SUR LA DISPERSION
et obtenir celle décision à Rome, nous, qui nous croyons ullramontains, nous n'aurons plus qu'à baisser ta tête. Mais jusque-là, sachez-le, rien n'est fini; jusque-là nous resterons debout; une main sur l'Évangile et l'autre sur la Charte, nous réclamerons tout ce que nous avons réclamé, et nous ne diminuerons en aucune fa^'on ni nos justes prétentions, ni le courage que nous y aTons apporté.
Nous TOUS attendons donc sur ce terrain l'année prochaine. Cette année, la question a été absorbée par celle des jésuites. L'année jirochuine, il n'en sera pas de même; la question reiaraîlra tout entière dans sa lorce et sa vigueur primitive, cl nous verrons s'il sera tenu compte des vœux, de la demande solennelle des huit mille pétitionnaires dont nous avons envoyé les l'éclamations à l'autre Chambre, et qui réclament cette liberté de l'enseignement, qu'ils ne croient pas suffisamment garantie par la loi que vous avez volée l'anm* dernière.
Voilà ce que je sentais le besoin de vous dire dans cette discussion, dont je n'aurais certes pas pris l'initiative; voUâ ce que je ne pouvais me dispenser de vous déclarer après que la discussion eut été soulevée par d'autres que par moi.
Je n'ai pas besoin de dire en lenninant que je parle, comme toujours , uniquement en mon nom ; que c'esl une impression, une résolution personnelle que je viens exprimer.
On Siiit bien que je fais la guerre à mes dépens, sans espérer de récompense ni d'encouragements quelconques, en ne prenant conseil que de l'honneur de l'Église et du mieu , et toujours prêt à sacrifier le mien au sien. Je la faisaussi enoe perdant jamais de vue les droits et les intérêts de la liberté, de celte liberté qui, malgré tous les mécomptes, toutes lei
DES JÉSUITÇS. 499
|ialinodies, tous les échecs, me restera toujours chère et sacrée, et dont je ne désespérerai jamais. [Approbation sur plusieurs b€mcs.)
M. Guixot, ministre des affaires étrangères, répondit à M. de Montalembert. 11 protesta contre les expressions de vainqueurs et de vaincus dont s'était servi l'orateur, et déclara qu'entre l'Église et le GouYernement il n'y avait pas de guerre. Il ajouta que le Gouvei^ Dément appellerait bientôt les Chambres à résoudre les questions relatives à la liberté d'enseignement, et que lorsque la loi aurait été rendue, M. de Mon talembert et ses amis devraient se soumettre eonstitutionnellement à la loi française, de môme que dans les circonstances présentes ils se soumettaient spirituellement à la sagesse de la cour de Rome.
(Extrait do Monilevr du 16 juillet 1845.)
On sait que les mesures annoncées par le Moniteur et examinées dans la discussion dont on vient de citer quelques passages no reçurent pas d'exécution sérieuse. La maison des jésuites, à Paris, située rue des Postes, ne fut pas fermée ; elle fut dispersée en ce. sens que ses habitants se répandirent dans les diverses maisons d(^ l'ordre en province et dans trois autres établissements moins considérables, qui se formèrent au sein môme de la capitale. Le Gouvernement n'insista sur l'exécution d'aucune des dispositions donl îl avait été question; et après les élections de 1846, où les partisans de la liberté de l'enseignement révélèrent une force imprévue (voir âû tome IV l'écrit intitulé : Du Devoir des catholiques dans les élec- ^ns), la question des Jésuites disparut de l'arène politique pour 'î'y reparaître qu'en 1850, sous la République, lors de la discussion *ïelaloi qui a donné la liberté de renseignement. Un amendement Pendant à reproduire la disposition du projet de 1844 et à exclura les congrégations religieuses du bénéfice de la liberté fut combattu par M. Thiers dans son mémorable discours du 24 février 1850, et repoussé par l'Assemblée nationale à la majorité de 450 contre 148. K^ suite de ce vote, les Jésuites ont pu librement ouvrir leurs col- '^es en France.
CIUCULAIRE DU COMITE ELECTORAL
l.A UÉFKNSE hr. LA UBIillTÊ IIELIGILISE
A la Euilc (le Ih dispe]>iuu des JL^suitcs, le Comile fkcloral jiour la Mfense de la liberté rcliyietue, ToriuÉ en IS44 sous la priîsidence de M. le coiiilc (te Monlaiombcrl, adressa à ses correEpoiidauls la circulaire suivante :
e ib juillet 1845.
Messieurs ,
Depuis noire dernière circulaire, une nouvelle douloureuse et imprévue est venue contrîster les catholiques. On nous a appris que, grâce aux sollictlalions du Gouveruemcnt français, les citoyens français qui Font partie de la compagnie de Jésus avaient reçu l'ordre de se disperser, de fermer leurs maisons* de dissoudre leurs noviciats; et on a cherché à nous fôir^ croire que ce coup leur avait été porté par une main que nous devrions bénir lors même qu'elle nous frapperait dans nos affections les plus chères. Toutefois, les versions les plus cootradicloires se répandent sur la véritjible nature des concessions ohlenues par l'envoyé extraordinaire du ministère i Rome. Les lettres arrivées de Rome aux personnes les plus accréditées ici présentent tes choses sous un aspect tout à fait différent de celui que leur ont donné les feuilles du Gouvernement. M. Guizol lui-même, dans son discours à la Chambre des pairs du IS juillet, a constaté qu'il n'y avait eu aucune
aRCCLAIRE DU GOIOTÊ ÉLECTORAL, ETC. 201
action directe ou officielle de l'aotorité do saint-pére aoprés du général des jésuites, et que celoi-ci aTait agi Ûbrement et comme une puissance entièrement indépendante dans la sphère de ses attributions.
11 nous reste à connaître la portée entière du succès dont se vantent les ennemis de la liberté d'association et de la liberté de conscience. Mais, dès à présent, nous devons signaler les avantages de la ligne de résbtance constitutionnelle où étaient entrés les jésuites, d'accord avec tous les catholiques zélés. Dès le lendemain du jour où la nouvelle de Rome est arrivée, la presse ministérielle n'a pas hésité à reconnaître que la voie des persécutions légales conduisait à des embarras inextricables, et qu'elle était d'ailleurs contraire à Tesprit de la Charte et du Concordat ; et, dans son discours déjà cité, M. Guizot a avoué qu'avec la liberté de la presse, la liberté de la tribune et la liberté de la propriété^ on ne pouvait trop prévoir quels eussent été les résultats de l'action du Gouvernement contre les jésuites, si les négociations entamées à Rome n'avaient pas lait prévoir un autre système.
Dans tous les cas, il demeure évidemment constaté que le chef de l'Église n'a rien blâmé, rien désavoué, rien sacrifié de tout ce qui a été fait par l'épiscopat, le clergé et les catholiques de France pour obtenir l'accomplissement des promesses de la Charte.
Ainsi, bien loin de nous laisser décourager par l'événement douloureux qui a récemment occupé Tattention publique, le comité pense que les catholiques doivent entrer avec une ardeur redoublée et soutenue dans cette ligne politique et constitutionnelle où nos adversaires mêmes proclament l'avantage de notre position et l'eflicacité de nos efforts. De deux choses l'une : ou les catholiques doivent se reconnaitre à jamais incapables de lutter contre les passions violentes et hypocrites qui leur refusent le libre exercice de leurs droits ; ou bien ils doivent à tout prix empêcher les défenseurs du monopole et les adversaires de la liberté religieuse de proclamer que leurs prédictions téméraires sont accomplies, et que les catholiques, cessant d'être stimulés par les jésuites.
ÎOi C.IRCULAIRF. DU COMITE ELECTORAL
abandonnenl la lulle. JuslIDer par noire allilude ultérieure ces prévisions insullanles, ce serait prendre uD parti aussi humiliant qu'absurde. Personne d'entre nous n'iguore que la question des jésuites n'a été introduite dans le débat que par les ennemis de l'Église et de la liberté ; personne d'entre nous u'a été dupe de celte lactique. Cooseutirious-nous donc k en être viclimes? Non, certes : notre devoir et noire honneur s'y opposent également. Laissons aux parlisaus du monopole le Iriste avantage d'avoir créé cet épouvantait, et l'embarras d'être aujourd'hui désarmés par leur succès même ; continuons à les démasquer et à les combattre. Ils ont contre nous un prétexte de moins, et nous avons contre eux un grief de plus.
Créé il y a un an dans le but d'exciter les électeurs calholitiues à l'exercice consciencieux de leurs droits politiques, le Comité trouve dans les circonstances actuelles un nouveau motif pour insister sur l'accomplissement de ce devoir social.
Là désunion des catholiques et leur indifférence pour les questions qui se raltacbenl k la liberté de conscience sont les véritables causes de ce qui vient de se passer à Rome. Si, au lieu de s'attacher presque exclusivement k des questions polîliques, ils avaient dirigé toute la puissance de leur action sur les intérêts religieux, ils auraient été plus fortement représentés dans la Chambre élective. Alors la faiblesse numérique de leurs organes n'aurait p:ts fourni au ministère le principal argument dont il s'est servi pour faire illusion à Rome sur l'état des esprits en France, et pour obtenir ainsi des mesures en dehors de l'action constitutionnelle.
Le passé doit servir de leçon k l'avenir. Les catholiques dignes de ce nom ne comprendraient ni leur devoir ni leur intérêt, s'ils renommaient à nue association qui, lorsqu'elle aura pris les développe lueuta dont elle est susceptible, fera leur force et leur assurera dans les élections une iuQuence qui leur a manqué jusqu'ici. Les convictions et les promesses des c^indidals relativement au principe de la liberté religieuse sont les seules considérations qui doivent déterminer leur vote. 11 faut que tous les engagements de parti, toutes les sympa- Ibies fondées sur des sentiments politiques, toutes les préven-
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lions et toutes les répugnances s'effacent et s'anéantissent devant cet intérêt, sacré comme la conscience et immense comme l'éternité.
Or, la question de liberté religieuse, dégagée quant à présent de la difficulté que des préjugés invétérés avaient soulevée au sujet des jésuites, se concentre presque exclusivement dans la question de la liberté d'enseignement. Ce n'est point ici le lieu de démontrer qu'il en est ainsi : tous le savent, ceux qui le nient tout autant que ceux qui l'aflirment. C*est donc sur ce terrain qu'il importe de reporter la lutte et de la re^ serrer. C'est au sujet de la liberté d'enseignement qu'il faut mlerpeller les candidats aux prochaines élections, et c'est d'après leur réponse, d'après leurs engagements publics pour ou coutre l'exécution de la promesse de la Charte, qu'il faudra les accepter ou les repousser.
Dans nos circulaires précédentes, nous croyons vous avoir
buflisaiument éclairés sur l'attitude que doivent prendre le»
électeurs dévoués à la liberté religieuse. Nous avons reconnu
avec vous la difficulté de faire élire dans beaucoup de collège»
des hommes dont les idées et les résolutions seraient eu par-
faile harmonie avec les nôtres; mais nous vous avons démon-
tré qu'en renonçant au triomphe d'un candidat de leur choix
direct, les électeurs catholiques avant tout pourraient presquir
ioujours exercer une très-grande influence sur le succè< de^*
autres candidatures. Dans une foule de collèges, les élection^
sont faites à une majorité peu considérable : eu reportant leur
voix sur celui des concurrents qui aum, par ses votes ou ses
promesses publiques^ donné le plus de gages à la liberté de
l'enseignement, les catholiques pourront sans cesae déplacer
celle majorité et déjouer les calculs d'une poîitique hostile
ou indifférente à la liberté de conscience.
ûans beaucoup de nos provinces, le^ candidate craignefil avec raison de froisser les sentiments religieux d#; ia populaliOQ : la plupart prennent à ce sujet des engagements plus ou Uioins vagues. 11 faut les obliger à sortir de ce vague; il faut leur prouver que la satisfaction que nous dé-irons pour nos ^eiiliments religieux se trouve tout entière dan> les garantie»
cmcuLAinK DU comité glectorai.
que donne la libellé, el principalement dans la liberté d'eiiseignemenl, consacrée par la Charle.
Noire action, d'abord reslreinle, ne tardera pas ii s'élendrc. Klle est eonrorme à la nature des choses. Ses progrès seront graduels, mais n'en seront que plus assurés. La patience et la pei'sévôrauce doivent être pour nous plus que pour personne la première vertu politique.
Déjà notre correspondance nous signale dans un grand nombre de localités la possibilité de grouper quarante, soixante, quatre-vingts électeurs calboliques, dont les uns n'ont pas encore paru aux Élections et les autres ont t'parpillé leurs votes, sans tenir compte des exigences de la cause religieuse. Quand ces bonimes auront su se compter, se réunir, marcher avec ensemble el discipline vers le but qu'ils connaissent aujourd'hui et qu'ils veulent atteindre, on dehors de toute question de ministère ou de parti, de politique intérieure ou extérieure, une nouvelle force aura surgi dans le pays, et tout le monde s'empressera de compter avec elle.
Pour accroître les développements de cette force salataire, il Ihut marcher lentement, mais marcher toujours. Le temps approche où les catholiques seront appelés h montrer quels sont les progrès qu'ils ont faits jusqu'à présent, el quelles sont leurs chances pour l'avenir.
Que les élections aient lieu, comme on le croit généralement, à la Qn de cette année, ou qu'elles soient dilTérées jusqu'après la session prochaine, dans l'un et l'autre cas, il pst certain qu'elles serout Tailes sur les listes qui s'élaborent en ce moment, et qui seront afllcbées le lo août, et irrévocablement closes le 31) septembre prochain.
il est donc de la dernière importance que tous les électeucr-i amis de la liberté religieuse s'occupent dés à présent de régi lariser leur position, en vérifiant le l'ait de leur inscrîptiuu ii les nouvelles listes, en la réclamant si elle n'a pas eu lieu, « se procurant toutes les pièces nécessaires à l'appui de laxAi demande. Ils doivent exhorter ceux d'entre leurs amis et voisins qui partagent leurs convictions à remplir les mêmes devoirs, lis doivent, en se mettant eux-mêmes en règle, csa-