècle qui a vu deux papes captifs de la Fmnce, à une époque oimuit; la nuire, où en BuEsie, en Prusse, en Suisse, eu Espagne, en Portugal, on acfaèvc partout, au sein des pcrsceutions et des massacres (témoin tes moines brûlés vifs dans leurs couvents à Madrid), cette spoliation de l'Église dont nous avons donné le tnEle L-xempIe il y a cinquante ans; quand clic en est réduite à défendre non pas seulement ses ouvrages avancés, mais la citadelle même de ses dogmes et de sa morale outragée; quand elle ne peut résister et survi^Tc que grdce à cette vitalité immortelle dont aucun tyran ne saurait la dépouiller; quand c'est au seiu des pays protestants comme la Hollande et l'Angleterre qu'elle trouve le plus de liberté; et quand au sein même des pays les plus catholiques, les rationalistes qui la combattent et l'enchaînent ont l'avantage du nombre et le monopole de la puissance; quaud, à la {wlice Jalouse et tracassiére des gouvernements, vieuncnt se joindre les répugnances violentes de ta foule; quand tout cela est aussi clair que le soleil, atTccter de craindre... quoi? non pas l'anéantissement de l'Église, non pas l'épuisement graduel de celte force tant combattue, non pas que cette vieille institutrice des nations succombe enfin sous lu poids de l'âge, de la faiblesse et des injures; mais craindre l'autocratie de cette Eglise , craindre son pouvoir absolu sur le monde, craindre ce qu'on appelle l'empiétement du spirituel sur le temporel! au milieu de tant de dangers et d'orages, choisir celui-là pour l'objet des sollicitudes et des terreurs de la politique I En vérité, je ne crains pas de le dire, c'est faire preuve d'une étrange ignorance ou d'une extrême hypocrisie : c'est vouloir lâdiement exploiter les pussions de la multitude, ou se

mettre à leur remorque avec une aveugle et stupide condescendance.

Si j*aTais à faire ici un cours d*histoire, je montrerais facilement que, bien loin de fayoriser Tempiétement du spirituel sur le temporel, c'est la doctrine catholique qui seule au monde met un frein à cet empiétement-là comme à Tempiétement inverse. C'est elle qui a détruit Tantique théocratie que l'on retrouYe plus ou moins dans toutes les institutions païennes : c'est elle qui a proclamé toujours la distinction des deux puissances , qui en a fait un dogme, un article de foi, qui a imprimé ainsi au pouvoir temporel une autorité et une sanction qu'il ne trouve nulle part ailleurs , ce qui ne l'empêche pas d'arrêter toujours ce pouvoir au seuil de la conscience et de l'âme, et de lui opposer là, quand il le faut, un obstacle immortel. C'est ainsi qu'elle est fidèle au texte sacré qui est le code de ses droits aussi bien que de ses devoirs, et que l'on invoque si imprudemment contre elle : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. D

Mais le passé n'est pas du domaine de cette discussion. Je nie renferme dans le présent, et je dis que, dans l'état présent du inonde, en l'an de grâce i84S, afficher la crainte de l'empiétement du spirituel sur le temporel, c'est marcher au rebours du bon sens, afin de se donner un prétexte pour marcher au rebours du bon droit.

Après cela, je l'avoue, il y a un empiétement dont l'Église est coupable ; elle en a même toujours été coupable , et elle le sera toujours. C'est l'empiétement de la vertu sur le vice. Oui, elle veut empiéter, toujours et sans cesse empiéter par l'humilité sur l'orgueil, par la chasteté sur le désordre, par les humbles consolations de la foi sur la misère et l'abandon des pauvres, par la charité sur la dureté et l'é-

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goïsmedes riches. Voilà au fond. Messieurs, vous en send'accord avec moi, voilà les emptélcmenls qui irritent !(• plus contre elle, qui arment contre son autorité inalcrnelic tous ces calomniateurs à gages, tous ces fauK pliilanlhropi'B qui l'insultent chaque matin, et dont les écrits scnndalenx vous ont tant de fois révoltés. Voilà lee rancunes que l'on a déguisées sous d'aulres accusations qui seraient ridicules ci elles n'étaient destinées à avoir des suites atroces, en jetant dans l'esprit du peuple les fantômes les plus monstnieux ; mais voilà aussi les seules conquêtes sur le temporel que l'Église réclame et exerce aujourd'hui. C'est uniquement dans ce sens qu'elle veut, comme on dit, l'empire de iv monde et de l'autre. Elle veut l'empire des âmes et des consciences, elle n'existe que pour eela; et comme c'est là le plus noble et le plus souverain de tous, c'est celui qu'où s'efforce avec acharnement, mais sans franchise, de lui arracher.

Et cet empire, comment comprend-elle l'exercer? Nonseulement en vertu de sa propre liberté, imprescriptible et inséparable de son existence même , mais en vertu de cette liberté générale des institutions et des idées que le monde moderne a reconquise rt proclamée. Or voici, si je ne me trompe, un fait immense, et le plus mémorable de l'histoire contemporaine, le plus digne de l'étude et de l'admiration de tout observateur attentif et respectueux de la conduite des aBaires humaines. C'est l'attitude prise par le clergé de France vis-à-vis de ce grand fait nouveau, la liberté politique et le gouvernement représentitif. Or, quelle a été celte attitude? Chaque jour doit tous la rendre plus évidente. Ce clergé, à qui l'on a reproché dans tous les temps sa sénilité, son attachement invétéré au pouvoir absolu ; ce clergé qui , pendant toule la Restauration, a été dénoncé à la France

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comme l^instrument du despotisme et le triste débris de l'ancien régime ; ce clergé , qu'on disait enchaîné au pied d'un trône brisé et identifié arec une dynastie vaincue, le Yoilà entré avec éclat dans la pratique et la compréhension du gouTemement représentatif ! le voilà qui invoque et qui proclame la liberté, l'égalité, le droit commun ! le voilà qui met ses droits et ses intérêts à l'ahri des principes du nouveau droit social, dont il manifeste une intelligence profonde et sincère !

Je ne vous fais pas l'injure de croire, Messieurs, qu'il faille vous démontrer cette sincérité; ce n'est pas à vous qu'cm pourra jamais persuader que tous les évéques, tous les prêtres, tous les catholiques de France qui ont élevé la voix dans ce débat, se sont donné le mot pour débiter, à jour fixe, le contraire de ce qu'ils pensent ; et que tous ces hommes, dépositaires de la plus haute vérité morale que le monde ait jamais connue, s'abaissent jusqu'au mensonge. Au besoin, d'ailleurs, leur unanimité prouverait leur sincérité. En outre, l'Église de France n'a fait en cela que suivre la voie déjà ouverte par le catholicisme en Amérique, en Belgique et en Irlande. Ce n'est pas trop risquer, je pense , que d'affirmer que bientôt les mêmes circonstances amèneront précisément les mêmes résultats en Allemagne et dans la Péninsule. De toutes parts on entend retentir parmi nous des voix éloquentes qui répètent la devise de Thé* roïque et catholique Pologne : Malo periculosam libertatem qtÂom quietum servitium ; nous aimons mieux les périls de la liberté que le repos de la servitude. La vieille Église catholique, la vieille barque de Pierre, battue de tant d'orages, est toute prête à naviguer sur la mer agitée et inconnue de la liberté moderne : elle y bravera la tempête, comme elle l'a fait au sein des monarchies absolues, et plus anciennement au sein

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lie l'Euro|te féodale. Elle sait bien qu'elle porte dans son seiu le seul contre-poids légitime et positif de tous les périls de la liberté; et Ion verra ainsi que, grâce à son immuable autorité, à l'immortalité de ses promesses, elle peut, elle seiUe, survivre à toutes les crises, s'adapter à tous les régimes, et s'imposer à tous les siècles.

Je dis que c'est là un fait immense; et qu'il faut être aveugle, quand on aime ou qu'on prétend aimer la liberté, pour en mécoonaître la portée et la inagniQceucc ; plus aveugle encore, quand ou redoute les excès de la liberté, pour ne pas y voir le remède le plus simple et le plus certain de ces excès. Mais j'ajoute aussitôt, qu'un autre fait, non moins notable, mais inliniment douloureux, c'est l'accueil qui a été l'ait à cette grande évolution de l'espril catholique par les liummes qui parmi nous ont longtemps usurpé le monopole du libéralisme. Je ne sache rien, pour ma part, de plus propre à donner une idée misérable des préventions et des passions de notre temps, que cet accueil fait dans un eerUiin uionde politique à la nouvelle attitude de l'Église. Il faut le dire avec tristesse, des que ces pi-étendus libéraux ont vu que la liberté pouvait et devait profiter au catholicisme, ils l'ont l'cniée, et ils ont évoqué contre nous toutes les traditions et toutes les ressources de la tyrannie.

Il n'est pas une disposition arbitrair3, vexatoire, extrême, qu'ils n'aient accueillie et réclamée avec transport, pourvu que les catholiques en fussent l'objet. Des hommes qui ont été sans cesse frappés par la justice politique de la Restauration et même du Gouvernement actuel, se sont mis k nous dénoncer aux procureurs du roi; des hommes qui oui organisé je ne sais combien de souacrijttions pour les condamnés politiques de leur bord, se sont mis à nous prêcher le respect de la chose jugée. Liberté do la presse, droit d'association,

A LA LIBEHTÉ ReLIGIEUSË. U

inyiolabilité du domicile, de la propriété, de la conscience même, toutes ces garanties dont on a fait tant de bruit sont déclarées abusiTes et illégales dès que les catholiques yeulent en user. On en vient jusqu'à professer et à appliquer contre nous tous les principes qui ont conduit Louis XIV à la révocation de Tédit de Nantes, et le parlement anglais à sa tyrannique législation contre Tlrlande, c'est-à-dire je ne sais quelle unité morale et intellectuelle coulée dans le moule de rÉtat, qui serait le despotisme élevé à sa plus haute puissance, si Dieu permettait jamais à ce rêve monstrueux de se réaliser. Les uns disent, et c'est le principal défenseur du ministère actuel dans la presse qui a tenu ce langage-, les ans disent qu'il y a quelque chose de plus précieux à conserver que la Charte, savoir l'esprit philosophique, ce qui vent dire l'esprit de leur journal. D'autres osent affirmer à la France et à l'Europe que le droit de la révolution est toujours permanent et qu'il faut savoir lui sacrifier là liberté pour le défendre.

Pour nous. Messieurs, nous acceptons la révolution comme un fait , mais la liberté seule conune un droit, et la Charte seule comme notre sauvegarde. Ce que nous voulons, ce que nous demandons, c'est la liberté : ce que veulent nos adversaires, c'est le contraire de la liberté. Ce résultat-là nous demeure acquis. i}uoi qu'on fasse, on ne prouvera jamais que nous voulions imposer une contrainte quelconque à qui que ce soit. Ce que nous demandons de pouvoir faire pour nous, nous laissons pleine liberté aux autres de ne pas le faire. Tandis que nos adversaires nous donnent la chasse, en nous disant à chaque instant : Vous ne mettrez pas vos enfiuits là; vous ne porterez pas tel habit; vous ne suivrez pas telle règle ; vous n'êtes pas libre de donner tel emploi à vos loisirs, à votre argent, à votre courage; nous, nous

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