‹ Discours (volume 2)Chapitre 56 sur 73 · INDEPENDANCE · texte numérisé non relu

INDEPENDANCE

si longtemps que vous avez donné le même eu l'Europe.

Eh bien! qne fauHl répondre à cela? La vérité, cl la vérité, la voici, selon moi. Oui, quand l'empereur Napoléon portait les frontières de la France, J'un côté jusqu'au Tibre et de l'autre jusi]u'aux bouches de l'Elbe; quand il décrétait, à coup de sénatus-consuUes, la ruine de lanl de dynasties, de tant de natlonulités , il a semé dans le cœur de toutes les nations une incurable défiance contre nous. [Approbation.) Quand je dis incurable, je vais troji loin, car cette défiance avait pu être guérie. Elle l'était en 1830. Grâce à quoi? Grâce â t'udininible et bienfuisante influence de nos institutions constitutionnelles, que l'Europe centrale nous enviait, et clic avait raison : on ue voyait plus, en 1830, (]ue ces glorieuses institutions dans la France- Mais, lorsqu'à la suite d'aveux ou de prétentions imprudentes on a vu renaître en France l'idée d'étendre encore les frontières de la France, de les porter jus«]u'au UhÎD, el d'envahir, de blesser ce qui venait justement de renaître en Allemagne, le sentiment vif et profond de l'unité et dï la nationalité allemande , il s est opéré contre nous une réaction qui a défait l'heureux et glorieux uuvrage de nus institutions constilulionncltes. £h bien! c'est là la cause de noire fuihlesse eu Allemagne, ( Vive approbation.)

C'est ce qui fuit qu'en présence de ces monstrueux attentats dont lu Pologne est victime aujourd'hui, dont l'Allemagne sera peut-être victime demain, on trouve des écrivaiDS occupés à conjurer les dangers dont ils supposent que la France les menace.

Or, je le dis une fois pour toutes, je tiens que les bons Français , les amis de la vraie gloire, de la vraie puissance, de l'influence légitime, du la solide grandeur, de la véritable

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pplitiqiif; de Ifur pays, ne doivent pas perdre une occasion de s'élever contre ces erreurs.

Et, à ce sujet, je ne ferai pas des théories de générosité, de modération, auxquelles on ne croirait peut-être pas. Je dirai seulement que la France ne veut pas étendre ses frontières, par une raison toute simple, c'est qu'elle n'en a pas besoin. Quand on a 36 millions d'hommes profondément et ardemment unis, comme le sont les Français, dans le culte de leur nationalité, on n'a pas besoin d'un homme de plus . ni d'un pouce de terre de plus en Europe. [Très- bien/ trèsbien/)

J'ajouterai que la France seule au monde peut, avec l'Espagne, se rendre un témoignage pareil. Oui, seule, parmi les grandes puissances, la France a cet avantage immense de oe pas compter sous ses lois un seul homme qui ne soit pas fier d'être Français, ou dont le rêve le plus ambitieux soit d'être autre chose que Français. [Nouvelle et vive approbation.)

Depuis la Flandre française jusqu'au pays basque, et je parle à dessein, vous le voyez, de pays qui ne sont pas d'origine française; depuis la Flandre jusqu'au i)ays basque, depuis la Bretagne jusqu'à Strasbourg, il n'y a pas un valet de ferme qui ne désire rester Français , et qui ne s'enorgueillisse de l'être.

Nous n'avons i)as d'Irlande, nous, chargée de nous faire expier trois siècles de confiscations et de spoliations ; nous n'avons pas de Lombardie frémissante sous notre joug; nous n'avons pas de Gallicie ni de Pologne, qu'il faille de temps en temps tremper dans le sang pour assouplir ses membres enchaînés; nous n'avons rien de tout cela. Nous sonnnes 36 millions d'hommes qui aimons avec passion la domination de la France , qui voulons tous être ce que nous sonnnes !

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eli bien! quand oa est œmmc cela, non-senlement on n'a rien à craindre, rien à redouter, mais eacoitt on n'a rieû a désirer, rien à envier au monde, et l'on n'a pas besoin de a; créer près de soi , par une extension de territoire mal avisée et illégitime, un sujet perpétuel d'inquiétude, une source éternelle d'embarras et de discorde qui armerait contre nous toutes les déliauces, et nous afTaibllrail à Jamais moralemeni et matériellement. [Lomjue et vive approbation.)

Voilà, Messieurs, suivant moi, le véritable principe de la grandeur et de la supériorité de la France en Europe; voilà ce qui lui donne une incomparable et souveraine majeslé parmi les nations du monde. Pourquoi donc le sentimeDl profond et fécond de cette supériorité ne prévaut-il pas daus notre politique? l'ouniuoî celte contiance si bien fondée, el que vous comprenez si bien, ne donne-t-elle pas toujours lu force et l'énergie qu'elle devrait donner aux conseils de nolnpays? C'est cette considération qui m'engage à envisager trèsrapidement, et pour terminer, les conséquences qu'entraîne l'attentat de Cracovie pour la politique de la France ellemême.

Je l'ai dit en commençant, je ne veux pas récriminer; mais il est impossible de ne pas constater que cet attentat est le i-ésultat de la politique qui a dominé en France depuis seize ans à l'égard de l'étranger. Et ici je n'attaque personne en particulier; je parle de la politique qui a dominé en Frano; depuis seize ans, et j'entends par là la politique que le pajs a acceptée, qu'il a sanctionnée.

Il est évident que, loi'squ'une politique a passé par loul<s les péripéties d'un aussi long espace de temps, lorsqu'ellca subi l'épreuve de plusieurs élections générales , et qu'au fond elle est toujours restée la même, il est évident que cette politique a rei,u la sanction du |>avs. .le ite conteste jas a'

Tait ; mais je conserve le droit de déplorer et de combattre cette politique.

Ainsi donc, je crois pouvoir dire que si le gouvernement de la France avait, en 1832, énergiquement protesté contre le statut organique du royaume de Pologne qui a violé formellement le congrès de Vienne ; s'il avait en 1 836 énergiquement soutenu la prétention si juste, si fondée d'avoir un consul à Cracovie; si en (840 on n'avait pas vu le ministère actuel proclamer à cette tribune même la paix partout et toujours, et demander comme une grâce de rentrer dans le concert européen où il devait au moins trouver trois ennemis sur quatre; si Tannée dernière le ministre actuel avait énergiquement flétri les massacres de la Gallicie au lieu de vanter la sagacité et la prévoyance du prince de Mettemich, il m'est impossible de ne pas croire que l'Europe eût reculé ou du moins eût attendu avant de commettre l'attentat que nous déplorons.

Mais quand elle a vu que vous lui cédiez toujours, que vous proclamiez que la paix était pour vous un tel besoin, un tel avantage que rien ne pouvait entrer en comparaison avec la pensée de l'ébranler, elle a cru que tout était possible, tout excepté une chose, je l'avoue^ c'est Tenvahissement du territoire de la France. Personne n'a pensé à cela. Mais il y a. Messieurs, autre chose que le territoire physique, il y a le territoire moral, le territoire des intluences; celui-là elle a osé l'attaquer, elle l'a attaqué dans le Liban, dans la Pologne, et vous l'avez laissé faire.

Nous vous l'avons sans cesse prédit; moi surtout qui n ai jamais perdu une occasion de combattre cette politique. £h bien ! je suis à mille lieues de vouloir triompher de l'accomplissement de mes prévisions ; j'aurais donné tout au monde pour m*étre trompé, et pour que ma confusion fût le gage

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(les succès et des triomphes de la palnc, de la politique traiilaise.

Oh ! combien j'eusse été heureux si vous aviez pu me raoïi- Irer des résultais opposés à ceux que j'avais prévus cl que vous avez obtenus ! Oui, j'aurais joui de ma défaite si tous m'aviez monlic l'Europe ramenée par notre exemple dans les votes de la modération, de la justice et de l'équité. Mais vous lie pouvez pas me montrer cela; c'est le contraire qui arrive; vous ue pouvez me montrer que l'Europe encouragée |Mir ■votre complaisance, par votre faiblesse, encouragée it aggraver le mauvais système dans lequel elle est entrée.

Je quitte ce terniin, de peur it'y être eiiti-aîiié trop loin; el, comme je l'ai dit, pour ue [kis troubler l'unanimité que je désire avant tout voir régner dans l'assemblée au sujet de a dont je viens d'avoir l'honneur de l'entretenir.

Passons à ce qui se rapporte dans cette question à l'avenir.

Ilier, M. le minisire des alTaîres élmugcrcs vous l'a dit, et vous y avez tous applaudi, vous avez saisi à l'iusUml le sens et la portée de sa parole; il vous a dit, eu parlant de i'Anglvterre : Pas de concessions, pas d'avances!

Eh bien! Messieurs, je vous le demande en grâce, si odoit être là noire jioUliquc vis-à-vis de l'Angleterre, que O' soit encore cent fois plus notre politique vis-à-vis des puissances qui viennent de eomniellre l'ultentat de Cracovie. Ainsi donc, qu'il soit bien enL'ndu que la protestation qu'un vous demande de ré]»éter dans voire adresse implique l'impoesihililé absolue de toute concession ou de toute avaucu vis-àvis des puissances coupables de l'incorporation de Cracovie.

N'allons pas, de grâce, Messieurs, ressaisir la maio qui nous a frappés, quand on aura intérêt de nous la tendre de nouveau, ui rentrer dans l'ornière où nous avons versé. Ce qui est inamleslablu, c'est que cet événement appelle.

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dans un avenir plus ou moins éloigné, des conséquences qu*il nous est impossible d*envisager et de définir aujourd'hui, mais qui, bien certainement, amèneront de grands changements en Europe.

Je crois que personne au monde n'est assez insensé pour se figurer que les choses, dans vingt ans d^ici, seront en Europe sur le même pied où elles sont aujourd'hui. Donc, Messieurs, sachons regarder en avant et non pas en arrière ; ayons au moins la ferme résolution de ne pas sacrifier au désir de rentrer en bonne intelligence avec les coupables les chances de notre avenir ; et après ce que je viens de vous dire, vous sentez ce que j'entends par ces chances. Ce ne sont pas les chances d'un agrandissement territorial, ce sont les chances uniquement d'un agrandissement moral, d'une influence légitime, et beaucoup plus puissante qu'on ne se le 6gure ordinairement sur tous les États faibles, sur tous les États secondaires de l'Europe, qui ont besoin d'être défendus dans leur indépendance, et qui ne peuvent l'être que par nous.

Voilà quelle doit être notre mission et notre gloire future. Un jotir, Messieurs, et ce jour est peut-être plus prochain qu'on ne pense, le moment de la réparation viendra, et la France retrouvera alors la position qui lui appartient légitimement. Alors, à côté de cette force de cohésion, d'unité, d'union absolue, que je tâchais de vous décrire tout à l'heure, il y en aura une autre qui aura bien son prix vis-à-vis de l'Europe, ce sera de n'a\oir jamais tiré l'épée depuis trente ans que pour une bonne cause. Pendant que d'autres envahissaieni l'Empire ottoman dans un but égoïste et avide, nous, nous affranchissions la Grèce! Pendant que d'autres égorgeaient la nationalité polonaise après l'avoir foulée aux pieds, ndyi»* nous détroisions la piraterie en Afrique, et nous fon-

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dions le christianisme et la civilisulion de l'autre càté de la Méditerranée; {Très-bien t] Pendant que d'antres s'évertuaient à étouQ'er partout les germes de la liberté et de la civilisation, et rcTusaient à leurs peuples des imtilutiuDS auxquelles ils avaient droit, nous, nous aidions un peuple Toisin et allié, nous aidions la Belgique à, reconquérir sa nationalité et son indépendance, et nous rentrions dans nos limites saiis demander un pouce de terrain pour notre indemnité, pour noire récompense. {Approbation.)

Quand l'Europe aura à choisir entre ces deux genres de puissances, les unes qui n'ont jamais tir^- l'épée que pour un but égoïste et tyranniquc, les autres qui ne l'on t tirée quf pour atlranehir la Grèce, détruire la piraterie, rélablir la nationalité de la Belgique, croyez-vous que son choix sera douteux? Quant à moi, je maintiens qu'alors l'Europe n'hésitera pas, et que nous recueillerons les fruits de notre mission politique, tmp peu comprise peut-être jusqu'à présent par nous-mêmes comme par autrui.

Que la France et la Pologne sachent donc attendi-e! Alteudre, pour la Pologne, c'est un mot bien dur; car prêcher u ceux qui sont arrivés au dernier degré du malheur, leur pr^ cher la patience et l'attente, c'est s'exposer à paraître bien insensible à leurs angoisses. Cependant je n'ai pas besoin de vous dii-e que ce n'est pas là la disposition qui m'anîme. Tempère que l'attente ne sera pas longue, et j'ai la confiance qu'elle sera profitable, a une condition toutefois : c'est que bi Pologne réussisse, pendant celte longue épreuve, à tenir loin d'elle les pertides conseils qui s'acharnent aujourd'hui à t» perle; j'entends par là les conseils de l'anarchie. (Approùaiirm.)

-Malheureusement, Messieurs, la Pologne a aCaire â unt quiitrième emiemic. A côté des trois puissances qui l'ont dé-

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pouillée, il y en a une autre qui cherche à la déshonorer : c'est l'anarchie. Il y a les démagogues«qui sont les pires complices de ses spoliateurs; il y aces insensés qui prétendent la sauTer à force d'anarchie, et qui aspirent à lui faire adopter le terrorisme de 93, comme compensation et comme remède au terrorisme de l'Autriche et de la Russie. Voilà ce qu'il faut que la Pologne sache, et ce qu'il faut qu'elle redoute et repousse loin d'elle, comme le plus terrible et le plus implacable de ses ennemis! [Nouvelle approbation.)

La France, elle aussi, doit attendre , attendre a\ec cette lière confiance qu'on éprouve lorsqu'on sait qu'on a la justice de son côté.

C'est dans cette mesure que j'adhère à la protestation du GouYemement que la Chambre va adopter et appuyer.

n est bien entendu que ce ne doit pas être simplement une protestation /Tfo memoria^ comme celle de la Suède ou de la Turquie. J'aurais pu regretter qu'elle ne fût pas plus explicite, et que le langage du gouvernement français ne fût pas tout au moins aussi énergique que celui de la reine d'Angleterre, dont TOUS êtes informés depuis ce matin, et où la diflTérence est si grande que les représentants des trois puissances, si je suis bien informé, ont refusé d*assis1er à la séance d'ouverture du parlement anglais, parce qu'ils ont trouvé le langage de la reine d'Angleterre trop énergique, tandis qu'ils n'ont point trouvé d'inconvénient à assister à la nôtre.

Mais enfin, toujours dominé par le sentiment que j'exprimais en commençant, j'accepte et j'adhère, dans l'intérêt de la cause que j'ai plaidée si souvent devant vous, à la protestation du Gouvernement, telle qu'elle est répétée et appuyée par la Chambre des pairs. Cette protestation, je le sais, peut entraîner et constater pour nous ce qu'on appelle l'isolement;

eh bien! je ne crois pas qu'il y ait rien à redouter dans cet isolement.

Dans les premiers temps où cette nouvelle a circulé « France, on a entendu des voix au moins imprudentes s'éle\er pour dire : Encore si on nous avait consultés, si on avait demandé à la France son avis, nous n'aurions pas été offensés! Selon moi. Messieurs, c'est tout le coutraire. S'il y & quelifuf chose d'honorable, de consolant pour la France dans cet attentat, c'est la pensée que la France n'a pas été consultée. C'est assez votis dire que je repousse comme le plus injurieux soupçon la pensée, souvent manifestée au dehors, que le ministère français avait été informé d'avance de l'attentat qui w méditait. J'admets et je proclame que la France n'a rien su ; qu'elle ne devait, qu'elle ne pouvait rien savoir; et pourquoi? C'est tout simple. Quand des criminels s'associent pour fainun mauvais coup [sensation), il y a quelque chose qu'ils redoutent encore plus que la police et les gendarmes : c'est le contact des honnêtes gens, parce que dans ce contact il y i autre chose que la répression, il y a la réprobation morali qui leur pèse même quand elle ne les arrête pas. ( Vive ofh probation.) Eh bien ! Messieurs, voici ce qui nous est airifi' dans l'affaire de Cracovie : on nous a traités comme des haur nèXcs gens, [Très-bien.)

M. le ministre des affaires étrangères disait hier que r.\B' gleterre était une nation honnête: il a raison; mais laFrancr est une nation honnête aussi. Quand il y a une iniquité à coasommcr, quand, tranchons le mot, quand il y a une infnmiià faire en Europe, ce n'est pas la France qu'on vient cbwcher : on la fuit, on la trompe, ou on la froisse selon les circonstances; mais il y a une chose à laquelle on ne pense jamais, c'est de la prendre i»ur complice, et c'est là son honneur et sa gloire. [Nouftlk approbation.)

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liestoDS donc isolés, Messieurs ; s*il le faul, nous resterons seuls, mais s^uls ayec la justice, ^vec la bonne foi, avec Tordre, i^ec rhumanîté. Quelle glorieuse solitude! ou plutôt quelle hoime et belle comp^^ni^!

Quoi qu'il en soit, le contre-coup de cet attentat ne se fera pas attendre, à moins que la justice ne soit bannie du ciel aussi bien que de la terre; il rdombera sur la tête de ses auteurs, et nous y serons! Jusque-là j'admets qu*on puisse se b(»iier à cette protestation.

Je sais bien qu'en France, et surtout au dehors, quelques hommes s'en moquent par avance ; ils disent tout haut qu(; cette protestation n'est rien, que ce ne sont que de vaines paroles sans conséquence et sans force. Vous l'avouerai-je, Messieurs, telle a été aussi ma première impression; mais, en y réfléchissant, dans ma tristesse je me suis éclairé.

Non, ce n'est pas un rien qu'une protestation semblable.

n y a dans la parole humaine, employée avec désintéressement au service du bien, il y a une force mystérieuse et invisible dont ne se doutent pas les despotes ou leurs hommes d'État : c'est l'honneur de notre Gouvernement d'en être l'instrument, c'est l'honneur de cette tribune d'en être l'écho.

Quand une protestation est faite par la bouche d'un roi sur son trône, répétée par les assemblées législatives d'un grand pays, de deux grands pays, lorsque cette protestation descend ainsi du trône jusque dans les dernières chaumières où pénètre un journal, non, ce n'est pas un vain mot, ce n'est pas un néant! Il y a des mots qui valent plus que des faits. La nation qui proteste ainsi en appelle à Dieu et à l'avenir; et, en le faisant, elle dépose dans les cœurs des autres nations autre chose qu'un mot, elle y dépose un sentiment et une force, le sentiment du droit, la force du droit. Le droit lui-

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même, nprès tout, n'est qu'un mot, mais c'est un mot îtomoi'tol; c'vst uni! force que ricu n'éloiiiïc, qui vit dans le Tond des cœurs, qui j brûle, qui y luit aimme une flamme inexiinguible, et c'est à cette flamme que Oîeu allumen un jour l'incendie de sa justice et de sa vengeance. ( Très-Ziim! très- ai en I )

L'uralGur, retourné i. su place, reçoil les rélicilalions d'un graD'l nombre do pairs.

A h suite lie ce discours, lu st^anre rcslc suspendue penduDl quel- (|ac& rninutoe.

(Extrtii da Mnniitur du 12 Janvier 1847.)

Api-LsiavaircQlenduM. leducd'Harcourt, M. le comte de Taicher. M. VilJcmaJD, dans le mâojo sens que U. du Mûoliileiuberl, t\ M. le ministre des a&aiie» (étrangères, qui d^clai's s'en lenii à ],i proleslalion orBcielle du 3 décembre « ne pos vouloir troubler l'unanimité de la Chambre, le paragraphe fui adopté sans qu'un'» seuil' luain se levSl h. la con Ire- épreuve '.

Le 28 mars 1847, 0*Counell passant à Paris lors de son dernier voyage en Italie, où il allait mourir, le comité électoral pour la défense de la liberté religieuse se transporta chez lui pour lui offrir l'hommage de sa respectueuse sympathie. M. de Montalembcrt, président du comité, lui adressa les paroles suivantes :

Monsieur et illustre ami ,

Quand j'eus le bonheur de vous voir pour la première fois, il y a seize ans , dans votre demeure de Derrynane , au bord de l'Atlantique, nous étions au lendemain de la révolution de Juillet, et votre sollicitude se portait déjà avec ardeur sur les destinées de la religion en France. Je recueillis avec respect ?08 vœux et vos leçons. Vous nous montriez dès lors le but où nous devions tendre et la règle que nous devions suivre : afi^chir l'Église du joug temporel par des moyens légaux et civiques, et en même temps séparer sa cause de toute cause politique.

Je suis heureux de pouvoir vous montrer aujourd'hui que ^8 leçons ont fructifié parmi nous. Je viens vous présenter ceux qui, en France, se sont faits les premiers soldats de ce drapeau que vous avez le premier déployé , et qui ne disparaîtra plus. Nous sommes tous vos enfants, ou, pour mieux dire, vos élèves. Vous êtes notre maître, notre modèle et notre glorieux précepteur.

C'est pourquoi nous venons vous apporter l'hommage tendre et respectueux que nous devons à l'homme qui, de nos jours.

a le pins fait pour la dlRnUé et la liberté du genre hnniRin. el

spécialement pour l'éducation politiixue dpa peuples callio-

iiqucs.

Nous venons ndmîrer en vous celui qui a accompli la pin:; belle œuvre qu'il soit donné à l'horame de rêver ici-bas ; celui qui, sans verser une goutte de sang, a reconquis la natianaliti' de sa patrie et les droits poliliques de sis millions de catholiques. Nous venons saluer en vous le libérateur de l'Irlande, de cette nation qui a toujours excité en France des seutimenl~ fraternels, et qui, grâce à vous, ne retombera plus sous If Joug du fauatismi; protestant.

Mais vous n'êtes pas seulement l'homme d'une nation, voa< files Tbomme de la chrétienté tout entière. Votre gloire u'esr pas seulement irlandaise, elle est catholique. Partout ad les catholiques renaissent à la pratique des vertus civiles, et le dévouent il la conquête de leurs droits légitimes; après Dien. c'est votre ouvrage. Partout où la religion tend à s'émanciper du joug que plusieurs générations de sophistes et de légiste» lui ont forgé; après Dieu, c'est i vous qu'elle le doit. Puisit^ cette pensée vous fortifier, vous rajeunir dans vos infirmités. et vous consoler dans les douleurs dont votre cœur si patriotique est aujourd'hui accablé !

Les vœux de la France catholique, de la France vratiuenl libérale vous suivront dans votre pèlerinage à Home. Ce sera uu grand moment dans l'Iiistoire de notre temps que celui oii vous vous rencontrerez avec Pic IX, et où le plus grand, l<' plus illustre des chrétiens de votre siècle s'agenouillera devant un pape qui rappelle les plus beaux temps de lÉglIse. Si dans ce moment de suprême émotion il reste dans votre cœur une pensée pour autre chose que pour l'Irlande et pour Rome, souvenez-vous de nous ! L'hommage de l'amour, du respect el du dévouement des catholiques de France pour le chef de l'Église ne saurait être mieux placé que sur les lèvres du libérateur catholique de l'Irlande.

O'Connell répoodil :

« Messieurs, la maladie et l'émotion me ferment la bouche. Lia Jl me faudrait l'éloquence de votre président pour vous din*

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