‹ Discours (volume 2)Chapitre 29 sur 73 · MI UBA · texte numérisé non relu

MI UBA

dans cette Toie. Cela est tellement Trai que le ooionel Rose, consul anglais à Beyrouth, fils d'un agent de la société bi* blique, protecteur acharné des Druses, a cité conune un fait propre à exciter TanimadTersion de TAngleterre contre les Maronites, (ju'une bande de ces malheureux, qui s était plus ou moins insurgée pour échapper à ses bourreaux, avait arboré le drapeau tricolore. Et alors il aurait dit : Voyez, ils ne se considèrent pas comme des sujets ottomans, ils se regardent comme des Français; ils ont arboré le drapeau français. Je ne sais si ce fait est yrai ; mais, s'il Tétait, quel appt*l plus puissant pourrait-on faire à tos sympathies?

En outre, il y a un autre fait qui a été confirmé par une foule de lettres arrivées à la fois ici : c'est que pendant qu'on torturait ces prêtres, ces moines dont je tous parlais tout à l'heure, on leur disait : Vous êtes les protégés de la France ; eh bien! recevez ces coups de bâton en l'honneur de la France. {Mouvement.)

On a été plus loin encore : le drogman du consulat de France à Beyrouth, un nommé Khalil Medawer, avait été chargé d'intervenir au profit des chrétiens dans une localité à deux lieues de Beyrouth, pour défendre contre les excès des Ottomans un village maronite. Ce drogman a été saisi et bâtonoé ; et, lorsqu'il a fait connaître sa qualité de drogman du consulat de France, on lui a administré une nouvelle dose de coups de bâton, et en Ta gardé en prison. [Nouveau mou-

Ce foit est tellement positif, que le consul de France à Beyrouth s'est trouvé obligé d'envoyer des chaloupes armées delafr^te la Belle- Poule pour réclamer ce drogman. M. le 'bistre des affaires étrangères confirme ce fait.

On a dit depuis que cette démarche énergique avait été désavouée ; je ne puis pas le croire«

sae

)ES AFFAIRES ÉTBANGÈBES. VoUS VOUS

M. LE l[I.M.Srt

trompez.

M. LE COMTE DE MoNTALEMUERT. Je le dcsirc (le tout mon cœur; je n'en parle que connue d'un bruit public; mais jusqu'à présent je me suis borné à citer des faits que vous ne contesterez pis. Maintenant, si j'examine comment ces faits si graves se sont produits, je vois i]u"ils ont été le résultat de la mission de Chékib-EITendi ; que cette mission a été essentiellement antirrançaise ; que ce ministre, dans sa <:onduite, son langage, a toujours contrecnn-é les droits et les intérêts de lu Fi-ance; et je ne m'en étonne j^as, car, quand je remonte à ses antécédents, je trouve que c'est ce même ministre qui a signé le traite de Londres en 1840 contre nous. Je vois qu'il a été à l'école de lord Palmerstoa, et à coup siîr tout le moude m'accordera que ce n'est pas là une bonne école pour les intérêts français.

L'heure avancée et la fatigue de h Chambre me déterminent à passer sous silence plusieurs détails que j'aurais pu encore lui communiquer. (De toutes parts : Parlez f parlez! — Continuez !)

Je voudrais seulement examiner brièvement quelle peut être l'origine de cet abaissement de l'influence de la Fi-auce en Syrie, là où elle devrait être si forte. Eh bien! je dirai franchement que je crois qu'elle provient d'un sjstème de condescendance exagérée , de confiance aveugle dans les bonnes disi^silions du gouvernement turc. Cette confiance, Ces condescendances sont interrompues de temps en temps par des actes de vigueur, conmie l'a été la note de M. de Bourqucney, le 4 octobre dernier, note qu'on a beaucoujv vantée dans le temps, mais dont les conséquences ont étâ nulles, qui n'a rien empêché de ce que je viens de vou^ raconter. Je ne sais pas ce qui s'est passe en dernier Heu à

Constantmople ; j*espère que M. le ministre des affaires étrangères nous donnera des éclaircissements et surtout des consolations. Mais je remarque que trop souvent la diplomatie française, après avoir fait des démonstrations plus ou moins vigoureuses, retombe dans son optimisme habituel, dans cette indifférence pour les grands intérêts sociaux, dans cette répugnance pour les difficultés que ces intérêts engendrent, qui est le propre d*une certaine école politique.

On objecte à cela qu*avec trop de vigueur, avec trop de violence, avec des procédés, avec des démarches comme celles dont je vous parlais tout à Theure, à propos des chaloupes armées de la Belle-Poule^ on compromet la dignité du gouvernement ottoman. Messieurs, j*ai fort à cœur, dans un certain sens, la dignité du gouvernement ottoman, mais j'ai plus à cceur encore la dignité du Gouvernement français ; et, quand cette dignité est compromise, je n*hésite pas à dire qu*on doit sacrifier, sans lé moindre embarras, la dignité du gouvernement turc. Je crois que cette dignité est bien mal comprise, bien mal placée par beaucoup de défenseurs de ce gouTemement.

Il y a en Turquie, comme le disait paHaitement bien M. le ministre des affaires étrangères Tannée dernière , vous ne pouvez l'avoir oublié, il y a deux écoles en présence, Técole de la réforme, du progrès, de la cirilisation, et Técole iu ^ux fanatisme turc. La réforme est représentée par celui que plusieurs d'entre nous connaissent, et qu*il est impossible de connaître sans Taimer et sans l'estimer, par Reschid-Pacha {marques d adhésion)^ qui vient d'être placé à la tète de Tadministratioa ottomane ; qui a tout ce qu'il faut POQr inspirer de la confiance à tout le monde s'il était maître ^aflaires, s'il pouvait agir librement; mais, comme l'a dit ^* le ministre des afiaires étrangères , il a à côté de lui , il a

Cil pour {imlûcesseiirs, il aura puitUtUre pour successeurs des hommes animés d'un tout autre esprit, des hommes animis par l'esprit de fanatisme et d'uppression, et qui se dédommagent des humiliations sans nombre que la Tunfuic a subies et qu'elle subît encore tous les jours iris-à-\is de certaines puissances trop voisines, en faisant peser de tout son poids l'ancien joug sur les sujets chrétiens de la Porlt.

Cette politique détestable a trouvé un représentant trop habile dans Chékih-EfTendi. Celle politique, toute barbaix; qu'elle soit, est quelquefois très-rusée, très-perfide. Elle a voulu évidemment se consoler en Syrie de ses mésaventures ailleurs, en déversant le mépris sur le nom de la France et sur la religion catholique ; elle a voulu en quelque sorte donner un démenti à la civilisation, à l'influence chrétienne; elle a voulu réduire celte population de la Syrie à dire : Nous ne voulons plus de la protection de la France, elle ne suflit plus [jour nous mettre à l'ubri de dos dangers, de nos maux, do nos tortures ; nous voulons être gouvernés par un paclia turc comme tes autres parties de l'empire. Voilà la victoire que pi-étend remporter sur nous, sur la civilisation, sur la France, sur l'honneur national, sur l'avenir du monde, qui? Non pas le gouvernement ottoman tout entier, mais cette école de fanatiques rétrogrades si bien caractérisés l'an dernier par l'honoiahle JM. Guizot.

Cet état de choses ne peut plus ôtre toléré. Les représentants de cette école ont évidemment dupé, ont trompé la diplomatie européenue à Coustantinopte ; ils ont fait croire à cette diplomatie que le gouvernement ottoman était disposé à faire des coua'ssions qu'il n'a pas faites. Il y a eu peutêtre des dupes volontaires; il y a eu certainement des dupes involontaires, et je me hâte de déclarer que je range le r sentant de la France dans cette dernière catégorie.

Il est temps qu*il n'y ait plus de dupes d'aucune espèce, ni volontaires, ni inyolontaires. Il est temps d'imposer au gouvemement ottoman, au nom de son propre honneur et de ses propres intérêts, comme au nom de la dignité de la France, un changement radical en ce qui concerne la Syrie. Quant à moi, je suis convaincu qu'on n'arrivera à ce but-là qu'en sortant de ce malheureux concert européen, si tristement fondé et surtout si tristement rétabli. Je ne compte pas, à ce propos, rentrer dans la question d'Orient; n'en ayez \ms peur, Messieurs ; je dis seulement que toutes les fois que les agents de la France ont voulu agir en commun avec leurs collègues, ils ont été trompés et dupes de cette politique. J'espère que, pour arriver à un autre résultat, ils auront recours à une autre méthode.

Tout le monde a compris et tout le monde a dit qu'à Beyrouth les consuls des autres puissances ont agi précisément comme les ambassadeurs de ces puissances avaient agi envers nous à Londres en 1840^ qu'ils avaient continué en petit, à Beyrouth, l'affaire de Londres en 1840; qu'ils avaient intrigué contre nous et qu'ils s'étaient mis d'accord avec les agents ottomahs pour se jouer de l'agent français, et le placer dans une position aussi compromettante que possible.

Comme je ne connais point la correspondance qui a existé entre M. le ministre et notre agent, j'ignore jusqu'à quel point cette assertion est fondée ; j'affirme seulement que c'est une opinion qui a acquis la force d'un fait incontesté en Syrie et ailleurs.

Pendant ce temps-là, pendant que notre influence décroit en Syrie, l'Angleterre et la Russie voient augmenter la leur : l'Angleterre fait tout ce qu'elle peut pour agrandir la sienne par tous les moyens , et surtout par l'envoi de son évoque, qui n*est qu'un consul mitre, à Jérusalem ; la Prusse elle-

Ï40 LES CHBÊTIESS

mêmeinteniept; ces deux puissances, dont on n'avait janinis entendu parler comme prolectrices des chrétiens de Palestine, l'Angleterre et \n Prusse, prennent maintenant cetle position à nos côtés et à notre détriment; elles prétendent partager cette mission avec la France, sauf à prétendre l'exclure sans doute dans un temps plus ou moins long.

Il arrive encore tout naturellement ijue la Russie, qui tient à ces peuples par les croyances grecques, dit aux nombreux scbismaliques qui peuplent la Syrie : C'est à moi que vous devez avoir affaire, et si vous voulez être efficacement protégés, vous ne pouvez l'être que par moi. Après quoi, elle dit aux catholiques ; « Embrassez ma religion. Les différences sont peu de chose, c'est eutcrieurement le mènu' culte. Venez avec moi, venez avec vos frères qui professent ma religion, et vous verrez que je saurai vous protéger tout autrement que la France. i>

On nous fait quelquefois le reproche d'apporter à cette tribune des bruits dénués de fondement; ii défaut des pièces officielles que le ministère est en droit de nous refuser, nous sommes bien obligés de puiser nos observations dans les bruits qui s'accréditent. Eh bien! on dit encore que-l'empereur de Russie, dans son récent voyage à Home, n'a pas négligé de faire valoir celte considération si importante aux yeux du souverain pontife; qu'il a déploré avec le pape l'état effroyable des chrétiens d'Orient, et qu'il a offert de prendre sous sa protection les catholiques, si douloureusement opprimés par la faute de la France : tant il est vrai que l'influence de la France, au dehors comme au dedans, tient à la liberté et à la prospérité de l'Église,

Maintenant, quel serait le remède à employer dans œs déplorables circonstances?

Je ne veux pas abuser des moments de la Chambre; mais

DU LIBAN. îil

j'aurais eu quelque chose à dire sur ce qui, h mon avis, serait le moyen le plus efficace, le plus salutaire, pour arriver à un meilleur étal de choses; ce serait le rétablissement de Témir Béchir, ou au moins d'un prince de la famille Scheab. Si, après la réponse de M. le ministre des affaires étrangères, il est possible de dire quelques mots, s'il ne les rend pas inutiles par ses explications, je demanderai à la Chambre la permission de lui donner quelques renseignements sur ce prince et sur cette famille.

En terminant, je supplie la Chambre et le gouvernement du roi d'unir leurs efforts pour réhabiliter l'honneur de la France en Syrie. On le sait, je suis de l'opposition, mais non pas de l'opposition systématique. Dieu me garde de vouloir exploiter les malheurs de cette race désolée pour en faire une question de tactique parlementaire ! Je ne suis pas de ceux qui disent : Avant tout, renversons le ministère ; nous verrons ensuite ce qu'il y a à faire. Je tiens, quant à moi, que tous les ministres peuvent faire beaucoup de bien. Je crois que M. Guizot, que j'ai tant de fois combattu, est tout autant en état que n'importe lequel de ses successeurs éventuel» de réparer le mal fait en Orient, soit par lui-même, soit par ses prédécesseurs. Je crois M. Tamiral de Mackau fort en état d'envoyer une escadre sur les côtes de Syrie et de lui donner toutes les instructions nécessaires pour y remplir, vis-à-vis des populations chrétiennes, le rôle généreux que nos marins ont rempli autrefois vis-à-vis des Grecs. Mais je leur demande de ne pas nier l'évidence , de né pas ^tester, par un amour-propre mal entendu,- un fait trop plpable : l'affaiblissement de l'influence française en Orient. ^ nom français est discrédité en Orient; les intérêts de la '^lance sont compromis, sont perdus en Syrie. Là, comme P^ut, elle n'est pas aujourd'hui dans la position où elle

(Kafrei. II. — Diteoon. il. 16

t.ES CHRIÎTIKNS

était il y a quinze ans, et je défie l'optimiste le plus aveugUde soutenir que, sous M. de Bourqueney, la France {lossède la même iullucnce, la même foi'i'u qu'elle avait, il y a quinze ans, sous M. le général Guilleuiinot. Puur niui, si j*uvais l'bomicur et le malheur d'avoir une part quelconque dans le maniement et la responsabilité des iilTaires publiques de ce pays, je ne pourrais pas dormir une nuit tranquille avant d';n'oii- effacé cette iache et réparé cette ruine.

Dans la siîaiice du 12 janvier, la discusaîon continua sur la mi'œe qucslion. M. Guizol, ministre des afiaircs lïlrangùres, rL^pondil k H. (le Montaleuibcrt par un discoui-s qui renfermait à la Tob une apologie de la diplomatie française et une narration diîtaillée de: iSviiDemcnts du Liban, ainsi que des elTorls lentes par les agenta du roi en Orient pour amt^liorcr le i^ort dca chri^tiuus. Il conuoenÇlil

L'Iiouorable comte du Muiitalembert a ajipclé hier cette question une question d'humanité; je la qualilie et je l'ttccepte comme lui. L'honorable M. de Montalenihert s'est de plus félicité de vivre dans un pays libre où , sur de telle questions, l'opiiùoii publique, le seutinietit public peut se foi-mcr, se manirester, se répandre, averlir, provoquera Gouvernement, le presser, l'eucourager, le soutenir, llaoi raison aussi, et je m'en félicite avec lui. Je m'en félicil^ même loi'squ'en entendant l'honorable comte de Monlalcobert, je rencontre quelquefois les erreurs et l'injustice unpe» oinère de l'opposition ])oliliquc nièté'e à la cbaleiu* de la phî' lanthropie chrétienne. Mais ce que je n'ai pu entendre sans une profonde et triste sui'prîse, c'est que l'honorable coml* de Montaleinbeit ait tiré de là une occasion d'élever contre le gouvcruemeut de son pays, contre la diplomatie de son pajs» les reproches les plus injustes et les plus inattendus, lia* passez-moi l'expression , il a gourmande ce qu'il a appel**

DU LIBAN. 3i3

riodifierence, le dédain, Tapathie du Gouveraement et de la diplomatie pour de telles questions. Messieurs, M. le comte de Montalembert a donc oublié tous les faits ; il a oublié que depuis quinze ans , depuis trente ans, le gouvernement de la France, la diplomatie de la Franco ont été partout les premiers à accepter, à aborder les questions d'humanité, partout les premiers à protéger, à soutenir, et quelquefois à faire heureusement triompher les droits de Thumanité. L'honorable M. de Montalembert a bien voulu se rappeler que la Grèce a été sauvée par nos armes ; il aurait dû se rappeler aussi qu'elle a été fondée par nos traités. Notre diplomatie et 006 armes ont été, dans cette grande cause, étroitement unies ; elles le sont tellement encore que lorsque la Grèce, après avoir conquis son indépendance nationale, a voulu conquérir aussi ses libertés intérieures, l'agent français chargé de représenter le roi et la France à Athènes s'est trouvé être un ancien soldat de l'indépendance de la Grèce ; il a soutenu les libertés constitutionnelles de la Grèce comme il avait soutenu son indépendance. L'honorable M. de Montalembert aurait dû se le rappeler.

11 aurait dû se rappeler aussi que, non loin d'Âthciies, à CoDstantinople, récenunent, la faculté du retour tranquille et sans péril à la foi chrétienne a été conquis sur le fanatisme <^ttoman par les efforts de la diplomatie française. 11 aurait pu se rappeler que la protection, l'amitié de la France ont ^ assurées dans l'Empire ottoman aux réformateurs mo- ^^, éclairés, qui ont voulu introduire dans cet Empire 9^1que chose de la justice et de la civilisation européenne. Lhonorable M. de Montalembert aurait dû se rappeler encore T^'en 1831, la France, le gouvernement de la France, la diplomatie de la France, pour réprimer avec efficacité la 'i^tedes nègres, a accepté le droit de visite, et qu'en 1845

m LES THRÉTtEHS

le gouvernement de la France , la diplomatie de la France, n'a pas liôsilé à donner les trésoi-s, les iiiaritis de la France, jx)ur l'éprimer efficacement la traite des nègres, en abolissant le droit de visite.

N'ust-œ pas encore aux efforts du gouTcniement de la France, aux efforts de la diplomatie de la France, que ces chrétiens si éloignés, si oubliés, les chrétiens de la Chine, devront la liberté, la sécurité dont ils jouiront dans ce lointain Orient?

Voilà ce qu'a fait la France, ce qu'a fait la diplomatie de la France, dans les questions d'humanité. Voilà ce qu'il n'est permis à personne d'oublier. Et poui-quoi ne medonncrais-je pas le plaisir, pourquoi n'accomplirais-je pas ici la justice de ciler à celte tribune les noms de la diplomatie française, qui se sont attachés, «{ui s'attachent à ces glorieux souvenirs? MM. de Broglie, de Sainte-Aulaire, de Boui^ queney, l'iscatory, de Lagrcnc, l'amiral de Higny, l'amiral Cécille. Voilà les hommes qui, dans les questions d'humanité, ont pris en main les droits dont l'honorable M . de Montalembert parlait hier, qui non-sculenient les ont pris en main, mais encore les ont fait triompher.

Ceux d'entre eux qui siègent sur ces bancs auraient pu monter à cette tribune, exercer eux-mêmes le devoû', le droit de se défendre ; devoir que je viens remplir jwur eux, qu'il m'appartient d'avoir l'honneur de remplir pour eux; je ne pouvais entendre de semblables paroles sans protester contre leur injustice et leur amertume.

Il est vrai, le Gouvernement et la diplomatie sont obligés, en de telles affaires, de ne pas se décider aussi vite, de ne pas agir aussi soudainement, je pourrais dire aussi légèrement, que parle l'opposition même la plus consciencieuse. La situation de l'opposmon en pareil cas est douce. Elle n'a qu'a

désirer, à demander^ elle n'a point à agir, à réussir : ses discours sont ses seules actions , et elle ne répond pas de leurs conséquences.

Le Gouvemement, la diplomatie ont des devoirs plus sévères et plus difficiles à remplir. Avant d'entreprendre, il faut qu'ils soient sûrs d'avoir, non-seulement raison , mais chance de succès. Quand ils ont entrepris, ils sont condamnés à réussir. Il ne leur suffit même pas de réussir : il faut que leur succès, dans une cause particulière, n'altère pas, ne trouble pas la politique générale de leur pays. Il y a tel succès partiel qui peut être une faute, un revers. Le Gouvernement, la diplomatie sont condamnés à éviter ces revers et ces fautes. Il n'est pas étonnant qu'ils y regardent de trèsprès, qu'ils ne s'engagent qu'à bonnes enseignes dans les voies où on les pousse. Sans doute , il est de leur devoir d'écouter et de consulter l'impression publique, il est de leur devoir de se laisser pousser par elle, il est aussi quelquefois de leur devoir de lui résister. H y a de généreuses fantaisies qui ne peuvent pas passer dans la pratique des afiaires; il y a de nobles cbimères dont les gouvernements sont obligés de se défendre, car ils sont condamnés à réussir; et, s'ils ne réussissent pas, c'est leur pays, c'est la politique de leur pays qui porte la peine et qui paye les frais de chimères vainement poursuivies.

Le ministre terminait ainsi :

Voici donc l'état actuel de la question :

Pour ce qui regarde les griefs particuliers de la France, ils ^Qt redressés ; nous n'avons pour le moment rien de plus à demander.

Pour ce qui regarde les intérêts des populations chrétiennes du Liban, le principe de l'administration unique et chi-étienne

ÎÏ6 LES nim^.TIENS

rsf rrmis en jiTnnt. Non-fciilcmcnl il cM HemnnHc'- par nous, mnis il a aojuls depuis 1842 des poirons, des alliés imporlanls. Avec une \ivaciir! de sentiment, d'inlérét qui l'honore, M. le prince de Metternidi s'est soulevé contre les dernier* cvénemenis, et il est revenu h l'idcc d'une administration unique et chrélîenne. Je tiens son adliésion comme une des forces les pins imposantes que nous ayons à faire valoir dans ec grand débat. J'espère que nous en conquerrons d'autres aussi; mais la Chambre comprendra quelle est la réserve que je dois m'imposer dans l'état actuel de la question.

Je crois avoir démontré, par ce récit simple et exact des faits, que nous avons, des l'origine, maintenu le principe vcrilable de la question ; que nous n'avons pas, dans le ernirs de cinq années, perdu une seule occasion de remettre en lumière cl de faire ressortir les viees de tout autre système. Nous avons aussi, à travers de grandes difficultés, des incidents déjilorahks, regagné chaque jour quelque chose du terrain que nous avons perdu, et nous avons enfui amené la question à ce jioinl, (pie pour les griefs spéciaux de la France il n'y a plus rien à demander, et que, (tour le Liban, le principe de l'administration unique et chrétienne est près d'être i-eeoniui.

Je dois ni'urrèter là. Je compromettrais le fond de l'aflaire si j'entrais dans de plus grands détails, si je parlais des difRcultès que nous rencontrons encore, des moyens qu'on peut employer pour les surmonter et des espérances qu'on peut concevoir.

Il me reste û réjjoudre a quelques paroles pi'ononcces dans, la deniière séance par M. de Moutatembert.

Il a parlé de rivalités religieuses, euroiiéennes, de rivalités politiques qui avaient pénétré jusque dans le Liban. Il a parlé do certaines jalousies d'amour-propre entre Icsageiilf.

inférieurs sur les lieux mêmes. Je ne contesterai absolument aucune de ces misères; elles peuvent malheurcuscnient prendre une certaine place dans les plus grandes affaires du monde. Mais je demande qu'on ne les prenne jamais pour la Traie politicpie des grands gouvernements. Cela n'est pas. On n*a pas toujours le degré de vigilance nécessaire pour réprimer sur tous les points du monde les fautes, les méprises de ses propres agents. Mais je n'imputerai jamais à un grand gouvernement comme intention et dessein prémédité les petites passions qu'il ne réprime pas. Non , il y. aurait injustice à les lui attribuer. Je dis plus, il y aurait danger. Il faut connaître ces misères : il faut les combattre là où elles existent ; il faut les signaler à ceux qui peuvent les réprimer. Mais si vous allez incorporer vous-même ces fautes, ces petites passions, avec la politique du grand gouvernement qui ne les réprime peut-être pas suffisamment, prenez-y garde, tous le compromettez, vous l'engagez lui-même dans les fautes , dans les erreurs de ses agents. Si vous avez à ooeur, non pas le plaisir d'exhaler vos plaintes, mais vraiment le succès de la cause, le résultat définitif, n'accordez pas à ces erreurs, à ces fautes locales plus d'importance qu'elles n'en ont réellement : ne les amplifiez pas , ne les grandissez pas jusqu'à en faire les fautes volontaires d'un grand gouvernement. Â ces conditions , vous pouvez espérer de faire prévaloir une grande et bonne politique générale par-dessus ces méprises dispersées sur la face du globe. Mais si vous iroulez sérieusement atteindre ce but, ménagez, respectez les grands gouvernements avec lesquels vous êtes en rapport; éclairesE-les sur la réalité des choses , amenez-les à voir les choses comme elles sont, demandez- leur la justice après leur avoir montré la vérité : c'est ce que nous avons essayé de faire dans le cours de cette difficile affaire, et je ne désespère })as

LES CHBETIKKS

que nous ne finissions par réussir. [Vif mouvement d'appro' bation.)

M. ir. COMTE DE MoNTALEMUEivT. Dans le discours que vous veneu d'entendre, il y a, ce me semble, deux parties Irèsinégiiles en im]>ortance comme en longueur. Dans la première, M. le ministre des alTaircs étrangères m'a fait l'honneur de me combattre ; dans la seconde, il m'a fait l'honneur beaucoup plus grand de confirmer la plupart des choses que j'ai dites.

Je ne le suivrai pas dans la première partie de sou discours ; il m"a reproché d'avoir qualifié trop sévèrement la diplomatie fran^iaisc, et il a apporti';, pour se défendre à la tribune, dos noms propres qu'il m'est impossible de discuter, d'autant plus que je serais heureux de rendre hommage à plusieurs d'entre ceux qu'il a cités, notamment aux services de M. Piscatory en Grèce et de M. de Lagrené en Chine; mais tout le monde comprend qu'il m'est impossible de le suivre sur le terrain de ces personnalités.

Plus loin, il a blâmé ce que j'avais dit sur la composition de la commission de l'adresse. Il a trouvé qu'il y avait franchise, habileté, noblesse, à choisir des instrumente directs de la politique gouvernementale pour juger cette même politique. Je trouve le contraire : c'est là une afTaire de goût, qui ne se prête pas non plus à une discussion prolongée.

M. LE COMTE DE Sain TE-AoLAiRE, Je demande la parole.

M. LE COMTE DE MoNTALEMBERT. M. Ic minîstre cst eutré ensuite dans l'examen de la question et des faits, et là, si je ne me trompe, il n'a contesié aucun de ceux que j'ai eu l'honneur d'énoncer devant vous. J'aurais aimé peut-èlre, tout en rendant justice à la plupart dos considérations qu'il a énoncées, à entendre dans sa bouche quelques paroles plus sympathiques pour les protégés de la France, et plus sévères

pour les autorités dont ces populations ont tant à se plaindre. J^aurais aimé à recueillir dans sa parole si imposante, et si propre à exercer une si grande autorité en Europe et en Orient, un blâme plus prononcé contre les hommes qui ont été coupables des attentats que j'ai signalés avant-hier, et notamment contre ce ministre ottoman auquel, pour toute disgrâce , on vient de conférer l'honneur d'être le collègue de M. le comte de Sainte- Aulaire à Londres, disgrâce charmante à coup sûr, et dont tout le monde voudrait.

Quant au remède apporté à cette situation, je ne veux constater que deux points que M. le ministre des affaires étrangères a établis : d'abord le système mis en avant par la France. U nous a appris pour la première fois un fait très-important, savoir, qu'il travaillait au rétablissement d'une administration unique et chrétienne dans le Liban, et que ce système français, comme il l'a qualifié, remontait à cinq ou six ans en arrière. Mais il a ajouté, à ma grande surpris^ , que ce système avait aujourd'hui des chances de succès, parce qu'il aTait été adopté par M . le prince de Metternich , parce qu'il' était admis par l'Autriche, et parce qu'enfin nous avions l'espétance d'obtenir l'appui d'autres puissances. Je crois avoir (léjà établi avant-hier que cette politique commune à d'autres puissances et à nous, dans celles des questions orientales qui, ^'apiès les traditions établies, sont spécialement du ressort de la France, n'avait jamais réussi jusqu'à présent.

Je ne veux pas opposer des doutes, qui n'auraient peut-être P^ suffisamment d'autorité aux yeux de la Chambre, aux ^pérances de M. le ministre. Je me bornerai a rappeler que, lorsque nous avons obtenu à Constantinople, il y a quelques années, un grand et éclatant succès que M. le ministre aurait pu dter à juste titre parmi les exploits de la diplomatie fran- ^ise; lorsque, il y a quelques années, le général ûuilleminot.

250 LES ainRTlKKR

notre nncien collègue, oblint l;i reconn:iisKince d'un systèmc ftc proleclion complèlc el sincère pour les Arméniens cntholiqiies, situés à peu pri's dans la même position <}uc les popnintions catholiques du Lilwin, il le lit seul et par la seule influence de la France. I^a France n'eut pas besoin alors de l'appui de M. le prince do Metlernich pour arriver à son but. Je regrette qu'il n'en soit pas de même aujourd'hui.

M. LE COMTE DE Sainte-Aulaibe. Messicurs , je n'occuperai Iti tribune qu'un seul moment, et ce n'est pas sans quelque emlraiTas que je le fais. Après la hauteur à laquelle M. le ministre des affaires étrangères a élevé celte qaeslion , je suis un peu honteux de la rabaisser à un débat qui n'a en quelque sorte que la limite d'un intérêt personnel.

J'aurais donné plus de développement à mon opinion si M, le ministre des affaires étrangères, usant de son droit, n'avait pris la parole, Je l'en remercie dans l'inlêrét de la question et de la Chambre. Je reconnais, je le répète , parfaitement que je n'aurais pas été capable d'élever la question à la hauteur à laquelle il l'a placée; mais je ne puis me dispenser d'ajouter quelques mots sur un fait qui m'est en quelque sorte persomiel à moi et à quelques-uns de mes honorables collègues , et qui cependant prend une dimension plus considérable, puisqu'il embrasse un onire d'individus assez respectable dans le monde.

M. de Montalembert, loi-squ'il a signalé les diplomates comme des hommes sans cœur et sans entrailles, a fait ^ans doute quelque exception pour les personnes présentes; il a. même indiqué cette intention généreuse, et je l'en remercie l«)ur ma part, mais cependant je dois dire avec regret que

cette apologie ne sitisfcnùt ni moi ni mes honorables amis qui siègent à cftté de moi.

Si M. de Monfalembert aTnii dit que les militaires sont en général des hommes sans courage, mais qull ne parlait pas de ceux qui siègent dans cette enceinte , je crois que nos honorables collègues, qui font la gloire de nos armées, s'accommoderaient peu de cette apologie.

Si M. de Montalembert avait dit que les magistrats sont en général des prévaricateurs , des hommes sans intégrité , mais qu'il ne veut pas parler de M. le comte Portalis, je doute que rhonorable président de notre commission se satisfit ainsi de cette apologie.

Eh bien ! dire que les diplomates, que les hommes chargés

de représenter leur pays, que les hommes auxquels on a

confié la garde des intérêts moraux les plus précieux de leur

pays, ceux qui toudient à l'humanité et à la religion, sont

des hommes sans cœur, sans entrailles , qu'ils ont les oreilles

Sourdes pour les cris des populations qu'on opprime, je dis

que c'est dépasser la limite de ce qui a jamais été dit dans un

club radical. [Mouvements divers,)

Remarquez, Messieurs, que quand, dans la chaleur d'un débat, on se permet d'adresser une telle accusation pour une affaire particulière à un ministre qu'on a pour adversaire, Je crois que cela est répréhensible et le plus souvent trèsinjuste , mais encore cependant cela peut se concevoir ; on ne peut pas dire qu'il ne s'est jamais rencontré un homme qui méritât un tel reproche , mais en faire une accusation générale contre les hommes appelés à gouverner les affaires de leur pays, à représenter son honneur; dire que la condition générale de ces hommes, c'est de n'avoir aucun souci des hommes qu'on opprime, de considérer les plaintes des malheureux comme un bruit importun à leurs oreilles (de pa-

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reilles paroles ont été prononcées), il est triste d'avoir entendu de pareilles accusations sortir de la bouche de M. le comie de Monlalenibert, d'un homme dont le père a\ait parcouru avec honneur la carrière diplomatique, d'un homnie qui probablement ne renonce pas pour le reste de sa vie à prendre part au gouvernement des aiïnires de son pays. Eh bien ! j'ose lui prédire que cette phrase pèsera longtemps sur sa tète. Je ne sais pas trop comment il se présenterait dans le cabinet des ministres api-ès avoir dit ce que je vais vous citer.

Voici le texte :

« Je sais bien que ce genre de questions n'est pas toujours « en bonne odeur auprès des hommes d'État, des hommes « politiques proprement dits, ni auprès de la diplomatie en « général. Oui, j'ai besoin de le dire, en général la dipton matie n'aime pas ces questions. Des questions où il s'agit « d'humanité, de races opprimées, de libertés outragées, sont « plus ou moins dédaignées jiar les diplomates, et regardées u par eux comme des questions de journalistes. Cela leur <i parait tout au plus un thème d'articles dans les journaux, ude discours à la tribune. Ce ne sont pas, selon eux, des « questions d'aiïaires dignes de la sollicitude et de la perspi- '< cacité des diplomates. »

Eh bien ! Messieurs, je l'ai dit et je crois pouvoir le répéter avec votre assentiment à tous, rien de plus radical n'a été prononcé dans un club [mouvement) , et Je me permettrai de dire que nous mériterions non pas d'être exclus de toutes les commissions, mais chassés de la Chambre, s'il était vrai que la diplomatie, en général, produisit de tels efTets et fournît de tels caractères. Non, Messieurs, il n'en est point ainsi; les intérêts de l'humanité qui nous sont confiés partout sont les plus chers à nos cœurs. Les intérêts de cette religion catho-

lique que nous portons dans nos cœurs, tout comme M. de MoQtalembert, ces intérêts engagés dans le Liban ne nous sont pas étrangers; ils nous sont aussi chers qu'ils peuvent Tètre à lui-même ; mais nous avons une autre manière de les défendre, une manière que M. le comte de Montalembert ne parait pas vouloir mettre en pratique , et je le regrette pour lui. Ainsi, lorsque nous avons à traiter des questions d'humanité , des questions de religion , nous prenons bien garde d'exciter des amours-propres, de soulever des passions.

Comme ce que nous nous proposons surtout c'est le résultat, nous attachons peu d'importance aux apparences. Lorsqu'il s'agit de la religion surtout, oh ! c'est alors que nous redoublons d'attention et de mesure ; c'est alors que nous cherchons à éfiter tout ce qui compliquerait, tout ce qui soulèverait les passions contre de tels intérêts; c'est alors que nous voulons nous inspirer, s*il est possible, de la douceur et de la mansuétude qui nous est recommandée par cette religion même. Surtout nous n'oublierions pas , dans ce cas , qu'un catholicisme sans charité pour les personnes est la pire des hérésies [sensation); surtout, nous n'accuserions jamais l'impiété ou l'hypocrisie des hommes qui ne seraient pas de notre avis.

Tels sont , Messieurs , les ménagements que nous croyons avoir à garder quand nous avons à traiter des questions de cette nature. Si ces ménagements paraissent à M. de Montalembert les marques d'une honteuse faiblesse ou d'une criniinelle indifférence, à la bonne heure, mais certes nous ne serons jamais de son avis. {Mouvement en sens divers.)

H. u COMTE DE Montalembert. Je crois faire plaisir à la Chambre et lui rendre service, en laissant tomber une dis- <^^n où M. le comte de Sainte-Âulaire a apporté une

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amt-Ttume et une personiialilé mi^si étrangères à mes paroles qu'à mes intentions. Je dirai seulement, en ee qui tuudiela dernière purtie de son discours, que je ne lui recunnais pas la mission de me donner des leçons de ndigiun , et que je n'eu accepte aucune de su [lail.

.Exlruil ilu Butilrur ilcs U l'I l'J Juiiwlt 1816.] l.a Chaiiihre passe ensuite à la discussion de l'affaire du TciâST

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