‹ Discours (volume 2)Chapitre 40 sur 73 · FORCES MARITIMES · texte numérisé non relu

FORCES MARITIMES

le commerce entre la France et la Russie se fait presque

exchisiïement pr les Américains. Et cpI oxccllcnt métier de

tiers pavillon, la France ne le fait nulle |art : c'est fort

malheureux pour elle, mais ce qui est plus malheureux

encore, c'est qu'elle souffre qu'on le fasse chez elle et à ses

dépens.

Je conçois que l'on ail les plus prands égards pour les peuples chez lesquels on va chercher ou placer des produits; mais je ne conçois pas qu'on en ait envers ce tiers importun qui arrive pour frustrer les deux pays, l'acheteur et le vendeur, du bénéfîee du transport : or, l'ou sait que c'est le bénéfice du transport qui constitue la pros|)érité de la navigation marchande. Ainsi nous allons chercher les colons en Amérique. Je conçois (jue nous ayons toutes sortes d'égards envers les Américains, qui nous apportent leurs cotons, mais je ne le conçois plus quand ils vont chercher le chanvre de la Ilussie pour nous l'apporter. Je conçois de même que nous ayons toute espèce d'égards vis-à-vis des Russes en ce qui touche leur propre chanvre; je ne le concevrais plus s'ils allaient chercher du colon en Amérique pour nous l'apporter, comme les Américains vont chercher le chanvre et le bois en Russie.

Il y a même une loi du 21 septembre 1794, article 3, qui interdit ce genre do Iransjiort. Je ne sais pourquoi cet article est tombé en désuétude, s'il a été abrogé dans le dédale des lois révolutionnaires et impériales, mais, enfui, j'ai trouvé cet article de loi, et je déplore qu'on l'ait laissé tomber en désuétude. Quant au ti-aité que nous avons avec l'Amérique, il n'y a rien, absolument rien en ce qui regarde le tiroit des trois pavillons.

La troisième cause de la décadence de notre marine marchande, c'est le mauvais vouloir que lui témoigne ie

commerce, à cause de rélévation du fret. Comme cette question a été pariai temeùt traitée hier par M. le comte Beugnot, je n'en dirai rien, je me borne seulement à la mentionner.

Maintenant, après avoir signalé les causes de ce triste état de choses, permettez-moi de vous en indiquer les remèdes.

U y en a deux sortes : les uns qui dépendent du Gouvernement seul, et les autres qui dépendent du Gouvernement d'accord avec le commerce et l'opinion publique. J'examinerai d'abord ceux-ci.

Je crois que nous avons en France une très-mauvaise habitude , celle de nous adresser toujours au Gouvernement et de nous imaginer qu'il peut tout , qu'il est responsable de tout. Je trouve très-bien qu'on attaque le Gouvernement quand cela est utile et qu'il y a des motifs pour le faire {on rii) ; mais je ne veux pas qu'on en arrive là avant d'avoir fait soi-même tout ce qu'on doit pour mettre un terme aux maux dont on se plaint. [Marques d'approbation.)

Eh bien ! ici, Messieurs, le Gouvernement n'est pas le plus grand coupable : il a cédé, c'est là sa faute, aux importunités du commerce; mais le véritable coupable, en France, c'est le commerce, qui a voulu tout sacrifier à Tunique désir d obtenir un grand mouvement de marchandises , sous quelque pavillon que ce fût. Voilà quel a été son but, et il a triomphé.

Ëh bien ! je crois qu'en scindant ainsi ses intérêts de ceux de la marine marchande, il s'est préparé le sort du commerce portugais et du commerce levantin. Mais, s'il veut parer à ce sort, il faut qu'il renonce à ce système égoïste et dangereux qui est condamné par l'impitoyable expérience de l'histoire ; il faut qu'il se résigne à quelques sacrifices.

Le Gouvernement peut beaucoup, mais il ne peut pas

3(1* ronr.ES MAIIITUIKS

lout. 11 est clair que si lu coiiiinerci: françjiîs u'cst pas disposé à conseatir uue œrtaiau niesni-e On sacrifices, il n'y a rien à faire pour la marine inarchandu; mais il est égalemenl claîique celle-ci entraînera tôt ou tard le commerce lui-même dans sa clmte.

Du reste, quand je viens m'élever contre les traités de 1822, de 1826 et de 1840, qui ont aboli ks droiU différentiels, il est évident que je n'en réclame pas l'abrogation immédiate, bien que celui de 1822 avec l'Amérique n'ait èlé conclu que pour deux ans, et qu'il dure depuis vingt-quatre ans. Mais ce que je demande, c'est que le Gouvememenl sente, comprenne et fasse comprendre le danger de ce sys- Icme ; c'est que le commerce soit éclairé, non pas seulement par des hommes impartiaux et sans influence comme moi, mais par le Gouvernement lui-même; c'est qu'on lui liissv sentir la nécessité de rétablir les droits différentiels sur ks navires, et non plus sur les cargaisons.

Et ici il ne s'agit pas, qu'on le sache bien, de restreindre la liberté des éelianges ; il s'agil ^ulement de rcveiidiquei', dans le transport des objets Bcbangés, lajusle part qui revient ù la marine française.

Suivons, Messieurs, l'exemple de l'Angleterre. Klle n'a Jamais fait un traité de conmierce qui ne fût lavoi'able û sa navigation.

Si elle a accordé, dans le traité de 1826, un semblant de réciprocité, nous savons poui-quoi : c'est qu'elle savait que la marine française était bors d'état de lutter d>ec elle : c'est comme si un enfunl de dix ans essayait de lutter avec uti liomme de cinquante. [Très-bien'.) Il fallait au moins laisser à l'enfant le temps de grandir avant d'adopter la cliimère de cette déplorable assimilation. L'.Vug le terre, eu professant ces princiiKs de la liberté du commerce, a parfaitement raison

DK LA FRANCE. 303

(lans son sens. Pourquoi? C'est que, depuis deux œnts ans, elle fait régner le système de navigation le plus exclusif qui ait jamais existé. Vous savez tous que , par son fameux acte de navigation, qui date du dix-septième siècle, elle a constitué le système le plus restrictif au profit de sa propre marine marchande. Qet acte était dirigé surtout contre la marine de la Hollande; mais il a pesé sur toutes les autres marines, il a fait disparaître toute espèce de concurrence entre la mai*ine anglaise et les autres. Maintenant qu elle n*a plus aucune rivalité à craindre , elle vous dit : a Faites comme moi, ouvrez vos ports, soyons égaux. » Mais c est une assimilation dérisoire, et dont nous ne pouvons pas être dupes, à moins de Tùtre volontairemeut. [Très-bien! trth^ bien!)

D'ailleui-s, Messieurs, nous faisons précisément Tinverse de ce qu a fait T Angleterre et de ce qui lui vaut sa prospérité. Elle proclame la libellé du commerce, mais en gardant jalousement la supériorité do sa marine marchande. Nous, au contraire, nous maintenons le système prohibitif, et nous sacrifiions notre navigation, c'est-à-dire Tiutérét natioudl à des intérêts individuels (je ne veux pas dire égoïstes) , à des intérêts qui sont sans doute très-respectables , mais qui ne doivent jamais entrer en balance avec Fintérèt de notre force maritime et de la puissance pubUque.

Ce que j'ai dit des ti*aités de 1822 et de 1826, je le dirai bien plus fortement des mesures à prendre, le plus tôt possible, contre le tiers pavillon. Je ne conçois pas ce qui peut empêcher le Gouvernement de songer, dès à présent, à arrêter cette concurrence, tous les joui's plus menaçante, du tiers pavillon. J ai encore ici un tableau, que je ne mettrai pas sous les yeux de la Chambre, mais qui montre que, de 1825 à 1844, la pix)porlion du tiers pavillon dans la naviga-

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lion internationale u suivi une marche constamment ascendante et a lini par doubler '. Par conséquent, il est grand t«mps de s'arrêter. Et, je le répète, ce i>rivilége acœrdé aiiv tiers pavillons n'est fondé sur aucun traité, sur aucune stipulation diplomatique.

Il y a un autre remède à l'usage du commerce (je n'en suis pas encore aux remèdes que le Gouvernement peut ol doit employer); eu remède consiste à riiigir contre ce disci^dît moral que j'ai signalé tout à l'heure, et dont est atteint licommerce français dans les parages éloignés, à la suite de certaines falsiScations odieuses dans les denrées exportées.

Je ne veux pas m'êtendre longuement sur ce sujet, il est trop triste; mais j'en appelle à tous les officiers de marine qui ont navigué récemment : ils vous diront tous que, dans les parages lointains, le commerce français ne jouit pas de la meilleure réputation. Je me hâte de dire que celte réputation mauvaise est fondée suf les abus de quelques individus indignes. Eh bien! malheureusement, ces individus indignes ont discrédité le corps général, si respectable, des commerçants français. Il suflit malheureusement d'une seule fraude, découverte ou proclamée, pour discréditer le commerce français tout entier dans le port où ce fait a fieu. {Cesl vrai!) Cela n'est arrivé que trop souvent. J'en appelle, je le répète, à tous les ofïïciers de marine, je suis convaincu qu'ils

' Les chiffre:! iiiivaiili avuiouirenl h pari tuiijuurs tromanlu do U tierce puissance dans nos ti ansporla.

ne me démentiront pas. Moi-même j*ai recueilli en Orient des choses trop fâcheuses pour les porter à cette tribune. Je suis fâché de dire que les Anglais ont au loin meilleure réputation que nous en fait d'intégrité commerciale.

Maintenant j'arrive (et j'aurai bientôt terminé; je demande pardon à la Chambre de la retenir si longtemps), j'arrive aux remèdes qui sont à la portée du Gouvernement.

Le premier de tous, celui qui saule aux yeux, c'est que le Gouvernement veuille bien assurer et résener exclusivement au pavillon national le monopole absolu de tous les approvisionnements de l'État. Il y a, messieurs, trois ministères (jui sont chargés de ces approvisionnements : le ministère des finances, le ministère de la marine et le ministère de la guerre.

Le ministre des finances a déjà pris l'engagement important d'assurer le monopole du transport des tabacs à la marine marchande de la France. On nous a dit que le gouvernement américain avait élevé des réclamations, non pas,, comme Ta dit hier M. le comte Beugnot, contre le transport exclusif des houilles sous pavillon français , mais contre le transport exclusif des tabacs. J'espère qu'il n'a pas été fait droit à ces réclamations, car elles ne peuvent être fondées. Mais je réclame du ministère des finances la même mesure à l'égard des houilles nécessaires au service des paquebots de la iMéditerranée; je la réclame avec instance, et j'espère que le Gouvernement voudra bien m'honorer d'une réponse à ce sujet : car il résultera de cette mesure un bénéfice de 42,000 tonneaux par an pour la navigation française ; et , d'après les chiffres que j'ai donnés tout à l'heure, vous devez reconnaître combien il est important pour notre marine marchande d'avoir 40,000 tonneaux de plus par an.

Quant à M. le ministre de la marine, il a fait ce que je demande à M. )e ministre des finances de faire , il l'a fait pour

Œuvres, il. — Uitcottrs n 20

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les houilles dt.' son département; et, si je suis bien infonaj déjà IcuDitimerce de Nantes s'en ressent avec avantage. Il reste à prendre la même mesure ]K)ur les bois destinés à marine, cl en général pour tous les apiiruvisionueineuts l'Étal, (lar, coniinu je le jirouvais tout à Micure, le comiiicn de Brcsl a subi un dccroisseinenl dcploi-able. Ce common s'alimente principalement par le transport des upprovisiog uements de l'Étal; mais, grâce à la concurreuce éltaiigére, a diminue sensiblement de ce côté, parce que lo inimstère. la marine n'a {kis pris la mesure que je réclame, en assurai le monopole du Irunsporl îles apjirovisiouuenieuls de \'È\t au ))a\iIlon national.

Enfin, la sollicitude de M . le ministre de la guerre Itti-inèi peut être ulikuiiiit éveillée à ce sujet. It y a une ordoimaDa que vous connaissez tous, qui assure a notre manne ml cbaude ce monopole, que je l'éelame, cuUe la FraDiv l'Atriijiie. Mais il parail qu'un n'interprète |>as cette onki iiance dans toute l'extension qu'elle pournût recevoir au a( de la navigation côtièro de rATriquc.

Ainsi, dans le numéro du 11 juin, du 11 de ce mois, de Fiance algérienne, organe orficieux du gouierneur je remarque que l'iuleudance venaild'affrélL'rdcux bàlil étrangers, un uajiulilaiu et uu saixle, pour Tenez, alom douze bàtimeuls franfais étaient dans le port d'Aller, al daiildesaffréleinenls, etlesatteudunl ùbuii droil, puisqo' drculaiii; du miuisti-e invite les bâtiments frauçais à v .YTrique v chercher des frets ; et cependant ils ont vu le lier de l'intendanl donner, sous leui-s yeux, la préféi des bâtiments étrangers.

M. Feiuiœh. Je demande la parole.

M. lu: cornu ut MoKrALEUuEHT. C'est dans le )( de M. le maréchal liugeaud que je prends ce fait,

dénonce à la juste sollicitude de M. le ministre de la guerre. Deuxième remède, et ici je me trouve heureusement d'accord avec M. le baron Tupinier, dont j'ai écouté hier, avec tant de satisfaction, l'excellent discours. Je demande avec lui la concentration entre les mains du ministre de la marine de tous les services maritimes. Je ne conçois pas que l'on ait imaginé de partager tous les services relatifs à la marine marchande, au commerce maritime, entre quatre autres ministères, celui des finances, de l'intérieur, du commerce et des travaux publics. Je ne conçois pas que les ports du commerce, les embouchures des rivières, les phares, la pêche et tant d'autres objets essentiels à la prospérité de nofre marine, ne ressortcnt pas du ministère de la marine. Autant vaudrait enlever les fortifications, la gendarmerie, le recrutement, au ministère de la guerre. Je réclame donc avec instance que tous les services qui tiennent de près ou de loin à la marine soient remis, comme au temps de Colbert, sous la main de Tamirauté, c'est-à-dire du ministère de la marine. Et je remarque à ce sujet que le partage de ces attributions ne réussit • pas assez pour qu'on s'obstine à le maintenir. Ainsi, on se t plaint amèrement du bassin de Saint-Malo, construit, non par ^ le ministère de la marine, mais par celui des travaux publics, ^*et qui parait devoir ne servir à personne.

M. LE BARON Tupinier. Il est complètement manqué. 5^ M. LE COMTE DE MoNTALEMBERT. Vous le voyez ! mon ^^Nteertion est confirmée par l'autorité d'un des chefs de l'adiVniinistration de la marine.

te""" En troisième lieu, je demande la révision des tarifs de la

^Uane : d'abord , comme l'a réclamé le conseil général du

^i^^merce, dans sa séance du 6 janvier 1846, sur les matières

^*^ *eniières nécessaires à la construction des bâtiments mar-

^^fc^tads, le bois, le fer, le chanvre, et de même sur les salai-

în» FOBCES MARITIMES

sons qui servent à la nourriture des équipages. Mais je le demande surtout pour les matières d'encombrement qui sont la principale ressource do notre marine comniereiale. Je demande qu'on ne recommence jamais, et, s'il est possible, iju'on retienne sur la faute énorme que nous avons commise, il y a dcn\ ans, quand nous avon» frap|>é d'un droit exorbitant une matière d'encombrement aussi précieuse qtie le sésame. Je demande donc qu'il y ait une révision des tarifs [tour les bouilles, les cotons, les sucres cl le tabac, avec les précautions nécessaires pour que cet abaissement ne profite qu'à notre navigation nationale, et je répète à ce sujet l'observation tant de fois faile, que ce sont les matières d'encombrement qui font la fortune d'une marine, témoin la houilit' en Angleterre, le coton en Amérique.

Je passerai rapidement sur d'autres améliorations; par exemple, 5;ur celle du curi>5 consulaire. Les agents consulaires, la plupart du temps, sontcbuisis parmi les étrangers ; je ne parle pas des consuls, mais des agents cunsulaii-es, qui jwurraient être pris, avec plus d'avantages, parmi les aégociants français, quand il y en a . Et, de plus, je voudrais qu'on revînt sur la prohibition, injuste et funeste suivant moi, qui interdit aux consuls du roi d'être commerçants. L'Angleterre, qui avait établi cette probibition, y a renoncé depuis 1832. J'ai connu des consuls anglais à la tète de grandes maisons de commerce, et qui, tout en faisant fort bien leurs propres affaires, faisaient parfaitement celles de leur gouvernement. Il n'y a pas lieu, je crois, dans notre dénùmcnt commercial, d'établir une incotnpatibilîtésans motif entre la profession de négociant et la qualité de consul.

J'indiquerai, toujours en passant, les précautions à prendiv çontiv ces falsiliculions qui discrédlteul notre commerce, el dont JL- n'ai dit que quelques mois trop courts, mais trop pé-

Dibles. Je voudrais, qu'à Tinstar de T Amérique et de la Russie, le gouvernement français prît des précautions au sujet de Texportaiion de certaines denrées qui sont le plus atteintes par la falsification. Vous savez qu'en Amérique, pays de grande liberté, la farine, qui est un grand objet d'exportation, est toujours vérifiée à la sortie ; en Russie, pays de despotisme, cela ne souffre pas de difficultés pour le chanvre. II en résulte <[u'on n'a jamais à se plaindre dans les ports étrangers des farines de l'Amérique ni du chanvre de la Russie.

Enfin, permettez-moi de vous dire quelques mots du personnel de l'inscription maritime. Ne craignez pas que je traite à fond cette question. Il y a une bonne raison pour cela. Parmi les autorités que j'ai consultées, il m'a été impossible de me faire une idée nette des ressources positives que présente cette inscription maritime. Je ne conteste donc pas les calculs du Gouvernement ; mais je déclare qu'en les admettant pour vrais, il y a des précautions à prendre, des garanties à leur donner. Tout le monde admet pour vrais les calculs qui s'appliquent au recrutement de l'armée ; et personne ne conteste cependant que, malgré l'exactitude de ces calculs, il n'y ait les plus grandes précautions à prendre pour garantir le bon ordre, la sécurité et l'honneur de cette population militaire de la France. Or, il en est de même de la population maritime. Je ne veux exposer à ce sujet qu'une seule considération, c'est l'obligation qui vous lie envers cette population comme conséquence de l'inégalité qui pesé sur elle. En effet, vous savez qu'en dépit de l'article de la Charte qui déclare que tous les Français sont égaux devant la loi, cette population maritime est soumise à un régime exceptionnel. Elle l'accepte, elle ne s'en plaint pas ; ce n'est pas moi qui l'exciterai à s'en plaindre, je crois au contraire que sa gloire et son intérêt bien entendu doivent la porter

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avec nous tous à désirer ]e miiintit.'n de cette législation exceptionnelle. Je dis senlement qu'elle est exceptionnelle; personne ne peut le nier. Vous le savez, tandis que la population militaire de la France, que l'on peut évaluer à 8 millions, n'est assujettie qu'à fournir 300,000 soldats poui l'armée de terre, la population maritime, qui se monte à 100,000 individus, est obligée à en fournir 23,000 pour l'armée de mer. C'est une différence d'un vingt-sixième à un quart; cten outre, au lieu do servir sept ans comme dans rariuêe de terre, les marins doivent être de vingt ans à cinquante ans à la disposition de l'État.

Or, que leur a-t-on assuré en guïse de compensation? Jt ne parle pas de l'exemption du service militaii'e, ce n'est pa» là une exemption sérieuse puisqu'ils servent à la mer ; mais on leur a assuré quatre choses : d'abord la navigation réservée avec les colonies ; ensuite le privilège du caliotage ; eu troisième lieu, celui de la pèche, et en quatrième lieu, h caisse des invalides.

Voilà les avantages qu'on leur a, faits. Eh bien ! je crois qu'il y a quelque chose à faire en sus de cela. Je ci'ois qu'ils ont un droit ac4]uis non-seulement à ces quatre privilèges, mais encore à ce qu'on rétablisse pour eux, par les changeiitenls que j'ai indiiiuès dans les traités de la France avec le:puissances étrangères, un droit supéileur à celui qu'ils onl aujourd'hui dans la navigation de concurrence avec les autres nations, des avantages supérieurs à ceux des marins étraugere, pour ne pas les exposera languir dans une oisiveté aussi fatale à leui-s intérêts qu'à ceux de l'Etat,

Mais en dehors de ce grand changement, il y a des améliorations à apporter dans les deux derniers ordres de bénéfices qui leur sout garantis.

En ce qui louche à la pèche, il j a nécessilé d'augmenter

DE LA FRANCt:. 3 M

les primes pour la grande pêche. Les Américains ont 680 baleiniers; nous en avons 43. Assurément je sais trop quelles sont les dispositions de M. le ministre de la marine à ce sujet, pour n'être pas sûr qu'il fera tout ce qui dépendra de lui pour soutenir et encourager les grandes entreprises de pêche qui seraient tentées de se former. Je crois qu'il s'en forme actuellement au Havre, et je compte sur sa sollicitude pour protéger par tous les moyens possibles cette entreprise, qui sera si utile à notre année navale et à notre prospérité commerciale. Pour la petite i)êche, il y a non-seulement des primes à donner, comme on vous le demandait hier; mais il y a encore de grandes réformes à introduire dans le régime de la pêche des rivières. II paraît qu'on a abandonné à des propriétaires le droit d'établir des filets dans des endroits qui étaient positivement et spécialement réservés à l'inscription maritime. On ne doit pas l'oublier dans cette Chambre, la pêche, le monopole de la pêche en France, est la dotation, l'apanage de l'inscription maritime, Y porter atteinte, c'est porter atteinte à là justice et à l'un des principaux éléments de la force nationale.

Reste encore la Caisse des invalides.

On a parfaitement signalé hier les dangers auxquels cette admirable institution avait été exposée : heureusement, on peut croire qu'elle y échappera. Mais cela ne sufQt pas ; on peut encore faire quelque chose pour l'améliorer. On a retranché ce qui lui était alloué en vertu d'un ancien usage, le prélèvement de 3 pour 1 00 sur tous les marchés contractés par le ministère de la marine. Ceci a été exigé par la régularité excessive et pédantesque de notre comptabilité. [On rit,) Mais il me semble que ce qui a été retranché devrait être remplacé, si ce n'est rétabli. Je demanderais en outre que le ministère s'occupât d'étendre à la marine le tarif des retraites

îiî FORCKS MARITIMES

lie la loi de 1631. M. Taniiral de ^lackau a déjà pris celle mesure pour les ouvriers des ports ; tout le monde l'en bénit, tout le monde l'en remercie. Je lui demande d'agir de même vis-à-vis de la marine tout eiiliêrc. Je voudrais encore savoir pourquoi on ne rétalilirait pas ks art. 12 et 31 du décret de brumaire an V, qui régitcncore aujourd'hui l'inscription maritime. L'art. 12 accordait un mois de solde aux engagés volontaires, cl l'art. 31 accordait un secours aux petits enfants des marins embarqués. Ces deux articles sont tombés en désuétude : je demande pourquoi, et j'exprime forniullcment IIvœu qu'ils soient remis en activité.

Enfin, Messieurs, après avoir traité devant vous très-bricvement de cette institution de la caisse des invalides, qui console la vieillesse de nos marins, permettez-moi de. dire un mot sur leur berceau, sur leur jeunesse, c'est-à-dire sur les écoles de mousses. Il y a là une pépinière inappréciable pour la marine. Un brave et ino<lestc membre de cette Clianibre, M. l'amiral Grîvel, nous en a parlé hier trop peu, par moileslie; il aurait dû et pu nous en parler davantage, car on sait que c'est lui qui a pris la part principale à cette institution; son école des mousses à Brest a parfaitement réussi. Il n'en a pas été de même ailleurs. Peut-être vaudrait-il mieux n'établir ces écoles que sur des bâtiments qui naviguent, sur des hâtiments de commerce qui donneraient toutes les garanties nécessaires. Je crois qu'il s'en prépare pour le compte d'une société de commerce qui offre ces garanties. C'est \m point que je recommande à la sollicitude éclairée do M. le ministre.

En résumé, voici les remèdes que je viens d'indiquer : En ce qui touche au matériel : garantir au pavillon naUonal le monopole du transport des approvisionnements de l'ÉLit; concenirev tous les services relatifs à la marine dans

les mains et sous rautoriié de M. le ministre de la marine; réviser les tarifs de douane dans Tintérét de la marine marchande; reformer le corps des agents consulaires , et établir des précautions pour prévenir la fraude dans les denrées exportées. En ce qui touche au personnel : améliorer la position de la grande et de la petite pêche ; fortifier l'influence de la caisse des invalides, par les moyens que j'ai indiqués; et, en dernier lieu, fonder ou encourager des écoles de mousses à bord des bâtiments de commerce.

Je devrais, Messieurs, m'excuser en finissant d'avoir ose traiter devant vous un sujet auquel je suis étranger par mes études habituelles. {Non l non l — Très-bien l) Cependant, j'ai pensé qu'il suffisait dans cette Cliambre d'apporter à cette tribune ce à quoi nous devons tous plus ou moins prétendre, c'est-à-dire du patriotisme et du bon sens; c'est pouri[uoi j'ai pris la liberté de traiter devant vous, trop longuement peut-être, cette matière si importante, si digne de votre examen.

Je terminerai par une dernière considération : si nous parvenons, comme je le désire ardemment, à lancer dans la voie des grandes entreprises maritimes et commerciales, l'intelligence et l'activité de la France, nous aurons obtenu un double résultat de la plus grande importance. Nous aurons d'abord posé les fondements d'une vraie grandeur^ d'une grandeur durable et pacifique, car, je le disais tout à l'heure et je le répète, telle a été la condition de la grandeur durable , de la haute fortune de toutes les nations qui ont joué un grand rôle dans l'histoire moderne.

En outre, nous aurons rassuré tous les peuples du monde sur la nature véritable de notre ambition; nous exciterons peut-être, je le crains, la jalousie de l'Angleterre : c'est un malheur auquel il faut se résigner; mais nous aurons inspiré

3tl KORCES MAdlTIMKS

la confiance et la sécurité à touU's les autres nations ; jusqu'à présent, vous le savez, elles se défient de nous; elles ont |>eur de nous ; le souvenir de nos envahissements, de nos conquêtes, les effraye et les éloigne de nous.

Eh bien! quand elles veiTont que l'activité, que la fécondité du génie Je la France se tournent vers les entreprises maritimes, commerciales et coloniales, je suis convaincu qu'il s'opérera au profit de la politique française, de l'influence franvaise , un immense et bienheureux rcviremenl.

Je crois fennemenl, quant h moi, que !a politique ctjiilinentale a fait son temps; elle a eu dans l'empereur Napoléon le plus glorieux et le plus splendide l'eprésentanl. Qu'a-t-elle produit? Au milieu d'un océan de gloire, l'épuifiement el en dernier lieu l'humiliation de la France, ranéanlissemenldt notre commerce et de notre marine. Au eontraire, la poliiîqae maritime et coloniale nous a donné, sous Louis XIV et Louis XVI, un degré de splendeur et de prospérité qu'on n'avait jamais atteint jusqu'alors et qu'on n'a pas atteint depuis.

Nous l'avons perdu; mais nous pouvons tout réparer, tout récupérer, si nous le voulons. Et nous le voudrons. Pour nous borner à la Méditerranée, quand, dans cette seule mer. on a Marseille, Toulon et -Alger, il est impardonnable que la marine de la France y subisse le déchet, la décadence permanente dont je vous ai donné la preuve.

Je vote donc pour le projet de loi ; mais à une condition expresse, c'est qu'il sera pris le plus tôt possible des mesures pour que la marine marchande arrive au même degré de force et de pi-ospcrité où vous voulez porter la marine militaire. C'est dans ce but, dans cet esprit que je domie mon assentiment au projet de loi, et que je m'abstiens de toute espèce de critique contre l'administration de la marine; car

DK I.A FRANCE. 315

on pourrait trouver à critiquer dans son passé; rappeler que ce n*est pas elle qui a pris Tinitiative dans les grandes mesures politiques qu'on vous propose; rappeler que constamment on Ta obligée d'aller plus loin qu'elle ne le voulait-, que c'est l'amendement proposé par l'honorable M. Lacrosse à la Chambre des députés qui Ta obligée à faire pour 1 0 millions d'armements dont elle ne voulait pas; que ce sont les discussions des Chambres qui ont amené le ministre actuel à faire le rapport au roi qui est la base de la loi actuelle...

M. LE MINISTRE DE LA MARINE. VcuillcZ VOUS CXpliqUCr SUr

ce point ; je vous le demande personnellement. Vous disiez à la Chambre, après avoir donné à l'ensemble du projet votre appui, que vous ne vouliez pas entrer dans quelques explications critiques sur les précédents de l'administration de la marine ; vous avez ajouté, et c'est ce qui m'a porté à prendre la parole, que ce n'est pas l'administration actuelle qui a pris l'initiative de la grande mesure que la Chambre examine dans ce moment. Eh bien! si le cours de la discussion m'amène à m'expliquer sur ce point, il me sera facile de démontrer à la Chambre que, dès mon entrée au ministère de la marine, j'ai pris Tinitiative des mesures qui ont appelé l'attention du Gouvernement et des Chambres sur la situation de notre établissement naval et sur Tinsuffisance de ses ressources ordinaires, et qui , par suite, ont fait naître le projet qu'on examine en ce moment.

M. LE COMTE DE MoNTALEMBERT. Je l'admets parfaitement; je le crois, puisque vous le dites. Mais vous admettrez un fait: c'est que ces grandes mesures sont nées des plaintes et des préoccupations que la Chambre des députés, que l'opinion générale en France , ont manifestées au Gouvernement. Et vraiment, je m'étonne qu'un ministre se lève pour me répondre et m'interrompre, alors que je déclare que je ne veux

.116 l'ORCKS MARtTiJiCP,S

pas attaquer le Gouvernement sur sou projet. Je voulais précisément rendre hommage à M. l'amir-Tl de Mackau, non p.is tant à cause de ce qu'il vient de dire, qu'à cause de ce qu'il vient de faire; et je suis encore heureux de lui rendre cel hommage à cause des dernières ordonnances relatives Irailemenl des esclaves, que le roi a rendues sur sa proiwsilion .

I] faudrait aujourd'hui que M. le ministre fît bien du niai [K)ur que je me décidasse à l'attaquer , quand il vient d'attacher à son nom une gloire si pure, si digne d'envie. Je veui donc, pour ne pas IrouLler l'unanimité que je désire dans cette Chambre, comme elle a existé dans l'autre, dooner l'ejtcmple d'une adhésion complète au projet du fioiiïtinement.

Ainsi , bien loin de faire uu crime au Gouvernement de ce qu'il n'a pas pris l'initiative, je veux m'en féliciter et en féliciter le pays; car il vaut mille fois mieux qu'il soîtcODstaté, non pas aux yeux du pays, qui n'en a pas besoin, mait aux yeux de l'étranger et de rEurojw entière, que ce gnod mouvement d'opinion, relalivement à l'accroissenicat du matériel et des forces de notre mariue, n'est pas l'œunc d'un seul parti, d'une seule opinion; qu'il ne provient pu d'un ministère quelconque, d'une opposition quelconque, pas plus du 29 octobre que du i" mars, mais qu'il sort doj entrailles et du cœur du pays tout entier ( très-bien! (ràhieni), que sur ce point tous nos dissentiments ont pour faire place à un vœu unanime et irrésistible. Il faut l'Euroiie sache, comprenne et inscrive dans son système tique, que la France est résolue à être une puissance mont du premier ordre; que ce n'est pas tel ou tel ministère qui 11 voulu ou pensé , mais que c'est la France tout entière qui 11 voulu, qui le voudra toujours; et qu'il y a des qucslioiii

nous savons nous mettre tous d'accord pour la gloire du pays. [Vive approbation.)

Ainsi donc, qu'on le sache bien, la France veut deux épées. Ce n'est pas assez pour elle d'une seule ; ce n'est pas assez de cette épée qu'elle porte si haut sur sa frontière de terre, et qu'elle a promenée victorieuse dans toutes les capitales de l'Europe; elle veut en avoir une autre avec laquelle elle pénétrera jusqu'aux extrémités du monde, pour y porter le respect de ses intérêts, les progrès de son commerce et la gloire de son pavillon ; l'une et l'autre sont indispensables à son honneur comme à son existence. [Très^bien I très-bien!)

Voilà ce que je veux constater : la résolution féconde, inébranlable , incontestable du pays tout entier. Je désire que celte pensée soit constatée dans cette Chambre comme elle Ta été dans l'autre , par l'unanimité des suffrages , et c'est pour cela que, contre mon habitude, je voterai pour le projet de loi. {Marques nombreuses d* assentiment.)

(Extrait du Moniteur du '21 juin 1846. }

Après quelques explications données par Tamiral ministre de la marine, et le rapporteur, M. le baron Charles Dupin, le projet fut Toié par \ 22 voix contre 2.

KN ALGÉRIE

CIIAMBItE DES PAIRS Dlscnsslon Mir le» crédits de l'Algérie.

Stïaiicc ilu :jO juin 1840-

Uans le cours de l'année 1S44, une insurrucIJon géni'rsta av^l éclulO iiarnii les tribus de l'Algiïrie. Le colonel Pélissier ', chargé de l'e»!) édition dirigée coulre la tiùbu des Ouïe d-Kiab, dans le Dahra, refoulu les conibaUaiils dans des grottes inexpugnables où ils avaieul envoyé déjà leurs feonucs, leurs enfants, leurs troupeaux et toutes leurs richesses. Sur le refus des Arabes de se rendre, malgré U promesse qui leur était faite de respecter leur personuc et leuH' propriétés, le conimaudaut des troupes françaises Ht jeter des (asdnes enilanuuées à l'entrée des grottes, et cinq cent trente Arattei qui s'y trouvaient renfeiinés furent étouffés ('iO juin 18IS).

Cette exécution militaire fut vivement attaquée dans la presse et dans les Cbanibres.

A la tlhanibre des Pairs, M. le prince de la Moskowa, dans h séance du il juillet iSi'6, demanda des explications sur un acte dont, suivant lui , ou ue trouverait pas d'exemple dans les lempi de bui'burie les plus reculés. M. le uiarécbal duc de Dalmatie, ministre de la guerre, déclara qu'il désapprouvait hauteuient ce fail, bien que l'absence de rapports officiels l'obligeât i suspendre son

Aiijoui'd'bui mai'échuJ du Fi

LA GUtlRRl:: ET LE CHRISTIANISME. 319

jugement sur les personnes. « il semble, dit alors M. de Montaleml)ert, qu'un pareil fait, par Fhorreur qu'il inspire, mérite autre chose qu'une désapprobation. — S'il ne suffit pas de le désapprouver, répliqua le ministre, je le déplore. »

Dans la session de i846, la discussion d'un projet de loi relatif à l'ouverture d'un crédit extraordinaire de 25, 1 74,741 fr. pour l'Algérie permit à M. le comte de Montalembert d'appeler de nouveau sur ce sujet, et sur l'état général du gouverucmcnt de nos posses- Aons africaines, l'attention de la Chambre des pairs.

Je ne viens pas apporter ici un plan quelconque de guerre ou de colonisation ; je ne viens même traiter ni Tune ni Tautre de ces questions, ni le système de la guerre, ni le système de colonisation ; mais je ^îens exprimer à cette tribune ce qui me IKiraît être le vœu d'un bon Français, d'un ami sincère, d'abord du pays, puis de l'armée et de la gloire de larmée. J'y suis appelé par certaines paroles que M. le marquis de Laplace a prononcées hier, qui viennent d'obtenir de nouveau le suffrage et l'assentiment de M. le minislie de la guerre. Je crois qu'en dehors de toutes les questions d'opérations militaires ou de colonisation, du présent ou de l'avenir de l'Algérie, il y a une question d'hunianité et d'honneur national que tout Français est en état d'apprécier, même sans être militaire et sans avoir été en Afrique. Or, je crois que les lois de Thuluanitc et les lois de l'houneur sont toutes les deux atteintes par le système des razzias, connue on l'appelle, par le système de dévastation systématique qui a trouvé hier à la fois des ajMlogistes et des critiques dans celle enceinte. Ce système, évidemment incompatible avec des plans de colonisation quelconques, a heureusement rencontré ici des censeurs très-compétents, |)anni lesquels je suis heureux de pouvoir opposer à l'autorité imposante de M. le marquis de Laplace lautorité non moins imposante de M. le comte de Castellane, de M. le

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gi'iiénil Ctibières, et aujourd'hui <le M, le généi-al Fnbvier.

Je ne puis que joindre mu protestation à la leur.

Mais il y a plus ijuc cela. M. le général do Laplace a nonseulement fuit l'ajwlogie du système des razzias, mais il a encore raîf l'apologie de eerlains faits qui ont été sévérenieiil qualifiés dans cette Chambre, l'année dernière, par M. le prince de la Moskowa, cl auquel je me suis alors associé. Je suis obligé, par conséquent, de venir de nouveau lesoombuttre, quand je les vois non-seulement passés sous silence, non-seulement absous, mais en (piel<iue sorte gloiiliés, et glorilics avec l'assentiment d'une partie de la Chanibre.

M. LE AiARQms riË Laflace. Je demande la parole,

M. LE COMTE DE MosïAiJiJiiDEni. Je reconuais cct assentiment, et j'y puise un motif de plus de réclamer. Si M. le marquis de Laplace avait émis un jugement en quelque sorte solitaire sur cette matière, j'aurais gardé le silence; maiï l'assentiment d'une partie de la Chambre, cet assentiment constaté au Moniteur, m'oblige, au contraire , de prendre Ln ]KiPole; car, je l'avoue, je ne saurais me résigner à ce qa'tme Chambre à laquelle j'ai l'honneur d'appartenir pût être censée avoir applaudi unanimement, et sans protestation de ma part, à l'aimlogie du massacre des grottes de la Dahra. et du fait épouvantable encore des grottes de laSbeah, au mois d'août dernier. [Rédamations.)

M. le marquis de Laplace vous a dit que si M. le colonel Pélissier n'avait jas eu recours à cette mesure extrême, il aurait été entouré par les hordes ennemies , et qu'on ne pouvait pas calculer combien il aurait perdu d'hommes dans sa retraite. Eh bien! messieurs, je répondrai à cela : Combien calcule-t-on que l'armée française a perdu d'hommes dans ta grand soulèvement de la Gn de l'année dernière, et qui est-ce qui peut répondre (jue ce soulèvement de l'année dernière, el

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tous les désastres, tous les massacres qui eu ont été le résultat, n ont pas été indirectement produits par le massacre de lu Dahra? {Non/ non!) Vous n'en savez rien, ni moi non plus.

Personne ne peut en répondre. [Nouvelles dénégations. ) Quant à moi, je n*en réponds pas \ mais je défie qui que ce soit de dire que cela n'a pas été. Personne ne connaît assez V) pays et Tinfluence que ce fait a pu exercer sur les Arabes pour soutenir que cela n'a pas causé, d'une façon indirecte au moins, le soulèvement de l'année dernière. Quant à moi, j'ai recueilli beaucoup de renseignements qui m'autorisent à le croire , et je demande si les pertes qu'on a essuyées à cette occasion n'ont pas été mille fois plus grandes que celles qu'aurait pu éventuellement hypothéti([uement, éprouver le colonel Pélissier dans sa retraite, s*il n'avait pas étouffé, enfumé ces malheureux dans leurs grottes. [Nonl nonl — Mouvements divers.)

On nous dit que ce sont de légitimes représailles.

Sur ce sujet-là, et en fait de représailles, je dirai qu'il y a un argument souverain à opposer à toute grande nation et à toute nation chrétienne, de même qu'à tout homme d'honneur engagé dans une lutte malheureuse. On peut, on doit leur dire : Ne vous aventurez jamais sur un terrain où vous ne pouvez pas suivre votre adversaire jusqu'au bout. Eh bien ! je vous défie, heureusement je vous défie de suivre vos ennemis jusqu'au bout sur le terrain des représailles, sur le terrain des cruautés systématiques. Vous y serez toujoui-s, grâce à Dieu, les inférieurs des Arabes; vous serez toujours les inférieurs des barbares en fait de barbarie. Là, vous êtes condamnés d'avance à être vaincus ; et c'est la gloire, c'est l'honneur, c'est la véritable victoire de la France. [Mouvement.) Oui, il est évident que, grâce à notre civilisation chrétienne, grâce à notre honneur national, il y a certaines extré-

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