‹ Discours (volume 2)Chapitre 49 sur 73 · U ÉLECTIONS · texte numérisé non relu

U ÉLECTIONS

perdre, c'est au contraire professer sa foi. Ces professions do foi, impuissantes sur l'élection présente, ne seront pas sans influence sur l'avenir. On peut, nous le savons, en être réduit à ne pouvoir choisir qu'entre deux candidats ennemis de la liberté ; mais alors même, il reste la ressource de choisir le moins hostile, le moins incorrigible; et souvent il achètera par des concessions imprévues le concours de vos votes. L'essentiel est de constater vos forces au premier tour de scrutin, en portant vos voix sur un candidat catholique, avant tout, même quand il n'aurait aucune chance de succès. C'est, le plus souvent, entre le premier et le second scrutin que se manifeste à tous les yeux l'importance du concours des catholiques. Ne l'accordons qu'au plus digne.

Accoutumons les esprits à nous voir dans cittte situation, qui est la seule digne de chrétiens et de citoyens !

Pour la conquête pacifique de la liberté rehgieusc, ne comptez que sur vous. En dehors de vous, il y aura des luttes à soutenir, des embûches à éviter, des préjugés à vaincre ; mais ayez confiance en vous-mêmes.

Nous entendons quelquefois certains de nos amis se plaindre de l'oppression qu'ils subissent : au lieu de se plaindre, qu'ils s'accusent. Ils ont le pouvoir de se délivrer, puisqu'ils ont le droit de nommer les législateurs; ils sont souverains, et ils restent inactifs I Ils méritent leur sort, en même temps qu'ils sont responsables des douleurs de nos frères. Nous aurons la liberté, si nous le voulons; nous serons opprimés, si nous négligeons de nous défendre I Les âmes pusillanimes se plaignent. Les âmes fortes agissent.

Nos principes planent au-dessus de la situation politique. Ne pouvant les nier, on travaille ou à les détruire ou à les exploiter. Nous laisserons-nous abattre 7 Nous laisserons-nous tromper?

Dans le dernier avertissement électoral donné par les partis, à l'occasion de l'amendement Thiers-Barrot, M. Thiers, qui ne combat ordinairement que des adversaires qu'il croit puis* sants, s'est posé en ennemi; il u l'instinct de notre force. M. Guizot, qui a le sentiment des conditions auxquelles un

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pooYoir est durable, a fait un pas vers nous ; il avoue ainsi notre guissance morale.

Mettons-nous en mesure de faire nos conditions : on est heureux quand on n*a à stipuler que pour la liberté de tous ; mais souvenons -nous que nous n'obtiendrons rien que suivant notre pouvoir démontré, soit dans les élections, soit à la Cbarabre.

Dès que nous irons voter, dès que quelques-uns de nos amis iront s'asseoir sur les bancs de la Chambre, notre puissance, ou plutôt la puissance de la liberté, éclatera à tous les veux.

On nous reproche de vouloir donner des mandats impératifs. Nous n'avons pas besoin de réfuter ce reproche immérité. Nous nous contenterons de répondre que Topposition et le Gouvernement ont inventé, pour les élections prochaines, le mandat exclusif. M. Guizot dit : » Votez contre tout partisan tt de M. Thiers; » et M. Thiers dit : « Votez contre tout partisan « de M. Guizot. » Dans ce système, les candidats sont admis ou repoussés, non suivant qu'ils sont pour tel ou tel principe, mais suivant qu'ils sont pour tel ou tel homme.

Nous, au contraire, nous ne prenons pour guide que les principes et la Charte; à tous les candidats personnels nous préférons les candidats de la liberté.

Nous vous exhortons à vous entendre, à sacrifier toute prétention personnelle ou particulière, à voter, tous et chacun. Le jour où chacun de nos amis ira écrire un nom, quel qu'il soit, sur un bulletin électoral, ce jour-là, un grand progrès sera accompli pour Tavénement de la liberté.

Le 3 mars dernier, M. Cobden s'écriait, dans la Chambre des communes : « Plus de ces vieilles distinctions de partis « devant les électeurs I Plus de tories ni de whigs I U n'y a « que des amis ou des adversaires de la liberté commerciale. »

Et nous , nous disons : Aux prochaines élections , élevonsnous au-dessus des conflits de personnes. Que le titre d'amis de M. Guizot ou de M. Thiers s'efface à nos yeux. Qu'il n'y ait pour nous que des amis ou des ennemis de la liberté religieuse I

ttË ÉLECTIONS DE )Si6.

Électeurs catholiques! votre avenir, celui de vos enfants, est lînlre vos nittins. Vous en êtes responsables. Vous serea lei premiers punis de votre mollesse et de votre inaction. Puissiez- voua comprendre toute l'étendue du mandat doni vous êtes investis , et dont vous rendrez compte à Dieu et i la postérité!

Le coirrE de Mont^ilembert, Frétillent du Comité.

H. DE VATUdESNlL,

Vice- Président.

Hesbï de Hiahcey, Secrétai}e,

COMITÉ ÉLECTORAL

poun

l-A DÉFENSE DE LA LIBERTÉ RELIGIEUSE

Paris, ce 14 septembre IWrt.

Monsieur ,

L.a yérification des pouvoirs est terminée ; la Chambre vient ^*^tre ajournée au mois de janvier prochain.

L.e Comité doit à ses correspondants , il se doit à lui-môme ^« 'VOUS entretenir en quelques mots et des résultats obtenus, ^t <jfts travaux à entreprendre.

Nous pouvons le dire sans orgueil : le premier essai de nos forces a dépassé nos espérances.

Sans doute il s'en faut de beaucoup que tous les catho- ^<Iiies aient répondu à notre appel ; sans doute 11 y a eu encore dans la conduite même de ceux qui ont agi beaucoup ^'inexpérience et de timidité ; et, pour être dans la vérité, ^ous devons avouer que nous n'avons pas tenté la dixième PBirtie des efforts que réclamaient et notre nombre et Timportance dominante de la cause que nous défendons.

Cependant, s'il est un fait incontestable et hautement re- ^oimu, c'est que l'intervention des catholiques a été acceptée ^anstous les collèges où ils se sont présentés; que le pro- S^amme tracé d'avance par eux a été rigoureusement suivi ; ^'ils sont demeurés dans cette ligne courageuse d'impartialité et de persévérance dont ils ne se départiront jamais ; et Qu'enfin ils ont démontré, à la face de la France entière,

Sttvret. II. — Dtacoun. il. 27

(■uinbien ils sioiit, ai'oiit luut, dévoués aux intérêts deUeon- I sripnce, de la famille el de la liberté.

Code fermeté a eu sa récompense : plus de ceiii irmu députés, à noire connaissance, ont pris, soit dans leurs professions de foi, soil par des promesses verbales ou écrites, l'onKagomcnt de soutenir et de. réclamer la liberté religieapi; et la liberté d'unsciffuemcnl. Un tel râsnilal est S'isez éloqu>'nt par lui-mfimc.

Le comité a eu ensuite l'inappréciable avauta)^e de se recruter, sur le.s ditTërents bancs de la Cbambre, parmi les membres les plus zélés de la législaluie de 181G. Vous tou^ féliciterez, comme nous. Monsieur, de ces adbésioiis précieuses, qui nous donnent aux yeux du pays une autorité el une force nouvelles,

De semblables succès nous imposent dos obligations plu< l'troiles. Si ccuk qui n^doulânt nos progrès ne peuvent pas li" contester, ils voudraient bien, en réduisant l'importance lii' nos avantages de la veille, arrêter notre marche dès le lendiîmaiu. Us nous forcent, au contraire, par leurs manifestations de défiance et d'hostilité, à redoubler nous-mêmes de dévoua ment cl d'ardeur.

Nous n'ayons pas besoin, Monsieur, de vous rappeler qui^ l'inlervenliou des électeurs dévoués ù la Uberté rtïligieuse ne saurait se borner à l'acte définitif du vole. Notre devtxrà tous est de ne rien néghgcr pour préparer, par nos soins, l« choix et les chances futures des bons candidats, et pour k^rnntir, par la surveillance et l'inspection que la loi nous nsiorcnt, l'inLégritc de toutes les opérations qui se rattachent eu scnitin électoral.

Parmi ces opérations, il n'en est pas de plus importante que la récision des liglen. Il nous suffit de la signaler à votre zèle. C'est le stimuler assez, que de lui montrer un devoir urgent et essentiel à remplir.

Les Ustes électorales sont afiichécs depuis le 15 aoiit. Jusqu'au 30 septembre, elles sont soumises par la publicité bu coutrùle des citoyens. Klles doivi-nl subir voire esameu ronscii^ncieux >d vii^ilaiil.

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Si les électeurs, en effet, font les députés, ces listes seules confirment et constatent, non le droit, mais le titre électoral. La pureté des listes est donc la première condition de la sincérité de l'élection.

Ce n'est pas être gratuitement soupçonneux à l'égard de l'administration que de se défier de l'esprit qui la guide dans ses travaux préparatoires. Les législateurs eux-mêmes ont prévu des erreurs , des abus et des excès de pouvoir ; euxmêmes ont imposé à tous les citoyens la mission de les dénoncer et d'en poursuivre la réparation.

Ne craignons pas non plus de calomnier les agents actuels de l'autorité , en supposant que Thypothèse prévue dès 1831 se réalise chaque jour. Des faits récents et nombreux réveilleraient au besoin notre sollicitude.

A Nîmes, les listes révisées eu 1845 contenaient plus de cent noms qui ne devaient pas y figurer. Ces voix de contrebande ont certainement influé sur l'élection, ou plutôt elles en ont décidé le résultat fâcheux. Si elles eussent été écartées à temps, l'issue de la lutte eût changé avec la force réciproque des partis, la liberté reUgieuse n'aurait pas été privée d'un de ses plus courageux et de ses plus éloquents défenseurs, dans la personne de M. Béchard.

A Montpellier, les listes de Tannée dernière avaient été aussi singulièrement dénaturées. Pour les réformer, plus de trois cents procès ont dû être soutenus devant la Cour royale de cette ville.

Cette année même , à Paris et dans les dépariements où le sentiment public, ranimé naguère, ne s'est pas tout d'un coup rendormi, les comités ou les délégués des électeurs, qui ont compulsé avec sévérité les hstes renouvelées , y ont saisi les traces significatives d'une légèreté étrange ou même d'une habileté plus coupable que la négligence. En effet, si beaucoup d'électeurs qui devraient être rayés ne l'ont pas été d'office; si, au contraire, plusieurs ont été rayés qui devraient être maintenus, on a remarqué que presque toujours les premiers sont ceux sur lesquels l'administration croit pouvoir compter, les autres, ceux dont, à tort ou à raison, elle se défie.

Quant k noua, Monsieur, Dutiv uction loyale est sppelëft. commandée rI facilitée par la loi; elle est aussi simple qn'HI.' est précieuse pour le maintien de nos droits.

Elle se boi-ne à trois pointa pnneipaux :

1° Faire inscrire sur les listes tous les citoyens qui n'y sont pas compris, soit qu'ils possèdent depuis Ionp;lemps, soii qu'ils viennent seulement d'acquérir le privilège électoral ;

2° Poursuivre la rélntéf^ration des électeurs qui auraîeni été injustement rayés;

3" Obtenir au rontraire la radiation de renx qui se trouveraient indûment portés.

Cette troisième démarche, quoique plus pénible, est an' moins aussi nécessaire que les deux premières. L'inscription de faux élecleurs vicie radicalement la composition du colléfie. Presque toujours volontaire, cet abus a de plus que tout autre le tort d'être plus commode sans être moins coupal)Ie. H doit être réprimé sans pitié.

Les réclamations des électeurs n'ont pas hesoin d'être eorcRistrées, ni même d'élre écrites sur papier timbré. Une simple lettre suflit.

Les contestations et procès dont elles peuvent être le début se jugent sommairement, et presque sans frais.

Nous vous engageons vivement à ne pas hésiter dans l'accomplissement d'un devoir qui incombe à tous les honnêtes Kens. Gardiens de la moralité publique, agissez avec énerve, usez de toute la rigueur de votre droit. Ne craignez pas, s'il le faut, d'aller jusqu'au hout, jusqu'en appel, jusqu'en cassation. Vos eiForts ne seront pas vains ; ils inspireront des craintes salutaires. L'impunité des manœuvres qui dénaturent le lorps électoral ruine par la base le système repcésentalif.

On vous dira peut-être. Monsieur, qu'il est inutile de vous donner dès à présent tant de peine , que ta Cliamhre nn sera pas dissoute d'ici à longtemps, et que vous serez toujours libre de vous mettre eu mesure. Vous repousserez ces sophismes de la malveillance ou de ta paresse.

Les listes sont permanentes et leur révision esl annuelle : c'est ane double garantie de régularité, mais à conditioi

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