‹ Discours (volume 2)Chapitre 39 sur 73 · FORCES MARITIMES · texte numérisé non relu

FORCES MARITIMES

tour par toutes les puissances ayentureuses, courageuses, et devenues prospères par leur courage même?

La prospérité de llndostan, du Levant, a été grande ; mais qui souhaite pour son pays une pareille prospérité? Les Génois, les Vénitiens, les Portugais, les Anglais, les Français ont tour à tour rempli les ports du Levant, y ont fait d'excellentes affaires, y ont versé beaucoup d*argent. Ils allaient y chercher la richesse, la puissance et la gloire, dans le Levant et rindostan; ils faisaient tous de beaux profits aux marchands de ces pays; mais ils les regardaient, avec raison, comme leurs inférieurs. Et vous savez ce que ces peuples, ce (|Vie ces pays sont devenus.

Voilà rétat où Ton tend en France. Voulez-vous Facoepter? Non, certes. {Marques cT approbation.)

Mais, prenons des points de comparaison plus rapprochés. La Belgique est un pays on ne peut plus florissant, où l'industrie est plus développée qu'en France; il ne fait en quelque sorte qu'une seule usine avec deux magnifiques cours d'eau^ l'Escaut et la Meuse. Cependant ce pays est dans un état de souffrance et de langueur. Pourquoi ? Parce qu'il n'a pas de marine marchande, partant, pas de débouchés, pas de colonies ; il dépend de 1 étranger.

 côté de ce pays, vous avez la iloUande, inférieure en population et en superficie, et qui est écrasée par une dette énorme. Eli bien ! parce qu'elle a une marine marchande , elle a d'admirables colonies , elle est infiniment plus florissante que la Belgique, et elle ne dépend de personne.

Examinons le Portugal et TAmérique. On ne sait pas assez tout ce qu a été le Portugal ; on ne sait pas assez qu'il a fondé et glorieusement possédé un empire immense. U a eu un empire comparable à 1 empire britannique : il a pcfisédé non-

seulement le Brésil, les deux côtes d'Afrique, la Guinée et Mozambique, mais encore la moitié de Tlndoslan, les îles de la Sonde ; il a touché, comme T Angleterre, à Aden et à Cantcm.

Eh bien! il est tombé à rien. Pourquoi? Parce qu'il a sacrifié sa marine marchande aux exigences de TAngleterre. Et , notez-le bien , le commerce portugais , qui croyait faire de bonnes af&ires avec les Anglais, a suivi la nation portugaise dans sa tombe ; il n'en existe plus de trace. {Sensation.)

A côté du Portugal, voyons les États-Unis. Grâce à leur marine marchande, ils tiennent tête à TAngleterrc, ils partagent Tempire des mers avec elle. Ce n'est pas teur marine militaire qui fait leur gloire ou leur sécurité; elle a noblement défendu la liberté des mers de 1812 à 1817, mais elle n'a rien fait en définitive de très-grand et elle ■ est très-inférieure en forces. Ce qu'il y a de grand dans € ce pays, ce qui lui donne la force de braver l'Angleterre, : c'est une marine marchande admirable, et pour laquelle oa fait tout dans ce pays , parce qu'on sait que c'est le - Rudement de sa force, de sa prospérité et de la sécurite •Nationale.

^ Voilà les conséquences de cet état de choses : le Portugal ||^ une part; l'Amérique de l'autre. C'est à vous de choisir. -Nouveau mouvement. ) Cela dit, examinons quelles sont les causes de la décadence je vous signale?

Je le déclare, je suis de l'avis de M. le comte Beugnot ; la * ^b^emière cause se trouve dans les traités faits avec l'AmériifJPte en 1822, et dans celui de 1826 avec l'Angleterre. Dix ^ ^^ après que la paix générale eut permis à la marine frand'exister de nouveau, ces funestes traités sont venus

998 FORCKS MARITIMES

l'écrafcr sous le poids d'une concurrence, d'une assimilation dérisoire quil liii était impossible de supporter. Et cependant, en I8i0, en présence de l<i diminiilion croissante de nos armements, on a conclu un Irailê analogue avec la Hollande !

Ces traités, en un mot, suppriment les droits dilTérentiels sur les navires. Ces droits, vous le siivez. qui sont établis en faveur du pavillon national, ettpii frappent exclusivementles étranfters, ils peuvent porter sur deux objets : ils peuvent porter sur le navire lui-même, ou frapper simplement la cargaison ap|K)rtéc par ce navire. C'est à ce dernier parti qu'on s'est arrêté dans les traités que je signale. On a maintenu les droits différentiels sur les cai^aisons, mais on les a supprimés sur les navires eux-mêmes; on a assimilé ces navires étrangers pour tout et en tout aux navires français.

Eh bien ! Mesi^icurs, on n substitué par cela une protection tout à fait dérisoire à une protection efficace. En effet, je n'ai besoin que de vous citer un seul exemple pour vous montrer combien la différence est dérisoire. Pour le chanvre importé par navires étrangers, le droit est de 8 fr. 80 c. par iOO kilogr.,el par navires français il est de 8 fr.l Je demande ce que vaut une pareille différence, et si elle peut servir les intérêts des armateurs. Et en même temps l'on a établi l'égalité de droits pour les navires étrangers et pour les navires français, droit de pilotage, droit de tonnage, de quarantaine, de pbare, enfin tout ce qui pèse sur ce qu'on appelle la coque ou le corps du navire. Le tout, bien entendu, à cbarge de réciprocité ; mais cette réciprocité avec l'Angleterre et l'Amérique est dérisoire. C'est le commerce qui a réclamé cette égalité, dans l'espoir d'obtenir un produit commei-cia! plus considérable et des marchandises à ineil-

leur marché. On Ta écouté, et on n'a pas compris qu'on lui sacrifiait la marine marchande, c'est-à-dire l'instrument le plus sûr et le plus durable du commerce national. On a cru faire un traité de commerce, et on n'a pas vu que l'on condamnait la navigation ; que l'on sacrifiait les armateurs aux négociants, une classe de citoyens à une autre, et surtout on n'a pas vu que Ton renonçait à la protection si essentielle des armements maritimes, armements indispensables pour entretenir les gens de mer dans l'habitude de la mer, pour les rendre aptes à monter avec fruit les vaisseaux de ligne auxquels sont destinés les 93 millions qu'on nous demande.

Il est une autre cause non moins grave ; c'est l'intervention du tiers pavillon.

Vous savez, Messieurs, que, dans toute espèce de navigation internationale , il y a trois éléments, trois facteurs, pour ainsi dire. Prenons pour exemple le commerce maritime entre la France et la Russie. Il y a d'abord le bâtiment français, qui va chercher les produits russes en Russie ou y porter les produits français. Puis il y a le bâtiment russe qui apporte ces produits ou vient prendre les nôtres. Vous avez des traités avec la Russie, je suppose ; vous avez établi l'égalité de traitement entre ses bâtiments et les vôtres : cela 8C conçoit. Mais survient un troisième facteur, un bâtiment américain, par exemple, qui va chercher les produits russes et les apporte au Havre : c'est là ce qu'on appelle le commerce de la tierce puissance ou du tiers pavillon. Eh bien! Dieu sait pourquoi, ce tiers, cet étranger se trouve assimilé, à peu de chose près, aux bâtiments français et russes, à qui il enlève tout ce qu'il apporte. Je le répèle. Dieu sait pourquoi ; car aucun traité ne lui confère ce droit. Et cet exemple n*edt pas pris en Tair, c'est ce qui se passe aujourd'hui ;

Page 1