‹ Discours (volume 2)Chapitre 30 sur 73 · LES CHRÉTIENS DU LIBAN · texte numérisé non relu

LES CHRÉTIENS DU LIBAN

( sriTK )

CHAMBRE DES PAIRS 0iiieas»toii da badi^rt des affaires étrani^èrrs.

Séance du 99 juin 1846.

La discussion du budget des affaires étrangères fournissait une

Occasion naturelle de demander encore une fois au Gouverne-

lanent des explications sur la situation des populations chrétiennes

du Liban. Depuis les derniers débats dont elle avait été l'objet

dans les deux Chambres, cette situation s'était peu améliorée. Un

Mglement promulgué par le représentant de la Porte Ottomane,

Chékib-EITendi , venait, tout en régularisant l'administration du

pays, de soumettre ces populations autrefois vassales et tributaires

€ la domination absolue du gouvernement turc. L'administration

^tait confiée à un chef chrétien pour les Maronites et à un chef

druse pour les Druses. Les deux kaïmacans étaient assistés d'un

conseil; mais les Maronites, qui supportaient les deux tiers des

impôts, n'étaient représentés dans ce conseil que dans la proportion

de deux onzièmes. Ce règlement fut publié par plusieurs journaux

français dans le courant du mois de juin 1846.

Messieurs, je ne saurais avoir la prétention de forcer M. le ministre des affaires étrangères à faire pour moi , ou plutôt

* Cette même question des chrétiens de Syrie, après avoir vivement occupé la Chambre des députés, revint devant la Chambre des pairs à la fin de la session ; et pour ne pa4 scinder ce qui s'y rapporte , on croit devoir insérer ici, en intervertissant Tordre chronologique, ceUe nouvelle discussion.

pour la Chnmbre des pairs, ce (iii'i! n'a pas voulu Faire dans une autre enceinte, c'eat-â-dire à entrer de nouveau dans la question du Liban, des chrétiens de Syrie.

Cependiint c'est pour moi un devoir de conscience de venir lui adresser une nouvelle provocation, quelque larnictueuse (pi't'lle doive être. Deux fois déjà j"aî entretenu la Cliambre de cette douloureuse question, une foia à la fin de la dernière session, à pareille époque de l'anoée dernière, et une fois ati commencement de ta session actuelle. Cette dernière fois, M. le ministre des aHaires étrangères m'a fait l'honneur de me répondre d'une façon qui, sans nous donner une satisfaction complète, était de nature à nous laisser, ainsi qu'au pavs en général, des espérances sérieuses.

Je me iiermetlrai de lui rappeler qu'alors il se félicitait ■ avec moi de ce que nous vivions sous un régime de publidtê et de discussions parlementaires; alors, bien loin d'invoquer le secret, bien loin de se réfugier dans ce triste et mauvais abri, il se félicitait avec moi d'avoir à la disposition du pays et de la politique française cette arme si puissante , surtout quand elle est maniée par un orateur comme lui , la discussion publique et patente devant les Chambres, devant la France, devant l'Europe,

Puis, entrant dans une certaine mesure dans la question, il nous a assuré qu'il adoptait pleinement la pensée que j'avais émise à cette tribune, qu'il regardait comme le seul remède aux maux des chrétiens de Syrie une administratiou unique et chrétienne; il a ajouté que cette idée faisait graduellement son chemin en Europe, et qu'il croyait qu'elle était acceptée par l'Autriche. A ce sujet même, il a fait un premier éloge de M. le prince de Melternich, qui s'est retrouvé depuis dans sa bouche, au sujut de la Pologne, dans les circonstance plus malheureuses.

Eh bien ! Messieurs, depuis lors, M. le ministre des affaires étrangères a complètement changé soit de tactique, soit d'opinion. Maintenant il invoque le silence; il déclare que ce silenœest, selon lui, indispensable au succès de la politique française.

Je crois, quant à moi, que cette opinion, cette tactique nouYelle chez lui est d'abord contraire aux véritibles intérêts de la question, et de plus incompatible avec les faits nou- Teaux. Je crois, à vrai dire, qu'elle cache une défaite, déjà consommée et complètement malheureuse pour nous et pour la cause à laquelle nous nous intéressons. Il y a eu depuis six mois plus d'un démenti donné en fait aux afGrmations portées par 3d. le ministre des affaires étrangères à cette tribune ; il y a eu d'abord ces fameuses dépêches émanées de l'archichanœlier d'Autriche, dont l'authenticité a été, je le crois, indirectement contestée par M. le ministre des affaires étran • gères. Je dis indirectement, car il n'a pas dit formellement qu elles n'étaient pas authentiques.

Dans ces dépêches, la Chambre doit le savoir, le ministre des affaires étrangères de l'Autriche émettait une opinion diamétralement opposée à celle de M. le ministre des affaires étrangères de France; et, par conséquent, Taccord que l'hoiiorable M. (îuizot croyait pouvoir établir devant vous, entre TAutriche et lui, il y a six mois, se trouvait complètement désavoué par l'Autriche.

Mais laissons de côté ces dépêches, pour n'indiquer (|u\ui tait tout à fait nouveau, et que je crois tout à fait authentique, c'est la publication toute récente d'un règlement relatif à la question du Liban, règlement promulgué par ce Cliékib- EBendi, qui a été l'éditeur responsable de toutes les horreurs <x>nunise3 l'année dernière dans le Liban; ce Chékib que Ton croyait éloigné, envoyé à Londres, qui se trouve encore dans

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«sa I.KS LIIRKTIENS

k Syrie ])Our publiei' tiut; pièce dout vous avez tous du avoir jilus ou moins coiiiiuissunci! par L's feuilles publiques. Cetlu |)iéu3, ce règlement, eetle loi, c<ir je pense que œla u force lie loi dans le pays, bieu loin d'aboutir ii radinînistration unique et cliiélienne, que M. le ministre proclamait, il y ;i ^ix mois, comme le véritable remède des airaircs du Liban, comme le but de tous ses ellorts; cette pièce, dis-je, constate, établit et fonde de nouveau cette malheureuse dualité de pouvoirs à laquelle k plu|)arl dos Juges compétents de la question font remonter les maux iijcents du Liban.

Je viens donc demander à M. le ministre des alTain» étrangères, d'abord, s'il regarde la pièce dont il est question, le règlement ])romulguê par Cbékib-Eflèudi, comme autbuiilique; ensuite, eu le sup|HJsant authentique, s'il i-egarde ai i-èglement connue un acheminement au résultat qu'il cspéniil obtenir il y a six mois, un acheminement à l'admiuistratiun imique et chrétienne du Liban; et, en troisième lieu, loujoui-s eu supposant l'authenticité de ce règlement, s'il n'y trouve pas une atteinte sérieuse et profonde à rinfluenœ df la France, qu'il était chargé de faii'e prévaloir. Car, ue l'oubliez pas, Messieurs, à côté do l'Iutérct de l'humanité, méconnu par tout le monde en Syrie, escepté i>ar la Frauce, il y a de |)lus l'intérêt français, qui se trouve compromis en même temps que l'intérêt d'humanité, qui n'est pas continiin^ à celui-ci, grâce à Dieu, mais qui peut en éh'e distiuct. 11 en- 1 résulte qu'alors même que l'intérêt d'humanité ne serait ))lu»=^ outragé, il resterait encore à garantir l'inlérèl de lu France fundê, je n'ai pas besoin de le dire, sur les traités, sur les ca- |>ilulalions, sur les antécédents, auquel noua ne pouvons ii ne devons renoncer.

Kli bien ! je soutiens que cette inQuence a été on ne plus [irnvi'nient mmpromisi; par le règlement dont

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