IE IX
wiisi I valuui-s, tit ào ceux-là précisément qui syuipathisaioit
le nmiiis avec les cattioliques.
l'^l uommeot pouvail-il en être autrement? Ceux cjui «il l'}i;tl)itii(lu de parler le plus souvent el de plus haut au nom lies callioliques de France, qu'ont-ils fait depuis dix-sc^ ajis.' l'ai'itonnez ce qu'il pourrait y avoir de présomptueui (Il a[i|iai'i:iicG dans ce rapprochement: mais ne se sont-ils pai l'IIdi ij(':> il'éli'e, dans leur sphère ohscure et étroite, les pré- ('ui'siHiis du Pape actuel?Qu'ont-ils Tait, siée n'est de lutter, il'uiii' pai'l, contre les préjugés des hommes religieux que la liUrti' <HViiyuit, et, de l'autre, contre les préjugés des esprits lil)ijiaii\ qui se défiaient de la religion catholique? N'est-ce l>iis là ro que Pie IX aussi a entrepris, et ce qu'il a si glol'iuiiM'itiuiil accompli? Mais n'est-ce pas là aussi ce que iimis avons fût ou essayé de faire depuis dix-sept ans ni
\li
Messieui'S, si je ne craignais pas d'abuser de votie ndic la juic ineffable
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eSusîons de son cœur Ters la liberté et TaTenir; quànil oa a été ainsi fidèle au pouvoir pontifical, alors qu'il n'était pas entouré de cette auréole de l'admiration européenne qui Ten* vironne aujourd'hui; sachez- le bien, Messieurs, on a plus que personne le droit de se réjouir quand ce même pouvoir devient tout à coup Tidole de l'Europe; on a plus que personne le droit de s'associer à ce triomphe, à cette victoire, et de dire de soi-même, peut-être sans présomption, ce que Jeanne d*Arc disait de son drapeau : a II a été à la peine, il est juste qu'il soit à l'honneur. » {Mouvements divers.)
Mais si nous revendiquons pour nous la première place dans Tadmiration et dans la sympathie que le souverain pontife inspire au monde, nous n'entendons pas, il s'en faut, être les seuls; nos croyances sont exclusives, mais nos sympathies, nos affections ne le sont pas. Nous concevons parfaitement que des hommes, qui ne partagent pas noire foi, notre vénération filiale pour le chef de l'Ëglise, éprouvent pour lui un autre genre d'affection et d'admiration ; nous concevons parfaitement l'émotion que doit exciter en eux le spectacle de cette hglise qui a naguère donné la civilisation, l'égalité et la liberté à l'Eui^ope, et qui vient se replacer, grâce au pape, à la tête du mouvement moderne de cette Europe, et imprimer à la liberté cette sanction suprême de l'autorité dont elle a tant besoin. Nous concevons surtout des sentiments semblables chez les hommes d'État, chez les hommes appelés à diriger la politique du pays; et pourquoi ne le dirais- je pas? surtout chez l'homme éminent qui, en cii moment, préside aux conseils du roi et dirige depuis sept années le ministère des affaires étrangères. U était plus que personne, comme homme d'État, comme historien, comme philosophe, appelé à comprendre, à admirer le mouvement devant lequel l'Europe s'incline aujourd'hui. Je dirai même
que comme protestant il pouvait, dans ses hautes fonctions, témoigner une sympathie plus expansive et plus efficace, peut-être, que n'eût été celle d*un ministre dans une croyanœ religieuse différente de la sienne. Mais en dehors de ces grandes considérations historiques, philosophiques et religieuses , il y avait pour porter le GouTemement dont il est le chef à une sympathie énergique et efficace envers le Saintr* Siège , il y avait deux autres raisons purement politiques et de la plus grande force : la première, c'est qu'au fond, et je crob faire beaucoup d'honneur à mon pays en le disant, la mission du pape actuel, sa mission politique, cela s'entend bien, n'est pas autre chose que la mission de la France actuelle, de la France de 1830; c'est la missioii de faire triompher la liberté par l'ordre, par la conviction, par la paix, la liberté légale et régulière, en dehors de tous les excès, de toutes les violences, de tous les abus, qui ont trop longtemps, trop souvent compromis son empire. C'est là, vous l'avouerez , la mission que la France actuelle doit se proposer; c'est là aussi la mission du Saint-Père dans Tordre politique.
Mais en outre, dans le mouvement italien que le Saint- Père a éveillé, et auquel il a donné une force incalculable, il y avait encore une autre raison d'attraction politique pour nous; c'était la glorieuse revanche que nous offrait cette transformation de l'Italie pour toutes les défaites, je ne veux pas me servir d'un mot plus dur, que notre politique étrangère a subies depuis plusieurs années. Je ne compte pas, vous le pensez bien, examiner ici la cause, le motif de ces défaites, je me borne à les rappeler, tout le monde les oonoalt, et personne ne saurait les nier. Aux yeux de toutes les opinions, notre politique étrangère a le plus grand besoin d*ètre fortifiée, remontée, relevée, et jamais occasion plus brillante,
plus simple, plus naturelle, ne s*esi ofTerte à elle, que cette transformation subite de l'Italie, où, sans verser une goutte de sang, sans dépenser un écu, la France se trouvait avoir tout à coup 10 ou 13 millions d'hommes sympathisant publiquement, profondément, avec ses institutions, ses idées, son influence, et ces 10 ou 13 millions d'hommes, non pas livrés à l'influence passagère de quelques chefs dcî parti inconnus, mais ayant pour chef, pour représentant celui que l'honorable M. Guizot a si bien représenté l'année dernière comme le type suprême de l'autorité dans ce monde. [Approbation.)
Il y avait donc là deux grandes raisons pour que le ministère, dont il est le chef, témoignât la sympathie la moins équivoque au mouvement italien et au pontife qui en était l'auteur et le modérateur. Eh bien! le Gouvernement, le ministre actuel des afiaires étrangères ne l'a pas témoigné, il n'a pas senti cette attraction puissante que nous avons tous subie : ou, s'il l'a sentie, il ne l'a pas montré. Je n'en veux pas d'autre preuve que les documents mêmes qu'il nous a mis entre les mains, les dépêches à ses agents diplomatiques relatives à l'Italie.
S'il peut démentir mon impression, j'en serai charmé; je n'ai jamais fait d'opposition systématique, je n'en ferai jamais, et je me sens disposé moins que jamais à en faire au moment actuel; mais je suis bien oblîgé de juger d'après les pièces que le Gouvernement lui-même nous fournit. S'il peut par l'interprétation qu'il leur donnera, par la réponse qu'il voudra peut-être m'adresser, prouver que je me trompe, qu'il est réellement l'ami franc, décidé, efficace du mouvement italien, il n'est personne qui s'en réjouira plus que moi pour l'Italie et pour la France; car il n'est personne qui désire plus sincèrement, plus profondément, le progrès paeî-
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liqiie (le la liberhi dam le momie, la tome, la'puusaneed noire l'iiys, quels ijuti soient k-s hommes qlii les gouvenicut. Mais quiuid j'examine ce» docuincnls, ces dè\>6v\\c» que vous connaissez tous, il m'ei^l impossible de n'èlru pas frappé du lii lîéclËur, pour ue rien dire de plus , qui anime le gouvernement du roi dans ses relations avec le Saiiit-Sicge. .le ne dis rien des premières dépèches; U ï a là de» complimente lïirt bien tournés, parfaitement bien i-crits, mais tgui n'oal lien d'extraordinaire, car c'est ce que le monde entier éprou- MÙi cl épi-ouvc eiicore.
.Maiïi entrons dans les faits, arrivons à l'occupalion dc Ferrare et prenons les deux dépêches relatives ù cette occopiitioii, telle destiooe au suuveraia l'ontife et celle qui devait èlie eutimiuniquée au gouvernement autricbien. Le ton qui y réf^ne est presque identique, et mi^mo, s'il y a une préféreiiee quelconque, il semble qu'elle soit du a'M de l'Aiitridie. L'autorité papale vient d'élre l'objet d'une agrassion
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traordinairement tiède, et une leçon de dix)it diplomatique^ une leçon de convenance politique extrêmement contestable. C'est dans ce moment que vous venez lui dire : Tenez, vous ferez mieux une autre fois de ne pas dire au monde ce que vous faites et ce que vous pensez, parce que cela n'est i>as dans les usages diplomatiques.
Si c^est ainsi que vous avez compris Tini pression do la France dont vous étiez les représentants, au sujet de Tattitude du Pape dans l'affaire de Ferrare, j'ose dire que vous vous êtes complètement mépris, et que jamais vous ne l'avez représentée d'une manière moins fidèle.
Mais ce n'est pas tout : ce qui l'end la leçon adressée au gouvernement pontifical plus sévère, plus injuste, c'est le contraste avec la dépêche adressée au comte iMarescalchi , destinée à être mise sous les yeux du prince de Metternicb. Là on ne conteste pas le droit de rAutriche. On ne l'examine même pas , on le réserve. Or, quand on réserve l'examen d'un droit, c'est qu'au fond on n'est guère disposé à le contester. On adresse donc à M. le prince de Metternicb des réclamations qui ont à peu près le même ton de bienveillance un peu froide, un peu tiède, que celui des commimications destinées au Pape, et on y ajoute des compliments et des éloges ! Est-ce bien possible? Je ne veux pas être trop sévère à cette tribune, où je l'ai été tant de fois pour le gouvernement autrichien; mais ces éloges et ces compliments me semblent singulièrement déplacés en Tannée même de Tinoorporation de Cracovie, et au moment de l'occupation de Ferrare, de cette occupation qu'on me permettra bien de qualifier comme la plus insigne maladresse que jamais gouvernement ait pu commettre.
Et c'est ce moment-là que vous choisisses pour féliciter M. de Metternicb de l'élévation de son esprit^ de sa (wé-
voyance et de son ex|)érience. En vérité, après cela, il ne vous reste plus qu'à adresser des compliments analogues à lord Palmerston, pour le remercier de son attitude vis-à-vis de nous.
De deux choses l'une, ou ces compliments ne sont que de vaines formules, ne signifient rien, et alors ceux que vous avez adressés au Saint-Père, et que vous publiez comme un gage de votre adhésion, ne signifient rien non plus; ou bien ils signifient quelque chose , et alors réellement il ne sera possible à personne de vous les adresser à vous-mêmes, et de vanter Texpéricnce et la prévoyance que vous avez montrée dans cette circonstance.
Aussi, qu'en est-il résulté. Messieurs? une impression défavorable à la politique française dans toute Tltalie : ce j>ays si prédisposé en notre faveur nous est devenu hostile; vous l'avez vous-même constaté et reconnu, vous en avez pris votre parti. Pour moi, je n'en prends pas mon parti aussi facilement; j'avoue même que je me plaisais à en douter; je me plaisais à croire que cette impression étaK exagérée; qu'il n'était pas vrai que le gouvernement français fût devenu aussi impopulaire en Italie qu'on l'avait dit; mais, après avoir examiné ces pièces, je suis obligé de reconnaître que cette impopularité est naturelle; je désire profondément qu'elle ne soit pas irréparable; mais, à l'heure qu'il est, je la conçois et ne me sens pas le droit de la contester.
£t avant de quitter ce terrain diplomatique, qu-'il me soit permis d'indiquer, de signaler un autre point sur lequel le ministère me parait avoir aussi mal compris les intérêts de la Fmnee dans ses relations avec le Saint-Siège, et blessé presque aussi profondément la dignité du Saint-Siège lui-même. Je veux parler du projet qu'a conçu le souverain Pontife d*envoycT une légation auprès du sultan, à (x>nstantinople. Le
Grand Seigneur, comme chacun sait, et c*est une des pages les plus brillantes et les plus extraordinaires du règne de Pie IX, avait pris Tinitialive. Il a envoyé lui-même un plénipotentiaire pour féliciter le Pape sur son avènement; et le souverain pontife ayant à cœur les intérêts de ses enfants en Orient, a jugé à propos, à son tour, d'accréditer une légation à Constantinople.
Eh bien ! le gouvernement français s*y est opposé ; il s*y est opposé à Rome et à Constantinople. Je n'entrerai pas en ce moment dans la discussion de cette afiTaire ; je réserve ])our un auti*e moment l'examen des graves questions qui se rattachent à cet incident. Je dirai seulement que le (Gouvernement me parait s'être trompé deux fois par cette opposition ; opposition, du reste, infructueuse, puisque la légation est partie. U s'est trompé en droit et en fait. Il n'a pas le droit exclusif de protéger les catholiques en Orient; s'il l'a jamais eu, il l'a perdu pour en avoir trop mal usé ; car les Maronites sont là pour nous montrer Tusage déplorable qu'on eu a fait. Et, eu fait, rien ne pouvait l'affaiblir davantage, dans l'accomplissement de ce devoir et de cette mission , que l'opposition aujourd'hui publique et flagrante entre lui et le Pape, sur la manière de comprendre et de défendre la position du catholicisme dans le' Levant.
Je m'afflige donc. Messieurs, et je m'afflige profondément de cet état de choses, du peu de sympathie que le gouvernement français a montré à Pie IX , et de l'affaiblissement qui en est résulté pour l'influence française en Italie. Je m'en afflige d'abord dans l'intérêt de l'ordre, parce que l'influence de la France lui pouvait être favorable (!t nécessaire.
Je ne veux rien dire qui puisse blesser la respectable susceptibilité du peuple italien; mais enfln l'influence de la
France peut être d*une grande importance pour la cause de l'ordre en Italie.
La cause de Tordre a sans cesse besoin d*ètre secondée et soutenue; elle ne peut plus Fêtre par TÂutricbe en Italie; l'Autriche est désormais dépouillée de toute espèce d'ascendant moral dans ce pays; il ne lui reste qu'un seul genre de force, celle des armes, c'est-à-dire la force brutale, matérielle. Je ne sais pas ce que cette forcc-là pourra lui valoir de succès dans l'avenir, mais c'est la seule qui lui reste. Sur les âmes et sur les convictions, son empire, s'il a jamais existé, est aujourd'hui à jamais perdu. Elle ne peut plus défendre ce que tous les hommes sages veulent y voir maintenir, l'ordre et la modération. Le gouvernement français, lui, le devait et le pouvait.
Il pouvait n'être pas moins secourable à la jeune liberté italienne. Elle a besoin de force et d'encouragements contre divers genres d'ennemis et de dangers.
Je ne cours pas risque, je pense, d'être confondu avec ceux qui regrettent lancien régime, ou ceux qui fondent une espérance quelconque sur l'Autriche; personne, je pense, ne sera tenté de me prendre pour un partisan ou un flatteur de l'Autriche; j'ai assez dénoncé sa politique à cette tribune même pour n'avoir pas besoin de faire ma profession de foi là-<1e8sus. Je disais, il y a un an, que l'Italie vengerait la Galicie et Cracovic ; vous voyez comme cette prédiction s'est accomplie.
(^e n'est donc pas dans l'intérêt de l'Autriche ni du régime que représente et que défend l'Autiîehe, que je parle, c'est uniquement dans l'intérêt de la liberté italienne, que vous aimez, que vous chérissez, que vous désirez tous vmr fleurir. Eh bien! Messieurs, à côté de la joie que doit exciter œ mouvement italien commencé, encouragé, consacré par le son-
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verain pontife, il serait, à th(jfaàvis, insensé de ne pas ttëuver place dans son ccktir pour des petisées d*une autre nature et pour des inquiétudes et des appréhensions.
A côté de ce mouvement italien auquel nous applaudissons tous, au sein de cette population qui reconnaît le Pape pour chef, il est, vous ne pouvez plus Ti^orer, une minorité qui veut marcher autrement que le Pape, qui veut même exploiter la popularité de la papauté actuelle, afin, peut-être, de la renverser un jour, et , dans tous les cas, afin , dès à présent, de faire le contraire de ce que veut la |)apauté.
Je réponds tout de suite à une objection. On me dira : alors, vous voyez bien que le Pape a été imprudent, qu'il aurait dû s'entendre avec ses alliés , qu'il aurait dû ne pas aller si vite, qu'il a mal fait de ne pas dire tout d'abord, comme le lui reproche M. le ministre des affaires étrangères, tout ce qu*il voulait et tout ce qu'il ne voulait pas.
Je n'accepte pas ce reproche ; non, le Pape n'a pas mal foit; non, il n'a pas été imprudent, il ne doit regretter rien de ce qu'il a fait. 11 va sans dire que je ne juge pas le Pape comme chef de l'Église, je ne parle de lui que comme réformateur de l'Italie.
Je dis que le Pape avait à choisir entre deux papautés (toujours dans le sens de la domination temporelle du Saint- Siège) : une papauté autrichienne, c'est-à-dire impuissante et discréditée, ou une papauté italienne, c'est-à-dire une papauté orageuse et difficile.
U a bien fait de choisir la papauté italienne , quels qu'en doivent être les résultats, quels que soient les dangers auxquels il sera exposé, quelles que soient les épreuves que peuvent lui susciter son courage et sa résolution sublime. U a reconquis ainsi la place naturelle du pouvoir dont il est h dépositaire, il a ouvert le chemin de l'avenir; et, à coup sûr.
la poslérilé radniireru el le bénira encore plus qu^nôur^ lu LéniiiSDiis et l'admirons aujourd'hui [Assenliment).
Je vous disais tout a l'hcuic (juc je nu pouvaiii jKis, moi vulholique, avoir la Icmérité de le juger comme pape, coninu.' l'IiL'I'dc l'Église; mais, si je le pouvais, je dirais iju'cu œtlu ijualité même il a étù irréprochable, qu'il l'a été surtout en iv qu'il ne s'est écarté d'aucune des traditions glorieuses de SOS prédéceBseurs. Par sa décision dans raHaire des collèges niixles d'Angleterre, par son intervention dans toutes les aniiires des Églises particulières, par lu langage qu'il a tenu dans toutes ses allocutions, il a montré qu'il n'entendait interrompre en rien la chaîne iuiinorlello qui descend de saint Pierre jusqu'à lui.
Comme prince, il a niontiti, dans son discours d'iiiauguralion de la consulto, qu'il n'entendait pas non plus renoncer aux (onditions essentielles de son autorité temporelle; tandis i|ii('. il'uii autre cùté, il a, endin-buii moisdelomp», accordé
et signalés, non pas seulement par les avocats du despotisme, par les agents de la diplomatie, ou par quelques catholiques craintifs, ils ont été signalés au sein de la république des États-Unis, et par des protestants, dans cette fameuse adresse que vous ayez peut-être lue, qui a été envoyée au pape de New- York, rédigée et datée le 29 novembre dernier, jour de 1 anniversaire de Finsurrection polonaise. Que disait-on dans celle adresse? Voulez-vous me permettre de vous en lire ({uelques lignes?
tt Nous, les compatriotes de Washington et de Franklin... nous savons que vous êtes déjà désigné à rencontrer en l'ace les machinations du politique, les haines du puissant, et, chose mille fois plus pénible, le blâme de Thomme bien intentionné, mais abusé. Nous savons que vous êtes résolu de sangfroid à rencontrer Thostilité infatigable de tous les injustes tyrans qui prétendent régner sur quelque portion de la belle péninsule italienne, de tous ceux qui imaginent faire consister Tordre social dans Je maintien de ces conditions de luxe et d'oisiveté au sein desquelles ils ont consumé jusqu'ici leur vie inutile , de tous ceux qui craignent , ou dans leur égoïsmc feignent de craindre que la religion périsse si elle n'est pas portée sur les tremblantes épaules des empereurs et des rois. Et, plus formidable que tous ces obstacles, vous vous êtes attendu à rencontrer un obstacle dont vous triompherez, avec la grâce de Dieu : cette inconstance et cette ingratitude des multitudes, relevées à peine du servage qui les tenait engourdies, et criant dans le désert de les ramener à rÉgypte.... hommes qui, avec vous, se feront connaître , nous le craignons, par leurs projets extravagants, leurs espé- ^ rances déraisonnables, leurs exigences impétueuses, murmurant que rien n'a été médité, parce que tout n'a pas été déjà accompli... »
€êê PIE IX
Eh bien! ces hommes ingrats, exigeants, impatienls, le Pape les a déjà renoontrés, Q les a déjà signalés deux fob dans ses allocutions, une fob à propos des doctrines qu*on lui attrilniait contre b souTeraineté des princes, et une autre fob à propos des démonstrations honteuses qui ont eu lieu, dans les rues de Rome, contre les catholiques suisses, et qu*Q a Bétries aTec les expressions les plus fortes que le langage humain puisse fournir.
Du reste, je ne tcux rien exagérer, je ne xeux pas surtout qu'on puisse douter de ma profonde sympathie pour la cause du progrès en Italie, pour la renaissance italienne; je sais qu*il (aut une grande indulgence pour les ombres qui se mêlent à cette lumière naissante, pour la conduite et les démarches d'un peuple longtemps opprimé. Or, le peuple italien Fa été longtemps; il a été très-mal gouverné, ^ il a eu à lutter contre- toutes sortes d'abus ei d of^reasions, et, qui pis est, d'abus et d'oppressions dont il pouvait attribuer l'origine à l'influence étrangère. U ne laut donc pas trop s'étonner de ce qu'il peut y avoir d'excessif, d^irrégulier dans certaines manifestations; il laut même se féliciter de ce que, jusqu'à présent, il n'y a pas eii d'excès graves, il n'y a pas eu de ces violences irréparables qui déshonorent et compromettent la cause de la liberté. Hais il laut aussi l'avertir affectueusement , fraternellement , .parce qu*il importe de prévenir le mal, [tarce que l'honneur et l'intàièt de l'Italie exigent qu'on l'empêche d'éclater, qu'cm empêche une minorité de s'emparer de la majorité- pour l'explmter au profit de ses mauvaises passions et de ses spéculations ^ dangereuses. U ne laut pas que les impatients fiaissent les afiEsiires des radicaux , parce que les radicaux fieraient ks affiûres de rAutriche. (Mouvement d approbation.)
Oui , Messieurs , il y a malheureusement en Italie ime
minorité non pas libérale, mais radicale; non pas nationale, mais au contraire imbue de toutes sortes de préjugés et de haines étrangères qu'elle a puisés, il faut le dire, dans lemigration. Vous savez que le coryphée de cette émigration itîilienne, le chef et le fondateur de la jeune Italie, a déclaré que la papauté était incompatible avec la cause du pix)grès italien. On ne dit pas ces choses en Italie, mais quelquefois on agit comme si on le pensait, et, tout en criant vive Pie IX I on demande à la papauté des sacrifices qui la déshonoreraient. Ceux-là même qui étaient proscrits hier demandent que la proscription recommence aujourd'hui contre ceux qui ne pensent pas comme eux. Ils prétendent aimer la liberté de la presse, et ils brûlent sur les places publiques les journaux d'une opinion contraire à la leur. Us prétendent aimer la liberté de la pensée, et ils font mine d'enfoncer les portes des imprimeries où on imprime des pensées contraires aux leurs.
Voilà ce qui se fait en Italie. Je le répète , c'est l'œuvre d'une minorité, mais c'est une minorité qui n'a su tirer de l'étranger que ses plus mauvais exemples, ses plus mauvaises doctrines; une minorité dont on peut dire bien justement, comme de celle qui s'est rencontrée ailleurs, qu'elle n'a rien appris et rien oublié. Ces hommes-là ne sont pas les sauveurs de l'Italie ; ils en sont au contraire les pires ennemis.
Eh bien ! il faut bien le dire, si jamais la liberté périt eu Italie, si jamais l'Autriche y reprend l'ascendant qu'elle semble destinée à y perdre, ce sera grâce à ces hommes-là, et uniquement à eux. Us sont les véritables complices, les seuls et les plus dangereux complices de l'influence et de la prépotence autrichienne.
U y a, du reste, une chose qui m'alarme beaucoup plus que cette effervescence des places publiques et des rues, à la-
*At M£ Il
'ju«:ile Je fj'à'itéiche {ma uoe três-graode imporUnce. U y a 'jij«!:lqije cho^ qui m'alarme eocore plus que les complots de crlte minorité oppressive et jutoIêraiDle que je riens de dérjMicer. c'er^t ratf>jjie. l'inerûe. rinactioD des bons diovirns. (i*i lionri<rt':5 gens, et 5f^k:ialement des gens religieux. Si ma «oii pouvait arriver jui/]u'â eux, je ne craindrais pas de leur dire que, i>ar l*:iir inertie actuelle, ils compromettent profon- •lument le ^uu*:^ de l'œuvre que le souverain pontife a entrefifise. C'est l'inertie des bons qui a toujours fait, toujours et p-rSout, le iïuccês de: méchants.
Kh bien! je sais nia1heurcui<;ment qu'il y a en Italie, moins, du re^te, a Rome qu'ailleurs, un très-grand nombre d'hommes, les uns considérables par leur position, les autres rofiectables {Kir leurs vertus et leur foi, qui s'abstiennent, :- alarment, s'inriuiètent, et qui perpétuent leurs alarmes par l'iiiaution. CV-^l a ccux-Ià surtout que je voudrais m'adresser, pfjur leur faiœ coiiipreudre que sauver l'ancien r^ime en Italie, est une a-uvre impossible; que l'ancien régime est destiné.à jjérir |>artout ; que vuuloir s'opposer û rinlronisation p'icilique et régulière du gouvernement des peuples par euxmêmes, c'est-a-iiire à ce qu'on appelle la démocratie constitutionnelle, est une tâche insensée, aussi insensée que l'eût été celle d'un homme qui aurait entrepris d empêcher l'instituiion de la féodalité au neuvième siècle, ou la monarchie absolue au seizième.
On la essayé dans les pays qui paraissaient les plus intimement asHxûés à cet ancien r^ime : en Espagne, en l*or- "^0a]• £h bien ! dans ces pays, Tancienne société, qui avait ■■«é à Tempereur Napoléon dans toute sa force, a succombé J^ ''in/lucnce des principes et des idées modernes, Goiiune *® •ttooombe aujourd'hui en Italie.
J'irai plus loin, je dirai qu'un jour il en sera de même en Autriche.
Cela étant, que faut-il faire? Comprendre cette nécessité, l'accepter, et en tirer un bon parti. Rien n'est plus nécessaire, rien n'est plus légitime; et je dirai même qu'en Italie, et avec le pape pour chef, rien n'est plus facile. Il faut que les honnêtes gens, les catholiques zélés, les gens qui, par nature et par position, sont modérés et conservateurs, sortent de leur retraite, de leur inaction, de leur niollesse, et deviennent les alliés et les instruments des princes réformateurs qui veulent assurer à l'Italie sa liberté et son indépendance. Il faut qu'ils constituent un grand parti politique, comme celui qui a sauvé la France après 1830, et qui sera d'autant plus fort qu'il aura pour base ou pour auxiliaire le catholicisme personnifié dans son chef, et encore profondément enraciné dans les cœurs italiens.
Et remarquez. Messieurs, que, pour constituer cette force nouvelle, les Italiens ont sur nous deux grands avantages que la France n'a jamais possédés. Ils ont d'abord l'expérience, le flambeau du passé. Quand la France est entrée dans la voie laborieuse des révolutions et des réformes, elle n^avait personne pour lui montrer le chemin, personne pour lui signaler les abîmes qui nous attendaient.
Eh bien! nous pouvons rendre, à nos dépens, ce service essentiel à l'Italie. Elle serait inexcusable de ne pas mettre à profit l'expérience patente, flagrante, des soixante dernières années de notre histoire, et de pencher du côté où nous avons si souvent versé. [Approbation.)
Voilà le premier avantage de l'Italie; le second c'est l'union spontanée de ses princes avec le sentiment populaire et national. Trois princes de l'Italie, car ce n'est pas seulement au Saint-Père qu'il faut rendre cet hommage, le roi de SurJaigne
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€A Je jçrafftd-duc ée lisycèaMt mMonàtOÊk de le |mUg« mier loi : frutf («ifiotf CKit dooDé Teicn^de de h fwwîliitif cA de h fvwfoilûe b |Jiis ^ive et la plos prai«de pour le bien de lem fiojete; îk oni fioeUé lenr aUîmoe dan» celle ligae dooiwièft ^ . a HMO ark, esl le fiiii|éMne le plus édaiant et le {dus îiafMvtaiit de la reooiaiaoo italifir. Là, pour la première fab. QtA figuré dans le lançi^ ofiKdc! la dignité et V'ïïAtuH de ritalie prâe dui» soo eolier, de la Datioo iUlieuoe. Oib gnnds ncims s'élakot troirrés dans les érctts des poêles, des philos^ihes, des |iolîtM|ues: mais, si je ne me irfimpe, depuis trois siècles ils ne se troaraicnt plus sous la plume des princes ei des minîstfes. Or, ils noi inscrits aujourd'hui dans le préambule de la ligue douanière, et par le iiaûi des yfntatxs eux-mêmes. Je suis cooTaincu, pour ma pari, 4|ue la plupart des autres princes de lltalie ne manqueraient fja»^ de se joindre à ce mourement, slls n'éiaieni pas arrêtés par la crainte de ces désordres que j'essayais tout à Theuie de définir sans Touloir les eiagéner. Peur profiter de cette magnifique situation, que manque-l-il donc à l'Italie? U lui manque la création de ce grand parti, conservateur et progressiste si Ton veut, mais à la Gms énergique et modéré, qui n a pas encore tait sentir son influence, mais qui est dans les nécessités de la situation. Et par modération. Messieurs, tous comprenez bien que je n'entends pas la faiblesse. La modératicHi, bien loin d*étre la fiadblesfie, c'est la force qui ae contient elle-même en contenant le mal.
Voilà ce qu'il faut surtout à lltalie, ce qu'elle peut avoir ei ce dont le Fafie lui a donné le plus glorieux exemple. Jusr qu'à présent, ce me semble, le Pape et les princes dont j'ai fmrlé marchent douloureusement isolés. Ils se trouYent entre la ligue de tous les suppôts des vieux abus d'un régime iné» vficalilement condamné, d'une part, et les clameurs de o»
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exaltés, de ces dénoHciateurs, de œs proscripteurs dont je parlais tout à l'heure, de Tautre. Ils ont besoin d'être soutenus, aidés dans leur marche par les honnêtes gens, les yéritables libéraux, les hommes courageux et modérés de l'Italie ; ils ont besoin d'être défendus par cette adhésion contre la stupide qualification de rétrogrades dont on les menace chaque jour, et qu'on dirige déjà contre le Saint-Père dans certains journaux toscans, au moment même où, par l'évacuation de Ferrare, il vient de mettre le sceau à ses efforts pour l'honneur et pour l'indépendance de l'Italie.
Il faut enfin qu'en Italie les hommes de progrès se séparent totalement et promptement des hommes de désordre; il faut, pour l'honneur de l'Italie, que le gouvernement cesse d'être dans la rue, parce que, quand le gouvernement est dans la rue ou a seulement l'air d'être dans la rue, savez-vous où il va? Il passe tout naturellement à la caserne {mouvement)^ et non-seulement à la caserne nationale, mais trop souvent à la caserne étrangère; et alors, adieu la liberté, adieu l'honneur, et adieu pour longtemps l'espérance!
En voilà assez sur l'Italie en général ; je ne dirai plus qu'un mot qui aura spécialement rapport aux États romains.
U importe qu'on le sache et qu'on le comprenne, l'indépendance temporelle du Saint-Père est le patrimoine de toutes le^ nations chrétiennes, de toutes les nations catholiques, et spécialement le patrimoine de la France. C'est la France qui, par le bras de Pépin et de Charlemagne, a, sinon fondé, du moins consacré cette indépendance temporelle , elle ne peut pas la laisser périr.
On a parfaitement démontré, et de nos jours encore, un historien éminent qui n'est pas suspect de trop de partialité pour l'église, l'honorable M^. Thiers, a parfaitement démontré que l'indépendance temporelle de Rome était une condition
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Mais, mont il PaiH tricliu , tioii inti serait ji
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istbiu pour l'existence régulière et la sécurité (le catholique dans le monde entier, comme chacun le comprend, il ne s'agit pas seule- '. l'intégrité du terriloire romain. Évidemment, ai le ait, non-seulement le jouet ou le complice de IWn- [lis s'il était le jouet d'un parti indigène, d'une foceure dans ses propres États, son indépendance n'en a-i moins compromise ; et la sécurité de l'Église catiio- |iiL ne peut pas tolérer l'idée que le Pape appartienne mire puissance qu'à lui-même, serait ébranlée jus- IVindemenls. Il faut que le Pape soit libre, non-seulc- II joug étranger, mais encore du joug des factions et ■ulcs,
ii'opc entière, le monde calbolique tout entier, a le II' besoin impérieux de compter sur la fermeté et sur tidance du souverain Pontife. Et, à son tour, k lu Pontife a plus qu'aucun de ses prédécesseurs le fiTmeté. sur le CQiiraae. sur l'ai
Mais je dirai au peuple romain lui-même : Vous aussi, courage! Courage d'abord contre le joug de TAutriche et contre le joug de l'étranger; mais courage aussi contre les dangers que vous courez à lintérieur; courage contre ceux qui voudraient exploiter et déshonorer ce mouvement italien, contre les excitations, les dénonciations de ces proscrits d'hier qui veulent devenir les proscripteursde demain [marques (t assentiment) ; courage contre ceux qui affligent, qui déchirent le cœur de votre pontife et qui peut-être abrégeront ses jours ; courage contre l'oppression, sous quelque masque qu'elle se montre, sous le shako de l'Autriche comme sous le bonnet rouge de la république ; courage enfin pour achever votre œuvre, et pour montrer au monde ce que c'est qu'une révolution pure, honnête, et, pour tout dire, chrétienne. [Asseniiment.)
(Extrait da Moniteur \\n 11 janvier 1848.)
Après Irois jours de discussion dans lesquels elle entendit M. le comte de Saint-Aulaire, M. le comte Pelet de la Lozère, M. Guizot, président du conseil, M. le prince de la Moskowa, M. le baron Charles Dupin, M. Cousin, M. le marquis de Boissy, et M. le vicomte Victor Hugo, la Chambre vota à Tunanimitt^ un amendement ainsi conçu :
« Une ère nouvelle de civilisation et de liberté s'ouvre pour les Ëtat:» ila- * liens. Noos secondons de tonte notre sympathie et de toutes nos espérances « le pontife magnanime qui l'inaugure avec autant de sagesse que de courage, « et les souverains qui suivent, comme lui, cette voie de réformes pacifiques u où marchent de concert les gouvernements et les peuples. >
(Buvret. II. — Dlieeart. il. -!•{
67 i PIE IX
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1^^^ provoquèrent en 1846 la formation d*une ligue défensive de
/ pâTi des sept cantons catholiques et conservateurs de Lucerne,
^ i/t'ri, de Schwylz, d*Uuter\valden, de Zug, de Fribourg et du Valais.
lieiic ligue prit le nom de Sondei'bund, c'est-à-dire d* Alliance sèpanr.
Lu Diète fédérale se réunit le 5 juillet 18i7« Le 20 du niOme mois, elle prononça la dissolution du Sondcrbund, et ordonna que les jésuites, auxquels les radicaux attribuaient l'origine de cette résis^tance, seraient expulsés du canton de Lucerne. Le 22 juillet, les cantons séparatistes firent paraître une protestation contre ces mesures. Ils décluraic[it persister dans leur alliance défensive, et signalaient les décisions de la Diète comme une violation de la souveraineté cantonale telle qu'elle avait été garantie par le pacte fédéral de 1815.
La Diète répondit en mettant sur pied une armée de i>0,000 hommes commandés par le général Dufour, et exclusivement recrutés d«ins les duuze cantons qui formaient la majorité.
Les dépult'd des sept cantons quittèrent la Diète, après avoir protesté sulcnnellement, et publièrent un manifeste justificatif destiné à (Mre inséré au protocole de la Diète.
Les hostilités commencèrent le 10 novembre par l'occupation militaire du canton de Fri bourg. Les sept cantons successivement envahis par des forces supérieures à celles dont ils pouvaient disposer furent obligés de capituler. Mais presque partout les capitulations furent violées, et la victoire des radicaux fut accompagnée d'odieux excès : à Fribourg et à Lucerne, les biens des associations religieuses et charitables furent confisqués, et les membres des congrégations d'hommes et de femmes forcés de quitter le territoire dans les trois jours.
Le 29 novembre, le dernier des cantons séparatistes fit sa soumission. Le lendemain, M. de Bois-le-Gomte, ambassadeur de France en Suisse, remettait à la Diète et au Sonderbund une note collective de la France, de la Grande-Bretagne, de TAutnche et de la Prusse, dans le but de proposer aux parties belligérantes la médiation de ces puissances.
L'offre de médiation faite par la France avait rencontré de la part du cabinet britannique, qui avait alors pour organe lord Palmerston, des difBcultés qui n'avaient pu s'aplanir qu'au moment où s'achevait la lutte. La Diète, en recevant communication de la note de M. de Bois-le-Comle , répondit qu'il n'y avait jamais eu de guerre civile, mais seulement l'exécution armée des décrets de la Diète; que d'ailleurs elle ne pouvait reconnaître avec les puissances médiatrices le Sonderbund comme une puissance vis-à-vis de la Confédération.
En môme temps, lord Palmerstou déclarait au Parlement que, puisqu'il n'y avait plus de lutte, il ne pouvait plus être question de médiation.
A l'occasion de la discussion de l'Adresse, la Chambre des Paii's s'occupa pendant deux séances de la question de politique internationale soulevée par les affaires de Suisse. M. le comte de Moiitalembcrt intervint dans le débat par le discoui*s suivant :
Messieuhs ,
On TOUS a présenté les trois faces de la question diplomatique en ce qui touche la Suisse : M. le comte Pclet de la Loiire tous a exposé le blâme dont lui et ses amis enten-
daieni frapper la {)o1itique suivie parle Gouverueineiit; M. le duc de Broglie vous a exposé, au contraire, le droit qu*avait le Gouvernement d'intervenir dans les affaires de la Suisse, et a fait l'apologie de la conduite que le Gouvernement a tenue; M. le duc de Noailles, avec une suj>ériorité que je me plais à reconnaître, vient de vous dire comment, selon lui, le Gouvernement n'a pas suffisamment répondu aux exigences de sa situation et à la valeur de son droit. Je vous demande, après ces trois discours, de faire trêve pour un instant aux préoccupations et aux questions diplomatiques. Je compte, pour ma part, ne pas dire un mot ni des traités, ni des dépêches, ni même des jésuites. [On rit.) Je compte me placer sur un terrain qui me parait au-dessus, et, dans tous les cas, en dehors du droit écrit : celui du droit social, du droit naturel, du droit des gens. Je compte examiner en quoi les intérêts de la conscience, de la famille, de Thumanité, ont été compromis dans cette question, et signaler ce contrecoup dont M. le ministre des affaires étrangères a parlé dans sa note du 2 juillet, le contre-coup qu'auraient en France et en Europe les événements de la Suisse. C'est assez dire que je m'arrêterai aussi à ces dangers sociaux que vous a signalés hier, en termes si éloquents, M. le duc de Broglie, en terminant son discours.
Je tiens, pour mon compte, qu'on ne s'est battu en Suisse ni pour ni contre les jésuites, ni pour ni contre la souveraineté cantonale ; on s'est battu contre vous et pour vous [sensaiion), et voici comment : on s'est battu pour la liberté sauvage, intolérante, irrégulière, hypocrite, contre la liberté tolérante, régulière, légale et sincère, dont vous êtes les représentants et les défenseurs dans le monde. [Très^bien!)
Ce qui était en jeu de l'autre côté du Jura, ce n'était ni les jésuites ni la souveraineté axntonale : c'était l'ordre, la paii
GIËRRË or SONDERBIND. 677
européenne, la sécurité du monde et de la France; c'est lu ce qui a été vaincu, étouffe, écrasé à nos portes, sur nos frontières, par des hommes qui ne demanderaient pas mieux maintenant que de lancer de notre côté des Alpes et du Jura les brandons de la discorde, de la guerre et de Tanarchie. [Très-bien! très-bienl)
Ainsi donc, je ne viens pas parler |)Our des vaincus, mais à des vaincus, vaincu moi-même à des vaincus, c'est-à-dire aux représentants de Tordre social, de l'ordre régulier, de Tordre libéral qui vient d'être vaincu en Suisse et qui est menacé dans toute TËurope par une nouvelle invasion de barbares. [Sensation.)
Telle est ma conviction ; et je regarde comme bien aveugles ceux qui ne la partageraient pas. [Marques d assentiment,)
Mais en ce moment je suis saisi d'un souvenir douloureux. L'année dernière, à pareille époque, presqu'à pareil jour, je venais dénoncer à cette tribune, au milieu des marques de votre sympathie et de votre indulgence, un crime analogue, l'incorporation et la conGscation de Cracovie ; et me voici aujourd'hui obligé de vous dénoncer de nouveau une violation indigne, non pas seulement de ce droit des traités, de ce droit politique que je respecte et estime, mais d'un droit supérieur à tous les droits, du droit des gens, du droit naturel, du droit humanitaire, pour me servir de l'expression en usage aujourd'hui.
Le crime est le même à mes yeux. L'année dernière il s'agissait du dernier débris de la nationalité polonaise; cette année il s agit du premier berceau de la liberté européenne, victime d'un attentat semblable. Seulement, Tan dernier, l'attentat était commis par des monarchies absolues; il est commis cette année-ci par de prétendus libéraux qui ne sont au fond que des tyrans de la pire espèce. Mais alors comme
liTs OliESTION SUISSE.
aujounVIiui qu 'avons-nous vu? L'ahu» de la foax-, l'utouffcment lic la liberlé, du droit, par iinn violence hnitalc cl impîi>... {notn/jreifics marques tt approbation), la violation dt: la foi juroc, la Bnpérinrité du nombre (érigée en dogme, et le mensonge servant d*nmiu et da parure à la violence. [Nimvi-llcs marques (Tapprolialion.)
CruyeK-li! bien, MeRoieurs, cv n'ci^t pas tel oii tel débri» d'une oligarchie inoOcnsive et populaire que je regrette en Suisse, dans cette contrée, dans cette oasis de rËuntpuqiiî vient de di^parnitre sous une tyrannie égale à celle de Gcsaler; ce iiVsl JM9 tel nu tel débris du moyen j'ige, pas plus que je ne icirrvtle dans l'ancienne Pologne la domination exclusive de la iiulilease. Non, Messieurs, ce qui me navi-e, ce qui m'iii'ligiie, c'est le libit! arbitin: des nations confisqué par le niHubri', c'est le libre élan des âmes viol<^ pr la force, en SuisBc comme en l'ologiie.
Voilà œ que je i'egrett«, œ que je déplore et ce que je iléiK.iKv. [rrh-bmil très-bien!)
GCnOlE Dt SOM>E]tBt!ID. ^79
mis au nom de h for«^. Cetlo année-ci, c'est le crime du despotisme aTec l'hypocrisie de plus : il est commis au nom de la liberté. A mes yeux, cet odieux mensonge aggrave Fattentat et le rend dix fois plus digne de votre indignation et de votre mépris. Vive approbation.)
Croyez-le encore, Messieurs, je ne viens pas faire ici une doléance religieuse ou catholique. Oui, le catholicisme a été blessé en Suisse, tout le monde le sait ; mais tout le monde sait aussi que les blessures et les défaites de la religion ne sont pas des blessures incurables ou irréparables ; qu'au fond, son métier est d'être blessée, persécutée, opprimée : elle en souffire, mais pour un temps seulement; elle en guérit, elle se relève, elle sort de ces épreuves plus radieuse et plus forte.
Mais savez-vous ce qui ne se relève pas si facilement, ce qui ne peut subir impunément de pareilles atteintes? C'est Tordre, c'est la paix, c'est la liberté surtout, et c'est là ce dont je viens plaider la cause devant vous, c'est là ce que je viens avec vous déplorer et revendiquer. [Marques dappro^ bation.)
Messieurs, je sais quel est l'inconvénient des narrations faites à la tribune, et je m'en abstiendrai. Si je le pouvais, cependant, j'aimerais à vous montrer le plan arrêté depuis longues années, en Suisse, pour y créer un asile inexpugnable à ce que je ne veux plus qualifler du nom de liberté, à ce qui n'est pas non plus l'anarchie (car c'est beaucoup plus redoutable encore que l'anarchie), au radicalisme, en un mot, pour lui donner un atelier, un refuge, une citadelle, d'où il pût, victorieusement et impunément, étendre son inûuence sur l'Europe. Je vous le montrerais surtout s'y fortifiant avec persévérance, s'y armant, s'y disciplinant ; contre qui? contre la liberté et les monarchies constitutionnelles, non pas seulement contre les monarchies absolues. Ah !
I>:<0 1J11KSTI0N SMSSK.
s'iuhez-Ie bien : ce ii'yst |ki8 tant les monarchies absolues que ili-tesliî le radicalisme, cUws font trop souvent »es aflaircB : nnn, ce a quoi il en veut, c'est surtout aux monarchies constitutionnelles, â ces monarchie» sages, réglées, régulières et légales, qui empêchent les i)enples de se livrer aux révolutiens ut aux désordres. [Nouvelle et vive approbation.)
( lui , Messieurs , le radicalisme s'est parfaitement placé en Suisse pour agir, d'une part sur lu France, de l'auln:, sur rAlleiuagne constilutionuelle, qu'il a infectée, gangrenée, \>erœv ;'i jour, on quelque sorte, par ses mauvaises doctrines, cuninii' on r:o le verra que trop tiH.
Kli hicn ! depuis 1833, |iour ne pas remonter plus haut, â une époque où personne ne sViceupait cncoru de l'cxistena' <hi moindre petit jésuite vn Suisse, il y avait un plan Lien arrêté, qui s'est manifesté par un symptôme que je rappelle en passant, par l'expéditioti du général ttamoriiio en Savoie, expédition que rien ne motivait en apparence, mais qui a été, pour li's hommes sensés cl prudents, le symptôme des dan-
GUiiJIRi!: DU SONDKKBUND. 684
vient de tous exposer si bien le caractère et les droits, et ensuite, je ne dis pas contre le catholicisme, mais contre le christianisme, contre la religion, une religion quelconque. contre la croyance en Dieu. Vous ne poun^ez nian(|uer de le comprendre, quand vous vous rappellerez que le proniier de ces attentats a été Tinstallation à Zurich d*un professeur nommé Strauss, professeur chargé d'enseigner que Jésus- Christ n'était pas Dieu, n'était qu'un mythe ! et cela non pas dans un canton catholique, mais au sein de la population essentiellement protestante de Zurich, qui s*est soulevée contre lui et Ta chassé.
Après cela, ils ont imaginé de détruire les couvents, non pas des couvents de jésuites, notez-le bien , mais d'anciennes abbayes de cisterciens, de bénédictins, d'anciens ordres qui datent de huit ou dix siècles. Us ont contis(|ué et ruiné ces couvents que Napoléon lui-même, lui qui a tant détruit d'abbayes souveraines et autres en Allemagne, avait jugé, avec le tact profond qui le distinguait, devoir maintenir en Suisse, comme s'il avait senti qu'au milieu de cette démocratie extrême il fallait quelques éléments conservateurs : et ces éléments, il les trouvait dans ces vieilles et vénérables abbayes fondées aux dixième et onzième siècle. Il leur avait garanti leurs propriétés par l'Acte de médiation.
Ces couvents, le pacte fédéral de 1815 les avait scrupuleusement conservés ; le radicalisme les a détruits ! Après cela, on a été frapper, non pas encore les jésuites, mais les protest^mts croyants et zélés, les méthodistes, les momiers, dans des cantons protestants, archiprotestants , les cantons de Genève et de Yaud. Et alors seulement^ en dernier lieu, et grâce aux excitations parties d'ici, parties de la France^ on s'est armé de cet admirable prétexte des jésuites pour atteindre de nouveau le catholicisme.
Messieurs, je vous ai dit que je ne parlerais pas des jésuites, et je n'en ai pas besoin après le témoignage si éloquent et si irrécusable de M. le duc de Broglie. Tout en professant et en prouvant qu'il était , lui , leur adversaire , vous Tavez entendu déclarer, avec toute Tautorité qui lui appartient, que depuis trente ans que les jésuites existaient en Suisse, il avait été absolument impossible, non pas de découvrir, mais même d'inventer, de supposer un fait quelconque dont on pût se prévaloir pour motiver leur expulsion, si bien qu'on en avait été réduit à invoquer contre eux , comme le seul motif de leur expulsion , les excès qu'on commettait contre eux , et à leur faire un crime des crimes dont ils étaient l'objet et dont ils sont devenus les victimes. {Approbation.)
Messieurs, ce témoignage si éclatant d'un homme éminent qui a toujours été leur adversaire demeure acquis à l'histoire et me dispense de rien ajouter. { Nouvel assentiment.)
S'il s'agissait d'ailleurs de suppléer à ce témoignage, il sufGrait de rappeler ce qui s'est passé, non pas avant leur expulsion, mais depuis; car rien ne démontre mieux la vanité et l'iniquité de ce prétexte.
Voyons, en effet, comment on a profité de cette victoire remportée soi-disant sur les jésuites. Les jésuites ont été expulsés; ils ont disparu; il n'en est plus question; mais s'est-on arrêté là? Je ne parle pas des violences, des cruautés commises au milieu de la prétendue bataille ; de ce prêtre immolé à Fribourg parce qu'il était tonsuré et qu'on le supposait jésuite ; de tant de pillages , de tant d'orgies , de tant de sacrilèges, qui ont pu avoir pour excuse l'enivrement de la lutte, quelque dérisoire qu'elle fût ! Ces faits ont été suffisamment Qétris par la plus haute autorité du monde, dans la récente allocution de ce grand pontife dont on a tant parlé ici depuis quelques jours et que tout le monde admire. Mais
GURRRE DU SONDERBUND. 683
voyons ce qui s'est fait dans le sang-froid d'une victoire aussi assurée que facile, par les autorités soi-disant régulières et constituées, le lendemain d'un triomphe, et d'im triomphe sans lutte! Ne les avez- vous pas vus frapper tour à tour, dans tous les cantons, et notamment dans les cantons de Fribourg, de Luceme et du Valais, toutes les congrégations, tous les couvents qui restaient debout, et les frapper de contributions exorbitantes qui équivalent à une ruine complète. Car, remarquez bien cette odieuse hypocrisie! on ne les confisque plus , on ne les supprime plus , mais on les frappe d'amendes presque égales à la totalité de leurs biens. [Sen^ sation.) Ce n'est pas tout : le clergé séculier s'était peut-être figuré (ju'on l'épargnerait ; mais point ! après les ordres réguliers, c'est le tour des évêques, des curés; tous sont frappés, dépouillés l'un après l'autre. On a proposé, et à l'heure qu'il est peut-être a-t-on voté une constitution civile du clergé calquée sur la nôtre de 1790. Ce n'est pas tout encore! Ces fiers vainqueurs dont on nous a fait l'éloge, savez-vous ce qu'ils ont fait le lendemain de la victoire? Ils ont osé écrire, de leur plume sanglante, le nom de saint Vincent de Paul dans un décret d'expulsion, et d'expulsion contre ces sœurs de charité qui sont les filles de saint Vincent de Paul, et qui sont l'objet du culte, de l'admiration et du respect du monde entier. Et comment les a-t-on expulsées? Comme des bêtes fauves, en leur donnant trois fois vingt-quatre heures pour évacuer le canton, sans pensions, sans indemnité, sans pudeur; elles, ces saintes femmes, ces filles, non pas de saint Ignace de Loyola, mais de saint Vincent de Paul. {Très-bien/ très-bien I — Marques d indignation.)
Mais on ne s'est pas arrêté là. Voyez-vous ces hommes armés qui montent par ce défilé des Alpes que beaucoup d'entre vous ont franchi? les voilà qui suivent le sentier
684 QUESTION SLISSK.
escarpé que, pendant tant de siècles, des milliers de chrétiens, d*éirangers, de voyageurs, ont foulé avec respect et reconnaissance ; ils vont là où la République française s'était arrêtée avec respect [vive sensation) \ là où le premier consul Bonaparte avait laissé avec sa gloire le souvenir de son intelligente tolérance ( vive approbation ) ; là où le corps de Desaix, de votre camarade Desaix, a trouvé un tombeau digne de lui!... Et que vont-ils y faire, ces vainqueurs sans combat? 11 faut le dire sans détour, car le mot est encore moins ignoble que la chose : ils y vont pour voler {approbation marquée)^ oui, pour voler le patrimoine des pauvres, des voyageurs, de ces moines de Saint-Bernard que dix siècles ont entourés de leur vénération et de leur amour.
Et, puisqu^on a eu le triste courage de venir à cette tribune se moquer des vaincus et ajouter à Famertume de leur tléfaite Tamertume de la dérision {trés4nen! très-bienl)^ quon me permette de dire tout ce que je poise. Oui, la défaite a été honteuse. La vérité m^arracfae ce témoignage, au détriment même de mes amis. Mais savez-vous quelque chose de bien plus honteux que cette dé£ùte? C'est la vîdoîre y rires atxlamations)^ cette victoire remportée, sans comlMit, par dix contre un , victoire qui se présentera à la postérité tkiuquée d^un côté par uoà sceur de charité expulsée, et de lautre par un moine du Sainl-Bemard, spolié, chassé et insulté par ces lâches vainqueurs. {SawttUes ejcclamaiiom approàaticts.)
Eh bien! Messieurs, esl-€elout?iNoii,œ n'est pas bqu'un s arrête! Ce n^est pas seulemaul à la religioo catholique et à 5es plus ^saintes institutions qu'oo en veut. Le bras qui vieat iW frapper ks catholiques se dêtoume pour aHeindre les protestants. Mou noble et religieux ami le awnle Pdel de h e me permettra d exprimer m surprise de ce qu^il n*a
GtKRRE DU SONDERBUND. 685
pas trouvé dans son discours d'hier un mot pour plaindre même les protestants vaudois , même ses coreligionnaires , qui ont été frappés du même coup qui a expulsé les jésuites. Oui, Messieurs, dix jours après la prise de Fribourg, c'est-àdire le 24 novembre ( la prise de Fribourg avait eu lieu le 14) , décret rendu par M. Druey et consorts, qui interdit formellement d'exercer, dans le canton de Vaud, un autre culte que le culte soi-disant national; interdiction de toute* liberté à TÉglise libre, à l'ancienne Église vraiment nationale de ce canton, déjx)uill'ée et remplacée, à la suite d'une émeute, par une soi-disant Église dont personne ne connaît le dogme ou la pratique !
Si j'en avais le temps, je vous lirais les lettres que j'ai ici, des ministres de cette Église libre, de l'ancienne et populaire Église vaudoise, qui a été pendant trois cents ans celle du pays, et dont les ministres se rendent maintenant, par des sentiers détournés, dans des lieux retirés, pour éviter les insultes et des dénonciations, et pour s'y retrouver dans la position qu'occupaient leurs coreligionnaires ici, en France, après la révocation de l'édit de Nantes, sous ces lois d'odieuse mémoire que vous ne détestez pas plus que moi. [Appro-dation.)
Voilà où l'on en est dans ce pays qui se regarde comme la patrie de la réforme et de la liberté de conscience. [Vive approbation.) Sachez-le donc, ce n'est pas à l'Église qu'ils s'attaquent, c'est à la Bible, c'est à la foi chrétienne tout entière, à tout ce qui croit à Dieu et au Christ.
Mais est-ce tout? est-ce seulement à l'Église, seulement à la religion, même protestante, qu'on en veut? Non, c'est encore à la liberté sous toutes les formes, et cela, encore une fois, le lendemain comme la veille de la bataille.
Savez-vous où en est la liberté de la presse dans ce même
canton de Vaud? Elle est sous le coup de Tinterdiciion de publier même de simples nouvelles contraires aux intérêts du gouvernement. 0 patrie de la liberté! [Hilarité et approbation.) Et à côté de cette interdiction de publier même des nouvelles désagréables au gouvernement, là et ailleurs le droit de pétition est bâillonné, le droit électoral violé de la manière la plus flagrante; partout les baïonnettes, partout les violences^ partout Tintervention oppressive et abusive du |)ouvoir. Voilà comme on a respecté la liberté.
Mais est-ce tout encore ?
Il y a des gens qui feraient bon marché de l'Église et de la religion même protestante, et même de la liberté, mais qui ne font pas bon marchéde la propriété. {Rires d'approbation.) Eh bien ! qu'ils écoutent conmient on a respecté la propriété dans la Suisse radicale. Savez- vous ce qu'on y a fait? On y a rétabli la confiscation ! Messieurs, à l'heure qu'il est, il n'y a plus que deux pays en Europe où cet abominable usage existe. On me reprochait avant-hier d'être l'ennemi de l'Autriche; ce n'est pas tout à fait cela; j'aime ce pays, quoique j'aie souvent combattu et blâmé son gouvernement. Mais aujourd'hui je lui rendrai cette justice, que dans ses plus grandes sévérités, à ce qu'il me semble, il n'a pas employé cette arme odieuse.
Oui, à l'heure qu'il est, la confiscation politique n'existe (|ue dans deux pays, en Russie et en Suisse. Ce droit de Ck)saques, il a été rétabli à notre frontière, de l'autre côté du Jura. Qu'en disent les partisans, les apologistes des radicaux? Trouvent-ils que ce soit là un progrès de la civilisation et de la liberté? Il ne leur manque plus après cela que de rétablir le servage^
Mais il faut voir aussi conunent on s'y est pris pour rétablir cette conGscation. On a entendu parler autrefois de ooih fiscations prononcées par des tribunaux, par des arrêts judi-