PIE IX ET LMTALIE
CHAMBRE DES PAIRS Pl»rassi«ii de T Adresse a« H*!.
Séance da 1 1 janvier 1848.
Au iiioiiieul où s'ouvrait la session de 1848, la France suivait avec une vive sympathie les progrès du mouvement libéral dont l'Italie était le théâtre. Pie IX, élevé le 17 juin 1846 au suprême pontificat, avait inauguré son règne par un ensemble de réformes aussi larges que spontanées. I/amnistie, la révision de la législation civile et criminelle, l'organisation d*une garde civique, la création d*un conseil d'Ëtat et d*unc représentation communale pour la ville de Koiiie, avaient été successivement accueillies avec un enthousiasme universel par les populations italiennes. Le grand-duc de Toscane Léopold II, et le roi de Piémont, Charles-Albert, avaient obéi à l'impulsion imprimée par le gouvernement de Pie IX, et jeté dans leurs États les bases d'institutions libérales. Cette situation avait éveillé les préoccupations de TAutriche, et, le 16 août 1847, elle fit occuper par deux bataillons les principaux postes de la ville de Ferrare, malgré les énergiques protestations du cardinal- légat Ciacchi, en s'appuyant sur l'article 103 de l'acte final du congrès de Vienne, qui lui accordait le droit de garnison dans les places de Ferrare et de Comacchio.
M. le comte de Montalembert profita de la discussion de l'Adresse pour exprimer les sentiments que la généreuse Initiative de Pie IX inspirait aux catholiques français. Il prononça le discours qu'on va lire d l'occasion du § 6 du projet d'Adresse conçu dans les termes suivants:
• Nous croyons , avec Votre Majesté , que la paix du moade est asnrée.
« Elle est essenlielle à tous les gouvernements et à lous les peuples. Cetuni- « versel besoin est la garantie des bons rapports qui existent entre les Ëtats. « Nos vœux accompagneront les progrés que chaque pays pourra accomplir, c dans son action propre et ifîdépendante. Ces progrés seront d'autant mieux c assurés qu'ils se réaliseront de concert entre les gouvernements et le.s < peuples, et sans porter atteinte aux natations internationales. »
Messieurs, je crois répondre à un sentiment général dans la Chambre et dans le pays, en exprimant la surprise et le regret qu'on a éprouvés en ne trouvant dans le discours de la couronne aucune mention spéciale de Tltalie et du Saint- Père. Et certes, lorsque le président des États-Unis trouve place dans son message au congrès pour le pape Pie IX, on peut s*étonner de ce qu'il n'en soit fait aucune mention dans le discours d'un roi qui , à Rome du moins , prend encore le titre de roi trèfe-chrétien. [Mouvement,)
Messieurs, je ne crois pas qu'il y ait eu en France, depuis longues années , depuis le commencement de ce siècle , un sentiment plus général, plus unanime, que celui de la sympathie et de l'admiration pour le chef actuel de l'Église. J'ajouterai que les occasions de cette unanimité sont malheureusement rares dans notre pays. C'est le pix)pre du gouvernement représentatif, au milieu de ses admirables qualités que je reconnais plus que personne, de donner plus de corps et d'imporUuice aux dissentiments qu'aux impressions et aux opinions communes aux divers partis. Dans les pays qui possèdent cette forme de gouvernement, on a trop souvent, et nous en avons eu aujourd'hui l'exemple sous nos yeux, on a trop souvent l'air de s'entre-déchîrer. Tandis qu'au fond on est d'accord sur les choses les plus essentielles, les querelles, les dissentiments paraissent beaucoup plus évidents que l'union des cœurs, des croyances et des afiections. Il en résulte, ce me semble, que lorsqu'un sentiment comme celui que je signalais tout à l'heure se prononce et se manifeste
dans le {>a\s, il e»i du devoir et de l'intérêt d'un gouvenemcnt sage et priidcut d'en prendre acte et île le |)roclainer le plus haut qu'il peut. Je dis donc que le (iouvcmemenl aurait dû lui-même exprimer le sentiment qui m'amène à celle tribune, celui qui anime tous les Français pour le réroiinaleiir de l'Italie et le chef actuel de l'Église, le sentiment de In plus vive admiration pour son dévouement, pour son /êlc si infatigable, pour celte vie tout entière consacrée au bonheur public, enlîn pour cette charité saas rivale qui (li'vient, par une merveilleuse transformation, l'expression la ]>lu6 sacrée et la plus populaire du libéralisme de notre é|toque. Pour moi, quoique souvent, et à cette tribune, jVie di'jâ rendu hommage en passant au souverain |H)Dlife, ju n'en ni pas encore entretenu longuement la Chambre. II mv )>umissiiit superflu de mêler un faible et obscur hommage à ce concert unanime d'acclajnalions qui s'est élevé de tous les points du pays. Pourquoi donc viens-je prendre ce rôle aujourd'hui? Pour deux motifs que voici : d'aboixl, pui'ce qu'il me semble que eelL' unanimité n'est plus si grande, parce qu'il me semble voir naître dansi ceilains esprits politiques, je ne dirai pas un mécuutentement ou un regret, mais des inquiétudes plus ou moins sérieuses et profondes sur tes i-ésultats de la conduite du souverain pontife; et, d'un autrv c6té, pui-ce qu'on a osé, dans l'iulervalle des sessious, oontester la synipatliie des catholiques iîaiiçaid pour le chef glorieux de l'Église.
Je serai ti-ès-eourt sur ce dernier point. Je crois qu'il u'a guère besoin d'être débattu devant vous. Mais puist^u'on m'a {Hennis si souvent de venir à cette tribune entretenir la Cbanibre des intérêts R'iigieux de notre pays, vous souffrirez que je me constitue en quelque sorte ici l'avocat des ealholiquei en cette circonslaïue, et que je vienne \enger leur honneur
ET L'ITALIE. %*i^
attaqué. Je ne craindrai pas de déclarer que jamais pape n'a été l'objet d'une vénération plus affectueuse, plus ardente, plus profonde, plus universelle de la part de ses enfanis que le pape actuel. Je ne conçois même pas que Taceusation contraire ait pu être énoncée en présence des démonstrations si nombreuses, si manifestes, de cette affection.
Ai-je besoin de vous rappeler tous les mandements, tous les sermons, tous les discours qui ont témoigné des sentiments de notre clergé? Depuis le pi*emier prélat de TÉglise de France, depuis le cardinal-archevêque de Lyon jusqu'au plus humble des curés, tous n'ont-ils pas proclamé le bonheur avec lequel on a vu monter sur le trône de saint Pierre la personne auguste qui l'occupe aujourd'hui? Et ne nous y trompons pas , ce n'est pas seulement l'attitude noble et séduisante du souverain pontife, c'est le réformateur de l'Italie , le régénérateur politique et libéral de l'Italie que les catholiques français, le clergé français, dans ses chefs les plus illustres et les plus autorisés comme dans ses membres les plus obscurs, ont entendu saluer de leurs acclamations.
Et puisque le pape lui-même n'a pas dédaigné d en parler officiellement, j'invoquerai encore le témoignage de ces souscriptions nombreuses faites au profit du trésor pontifical, et faites surtout par les prêtres les plus humbles et les plus pauvres, et que le pape a daigné accueillir avec reconnaissance en les signalant à l'Europe chrétienne dans sa dernière allocution.
Non, Messieurs, pas une voix discordante n'est venue troubler jusqu'à présent le concert de louanges que les catholiques de toutes les opinions et de toutes les classes ont éleyé en l'honneur du pape. Si des inquiétudes, si des réserves se sont fait jour, ce n'a été que de la part des politiques , des