‹ Discours (volume 2)Chapitre 36 sur 73 · AUX CATHOLIQUES DE LYON · texte numérisé non relu

AUX CATHOLIQUES DE LYON

(•24 février 1846. )

A la suite du passage de M. le comte de Montalembert à Lyon, en juin 1844, les catholiques de cette ville firent frapper une médaille à son effigie avec cette légende : « Nous sommes les fils des ci-oisés, « et nous ne reculerons pas devant les fils de Voltaire. » Cette médaille fut remise dans le courant de février 4846 à M. de Montalembert, qui adressa à la commission des souscripteurs la lettre suivante :

Paris, ce 34 février 1846.

Messieurs,

Vous avez bien voulu décerner une récompense durable à des services éphémères. Au souvenir ineffaçable de l'accueil que j'ai reçu de vous à Lyon, vous avez voulu joindre un nouveau témoignage de votre trop indulgente sympathie. Vous ne sauriez douter de ma reconnaissance. Profondément touché de votre appréciation de mes trop faibles efforts, je le suis plus encore de votre persévérance et de votre infatigable dévouement à la sainte cause de la liberté de l'enseignement et de la liberté de l'Église, telle que le veut le principe de la liberté religieuse proclamée par la Charte.

En reportant mes souvenirs à l'année 1844, qui vit éclater

LETTRE AUX CATHOUQUES DE LYON. m

an sein de la France constitutionnelle la première grande latte aa profit de cette liberté sacrée, vous m'encouragez naturellement à mesurer les progrès que notre cause a faits depuis lors. Nous pouvons, ce me semble, envisager sans honte et sans regret ces deux années qui viennent de s'écouler. Vous avez entendu naguère l'homme le plus considérable du u'ouvernement actuel, déclarer à la tribune que les enfants oppartenaient à la famille avant d'appartenir à l'État; que Université impériale avait les vices du gouvernement absolu; qull y avait, dans son régime et dans son institution môme, ^ch de despotisme^ qu'elle blessait les droits des familles, et ne ternit pas compte des croyances religieuses. Les catholiques, dans leurs manifestations les plus ardentes, n'ont rien dit de plus fort I

Depuis, vous avez vu une majorité de soixante-sept voix faire rentrer dans le néant et le projet de loi oppressif de M. Villemain, et ce trop fameux rapport de M. Thiers, où s'étaient résumés tous les préjugés et toutes les haines qui s'opposent an triomphe de la liberté religieuse parmi nous.

A quoi peut-on attribuer ces résultats imprévus ? N'hésitons pas à le reconnaître : ils ne sont dus qu'à cette action catho- Oque qui s'est développée depuis deux ou trois ans dans le pays, et d'abord aux réclamations de nos évêques, parmi lesquels S. Ém. le cardinal-archevêque de Lyon, par son courage plus encore que par son rang, occupe toujours la première place ; ensuite, au langage énergique et sincère que les catholiques ont porté à la tribune et dans la presse ; enfin, aux efforts généreux et désintéressés que des hommes comme vous, Messieurs, n'ont cessé de faire pour raffranchissement des familles et des consciences.

n ne faut pas s'arrêter là, à moins que nous ne voulions être volontairement dupes et nous endormir lâchement au sein d'un succès imaginaire. La question est renvoyée, par le Gouvernement lui-même, devant les électeurs. Aux prochaines élections, c'est sur la liberté des consciences et des familles qne devront, avant tout, se prononcer les candidats. 11 faut donc que les catholiques y interviennent avec énergie, avec

LETTRE AUX CATHOUQUES DE LVOS.

f^nscinhle, avec intelligence et dévouement. Si lu discoars de M. Guizot doit Être autre chose qu'un leurre fait pour amortir notre courage, si nous voulons que ces parole!; se tradois^nt en actes, si nous désirons que l'on compte sérieusement avec nous, il faut que tout notre zèle, que tous nos efforts, se concentrent sur ce terrain des élections, auquel nous sommes restés trop longtemps étrangers. Tenons donc nos voles à la disposition des candidals, çue/ que soil {pur dro/ieau el leur parti, qui nous promettront la destruction immédiate du monopole universitaire. Sachons apparaître au sein des collèges électoraux, non comme une simple fraction du parti ministériel on d'aucun autre, mais comme un parti nouveau d'hommes de cœur et de conscience, résolus à secouer un joug humiliant et à élever, sur les ruines du monopole, un régime de liberté sincère et de sérieuse concurrence.

Nous nous retrouverons donc , Messieurs, aux prochaines élections, Veuillez me croire, en attendant et toujours, votre très-dévoué et très-reconnaissant serviteur,

U COMTE DE MOKTALEUBSI

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